L'eau et le feu
turcs dont la justice a pour premier mérite d'être si expédilive. Le bâton, le fouet, la corde apportent dans les relations extérieures, la police de l'État et le régime intérieure des harems, une paix que les cités et les ménages d'Occident ne sauraient assez envier.
Quelques esprits mal faits refuseront de prendre au sérieux des réflexions que nous suggère le senUuient du hou oidre, et peutêtre trouveront-ils qu'elles manquent de logique. Les Turcs, répétons-le, furent toujours des hommes de bon sens, ronds en affaires, amis des solutions définitives et ne marchandant pas avec les mesures q\ii coupent court aux embarras de la vie.
Ali-Kliodja, qui gpuvernait ^ i^ ^urqii^, t
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aimait les procédés faciles et prompts. Or, les nœuds d'un cordon de soie peuvent dénouer des histoires beaucoup plus compliquées que celle de FrasquitaMoIinarès.dont la prétendue maigreur ne suffisait pins pour rassurer la favorite.
a Les goûts du Turc le plus passionné pour l'embonpoint peuvent se modifier.
Frasquila était loin d'être osseuse et décUarnéo; en tout autre pays que dans les possessions du Grand Seigneur, elle aurait passé pour être bien prise dans sa taille ; il n'est |)as statuaire qui ne s'estimât heureux do trouver un tel modèle.
» Les deys d'Alger ont cela de commun avec la plupart des hommes qu'ils sont d'hu-
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meur changeante. Si tout à coup les yeux musulmans d'Ali-Khodja se dessillaient, s'il s'avisait, comme un (vànc ghiaour, de s'apercevoir que les proportions irréprochables de la Frasquila étaient des attraits de plus, une révolution de harem devenait imminente.
)) La grâce piquante de la captive, sa fraîcheur, l'éclat de ses yeux, sa beauté qui renaissait en quelque sorte depuis qu'elle ne redoutait plus tant les caprices du maître, pouvaient au premier moment séduire Ali- Khodja; et les danses espagnoles ont un attrait si puissant!. . . »
Les inquiétudes de la favorite furent telles qu'elle en maigrit. En se pesant, ce qui était t
un de ses soins journaliers, elle se trouva plus légère d'une once. A quoi tiennent le crédit et les faveurs des grands!... Encore quelques onces de moins, elle n'aurait plus d'aulre ressource que de cacher sa honte dans les profondeurs du harem.
Femme de tète, elle se fit servir en abondance des mets savoureux et soporilifs. — Elle dormit comme une marmotte et rêva que la Frasquila était étranglée. Rêve charmant, mais qui justifie trop les terreurs de madame Molinarès, à l'aspect du cordon de soie .
Par bonheui" ce ne fut pas autour (hi cou gracieux de notre héroïne que ce cordon fut passé;
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— En considérntion de vos talents de chanteuse et de danseuse, dit Nabou-Nègre h Frasquita, Son Altesse consent à ne pas vons séparer de votre mère.
Et h ces mots, il IJa par les mains madame Molinarès avec sa 61!e. — Ensuite il les vêtit chacune d'un sac percé do trous pour les yeux. Elles se trouvèrent bientôt au milieu d'une troupe de soldats turcs qui gardaient déjà une vingtaine d'autres captiYA?s également vêtues de sarreaux mauresques.
Une aigre tronij ette se fit entendre, la tri)upe se mit en marche, sortit de la Casbah et descendit par les ruelles sinueuses de la montagne, vers la darse où l'on voyait
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amnrréesur ses ancres une grande corvcUe turque.
Plusieurs chaloupes étaient bord à quai. Des esclaves Francs, sous les yeux de gardiens armés de bàlons, l(^s chargeaient de ballots et les conduisaient ensuite à bord de la corvette. Enfin une dernière chaloupe accosta; l'on y fit monter les captives.
En ce moment Frasquita poussa un cri ■de surprise :
— Cerganii! ma mèrel Bergami!. . . disait-elle.
Le contrebandier maltais, déguisé en batelier maure, reconnut a sa voix la belle Frasquita :
— Eh quoi ! le dey la livre au Sulian, pensa-t-il. Oh! ceci me décide tout à fait. Dussé-je y perdre la liberté, je m'embarquerai sur celte corvette turque î
Nous avons laissé Bergami, deux ou trois mois auparavant, dans une rue obscure d'Alger, guettant les passants avec des intentions assez menaçantes. Un vieux Juif qu'il avisa sous un rayon de lune, lui parut être l'homme dont il avait besoin.
— Pas un mot ou tu es mort, lui dit-il à voix basse et en langue franque. Écoute et obéis.
Le canon d'un pistolet posé sur le front
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dû vieillard donnait à cet exorde toute l'éloquence' désirable. Le Juif ne souilla mol, ouvrit les deux oreilles et parut disposé à faire tout ce qu'oîi exigerait de lui.
— Je ne veux ni le voler, ni le faire de mal, ajouta Bergami; seulement j'ai perdu mon chemin , j'ai besoin dim guide, lu vas me conduire chez le consul d'Espagne.
— Mais... murmura le Juif tremblant.
— Parle bas et vite !
— Le consul n'ouvrira pas à cette heure de nuit.
— Il me faut un asile sûr ; je ne veux pas être esclave.
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— Ma maison... inuroinia le Juif.
— Non ! je veux un consulat, je snis de Ion les les nations, mène -moi où lu voudras, pouFYU que j'entre. . .
— Demain, dit le Juif , nous entrerons jartout.
— Tu me vendrais celte nuit.
— Par Abraham, Isaac et Jacob! je jure que non .
— Tes serments ou rien sont même chose; la peur le fait promettre, l'avarice té ferait trahir.
— Les portes sont fermées et barricadées, aucun consul n'ouvrirait; sois raison-