CHAPITRE II
Action physiologique de l’ingestion marine.
Comment l’eau de mer a-t-elle amené ces modifications si rapides et pourtant si complètes des troubles gastro-intestinaux? Il faudrait, pour résoudre une telle question, connaître plus rigoureusement le liquide marin dans ses éléments et dans sa forme intime. Or non seulement, comme nous l'avons déjà fait ressortir, la composition chimique de l’eau de mer est loin d’être définitivement établie, mais il y a encore cette propriété mystérieuse, électrique pour les uns, radiante pour les autres, à laquelle on a donné un nom afin surtout de paraître savoir. Mais la difficulté de la tâche ne doit pas nous arrêter! Une explication, même erronée, est toujours un pas en avant, si faible soit-1l.
S I. Action des chlorures de l’eau de mer sur le chimisme gastrique.
L'eau de mer agit d'abord sur la sécrétion stomacale: elle l'influence par tous les corps qu’elle renferme en proportions si diverses, mais en premier lieu par ses chlorures qui sont la caractéristique de sa composition.
HisToRIQUE DES RECHERCHES DE L'ACTION DU NACL SUR LA SÉCRÉTION DE L'ESTOMAC. — Nombreux sont les auteurs qui se sont occupés du rôle du NaCI sur la sécrétion de l'estomac; avant de donner nos résultats personnels, il nous paraît indispensable de résumer ces différentes recherches.
Un premier point est à faire ressortir : le NaCI peut influer
— Al —
sur le chlore stomacal de deux façons, d’abord par l'action locale qu’il peut exercer sur la muqueuse gastrique, ensuite par les variations qu'il fait subir au NaCI de l'organisme.
En agissant localement sur la muqueuse, le NaCI diminue la sécrétion chlorée de l'estomac. C’est ainsi que Herzen et Lerèche (1), Reichmann (2), Girard (3) (de Genève),: Hayem, Schüle (4) ont constaté, malgré les proportions différentes des doses ingérées, une diminution de l'acidité. Mais ce n'est pas cette action locale que nous avons demandée à notre eau de mer, au cours de nos expériences. Nous avons eu soin de la donner une demi-heure au moins avant le repas; puis, à la fin du traitement, nous avons attendu vingt-quatre heures avant de tuber. notre malade. C'est dire que les chlorures du sérum marin ont toujours agi en tant que modificateurs de la chloruration générale de l'organisme.
Se plaçant à ce point de vue Cahn et Voit, les premiers, ont vu disparaître l'acidité chlorhydrique de l'estomac et même se tarir complètement sa sécrétion, en supprimant chez un chien tous Les chlorures de l'alimentation.
Inversement Pawlow, en 1897, rétablit par l'ingestion de NaCI la secrétion psychique du suc gastrique, supprimée par un jeûne prolongé.
En 1900, Girard (de Genève), parvient à obtenir, chez un chien, un suc gastrique très riche en chlore par des injections rectales de NaCI.
Linossier (de Vichy) arrive aux mêmes résultats. Opérant sur un chien à estomac de Pawlow, il conclut de ses expériences que l'augmentation du chlore alimentaire augmente l'acidité du suc gastrique en HCI. Puis, le 16 janvier 1904, dans les comptes rendus de la Société de biologie, il refait l'historique de la question et émet l'avis que Le régime hyperchloruré doit améliorer les hypochlorhydriques.
(1) Lerèche, Revue de la Suisse romande, 1884.
(2) Reichmann, Archiv f. experimentale Palhol, und Pharm., 1888. (3) Girard, Arch. de physiol., 1889. à
(4) Schüle, Zeitschrift für klin. Medicin., 1895.
Pour Frémont (1), le NaCI dissous dans l’eau fait augmenter la sécrétion de l'estomac, mais cependant ne l’augmente pas plus que de l’eau simple soit pour HCI libre, soit pour HCI combiné.
M. le professeur Arnozan (2), puis Lyon (3) et Bouveret (4), . recommandent de diminuer le sel alimentaire chez les hyperchlorhydriques puisqu'il ne peut qu'aggraver léur état en augmentant l'acidité déjà trop forte. C'est aussi l'avis de Hayem (5).
Dans sa thèse, notre camarade le D' Le Bunetel (6), résumant tous ces résultats et ses propres recherches, conclut que le NaCI, en tant qu'agent de la chloruration générale, augmente à la fois le chlore et l'acidité chlorhydrique de l'estomac.
Mais les solutions chlorurées employées dans ces expériences diffèrent essentiellement de notre eau de mer, liquide naturel, pour ainsi dire vivant, qui contient du NaCI sous une forme spéciale, avec des propriétés autrement actives. Les eaux minérales chlorurées-sodiques s'en rapprochent davantage. Or, pour Cabn (7), Braun, Grützuer, Boas (8), ces eaux, outre leur action anti-catarrhale, augmentent la sécrétion de l’'HCI.
De même, Bardleben (9) et Rabuteau (10) ont démontré expérimentalement que les eaux chlorurées sodiques, stimulantes des voies digestives, augmentent la sécrétion et l'acidité du suc gastrique.
V. Sohlern (11) a noté un accroissement de cette acidité avec
(1) Frémont, Bull. gén. de thérapeutique, 1901.
(2) Arnozan, Précis de thérapeutique. Paris, Doin, 1900.
(3) Lyon, Traité élém. de thérapeutique clinique. Paris, Masson, 1905, 6e éd.
(4) L. Bouverel, Traité des maladies de l'estomac. Paris, 1893.
(5) Hayem, Comptes rendus de la Société de biologie, 30 janvier 1904.
(6) Le Bunetel, Contribution à l'étude de l'influence des chlorures alimentaires, etc. Thèse de Bordeaux, 1907.
(7) Cahn, Zeitschrift für physiolog. Chemie, X, 1880.
8) Braun, Grülzner, Boas, d’après Schüle, Zeitsch. für Klinische Medicin, 1895. 9) Bardleben, Comptes rendus de l’Académie des Sciences, XXV, p. 601.
10) Rabuteau, Eléments de thérapeutique et de pharmacologie.
( ( ( (11) V. Soblern, Berlin. Klin. Wochensch., 1897.
l'usage de la source Rakoezy (de Kissingen) et Dapper (1) avec le Rakoczy et la source Elisabeth (de Hombourg).
D'après Jaworski (2), l'eau de Kissingen excite la sécrétion gastrique cinq fois plus que l’eau distillée.
Enfin, d'une façon générale, Casciani (3), en 1905, conclut que l'eau minérale chlorurée-sodique augmente toujours, d'une manière notable, la sécrétion du suc gastrique et la quantité d'HCI de l'estomac.
En ce qui concerne l’eau de mer elle-même, il n’a pas été fait de recherches suivies. Marion (4) se base sur l’augmentation de l'appétit de ses malades et sur l'unique observation d'un chien à fistule gastrique, pour affirmer que les effets portent sur la quantité et la qualité, « car, d’une part, les eaux marines exagèrent la sécrétion, et, d'autre part, elles augmentent l'acidité du produit sécrété, en produisant de l’HCI libre ». Calvet (5), dans son livre sur les bains de mer, en 1883, assure que l'ingestion d’eau salée augmente la sécrétion de la salive et du suc gastrique et hâte ainsi la digestion des aliments amylacés et albumineux; mais il n’appuie ses dires d'aucune preuve expérimentale. On explique, aujourd'hui encore, l’action thalassique sur les sécrétions gastriques en généralisant les expériences que nous citions tout à l'heure de Girard et Linossier.
RÉSULTATS PERSONNELS. — Cette explication, toute de raisonnement, n'était pas suffisante. Il fallait une démonstration plus rigoureuse ; nos observations nous l'ont donnée admirablement, comme on peut en juger par la lecture du tableau ci-après.
Avant tout, il est deux malades, les 8 et 18, sur lesquels nous devons attirer l'attention. Le 8 a présenté une grippe intercurrente qui a contrarié, à coup sûr, les effets du traitement marim. Il est probable qu'en dehors de cette circonstance, nous eussions
1) Dapper, Zeilsch. für Klin. Medicin, 1896.
2) Jaworski, Deutsches Archiv. für Klin. Medicin, 1884.
3) Casciani, Congrès intern. d'hydrol. et climat. Venise, 1905, p. 210-230.
4) Marion, loc. cit.
5) Calvet, Des indications el contre-indicalions des bains de mer, 1883, p. 18, 19, 51.
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noté des. résultats tout différents. Le 18, sujet très indocile, a opposé la force d'inertie et n'a suivi la médication que pendant Ja première semaine. Les jours suivants, sa principale préoccupation consistait à se débarrasser de son remède, comme nous l'avons appris dans la suite.
Ceci dit, sur 16 malades dont nous avons analysé le contenu stomacal, l'acidité totale a augmenté 14 fois, diminué une seule chez le 8; elle est demeurée stationnaire chez le 18. La moyenne de l'augmentation est de 0,577.
Pour l'acide chlorhydrique libre, les conclusions sont un peu différentes. Sur les 7 cas où il existait avant Le traitement (3, 4, 5, 6, 7, 8 et 32), il a augmenté 6 fois (moyenne : 0,265). Il n'en est pas de même dans les 9 cas où la première analyse montrait son absence complète. Une seule fois, il passe de 0 à 2,900, déterminant une crise d'hyperchlorhydrie, mais chez Les 8 autres il reste égal à 0, ne faisant aucun progrès.
Nous avons recherché le chlore faiblement combiné, les chlorures fixes et le chlore total chez 14 malades seulemént. L'acide chlorhydrique combiné aux matières organiques s'élève 11 fois. Mais la moyenne de l'élévation diffère essentiellement pour les hyper et les hyposthéniques. Elle atteint simplement 0,084 chez les premiers, tandis que chez les seconds elle monte à 0,216.
Le chlore total suit la même proportion, il s'est accru 11 fois, en moyenne de 0,323 et n'a faibli que 3 fois, dont le 8.
Restent les chlorures fixes. Sur les 14 sujets, ils n'augmentent que dans 3 circonstances et diminuent au contraire 11 fois. La moyenne de cette diminution est de 0,329.
Enfin, dans nos 16 observations, la quantité du contenu gastrique s’est élevée 13 fois et n'a baissé qu'une seule.
Nous pouvons conclure d'ores et déjà, toutes choses égales d’ailleurs, que, sous l'influence de l'ingestion marine, on constate une augmentation de la sécrétion, de l'acidité totale, du chlore combiné aux matières organiques, du chlore total et une diminution, au contraire, des chlorures fixes.
Jusqu'à nouvel ordre, nous ajouterons que l'HCI libre aug-
mente quand il existe déjà, mais que, dans le cas opposé, 1l n'apparaît pas d'ordinaire. ,
L'augmentation de l'acidité totale se décèle par une transformation digestive moins avancée des matières amylacées, d'où une diminution remarquablement constante du sucre réducteur. Quant à celle de l'HCI libre, elle se traduit, chez les 6 malades qui la présentent, par une élévation du rapport de M. le professeur Denigès.
Discussion pes RésuzraTs. — Il s’agit d'expliquer ces résultats qui paraissent se contredire, en ce qui concerne surtout l'HCI libre et les chlorures fixes, mais qui, en réalité, sont intimement liés les uns aux autres.
Nous devons pour cela nous rapporter à la physiologie de la sécrétion chlorée gastrique. On s’est posé les deux questions suivantes : d’où vient le chlore stomacal; sous quelle forme arrive-t-il à l'estomac ?
La première est résolue. Il est une origine qu'il faut rejeter bien vite, c’est l'origine alimentaire exclusive. Tous les auteurs sont d'accord pour admettre que la source véritable est le NaCI] du sang dont une partie se serait décomposée au cours de la sécrétion.
Ici commence le second problème qui est loin de réunir la même unanimité de vues (1). Le NaCI provient du sang, il se décompose très certainement en HCI, mais à quel niveau? Certains physiologistes veulent que cette décomposition se fasse dans le sang même, l'HCI formé filtrant simplement à travers les cellules.
La seconde théorie est celle d'Heidenhain; elle localise aux cellules de revêtement des glandes la formation de l'HCI. Nussbaüm attribue au contraire la propriété oxyntique aux cellules principales.
Enfin, troisième théorie, pour Hayem et Winter la décomposition ne se fait ni dans le sang ni dans les glandes gastriques. La sécrétion est une sécrétion purement chlorurée sodique, la
(1) Le Bunelel, loc. cit.
formation de l’HCI n'a lieu qu'à l'embouchure des glandes, sous l'influence probable du phosphore cellulaire (Hayem), de l'acide lactique (Maly), des ferments (Bunge).
Sans se dissimuler tout ce que cette dernière théorie de Hayem a d'exagéré, on peut admettre que la transformation commence dans le sang, se continue surtout au niveau des glandes, s'achève à l'embouchure des canaux excrétoires. Finalement, le chlore entre dans la cavité stomacale sous deux formes : de V'HCI libre et du NaCl qui n’est que le reliquat, la partie inutilisée de celui qui a donné naissance à l'HCI.
Nous avons dès lors le moyen de comprendre les variations du chimisme gastrique sous l'influence de l’eau de mer. Cette dernière apporte au sérum sanguin une richesse nouvelle en sels minéraux etspécialement en NaCl ; elle détermine une hyperchloruration de l'organisme. Ce NaCÏ marin est-il, en outre, plus facilement, plus complètement dissociable que le NaCI qu'il vient renforcer ? La chose est presque certaine, mais bien trop délicate pour que nous osions l'affirmer! Rappelons simplement que Frenkel (1) suppose que les sels contenus dans les eaux minéralisées naturelles existent à l’état d'éléments dissociés ou de juxtapositions temporaires de métaux qui gardent chacun leurs affinités aussi énergiques. Cet auteur a même proposé de remplacer le tableau de la composition en sels de telles eaux par celui des métaux, en faisant abstraction de leurs combinaisons hypothétiques.
L'hyperchloruration organique à pour premier effet'd'augmenter la sécrétion gastrique, c'est-à-dire la quantité du suc sécrété et du chlore total, mais en même temps elle augmente la proportion relative du NaCI décomposable, d'où diminution des chlorures fixes, augmentation de l'HCI libre et par conséquent de l'acidité totale.
D'où vient-il dès lors que cet HCI libre n'ait augmenté que dans six cas seulement? La raison nous semble manifeste. Dès
(1) Frenkel d'après H. Lamarque. Pourquoi et comment agissent les eaux minérales, Gazetle des eaux, mai 1900.
son arrivée dans l'estomac, l'HCI libre se combine avec les matières organiques pour donner naissance au chlore faiblement combiné. Ce n’est que dans le cas où il se trouve en proportion supérieure aux besoins de la transformation des aliments qu'il en reste une partie en liberté. Chez nos hyperchlorhydriques, 1l en est ainsi; ils avaient déjà de l’HCI libre de surplus, ils en ont davantage sans que ce nouveau surplus améliore la digestion. Nous voyons que chez eux l'HCI combiné n’augmente que dans des proportions faibles et que les peptones ne deviennent plus abondants que chez les deux malades 3 et 4. Nos hypochlorhydriques, au contraire, ne présentaient pas une proportion suffisante de cet HCI libre, toute la quantité gagnée a été employée intégralement à la formation des combinaisons chloro-organiques qui ont toujours et notablement augmenté. Ce meilleur début de la digestion des matières albuminoïdes:se trouve confirmé par la présence plus considérable des peptones dans six cas d'hypochlorhydrie sur les sept où nous avons effectué cette recherche.
Tout ceci explique parfaitement pourquoile traitement marin ne convient guère aux hypersthéniques (hyperchlorhydriques ou hypersécréteurs), qui voient une bonne partie de leurs symptômes provenir de la quantité exagérée d'HCI qu'ils possèdent déjà. Elle explique aussi son heureuse influence sur les hyposthéniques tuberculeux ou non, les anachlorhydriques, cancéreux par exemple.
Mais chez tous, quels qu'ils soient, l'accroissement du chlore modifie, à leur avantage, la sécrétion muqueuse et.les fermentations de l'estomac.
On sait que la rapidité de la filtration est en raison inverse de la teneur du suc gastrique en mucus. Moins il en contient et plus elle se précipite. Or cette rapidité augmente chez 10 de nos sujets — dont 8 hyposthéniques —, ne se modifie pas dans 5 cas, mais ne diminue qu’une fois. L'eau de mer possède done une action anti-catarrhale tout à fait analogue à celle que signalent Cahn, Braun, Grützner, Boas pour les eaux chlorurées sodiques.
Les fermentations diminuent comme le montrent nettement les variations du rapport «. Chez nos 14 malades, il se rapproche 9 fois de sa normale, ne change pas dans:3 cas, mais ne s'élève que dans 2. D'ailleurs on arrive aux mêmes résultats en étudiant séparément les variations des acides lactique, acétique, butyrique. Dans 15 cas où il se ftrouvait l'acide lactique diminue 11 fois, persiste 3 fois, augmente une seule. L'acide acétique existait dans 9 cas : il diminue 4 fois, persiste 1 fois, augmente 4 fois. Enfin l'acide butyrique, sur 9 cas où nous l'avons noté, a diminué 8 fois.
S IL. Achon des autres éléments de l'eau de mer. ,
L'action des chlorures de l’eau de mer, si importante qu’elle soit, ne suffit pas à expliquer le relèvement singulier de la fonction gastro-intestinale. Nous pouvons remarquer, en effet, que trois de nos hypersthéniques ont été partiellement améliorés alors que l'augmentation de leur sécrétion chlorée eût dû amener une recrudescence des phénomènes douloureux. Il y a donc d’autres influences, mais encore bien indéterminées et que l’on peut seulement entrevoir.
IL est vraisemblable que chacun des éléments qui entrent dans la composition si riche du milieu marin agit pour son propre compte dans l'harmonie du tout.
C'est ainsi que les sels de magnésie, le bromure, le chlorure et surtout /e sulfate viennent, par leur action purgative, aider au déblaiement de l'intestin favorisé déjà par le chlorure de sodium et le chlorure de potassium.
De même que nous avons vu les chlorures se transformer en acide chlorhydrique, on pourrait songer à la rigueur à une transformation analogue des sulfates, des bromures, des 1odures de l’eau marine.
Ces jours derniers, M. le professeur P. Carles (1) a rappelé
(1) P. Carles, Le fluor dans les eaux minérales, Gazelle heb. des sciences méd. Bordeaux, 10 mars 1907.
l'attention sur l’importance des fluorures dans les eaux minérales. Ses patientes recherches lui ont permis de trouver ce composé à la dose de 0,012 dans l’eau de mer que nous avons employée. Ce fluorure donne peut-être naissance à de l'acide fluorhydrique auquel les anciennes théories de Brugnatelli et de Treviranus (1) ont fait jouer un rôle important dans la digestion, chez les oiseaux granivores.
Mais à côté de ces deux ou trois éléments dont il est possible de présumer l'influence, il reste encore tous les autres, corps dosables, corps rares, corps hypothétiques et pour ceux-là notre ignorance est, pour ainsi dire, absolue.
[ls agissent cependant dans le même sens que les premiers et l'on ne peut s'empêcher d'admirer cette activité eu égard aux proportions si minimes dans lesquelles ïls se trouvent. Pour obtenir, dans la pratique, des résultats comparables il faudrait des doses quelquefois décuples. Cela prouve que l'analyse chimique ou spectroscopique ne donne pas plus la clef de l’action physiologique de l’eau de mer que des eaux minérales. Il y à autre chose, la notion de la forme réelle sous laquelle les éléments de tels liquides pénètrent dans l'organisme, et cette autre chose nous la connaissons aussi bien mal. Laborieux sont les efforts tentés pour surprendre ce secret d'une activité aussi extraordinaire. Les théories mises en avant (2) s'appliquent surtout aux eaux minérales proprement dites, nous les généralisons sans crainte au liquide marin, la première et la plus répandue d’entre elles, de l'avis même de Hayem et de Pouchet.
La première en date est la théorie de l'électricité. Entrevue par Bernard, du Mont-Dore, et par Baumgartner, elle s'affirme avec le D'Scoutetten. Ce dernier montre que toutes les eaux minérales font dévier plus ou moins l'aiguille du galvanomètre ; il constate, en outre, que les eaux transportées perdent peu à peu leur électricité.
La seconde hypothèse explicative peut s'appeler /a théorie des
(1) P. Bérard, Cours de physiologie. Paris, Labé, 1849, II, p. 109-110. (2) H. Lamarque, loco citato, p. 6-9.
métaux; le nom du D' Garrigou lui est intimement lié. Pour cet infatigable chercheur, qui s'appuie sur les expériences de Burq et la métalloscopie, l'action des métaux, contenus même à la dose d’un millionnième de milligramme, est réelle, car ces métaux arrivent du sein de la terre avec une activité spéciale due à l'impulsion des forces puissantes qui les ont impressionnés.
Une théorie plus récente est /a théorie des ions reprise par M. Frenkel, à laquelle nous avons déjà fait allusion en étudiant la dissociation du NaCI marin. M. Frenkel admet que les sels constitutifs des eaux minéralisées y sont contenus à l’état d'éléments dissociés et que Les métaux y existent réellement à l'état de sodium, magnésium... etc., pouvant être entrainés par un courant électrique des plus faibles à la cathode — cathions — ou à l'anode — anions.
Enfin, il y a /a théorie radiante de Crookes et de Pouchet (1). lei les métaux existent en proportions infinitésimales comme dans la théorie de Garrigou, mais ils existent aussi dissous en une extrême division. Chaque particule de cette solution est, en quelque sorte, douée d'individualité et caractérisée par des mouvements moléculaires énergiques. « Il est possible jusqu'à un certain point, dit Pouchet, de comparer cette extrême division des métaux dissous à l’état de la matière contenue dans le tube de Crookes. Le chimiste anglais a donné le nom d'état radiant à cet état dans lequel les atomes extrêmement dissociés se trouvent dégagés de toute influence réciproque, possèdent leur activité autonome et manifestent ainsi leur maximum d'énergie ».
Il paraît en somme résulter de ces diverses recherches, qu'en dehors de l’état électrique ou magnétique, la puissance d'action des éléments d’une eau minéralisée naturelle est due à l’instabilité des combinaisons, à l’état de division extrême des métaux sans que la nature des sels ou des métaux ait une même importance.
Mais il ne faut pas oublier non plus que cette activité est sur-
(1) Pouchet, loco citato.
me. 102
tout sensible sur les lieux mêmes où le liquide vient d’être capté ; puis elle va s’atténuant. L'eau de mer ne se consomme pas, que nous sachions, aux griffons et les manipulations qu'on lui fait subir lui ôtent certainement une bonne partie de ses propriétés originelles. La sagesse est d'éviter toute exagération.
S ILE. Action de l'ingestion marine sur la nutrition.
Une meilleure digestion permet une meilleure absorption, cette meilleure absorption entraine une assimilation plus normale et cette assimilation doit se traduire elle-même par une régularisation des échanges généraux.
Il était donc naturel d'étudier, en terminant, les modifications de ces échanges sous l'influence du traitement marin si favorable à la fonction digestive. Nous nous sommes adressé aux principaux éléments constitutifs de l'urine, dont nous avons rassemblé les variations dans le tableau suivant pour 14 sujets.
Variations des principaux éléments de l'urine.
OBSERVATIONS VOLUME ae RÉACTION URÉE PHOSPHATES | CHLORURES INDICAN Li + 960! — |+ acide | +12,00| +1,22| +1156| — INA — 850| + |+ acide | + 10,50 | + 044 pe RHONE Ve OU Te = 6.00 Elo Ve dot + 50| + |+acide|+1180| +188| +456| NAT 2 PU APE = “200 LOS A1 Vie +480 fr ces 22 —380| +010| +900! — NN + 480 |. ©: + dut acide) Loi oi le rene X VIE. — 600 | ‘+ ‘| — acide | +020 | +027| +793 "2 SVT Et ON RE ee L 060! 004 IMG SE XIE, A EM A00 | 2 L + 2,01" 080 INA TEE Roue | Pr +. acide le Sole CELL NS ENTRE XXL. La. 3 560 | RE es — 20 LOS H IN — AT 200! 7 Ce 00 el el XXXV....| — 550] + | acide | + 2,00 “ 075 |+1236| —
1° Le volume de l'urine a diminué dans 7 cas et augmenté dans 7 autres. La moyenne avant le traitement est de 1 litre 639, après de 1 litre 728. Bien que la différence soit peu marquée,
elle dénote cependant une tendance à l'augmentation. Cet élément échappe néanmoins à une action commune.
2° La densité a baissé dans 4 cas, augmenté dans 9 autres, n'a pas varié dans le dernier. Elle est en moyenne de 1017,3 avant le traitement et de 1020 à La cessation. Il y a donc augmentation.
3° L'acidité urinaire a progressé 7 fois ; dans les 7 autres cas elle n’a diminué qu’une fois sans paraitre varier les 6 autres. C'est dire qu’il semble plutôt y avoir une tendance à l’augmentation.
4 L'urée diminue dans 3 cas, mais augmente régulièrement dans les 11 autres. Sa moyenne au début est de 23 gr. 659 et à la fin de 27 gr. 243, soit une augmentation moyenne de 3 gr. 584.
° L'acide phosphorique total diminue 2 fois et augmente 12 fois. La moyenne primitive est de 1 gr. 646, elle s'élève ensuite à 2 gr. 057, soit ici encore une augmentation moyenne de 0 gr. 411.
6° Le chlorure de sodium augmente chez les quatorze sujets. Sa moyenne passe de 11 gr. 366 à 17 gr. 596, ce qui can à une augmentation moyenne de 6 gr. 230.
En reprenant toutes ces données, nous voyons qu’à la suite de l’ingestion d’eau de mer, on note une tendance à l'augmentation de l'acidité, un accroissement léger du volume, une augmentation réelle de la densité, de l'urée, de l'acide phosphorique total et du chlorure de sodium.
On peut done compter sur une stimulation énergique portant sur les principaux échanges organiques, ce qui confirme les recherches des précédents observateurs, d'Albert Robin et Binet, en particulier, qui font les mêmes remarques à propos de l’action du climat marin.
L'élévation du chiffre de l’urée a surtout l'avantage de traduire, d’une façon relative, l'élévation du chiffre de l’albumine consommée. La production de l’urée est en effet étroitement liée à la désassimilation des matières albuminoïdes de l’alimentation; elle n’en est pas seulement le témoin, elle en donne la mesure partielle. Son augmentation ne peut dépendre que de
deux facteurs, à savoir : une augmentation dans la destruction des albuminoïdes de l'organisme ou une augmentation dans les albumines assimilés. Comme le poids de nos sujets a, pour ainsi dire, constamment augmenté, nous pouvons vraisemblablement laisser de côté l'idée d'une désassimilation albuminoïde de l'organisme et réellement penser que l'accroissement de l’urée provient d'une meilleure assimilation des aliments.
L'élévation du chiffre des phosphates (raduit de même la meilleure utilisation des phosphates alimentaires. Nous devions nous attendre à ces résultats que l’état de nos malades nous faisait prévoir.
Telles sont Les variations des principaux éléments de l'urine, du début à la fin du traitement. Nous avons complété cette étude par la recherche, sur nous-même, des variations yournalières des mêmes éléments. Après avoir adopté un régime strictement fixe composé de : matin, 150 grammes de thé léger; midi et soir, viande 100 grammes, légumes en purée 200 grammes, pain 160 grammes, fromage 25 grammes, beurre 20 grammes, eau et vin au tiers 500 grammes, nous avons pris l'eau de mer à la dose de 50 grammes pendant quatre jours, de 100 grammes pendant les quatre jours suivants et de 200 grammes pendant les quatre derniers. Nous avons évité de cette façon la diarrhée du début qui aurait pu fausser les résultats de nos analyses. Il ressort de ces recherches, qui ne peuvent malheureusement avoir un caractère général, que :
1° Le volume diminue brusquement le premier jour (1285 à 890 grammes), conserve cette valeur les trois jours qui suivent, puis remonte assez rapidement et dépasse le chiffre du ed, pour atteindre son équilibre définitif.
2° La densité augmente brusquement dès le premier jour (1022 à 1034) pour revenir progressivement à sa moyenne finale plus élevée que celle du début (1026).
3° Les chlorures s'élèvent d'une façon continue: cetté élévation est proportionnelle au chiffre des chlorures ingérés.
4 L'urée paraît augmenter, chaque fois que varie la dose
d'eau de mer, pour redescendre ensuite tout en restant plus élevée qu’au début.
Le dernier élément que nous ayons recherché dans l'urine est l’indican. Sur les quinze malades où sa variation a été notée, il ne semble pas avoir varié sept fois, mais en revanche il diminue à huit reprises, sans augmenter en aucun cas. Ces résultats nous semblent en harmonie parfaite avec ceux de J. Carles que nous citions dans notre première partie. L'augmentation de l'HCI de l'estomac se traduit, souvent, par la diminution de l’indican. Si cette diminution ne s’est pas présentée d’une façon plus constante malgré l'accroissement régulier du chlore de nos malades, c’est que la formation de l’indican, commencée dans l'estomac par la décomposition bactérienne des albuminoïdes, dépend aussi, pour une bonne partie, des fermentations intestinales.
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