CHAPITRE I
— Non, mais ce qu’elle est chouette,
miss Aïcha ! Regardez vite, La v'là qui s’'trotte !
Ainsi parlait dans son langage le caporal d'administration Grosboïis.
Aïcha s’en allait d’un pas vif, rejetant
“sergent:
le frou-frou soyeux d’une jupe de foul'aise dans la blouse ajustée d'étoffe pareille. Sur la :
lard uni, rose, le buste à
torsade noire de son chignon une cape-
line de paille posait deux grosses pivoines :
pourpres. Sa démarche avait une grâcé
allègre. Elle respirait avec force l'air déjà
brûlant de l’éclatante matinée.
Le ciel était d’un indigo foncé : tout sé. détachait en plein relief, dans la lumière vibrante de mai.
Elle traversa la place du Comman- ‘longea l’église, s’engagea dans
. les jardins de Foasis.
Georges, pour recevoir sa mère et sa
sœur, avait loué, il y a quelques semaines, une petite maison au milieu d’un verger.
Par-dessus le mur de terre qui bordait
le chemin, le long d’un filet d'eau courante, elle reconnut le feuillage luisant des grenadiers, le svelte élancement des
trois palmiers. Elle sonnait à la petite
porte, quand, derrière elle, le bruit scandé |
d'un trot retentit. Elle se retourna;
c'était Georges. Déjà il sautait à terre,.
Jui tendait la main, képi bas.
Elle lui rendit le shake- hand, flatta dé petites tapes amicales l’encolure nerveuse du pur sang.
==. H ; est Pi elle.
AT crut déméler ‘une lee ‘une allusion blessante à sa chute de l’autre mois; il eut un regard de reproche si douloureux et si humble qu’elle en fut touchée, détourna la tête, CE
“calme ? demandait
- Plus d'ordonnance, 2 spahi était ‘rentré à
A La
nt £' A à
AE
:—— Elles dorment encore ? .fit-elle en sonnant de nouveau.
— C'est honteux ! dit Georges. Elles
ne savent pas ce qu’elles perdent. | ue #7 quatre heures, ce matin, en et Pos La
la corvée d’alfa.… c'était exquis.
-L'alezan campé:s ’ébroua, de se se-
coua violemment dans un -cliquetis de
Cüir-et d'étriérs 2. ge
La porte s'ouvrait. Georges ee Les rênes à l'ordonnance. |
— Passez, mademoiselle.
Il fallait enjamber la releva, sa jupe, Rep te de chevilles’ fines. Elle précédait - - Georges, sentant sur elle le regard brûlant du ; jeune homme.
Elle en était toute réchauffée, le bien-être de vivre, d'être
séguia # elle
désirée,
d’être belle. Pas un bruit dans la. maison : ;
les fenêtres étaient ouvertes. à — Thérèse, Thérèse ! cria-t-elle.
Une tête blonde parut.
— Monte, je suis prête. Comment,
goûtait
Re
vous êtes ensemble ? D'où sors-tu, “donc ? “a
Georges ? -\ NÉ AS TOUR
Aïcha se retourna, l'officier Ra contem- La LE 2
“plait toujours:, 7 2 S
:— Merci, mon lieutenant ! je mai plus x
besoin de vous, je sais le chemin.
Une courte seconde de silence. the gênée par la puissance du regard, er tacite et suppliant, devint: rouge, subitement, comme une cerise. L’afflux brusque
du sang colora de roses sombres ses joues |
mates, son cou rond, jusqu'au bloc déli-
cat de ses oreilles: Georges, s ‘inclinant, lui. Ro
baïsa les mains." | Elle jeta un bref toéatd autour d’elle.
heuréusement.
Ce fut cette’présence qui décida de
SE
Fe à l'écurie. Mais à vingt pas en arrière, plantée comme un piquet, la suivante arabe dans ses voiles blancs.