CHOEUR DE DOMESTIQUES
"Venez, venez ! il est ici; ♦
Nous accourons pour vous rapprendre.
Dans ce salon , ii faut l'atteudre :
II veut revoir son vieil ami.
KOBERT entrant.
Quoi! mon petit Ëdouardî^ibrcno. U
GEKMiLiN.
Lui-mêmej Il est arrivé cette nuit , ( montrant la chambre ) Et là, c'est moi qui l'ai conduit.
ROBERT
Vraiment, ma surprise est extrême!. .
Mon cher Germain , que t*a-t-il dit?
GERMAIN
Rien ; mais il a soupe de très-bon appétit.
ROBERT
Après si longue absence, Ah! quel heureux espoir !
L'ami de son enfance Pourra donc le revoir?
Au jour de sa naissance, Je le tins dans mes bras; Et j'ai de son enfance Guidé les premiers pas. : ' ?^
Xi)
De sa jeune cousine , près d'obtenii' la main ; ..i" j|i part, à la sourdine, La veille de l'hymen.
Mais cette extravagance " " "*'* Cachait quelque secret ;
Et j'avais l'assurance Qu'uQ jour il reviendrait.
Ensemble.
ROBERT. GERMAIS.
Âpres si longue absence, Après si longue absence ,
Tout comble mon espoir; Tout comble votre espoir y
L'ami de son enfonce L'ami de son enfance
Enfin va le rcToir. Enfin va le revoir.
Germain.
Ici, j'entends du bruit, silence^
ROBERT
* Je vais donc le revoir.
Pour moi quel doux espoir!
Mais rcconnaîtra-t-il l'ami de son enfance ?
GERMAIN
Silence.' 11 marcheh . il vient. . . ,< i
ROBERT
Je \ais le voir. . .
Fatigué du voyage , S'il a peu sommeillé, C'est l'appétit, jcg^ge, Qui l'aura réveillé. Je vais donc le revoir?
iPpur moi quel doux espoir !
SCÊ]\E II.
Les mêmes, EDOUARD.
ROBERT
Ah ! mon Diçu, qu'il est 4o.nc grandi !
ÉDOCARD.
Robert!
ROBERT
Il m'a pu reconnaître!
C'est loi . . c'est vous . . Ah ! mon cher maître !
EDOUARD
Appelle-moi ton ami.
FASEMBLE , dans les bras Cun de l'autre. Après si longue absence,
Je te vois i ^ \ i , ,, , >o bonheur!
Il revient )
L ami de< enlance
(SOU r.'HlUU
(Je le tiens sur mon cœuf. „ jj^^
(IjH pressé sur son cœur. '* ' i r
".1 -...f ROBERT.
Cinev.ËdouardiM. vous me rcconnai^fiç» fJ^'^Sl'.. , -,, ,-.
'; . .'.: V ?î .. : EDOUARD. >w-i '.•#«>? i,; ,t]:Zii^\
Dis-^tioî, fbl : tte crains pas de me tutoyer, çommO til Ic faisais autrefois; n'as-tu pas dos cheveux blancs.^ ne fustu pas le plus fidèle ami de mon père .i*
ROBERT. '
Voyons maintenant , reponds à toutes mes questions ? j'ai lanl de choses à te dire' comment es-tu de retour ici ? comment se fait il que M. Desroches, qu'on attend depuis un siècle, n'arrive pas; et, qu'à sa place ce soit loi qui reviennes; toi. que certes nous n'espérions pas revoir, du moins ici ; car tu étais brouillé avec ton oncle. EPPVAIJP , ai>eç un soupir.
f^la, paix pst faite iivec lui.
^O^EÏVT-
Nous avens déj* céams une déftutalion qui vient po,ur le féliciter; tout le monde attend ^n arrivée a,vec impa,lience... c'est bien naturel , il est ci riche.
EDOUARD-
Eh h\e^\ tp^qp pî^uvfp ï\obert , on s'en retournera comme on est venu ; mon oncle est mort.
ROBERT
Est-il possible î* ce digne M. Desroehes !
EDou^raj.
Rien n'est plus vrai : depuis six mois , ta sers un maître que tu ne connais pas. . ,
aop£RT..
Çt çpjEnmentj^ toi, E^louard , t'es-tu retrouvé avec ton oncle .^
Tu me rappelles là de pénibles souvenirs. Il y a deux ans , toute notre tamille était réunie à La Rochelle , et j'allais épouser Eugénie, ma cousine, mon amie d'enfance; lorsque, quelques jours avant la noce... une espèce de matelot , qui revenait du Portug^al , me remet un soir une lettre de mon oncle : il éfait à Lisbonne , atteint d'une maladie cruelle... il voulait me revoir... il me conjurait , m'ordonnait de le rejoindre. Justement, au milieu de la nuit, un vaisseau allait mettre à la voile... mais quitter Eugénie, que j'aimais , que j'adorais, qui allait être ma femme!... la quitter, sans la prévenir... je lui écrivis à la hâte, lui expliquai que je devais (oui à mon oncle... et je partis, promettant de revenir toujours fidèle... j'arrive à Lisbonne; je trouve mon oncle, qui ne m'attendait point , gai , dispos , en parfaite santé... cette lettre que j'avais reçue , n'était point de lui : il y avait là-dessous quelque mystère que je ne pouvais pénétrer ; mais qui bientôt ne me fut que trop expliqué : Eugénie m'écrivit qu'elle me rendait ma foi, que je pouvais disposer de ma main , ef qu'elleréclamait la même liberté pour elle. '." *■
ROBERT. ,u
Qui est-ce qui aurait jamais cru ça de Mlle. Eugénie ?/
EDOUARD. '
Tu sens bien qu'il y avait un rivai qu'on me préférait ; que c'est même d'accord avec lui qu'on m'aura éloigné ; enfin, je ne quittai plus mon oncle, qui m'avait pris en amitié; il réalisa tout son avoir, qui était considérable, et nous revînmes en France.
ROBERT
. -, Je devine comment la place de concierge-inten,dant m'est arrivée ; tu n'avais pas oublié ton vieil ami.
EDOUARD
Et c'est au moment où mon oncle allait revoir sa patrie, que , frappé d'une atteinte subite , il est mort dans mes bras... il voulait me nommer son légataire universel.
ROBERT
Toi.?
EDOUARD
J'exigeai qu'il n'en fît rien. Sa fortune a été également
répai'fie entre tous ses parens ; et , dans le testament que j'apporte, tu verras qu'Eugénie, maigre son indigne trahison , a la même part que moi.
ROBERT
Vraiment ?.. c'est très-bien... mais tu n'iras pas loin pour lui annoncer cette nouvelle; elle ç^sX ici , au château, avec toute la famille.
EDOUARD
Elle est ici? sans doute, avec son mari, avec celui qu'elle m'a préféré.
ROBERT
Mais, du tout , elle n'est pas plus mariée que toi et moi.
EDOUARD
Que dis-tu? cela n'est pas possible.
ROBERT
Si vraiment ; il y a dix-huit mois , on a parlé d'un jeune officier dont]'ignore le nom. . .
EDOUARD
j,, C'est bien cela. • . C'était sans doute mon rival.
ROBERT. i
Mais le mariage a manqué.
EDOUARD
Elle est encore libre ?
ROBERT
Pas pour long-temps, car elle doit épouser M. Calignac... un de tes cousins; un imbécille par parenthèse,. et qui se croit un homme extraordinaire , parce qu'il était premier clerc de notaire à Montauban , et qui! sait le code civil par cœur. . . on n'attendait, pour conclure ce mariage , que le retour et le consentement de M. Desroches.
fîô :;L;j>(.li| :» ' . - i !;■ • 'EDOUARD. :'rfJ->
'^'^Son'cotisentenient?il leur fallait le consentement de rfloiï' oncle. IVlon oncle ne l'eût pas donne, j'en suis sûr... il n'aimait pas ce Calignac...
ROBERT
Oui, mais tu sens bien qu'à présent ils s'en passeront
EDOUARD
Eugénie! pourquoi m'a.^t-e^le trompé, trahi i* li y a
dans tout ceja on mystère que je voudrais pénétrer, au prix de ma vie... car Eugénie, la bonne, la sensible Eugénie. . mais qui peut sonder les profondeurs , les replis ^ les détours d]un caprice féminin ; tu es bien heureux d'être yieux, toi, Robert, on netô trompera plus.
-^.v, '>".•'.'" • ROBERT. *-'' ■
Ûm m'dhédré'trseïiient frai.
8CËNEIII*
Les Mêmes, GERMAIN.