MECS
sans bruit, posa longuement : ses lèvres sur la nuque dorée d’Aïcha. Un cri perçant ; elle se levait en sursaut, et, reconnaissant son amie, l’âme hantée d’un autre visage dont elle voyait l’image adoucie, un instant elle demeura immobile, suffoquée, une main à son cœur, — puis, tout d'une pièce, elle s'abattit avec un grand sanglot, et elle pleura, étreignant Thérèse nerveusement sur son épaule.
Elles s'étaient comprises. Elles parlaient maintenant par petités phrases coupées.
Aïcha vidait le trop-plein de son cœur.
Les chères confidences si-longtemps ‘tuées.
à l’une
s'égrenaient. Rien n'était doux et à l’autre comme de fondre ainsi leurs tendresses, de communier en amitié dans
une troisième affection qui leur était chère. Ensemble, elles arrêtèrent le. plan de.
conduite. Le soir même Thérèse amènerait
Aïcha à Mme Allier, on dînerait avec Georges; demain, la demande officielle.
Aïcha se chargeaïit de-prévenir son père.
Tout se passa comme il avait été convenu. Pourtant deux graves incidents faillirent déconcerter leurs prévisions. La question de religion et la question de’la
dot furent les deux pierres d’achoppement
contre lesquelles l'avenir joyeux manqua
. de se briser. Mme Allier, après avoir ten- - drement embrassé Aïcha, la prit à part.
Elles montèrent s’enfermer solennellement toutes trois dans la chambre à cou-
cher.
— Thérèse vous a dit, ma chère petite?
Non Elle. avait craint de troubler le bonheur d’Aïcha, gênée par ce qu’elle avait à lui apprendre. Mme Allier ne fit pas tant de manières, elle alla droit au but.
— Ce mariage, Aïcha le savait bien, était vraiment selon son cœur; mais il fallait compter avec la société dans laquelle on était forcé de vivre. Evidemment, tout n'était que conventions.
Encore devait-on sy soumettre, dans la mesure de la raison et de la bonne entente
, Thérèse n'avait rien osé dire.
certes son fanatisme,
de ses intérêts. Tout le monde, sa famille,
ses relations trouveraient naturel que
le lieutenant Allier épousât Mlle Si-Salem:
Situation, noblesse, c'était parfait. Res-
tait l’objection absolue de la religion | 11
n'était pas question de croyances; entre braves gens intelligents, c’ était inutile ; 1l n'y a qu’un Dieu, qu’il s'appelle Allah ou
Jésus. Non, c'était une question de pra tique. Et même pas de pratique, de forme. D.
Jamais le monde n’admettrait que Georges
épousât une musulmane, une hérétique ;
tout le monde s inclinerait au contraire :
dévant une conversion,
de quelques SépARNers QUAIENS ne
réfléchit. Fhe Pers 1e,
Mme Aie S'excusa de Jui parler ainsi, / =
* fât-elle appa- .
rente, pour peu qu’elle fût arrosée en grande pompe baptismale, et paraphée
ra
mais. elle l’aimait, elle. voulait ‘assurer le’
bonheur, le repos de l'avenir. . Thérèse, tendrement, ments.
La jeune fille Le fit. signe de se. taie.
.réprenait les mêmes argu-
resta un moment” songeuse. Le raisonnément de Mme Allier, au point de vue so-
cial, était irréfutable: au point de vue religieux, sa hardiesse n’excluait pas le bon sens. " d’Aïcha fut prise :
n'avait jamais religion musulmane; beautés singulières . de lEvangile.
On
En une minute, la résolution elle ‘abjurerait. Elle … pratiqué réellement la ‘elle admiräit les
pouvait être une honnête femme dans …
toutes les religions du monde. Restait à
savoir ce qu’en penserait Si-Salem. Non.
mais son opportunisme politique.
se disait Aïcha, - Oui,
il faudrait lui parler de cela, dès demain,
- avant que Mme Allier vint faire Céré-
monieusement la demande. - — Quant au contrat, reprit l'excellente …
femme, nous en recauserons. Nulle diff
culté. F Elle avait de de date convenu des
tout avec sa fille. Pourvu qu’Aïcha jus-
tifât de la dot réglementaire.
diversion.
dans la petite maison de la seguia. Soir + UE printemps,