‹ L'Eau de Mer en Ingestion dans les Dyspepsies: Son Influence sur la Sécrétion Gastrique et l'Excrétion UrinaireChapitre 35 sur 37 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Résultats cliniques du traitement par l’ingestion ‘ d’eau de mer.

Les modifications que nos malades ont présentées sous l'inffuence de l'ingestion marine se sont reproduites avec une telle régularité qu'il est aisé d'en donner une bonne description d'ensemble.

Avant tout, notons bien que l’eau de mer a été prise généralement sans déqoul; c'est un point des plus importants, puisqu'il s'agit d'un remède biquotidien. Le goût salé étonne, les premiers jours, mais il n'inspire pas d'aversion: nous pouvons l’affirmer en toute connaissance de cause, car nous avons fait l'expérience sur nous-même. Une seule de nos malades s'est montrée complètement rebelle et devant sa répugnance, nous avons dû interrompre un traitement qui s'annonçait particulièment favorable.

D'ailleurs, une fois absorbée, elle ne laisse dans la bouche aucune sensation de nature à rebuter le patient; et si parfois, au cours de la médication, est survenue une saveur amère, elle n'a jamais été qualifiée de désagréable ou même de gênante.

L'eau de mer n'est donc pas détestable à boire; nous allons montrer ce qu'elle vaut à ceux qui voudraient en faire un remède dérisoire ou inactif.

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Nous pouvons déjà remarquer, laissant pour la fin la discussion de détail, que la majorité de nos malades a été améliorée et cela d'une façon saisissante. Il est très difficile de constater une rémission chez un malade chronique — et le dyspeptique est du nombre — qui, désespéré de souffrir, fixe son attention continuelle sur son mal, l'analyse, Le dissèque, bref ne peut concevoir vivre sans lui. Ce sont des gens auxquels les remèdes les plus efficaces ne font rien. Mais ici l'amélioration surprend! Parmi nos sujets, les uns ont su qu'ils prenaient simplement de l’eau de mer, les autres ont cru user d’un sérum à la mode, d'action complexe, presque tous ont déclaré que la médication leur avait fait du bien. En quoi consiste cette amélioration ?

R£aAcTION FÉBRILE. — Disons tout de suite que la réaction fébrile, déterminée par l'injection marine, fait complètement défaut avec l'ingestion. La température quotidienne oscille dans les mêmes limites, et c'est par exception que nous avons trouvé chez notre malade 29 une élévation légère de trois dixièmes de degré qu'il ne ressentait nullement.

DIARRHÉE RÉACTIONNELLE. — Dans les premiers jours qui suivent l'ingestion de l'eau salée pure à la dose de 100 puis 200 grammes, s'installe une diarrhée réactionnelle plus ou moins forte. On peut facilement l’éviter par une sage graduation des prises : 50 ce. au début, 100, puis 200 ce. d’une façon progressive et douce, comme à notre malade 16; on peut aussi l'éviter en suivant la méthode de J. Carles qui coupe l’eau de mer d'une égale quantité d'eau d'Evian. Nous avons appliqué cette technique à nos malades 5, 6, 7, 9, 12, 15, 22, 25, 39, 34 et 35; mais nous préférons, au contraire, provoquer cette diarrhée.

Les dyspeptiques sont presque toujours des sujets à constipation opiniâtre, invincible, qui ingurgitent, pour se procurer une selle, des laxatifs innombrables dont le principal rôle est de démolir tout à fait leur estomac fortement compromis.

En faisant rapidement céder cette constipation, la diarrhée nous parait elle-même une première amélioration et les malades la qualifient de telle. Loin de la craindre, ils désirent la

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conserver et ce premier soulagement est, pour eux, un des plus sensibles.

Ce n’est pas dire pour cela qu'il faille toujours rechercher ce flux salutaire ; il est des cas, au contraire, où l’on doit s'efforcer de l'empêcher. Tel dyspeptique, qui présentera de l’entérite avec selles liquides fréquentes, se trouvera mieux d'une eau mitigée ou de doses graduées. I en sera de même d'un malade cachectique, tuberculeux ou cancéreux par exemple, que cette évacuation affaiblirait outre mesure. Ici, comme partout, il y a indication et contre-indication.

Quoi qu'il en soit, lorsque cette diarrhée à existé, elle se calme peu à peu; au bout de cinq à six jours il n'y parait généralement plus rien. C'est alors qu'apparaissent les modifications proprement dites des troubles digestifs.

MopiricATIONS DIGESTIVES. — La /anque saburrale devient moins épaisse, moins blanche, presque propre et quelquefois rosée ; dans la bouche, les mauvais goûts s'atténuent et l’haleine est moins forte.

L'appétit augmente toujours, c’est la règle. Le malade a la sensation de faim et du plaisir à manger; le besoin de prendre revient régulièrement. Enfin, parfois, ce sont de véritables fringales, un repas ordinaire suffit à peine.

La soif ne croît pas dans les mêmes proportions; il semble même quelle soit moins vive.

Les vomissements perdent leur fréquence, ne contiennent plus de matières alimentaires, puis en général ïls s'arrêtent. Il en est de même des réqurgitations. Les renvois diminuent et perdent leur saveur particulière de vinaigre ou d'œufs pourris.

Les crampes, les brälures, les douleurs spontanées s'amendent, disparaissent même, parfois.

Les digestions, plus faciles, plus rapides, s'accompagnent moins de pesanteur, de gonflement.

Une fois la diarrhée terminée, la constipation ne reparait pas; les selles persistent assez régulières, une ou deux fois par jour, demi-molles. Souvent les gaz diminuent de fréquence.

A l'inspection, le ballonnement du ventre cède en partie. La

sensibilité épigastrique, hépatique décroit jusqu'à ne plus être trouvée. Le clapotage et la succussion sont moins perceptibles, à jeun.

Enfin, le malade voit s'amender après le repas ses vertiges, ses bouffées de chaleur et le cortège de troubles nerveux qui suivent les mauvaises digestions.

Les forces, malgré le peu de durée du Dan semblent légèrement s’accroitre.

VaniATioNs DE porps. — La variation du poids ne fait que traduire cette amélioration manifeste; le tableau suivant en donne la meilleure des preuves pour 16 de nos malades.

Variations pondérales.

n 22 | 3 = Ve 3-- [VARIATION [VARIATION Le a DYSPEPSIES Ê 2 £ Ê £S FE 3 | vorane | QUOTIDIENNE dE à Zz SA LES ë = rte (kilos) : | (grammes) GÉNÉRAUX 3! 50,000 | 54,000 | 14 + 4,000 | + 285,71 amélioralion 41 58,525 | 60,075 | 14 | + 1,550 | + 110,71 id. ; Hjpershéniques à nt a 18 |:+4000 | + 74,57 id. ; Rips EN + 0,775 + 55,85 [pas d'amélioralion 7, 54,000 | 52,500 | 14 | — 1,500 | — 107,14 aggravalion . 8] 69,750 | 69,700 | 14 — 0,050 | — 3,57 |pas d'amélioralion 16! 50,600 | 52,400 | 14 + 1,800 | + 128,57 amélioration 171 59,125 | 59,700 | 14 + 0,575 + 41,07 id.

Hyposthéniques. 18 ee 52,825 | 14 | — 0,675 — 48,21 |peu pe amont 191 57,225 | 58,825 | 14 + 1,600 | + 114,28 amélioration 20| 62,900 | 65,200 | 38 + 2,500 + 60,52 id.

21] 54,800 | 59,000 | 14 + 4,200 | + 300,00 id. de 51,600 | 53,000 | 14 | + 1,400 | + 100,00 id. Fubereuleuses. .: 30! 51,700 | 52,000 | 14 | + 0,300 | + 21,42 id. À æ 58,150 | 60,150 | 14 | + 2,000 | + 142,85 id. Gastro-itestinale! 35| 57,000 | 56,600 | 25 | — 0,400 | — 16,00 id.

Si nous prenons les observations suivies d’euphorie, en mettant de côté Les sujets 6, 7, 8 et 18, nous voyons que le poids a, baissé une seule fois : chez notre dernière malade et cela dans des proportions faibles, 16 grammes seulement chaque jour en moyenne. Ur, la patiente expliquait elle-même que son régime

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ne lui suffisait plus; en la laissant manger davantage, nous aurions certainement obtenu une élévation pondérale, mais nous ne pouvions changer le régime fixe sans compromettre les résultats de nos analyses.

Chez tous les autres, nous notons une augmentation variant de 0 kilogr. 300 à 4 kilogr. 200 pour quatorze jours de traitement et 2 litres et demi d’eau ingérée. Cela fait une moyenne de 1 kilogr. 884 pour la durée totale et de 134 gr. 57 quotidiennement.

Ces résultats dépassent toute attente. La moyenne des gains journaliers, pour les malades de Quinton, est bien inférieure. Ses tuberculeux ne présentent qu'une augmentation quotidienne de 27 gr. 14; quant aux neuf autres cas plus favorables où la tuberculose n’est pas en jeu, et parmi lesquels on relève un cas de dyspepsie et trois d’entérite, la comparaison reste à notre avantage. L’élévation journalière n'atteint que 77 gr. 53, un peu plus de la moitié de notre chiffre.

Telle est, dans son ensemble, l'amélioration que nous avons constatée d'ordinaire ; tous nos malades ne la présentent pas, il est vrai, aussi complète, mais chez tous elle est assez marquée pour que nous soyons certain qu'un traitement prolongé eût amené une sédation en tout point comparable.

Durée DE L'EuPHORIE. — Ce retour à un équilibre digestif est-il durable ? C’est question très importante, mais à laquelle nous ne pouvons répondre qu'imparfaitement. À grand'peine nous avons pu obtenir de quelques-uns de nos sujets qu'ils prolongeassent Leur séjour à l'hôpital ; de plus, nous n'avons pas eu le temps matériel de suivre 35 personnes qui s'étaient dispersées un peu partout. Nous pouvons affirmer cependant que l'euphorie digestive persistait huit jours après chez le 5, douze jours chez le 17, quinze jours chez le 11, un mois chez le 13 et deux mois chez le 35.

D'un autre côté les 20, 26, 28, 29 ont vu reparaitre, en partie du moins, leurs troubles gastriques. On peut expliquer cette recrudescence chez les 26, 28 et 29 par l'évolution de leur tuberculose pulmonaire ; mais il n'en est pas moins vrai que

nous ne pouvons trancher le différend. C'est en examinant les sujets un an et plus après leur traitement que l'on se rendrait compte de la persistance ou non des effets obtenus. Nous nous proposons de le faire.

RÉSULTATS RELATIFS A CHAQUE TYPE DE DYSPEpsiE. — Voyons, enfin, comment se répartissent ces améliorations dans les difiérents types de dypepsies que nous avons envisagés.

Nous avons réuni 9 cas de dyspepsie hypersthénique. Trois ont été nettement aggravés les 1,2et 7; leGet le 8ont gardé leur état stationnaire. Seuls les 3, 4, 5 et 9 ont subi l'amélioration presque complète. Nous disons intentionnellement presque complète, car ils ont vu persister et même augmenter leurs renvois acides, leur pyrosis, et reparaitre leur constipation. Ces résultats ne sont pas encourageants. IL est permis d'ores et déjà de présumer que le traitement par l'eau de mer ne convient pas aux hyperchlrorhydriques, aux hypersécréteurs, comme on pouvait d'ailleurs s y attendre. On verra plus loin comment cette appréciation se trouve confirmée et expliquée.

Tous nos hyposthéniques, au contraire, ont présenté une disparition progressive de leurs symptômes morbides. C'est chez eux que s'est rencontré, dans son intégrité, le tableau que nous avons esquissé. Le 18 n’a eu qu'une rémission très légère, mais il est à noter que le traitement marin n’a certainement pas été suivi par ce malade rebelle durant la dernière semaine; il n’est pas étonnant, dès lors, que le bénéfice retiré ait été moindre.

Dans le seul cas de dyspepsie cancéreuse que nous ayons pu traiter, nous avons obtenu une accalmie suffisante pour justifier l'intervention thérapeutique. L'eau de mer parait done convenir parfaitement aux estomacs frappés de déchéance fonctionnelle, qui éprouvent sous son influence une exaltation de leur énergie.

Il en est de même chez tous nos tuberculeur. Cela se conçoit à priori, car, en dehors de la période prétuberculeuse, les estomacs de ces malades sont d'ordinaire hyposthéniques ou présentent une tendance à l'hyposthénie. Nos observations à leur égard sont la confirmation des résultats considérés comme secondaires par la majorité des cliniciens. Ils voient disparaitre

leurs mauvaises digestions et renaître un grand appétit; malgré le meilleur état des fonctions gastro-intestinales, plusieurs d’entre eux, Les 28, 30, 31, 32 n'ont noté aucune atténuation de leurs symptômes pulmonaires. C’est une nouvelle preuve de l’action élective de l’eau de mer sur l'appareil digestif. En agissant en premier lieu sur lui, elle permet une meilleure nutrition et, par contre coup seulement, un relèvement de l'organisme, une disparition partielle et momentanée des troubles pulmonaires.

Enfin, nous avons quatre cas de gastro-entérite, tous quatre améliorés et quimontrent l’infinie variété des effets que l’on peut attendre de l’eau de mer. On est amené tout naturellement à les rapprocher ici de ceux obtenus à Châtel-Guyon avec une eau différente, bicarbonatée-chlorurée magnésienne. On est dès lors autorisé à admettre avec Frenkel que l’action ne dépend pas tant des composants d’une eau minéralisée naturelle que de la forme sous laquelle ces composants sont contenus.

En dehors de ces divers types de dyspeptiques, il est une catégorie de malades, les dyspeptiques nerveux, chez lesquels on doit surveiller les effets du remède. S'il n’y a pas chez eux une contre-indication absolue, il se manifeste parfois des phénomènes d’excitation plus ou moins durables, tels qu'en présentent les mêmes sujets lors d’un séjour au bord de la mer, et qui contrarient les modifications digestives. Dans ce cas, après un essai de quelques jours, on doit s'arrêter, car le bénéfice final est des plus aléatoires.

INDICATIONS ET CONTRE-INDICATIONS. — Pour nous résumer, nous dirons que l'ingestion marine est contre-indiquée dans la majorité des dyspepsies hypersthéniques et dans certaines dyspepsies nerveuses. |

On doit la prescrire au contraire chez les dyspeptiques hyposthéniques, dans la dyspepsie des tuberculeux et dans l’entéro-colite muco-membraneuse.

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