‹ L'Eau souterraineChapitre 3 sur 48 · LA PLUS SAUVAGE PETITE MORICAUDE QUI SE PUT VOIR (P · texte numérisé non relu

LA PLUS SAUVAGE PETITE MORICAUDE QUI SE PUT VOIR (P

La belliqueuse tribu des Ouled-Chaïd, soumise en apparence depuis près de douze ans, comme les autres tribus du sud de la province d'Alger, était. encore à cette époque, premiers jours de 1864, toute à une rébellion sourde. Elle n’attendait, avec son caïd, que lé moment propice où relever le front. L’insurrection.

générale, qui éclata vers le mois de septembre dans les trois ROMERE le lui fournit.

. Depuis la prise de oi en 1651, il semblait que la domination française fût assez solidement établie sur ce pays.

Mais eh même temps que la sécheresse

du sable, elle en avait l'instabilité. On “avait conquis;

on n'avait pas civilisé.

Quelques rares officiers, supérieurs de cercles, arabes, physiques et morales, apprivoiser bon nombre de ces âmes rudes et flottantes.

Il eût fallu, pour parachever l’œuvre, de la cohésion, de la persévérance, . de la durée, à l’organisation de la conquête.

Or, à chaque instant, le commandement changeait. On youlait, puis on ne voulait plus. Ro La main qui tenait le frein tantôt le serrait, tantôt le relâchait.

‘Opposez à ces: défauts les qualités adverses : fanatisme de religion, fanatisme

de liberté. Au service de. ces leviers puis-

sants, les premiers du monde, joignez ‘laide dé natures énergiques, infatigables, vivant de rien, rompues à l’ardeur, démo- ralisante pour d’autres, du climat; :le signal de la révolte une: fois donné, l'insurrection devait instantanément se généraliser. De collines en collines, d'un horizon à l’autre, les feux veillaient et se répondaient. Avec la rapidité du vent, que rien, dans les grandes plaines d'alfa, les étendues caillouteuses, n'arrête, la rébellion se propagea. L’amble rapide des petits-chevaux, le pas nerveux des coureurs Sillonna le sud des trois provinces, portant jusque dans les moindres fractions des tribus lointaines la nouvelle impatiemment espérée: Cétup un réveil unanime. à . La tribu des Ouled-Chaïb, ancien des Ben-Brahim, relevait de la

tribu plus vaste des Larbaas, qui avec les Ouled-Sidi-Cheick et les Ouled-Nayls

se partageaient en maîtres les territoires

immenses compris, au sud des provinces d'Oran et d’Alger, entre le Mzab, le Maroc et le Tell. Etendues de déserts mornes, semées de place en place d’oasis et de massifs montagneux où de pauvres villages cachent leurs maisons de terre

dans des creux sauvages, se suspendent

. à des flancs abrupts.

Les CASE Chaïb comptaient fix de

commandants ‘ chefs de bureaux avaient pu, à force de qualités

apanage.

ment éternel du vaincu.

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de L'EAU SOUTERRAINE. &

cent Part sr à cinq où “six douars.

Ils pouvaient mettre à cheval quatrevingts cavaliers armés \de fusils ; c'était comme une famille patriarcale,

un même sang, la sève toujours pure de Ben-Brahim, l'ancêtre. De ‘père en fils,

‘en frère, en neveu, le manteau rouge de, | caid s'était. successivement transmis, au des convoitises et de l'assassinat. Le caïd d'aujourd'hui, Si Salem ben Brahim, père d’Aicha, était bien, somme toute, avec sa noblesse authentique et nomade, le chef légitime

hasard . de l’hérédité,

des Ouled- Chaïb. s: | ‘} Était-ce sa faute si son neveu : Mobrouck, fils du caïd précédent, tué dans

‘‘une charge par une balle mystérieuse,

n'était pas en âge, avec ses douze ans, de

faire parler la poudre et de faire valoir ses droits? En attendant que cet enfant devint homme et sans doute caïd à son.

tour, les Ouled-Chaïb poursuivaient, conduits par Si- Salem, bonde et libre. qu'avaient vécue leurs

pères. Comme jadis ils menaient paître, leurs troupeaux dans les plaines grasses du Tell, et pas-

une partie de l’année,

saient l’autre à cent lieues de Jà, chassant la gazelle et l’autruche à daïas du sud, tandis que dans les douars,

à des places immémoriales, près d’une … source ou d’un puits, les femmes tissaient À

la laine ou préparaient le couscous.

Avec les Larbaas, ils avaient fait leur

soumission, Laghouat pris. Avec les Lar- ‘baas, ils secouaient le joug: Dociles tant l'avaient senti peser durement,

qu'ils | vite, ils profitaient du moment de détente:

Chaque tribu, chaque famille avait sa

raison déterminante, telle que charges

trop lourdes de corvées ou d’ HRpOree Aer Se

de satisfaction et de justice.

Mais chez tous, au fond, la lassitude et la haine d’exigences si contraires à leurs

habitudes, à leurs mœurs, et le ressenti.

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