‹ L'eau sur le plateau central de la FranceChapitre 33 sur 43 · CHAPITRE XXXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXI

Physionomie de» Lac».

C*est principaloment sur les lacs que Ton peut étudier la physionomie des eaux. Ces bassins sont quelquefois traversés par des courants, mais, en généraf, leurs eaux sont soustraites aux influences de la pente du sol et aux mouvements qui sont imprimés par récoulement. Ce sont surtout les lacs de la Suisse et quelques-uns des petits lacs d'Auvergne qui nous ont fourni les exemples que nous allons rapporter.

Le 29 août 1847, les eaux d'un lac situé entre Nantua et Bellegarde, étaient d'im vert mat très-beau et très-pur. Des vapeurs s*élevaient de la surface ou des espaces assez grands étaient ridés et même clapotants, tandis que tout le reste était uni conune une nappe d'huile.

Le 30 août 1847, à huit heures du matin, la couleur de Teau du lac de Genève, était d'un bleu très-intense. On ne distinguait pas le fond. On pouvait croire que cette belle couleur était l'azur du ciel réfléchi par le lac, mais en comparant au cyanomètre la nuance de l'eau et celle du ciel , on trouvait une grande différence et l'on avait la certitude que la couleur de l'eau lui appartenait en propre. La surface était maillée presque partout, à l'exception de larges taches unies et miroitantes, malgré le vent nord-est qui régnait. Au milieu du calme, on voyait naître sur l'eau, de t?mps en temps, de plus grosses ondes tout-à-fait indépendantes des mailles et des rides. Sur ces ondes se présentaient divers plissements très-curieux.

On remarquait encore au milieu des rides des espaces huileac allongés et quelquefois bifurques.

Le 20 août 1861, ce même lac de Genève, vu de Lausanne, paraissait terne et gris; le ciel était couvert et des nui plombés se réfléchissaient sur Teau.

Le 21, à quatre heures du soir, le lac était un peu agitée» et offirait les panachures les plus singulières. On y voyait deat espaces bleus, d'autres verts ou violets, puis de large^i baades» blanches malgré un soleil brillant.

Le 22, le lac était bleu, avec de larges taches calmes et huileuses et de petits filets couraient à la surface comme des ruisseaux d'eau vive. Le temps était très-frais.

Le soir du même jour, les taches violettes se montrèrent encore au milieu de l'azur et les ruisselets se mirent à couler plus rapidement encore que le matin.

Le 26, par un temps magnifique et vers midi, le lac paraissait formé de bandes bleues et de bandes blanches, mais en approchant on reconnaissait que le blanc était dû à des bandes de calme qui alternaient assez régulièrement avec les bandes bleues qui étaient agitées.

Lac de Neufchâiel, — L'eau est verte en sortant d'Yverdon. Plus loin elle bleuit un peu, mais reste bien plus verte que celle du lac de Genève. Par le vent du nord, la surface de l'ean était d'abord clapoteuse, à vagues assez fortes par suite dé la violence du vent. Tout-à-coup, sans que le vent faiblisse, nous traversâmes une tache huileuse dont la surface était légèrement ondulée, puis plusieurs autres espaces très-inégalement ridés, comme sur le lac de Genève. En approchant de Neufchàtel, l'eau prit ime couleur vert de mer très-intense, semblable à la couleur de l'Océan sur ses rivages (31 août 1847).

Le 23 août 1861, les eaux de ce lac étaient aussi d'un beau vert. Sa surface, très-légèrement agitée offrait de grands espaces entièrement calmes.

Le 26 du même mois, les eaux n'ofTraient ce vert pur que sur certains points.

IjSl rivi^M'O qui sort du lac de Noul'chàtel pour se rendre dans le lac de Hienne était peu agitée par le vent. Ses eaux étaient presque partout maillées avec quelques taches miroitantes; elles étaient d'un vert bleuâtre (31 août 1847).

Lac de Bienne, — En entrant dans ce lac, les eaux de la rivière perdaient un peu de leur transparence, et au point de leur jonction avec les eaux du lac, à une certaine distance déjà dans ce dernier, on remarquait une sorte de barre et une ligne de démarcation très-tranchée dans la couleur des eaux. Celles de la rivière étaient d'un vert-bleu opaque, celles du* lac très- transparentes, d'un vert de mer plus foncé que celui du lac de Neufchdtel (31 août 1817).

\jQ 26 août 1861, le lac de lîienne, dont les eaux sont vertes, paraît huileux et blanchâtre, avec des espaces plus ridés et d'un vert pur. Les variations de calme et de couleur sont indépendantes de la profondeur et se montrent tantôt sur les bords, tantôt sur les points où le lac atteint sa plus grande profondeur.

Lnc de Lucerne. — Le 3 septembre 1847 , l'eau du lac est tantôt écailleuse et tantôt clapotante. Sur d'autres points, elle est tricotée, sur d'autres, miroitante, offrant ainsi une multitude d'apparences indépendante-» du vent. En approchant de Fluelen, où la Reuss vient se jeter dans le lac, l'eau avait un autre mouvement encore, c'était l'impulsion communiquée |)ar la rivière, laquelle ne détruisait ni les rides, ni les tache-; huileuses. La couleur de l'eau était d'un bleu-gris un \^u opaque, comme si le lac conservait une partie de cette multitude de paivîelles enlevées par la Reuss aux roches sur lesquelles elle s'élance, dans sa longue descente du Saint-Gothard. En effet le bleu, toujours verdâtre, est plus pur ver*; le milieu du lac que sur ses bords. Déjà, vers la chapelle de (luillaume Tell, Teau est moins limpide et son opacité augmente, à mesure que Ion approche de l'embouchure de la Reuss.

Lac de Constance. — Le 24 août 1861 , le lac de Constance présente des espaces calmes et d'autres fortement ridés. Ses eaux,

sur certains points, sont d*im vert vif et même vert-de— ^is d'une grande intensité. Le lac présentait ce caractère surtout au-delà de Constance, en venant de Schafifouse.

Lac de Zurich, — Le 25 août 1861 , le lac, agité par le vent était d'un beau vert. Le matin, il était calme, huileux, zziais toujours vert. En approchant de son extrémité en partant de Zurich, il devient d'un vert-de-gris vif ei pur comme le lac de Constance.

Saint'Gothard. — De petits lacs, situés j)rès du sommet <!» Saint-Gothard, ont les eaux noires (3 septembre 1847).

Lac Majeur, — Le 4 septembre 1847, il pleuvait, le nia'ti>^r sur ce beau lac, et la multitude de gouttelette > formait sur l'^^^u un dessin tres-fiu, résultant de petits cercles concentriques qu i *^^ tardaient pas à joindre leurs ondulations. Mais ce dessin pùx"*^" culier n'altérait pas les autres mouvements de la surface. A.it*^^» àLocarno, Teau était ondulée, à Louvino, elle était clapote ixs^^ i près des îles Boromées, de grands espaces étaient ridés, tai»<^*^ que les surfaces les plus étendues paraissaient huileuses et rxiiroitantes. La couleur des eaux est le voit-bouteille foi*^^* Quoique très- transparentes, ces eaux difl^L^rent beaucoup piHC" '^ couleur des lac > de la Suisse.

Lac du Mont Cents, — Les eaux de ce lac sont d'un ^ d'émeraude dont la nuance change quelquefois sous certa» influences. Le 28 juillet 1845, on voyait des espaces d'un plus foncé, dispersés irrégulièrement sur le vert le plus pur* lac était assez fortement agité et montrait partout des ri Pendant dix jours, nous n'avons pas ru une seule fois ces € entièrement calmes et sans mouvement.

Hambourg, — I^ 6 octobre 1847, nous observions la gra-i pièce d'eau qui se .trouve dans la ville mdme de Hambourg, surface était ocai lieuses et fortement agitée ; mais, chose rett^ quable, elle était traversée diagonaloraent par des lignes huil ses, trè-î-c'troites (20 à 30 centimètres), lesquelles restai'

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parallèles entre elles;. Cette apparence si remarquable a persistf^ toute la journ<fe, malgré le vent et la pluie.

Pros de Paskow (Russie), le 13 mai 1869, les eaux du lac Peipus sont verdàtres et doucement agitées par de petites rides.

Le 27 mai 1869, les eaux du lac Ladoga sont unies comme une glace, avec quelques légers frissons disséminés. Elles sont d'un vert jaunâtre à leur sortie, et doivent probablement cette couleur aux rivières nombreuses qui se jettent dans ce bassin , après avoir traversé d'innombrables marais tourbeux.

Lac (TOo. — Ce lac, situé à une assez grande élévation dans les Pyrénées, offrait dos eaux d'un vert d'émeraude et d'une grande limpidité. Leur surface présentait des espaces huileux et d'autres ridés, comme nous l'avons vu plusieurs fois sur le lac de Genèvo (7 apût 1850).

Les lacs d'Auvergne nous ont souvent montré les mêmes apparences que celles qui viennent d'être signalées. Ce soat toujours des rides et des espaces huileux et miroitants, souvent indépendants des vents qui rognent, comme s'il existait sur ces eaux des pressions atmosphériques locales et très-circonscrites, capables de modifier la surface du liquide.

Gour de Tazana. — Nous avons vu ses eaux tranquilles et à peine ridées le 25 juillet 1830. D'autres fois, nous y avons vu des rides et même des vagues clapotantes qui frappaient ses rives.

Lac Pavin. — Le 16 juillet 1847, dopxiis 9 heures du matin jusqu'à 2 heures du soir, époque à laquelle nous avons cessé de naviguer, nous avons vu, à chaque instant, sur ce lac, paraître des taches irrégulières n'offrant aucune ride. Elles ressemblaient à de l'huile versée sur l'eau. Le reste du lac, agité par une brise légère, offrait des milliers de petites ondulations qui en ridaient la surface et ôtaient à l'eau sa transparence par le croisement continuel des rayons lumineux. Les surfaces unies ou huileuses so présentaient, tantôt sur un point, tantôt sur un autre, sans cause apparente. Elles s'étendaient quelquefois avec rapiditi^, en éteignant les rides, ou bien elle^ restaient très long-

temps sans s'agrandir, puis tout-à-coup, de petites rides annonçaient que Teau avait perdu cette singulière apparence et, les rides augmentant toujours, cette surface se a>ufondait avec le reste du lac.

Quand, au contraire, les rides venaient à s'éteindre pour constituer des taches planes et huileuses, elles disparaissaient plu« ou moins vito dans dos directions indéterminées, en sorte qne let taches miroitantes, de rondes qu'elles étaient dans le principe, devenaient très-irrégulières. Le bateau traversait ces espaces sans y produire de rides, mais seulement dos ondulations plus larges, résultat des déplacements de Teau. Le 31 mai 1853, la surface du lacPavin était agitée par le vent. Le^ vagues se succédaient rapidement et, malgré cela, on voyait des lig les unie', et calmes qui séparaieat en larges bandes les espace % agitée.

Le calme renaissait aussitôt après la traversée. L'eau du lac agitée par les roues à palettes de notre petit bateau, était d'un bleu d'azur, semblable à celle du lac de Genève. Sur les bords, où le fond pouvait encore s'apercevoir, elle était d'un vert vif et pxir. Sa transparence était telle, qu'à 10 mètres de profondeur, on distinguait les plus petits objets.

Le 27 mai 1854, les eaux du laoPavin étaient fortement ridées et chaque ride en offrait elle-même phisieurs autres plus petites. Le vent S. 0. soufflait avec assez de force» et semblait tomber perpendiculairement par colonnes ot par rafales à la surface du lac. Ces rafales produisaient sur l'eau des centres de rayonnement d'où partaient une infinité de petites rides argentées, lesquelles s'éloignaient, s'éteignaient ou se combinaient à d'autres rides.

Lac (le Montsineire. — Le 30 août 1851, ses eaux noires ëtai(mt fortement agitées par le vent et les vagues clapotantes tenaient s'étendre sur le? p )uzzolanes de la rive. Malgré l'agitation doH eaux, leur surface était couverte de petites lignes d'éeumo, très-Unes et parallèle*?, que le mouvement des eaux ne d(ttrui<<ait |ms et qui semblaient retenues par une force particulifcfH. Uno des parties du lac, presque la moitié, n'avait pas cas liglian d'écunie qui nous rappelaient les lignes diagonales de J&

pièce d'eau do Hambourg et les bandes unies et sinueuses de la Moselle, à Thionville.

Lac de la Godivelle. — I^ 18 septembre 1855, le vent était faible et ridait d'une maaiore régulière la surface du lac. Il y avait cependant près d*un des bords une surface allongée de 12 à 15 mètres sur i ou 3 seulement de large, qui restait miroitante? sans mouvement et sans aucun changement pendant deux heures au moins, car après ce laps de temps, nous quittâmes les bords du lac.

Lac d'Aydat, — I^ 11 août 1848, à quatre heures du soir, par un beau temps et un ciel pur, nous trouvâmes la surface du lac tricotée avec quelques taches huileuses. Le vent était nul ou insensible. Une bande unie, large de deax mètres au plus, parfaitement droite, traversait le lac diagonalement du sud-ouest au nord-est. Nous ne pûmes nous rendre compte de la cause de cette apparence. Cette bande persista pendant plus d'une heure, et existait encore, lors de notre départ.

Lacs d'Aubrac, — Les eaux qui descendent des montagnes vers la Guyole, département de l'Aveyron, paraissent noires et il en est de même de celles des lacs profonds de TAubrac.

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