CHAPITRE XXX De la Pbyftlonomle des Eaax
* L'eau présente certains caractères d'ensemble qu'il est impossible de définir et qui appartiennent à des causes qui ne sont pas toutes connues. La couleur, la phosphorescence , les rides ou mouvements paisibles, les vagues déterminées par les courants aériens, tout cet aspect si variable de la surface donnent aux eaux de la mer, à celles des lacs, à celles des rivières et des ruisseaux une véritable physionomie variable dans son expression à chaque instant du jour.
Trois espèces d'apparences concourent à donner aux eaux cette physionomie ; ce sont la couleur, les mouvements et Jla phosphorescence.
U n'est personne qui ne sache que l'eau pure est tout à fait incolore. C'est ainsi qu'elle se présente recueillie dans un vase en petite quantité, mais il n'en est plus de même quand l'eau est en grande masse. Elle ofire alors presque toujours une coloration bleue, verte, noire et quelquefois jaunâtre. Le plus ordinairement la couleur des eaux pures varie du vert au bleu d'indigo. Cette dernière nuance est celle de la pleine mer. C*est aussi celle de certains lacs, celle de quelques cours d'eau, comme le Rhône quand il sort du lac de Genève,
La couleur verte se voit surtout dans TOcéan près des côtei et dans les régions polaires. Plusieurs cours d*eau sont aussi d'un très-beau vert.
Les eaux noires sont assez fréquentes dans diverses contrées, elles sont en même temps d'une transparence extrême. D'Orbigny pense que cette couleur est due au séjour des eaux dans les plaines et dans les marais.
C'est surtout dans les fleuves américains dont les eaux sont généralement chargées de matières organiques, que Ton remarque les colorations les plus diverses, bien que le liquide conserve toute sa transparence. De Humboldt cite à plusieurs reprises ces eaux colorées et surtout les eaux noires et miroitantes. Celles de TAtabapo, dont les bords sont ornés de magnifiques Mélastomacées, celles du Temi, du Tuamini et de la Guainia offrent la. teinte brune du chocolat, et sont complètement noires à Fombre des Palmiers.
La plupart des rivières de la Russie ont des eaux très-noires et chargées de matières organiques. Cela tient à la quantité de marais tourbeux qui existent dans cette contrée et à la masse de bois que Ton fait Ûotter dans les moindres cours d'eau. Ces eaux noires , quand elles ne sont pas trop chargées de nxatières organiques, sont en général d'une grande transparence. II en est àe même des eaux vertes qui doivent sans doute à la même cause leur couleur et leur limpidité. Une branche du Nil, celle qui descend des montagnes et se réunit au Bahar-et-Abiad près de Halfaja, offre des eaux vertes si transparentes que l'on distingue les poissons au fond de la rivière.
Nous avons vu dans les terrains jurassiques bon nombre de ruisseaux d'un beau vert.
M. Deville considère l'eau bleue conmie la plus pure et le bleu comme la couleur naturelle de l'eau. Il a obtenu dans Fanalyae d'eaux moins pures, une matière organique jaune, laquelle , dit-il, en se mêlant au bleu constitue l'eau verte. Si lama* tière jaune donodne, elle impose sa nuance affaiblie à Teaii.
Malgré la simplicité de cette explication, il nous sen^ble qu'il existe encore dans les colorations si variées des masses^ d'ei^ii, des effets qui sont inexpliqués.
Il parait certain que Tazur est la couleur de Teau pure. L*eau de la mer présente toujours cette couleur quand elle est assez profonde pour que la nuance du fond, souvent jaunâtre, ne vienne pas verdir ou modifier la couleur du bleu. Tuckey désigne la couleur des eaux d^ l'Atlantique sous le nom d'azur vif. Le capitaine Scoresby qui a fait de si intéressantes études sur les mers polaires, compare la nuance de la mer sous ces hautes latitudes au bleu d*outremer. M, Costoz compare la couleur de la Méditerranée au plus bel indigo. C'est aussi la nuance du ciel dans les plus belles régions.
Rien de plus beau, de plus mobile que la surface des eaux ; la lumière absorbée et la lumière réfléchie sont les causes des couleurs pures que Teau possède ou qu'elle reflète. Les nuances les plos pures nous sont offertes par les eaux depuis l'azur le plus vif jusqu'au vert le plus intense. Souvent même ces deux nuances sont unies , et l'on hésite pour savoir sous laquelle des deux la couleur de l'eau sera définie. L'eau reflète le ciel et toutes ses splendeurs, les nuages s'y répètent en gardant leur coloris, l'aurore les illumine de feux que la moindre brise mobilise et les franges éclatantes du crépuscule se multiplient aussi sur les vagues. Chaque ondulation de l'air se traduit sur le miroir liquide, la cime des arbres et leurs feuilles agitées, les fleurs elles-mêmes qui embellissent les rives , viennent se mirer en modifiant leurs formes et leurs contours, et l'oiseau qui voltige au-dessus des eaux confie à ce miroir fidèle toutes les richesses de sa parure.
N'avez- vous pas vu le soir, quand les vents se reposent , le soleil s'approcher lentement du lac bleu? Son image vient à sa rencontre, puis confondant l'illusion et la réalité, ils plongent ensemble et nous renvoient le crépuscule avec tous les mirages de la lumière qui s'éteint.
Ce n'est pas tout encore : si nous cherchons à faire pénétrer nos regards dans la masse liquide, nous y voyons ces poissons aux écailles nacrées dont l'irisation change avec chaque rayon du soleil. Dans les lieux* où le calme est parfait, ce sont des plantes au feuillage vert ou rose qui se balancent ou forment au fond des eaux des forêts en miniature où les habitants des
abîmes trouvent repos et sécurité lors même que la tempôte soulève les flots.
Pnospiioresoence.
Ce phénomène lumineux appartient principalement à TOcéan, où combiné aux divers mouvements des vagues il produit les effets les plus admirables. Mais il n'est pas non plus étranger aux cours d'eau et aux eaux stagnantes. Il paraît dû, dans tous les cas, à la présence de matières organiques dans certaines con* ditions. Dans la mer, ce sont souvent des animalcules, des ssoophytes d'une petitesse extrême, lumineux par eux-mêmes et présentant dans les eaux, sous la zonetorride, l'illumination que certains insectes accomplissent pendant leur vol aérien.
Dans les cours d'eau toujours peu rapides, et surtout dans les marais, c'est une substance organique dont Tétat n'est pas connu et qui reste en dissolution ou en suspension dans l'eau.
Nous en avons vu un remarquable exemple en Auvei^ne, dans la nuit du 12 au 13 avril 1830. Nous nous étions égarés, M. Bouillet et moi, sur de vastes landes situées entre Chalameiroux et Bourg- Lastic ; des trous profonds , marécageux et remplis d'eau depuis l'automne précédent , étaient disséminés sur cette lande. De temps en temps, par l'obscurité la plus coin* plète, Tun de nous tombait dans une de ces cavités où souTe&t nous avions de l'eau bourbeuse jusqu'aux aisselles; en sortant, toute la partie mouillée, mais surtout les jambes, était himineuse et cela malgré une température assez basse et une pluie battante. Ces curieux phénomènes se manifestèrent à notre grand regret pendant un laps de temps bien long, car nous marchions depuis vingt-deux heures, trop mouillés pour pouvoir nous arrêter et prendre un peu de repos.
Un phénomène, sans doute analogue à celui que nous venons de rapporter, mais plus complet, est rapporté par le docteur Martin Linch, qui l'a observé dans le comté de Galwaj, dans la se^ conde'quinzaine de janvier 1836..Pcndaut qu'il voyageait la nuit, au milieu de tourbières, il vit s'élever autour de lui des câues lumineux, t Ces cônes avaient des dimensions très-variées;
quelqaes-tins n*ayaut que 5 à 6 pieds de diamètre à leur base, tandis que d'autres en comptaient de 20 à 30. Le nombre de ces cônes variait aussi presque à chaque instant , et rarement il sembla être de plus de 30. Ils s'élevaient tout d'un coup à des distances assez variables , soit de moi, soit des autres cônes, et disparaissaient bientôt pour être remplacés par d'autres. Quelques-uns paraissaient placés à plus d'un mille de distance; d'autres semblaient n'être qu'à quelques pas seulement. La forme de chacun d'eux pouvait être comparée avec assez d'exactitude à la flamme qui s'élève au-dessus d'un vase dans lequel brûle da l'alcool. » (De la Phosphorescence dans les Corps organiques et inorganiques. Revue britannique, mai 1843, p. 41. "»
Mou veillent •
Il semble que l'eau ne soit jamais dans un repos complet. Si nous envisageons les sources et les cours d'eau, il est bien certain que le mouvement est d'autant plus rapide que l'inclinaison du sol est plus considérable ; mais indépendamment du mouvement par suite des lois de la pesanteur, on voit encore à la surface des rivières des ondulations que Ton ne peut expliquer.
Quand les eaux ne sont pas courantes , qu'elles dorment dans des lacs, l'état de la surface varie à chaque instant, et ce qui efit le plus curieux c'est que les divers effets de mirage que l'eau peut ofirir sont disposés par places irrégulières, comme nous en verrons plus loin de nombreux exemples.
Dans la mer ce sont des courants superficiels, ce sont des flots, pe 6(mt des vagues plus ou mtoins rapides et plus ou moins élevées.
Dans toutes ces circonstances, on ne peut expliquer entièrement ces divers mouvements par l'action complexe des vents eH des marées sur les mers, par l'action du vent seul sur les cours d*eau.
On ne peut nier l'action du vent; il agit suivant son intensité et sa durée; il soulève les vagues à de grandes hauteurs, les brise sur les rivages ou sur les écueils , ou bien il s'étale dou-
cernent sur les eaux et ne leur imprime que des rifles ou des oscillations. Il peut encore compliquer ses mouvements etélevf* sur le dos de chaque lame plusieurs petites vagues qui lend^^^ ' sa surface onduleuse.
Le vent, quand il dure longtemps, produit encore d'autres ^f" fets , mais on ne peut tout expliquer par son action. Le colocB-'^i Emy, dans un travail intitulé du Mouvement des Onda ^ des Travaux hydrauliques mariiimes, attribue, en partie, ^ des flots intérieurs qu'il appelle flots de fond, les mouvement ^* que l'on remarque à la surface des mers. Quant à nouS| no sommes entièrement de Tavis du colonel Emy, bien que théorie ait été savamment combattue par M. de Caligny. nombreuses observations que nous avons faites en temps cahn^^^ sur des rivières et sur des lacs , dans presque toute TEurop^^^ nous ont fait reconnaître que la surface était à chaque ins modifiée par des flots qui remontaient du fond à la partie su rieure.
Sans avoir la prétention d'expliquer tous ces phènomèn nous allons placer ici une série d'observ'ations détaillées s la physionomie des eaux de la mer, des cours d'eau et des lacs
Les Eaux de la Mer. — Nous n'avons pu faire qu'un pe nombre d'observations sur les eaux de la Mer et sur les dire aspects que présente sa surface. C'est là que les vents ont plus de puissance; ils se combinent avec les marées et les co rant^, agissant tantôt dans un sens, tantôt dans un autre, rida soulevant, entraînant ou choquant les vagues avec plus ou ma de violence.
La couleur des eaux présente aussi de très-grandes différence Pallas a vu la mer Caspienne d'un gris vert, à une petite distance de l'embouchure du Jaik (Voyages, 1. 1, p. 678). C'était en août 1769.
Entre Marseille et Calvi (Corse) nous avons vu la surface de la Mer très-inégale. Notre bâtiment traversait des espaces u^^^ comme s'ils eussent été couverts d'huile; un peu plus loin r ^^ entrait dans des eaux à surfaces maillées, tricotées. Ailtet^'^ la Mer conservait encore un peu de houle qu'elle avait reçu
la Teille d'un vent assez violent. L'image de la lune, reflétée dans Teau , était mobile et tremblante sur les parties agitées , pure et tranquille sur les taches d'apparence huileuse (16 avril 1851).
Le lendemain, à l'île Rousse (Corse), il n'y avait plus de vagues, mais des espaces ridés séparés j)ar des zories complètement tranquilles. En étudiant les vagues à Cette et à Aigues-mortes, nous remarquâmes que chacune d'elles laissait sur le rivage une petite zone sableuse qui indiquait très-nettement la forme et la dimension du flot qui venait de la former.
Ces zones persistaient pendant quelque temps, se superposaient et s'entrecroisaient en suivant les formes capricieuses de la vague et disparaissaient ensuite effacées par les lames qui se succédaient. A Aigues-mortes, le vent avait ridé les dunes de sable, comme il ride souvent la surface de l'eau, ces dunes présentaient l'aspect tricoté, exactement commecertains espaces sur la Méditerranée. On remarquait parfaitement le côté d'où venait le vent, la pente était adoucie et le côté abrité était toujours escarpé. On voyait du reste le sable monter sur la pente douce, comme doivent le faire les molécules de l'eau, et descendre ensuite, ou plutôt tomber du côté opposé. En sorte que la surface de ces petites plages changeait à chaque instant absolument comme la surface de l'eau, mais bien lentement comparativement aux mouvements qui s'opèrent sur les plaines liquides dont l'élément jouit d'une si grande mobilité (22 octobre 1849).
Le 10 septembre 1847, l'eau des lagunes de Venise présentait les nuances du vert sale, du vert jaunâtre et même du vert brun comme le vert de bouteille. Elle était fortement ondulée par l'impulsion du vent. Néanmoins des dessins variés se produisaient au milieu des ondulations, comme si le liquide, choquant un obstacle sur le fond, était renvoyé, et remontait en modifiant l'action produite par les courants aériens. Aussi, à l'entrée du grand canal, l'eau de la lagune arrivait avec force et aussitôt elle éprouvait un remous produit par divers obstacles. Les vagues, revenant en sens contraire , la surface de l'eau pressée par dessous, devenait frémissante; c'est-à-dire qu'elle offrait un dessin à mailles très-fines , continuellement agité d'un léger
mouvemeut, et dont les rides s'eiitrocToisaient de mille nières. La veille, au contraire, Teau des lagimes était calmi d'apparence huileuse.
Le 22 septembre 1847, nous quittions Venise pour attein Triesto. En sortant de la première de ces villes, l'eatl de l'Ad tique reste d'un vert sale pendant très-longtemps, puis elle pure, devient verte et ensuite bleue; mais dans tout ce tia. la mer conserve dans le bleu une légère teinte de vert. La nuâ' de cette eau est magnifique vers le milieu de l'Adriatique conserve toute sa pureté du cdté de Trieste. U est évident les fleuves qu'elle reçoit à peu près tous du côté do Venise s usent pour altérer l'eau bleue près des rivages de la Vénétie.
Les mouvements de l'eau étaient très-curieux et oat souvent pendant la traversée qui a duré dix heures* Un ir nord-est soufflait assez fort et la mer clapotait. Mais peudamnient de ces vagues produites par le vent, il y a des ondulations très-larges et très-inégales. Un peu plus la mer présenta une très-curieuse apparence ; il semblait de grosses gouttes de pluie y tombaient ; sa surface était t hérissée.
Cette apparence était produite par deux petits plis doubl très-étroits et inégalement disséminés sur les vagues, lesquels alors ne clapotaient plus.
Un peu plus tard, nous vîmes une apparence analogue prédis par des pointes de très-petites vagues qui paraissaient comj^ mées en différents sens de manière à finir en une petite poi très-saillante. Près de Trieste, la mer était calme, très-u sur de grandes surfaces avec do petits espaces distincts couve» de rides extrêmement fines.
Le 23 septembre 1817, la mer, vue des hauteurs qui doniin Trieste, se présentait comme une vaste surface huileuse mée de taches irrégulières plus foncées, ternes et nullement lantes comme les parties qui les entouraient. En descend vers le rivage, on reconnaissait que les taches ternes étaient d à des rides très-nombreuses qui existaient sur des circonscrit^;. Pourquoi ces rides plutôt sur an point que un autre?
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Le 6 octobre 1847 nous observions les eaux de la mer Baltique à Kiel. Elles étaient agitées au point de déferler; cependant on voyait à la surface de petites rides qui étaient soulevées par les vagues sans s'éteindre ; on remarquait aussi quelques zones miroitantes et huileuses ; la couleur de Teau était d'un bleu sale avec des espaces assez grands d'un vert tendre.
L©27 mai 1869, le golfe de Finlande, au-dessous de Saint-Pétersbourg, est d'un calme parfait; l'eau est huileuse dans toute l'étendue du golfe avec quelques larges plaques tricotées. Le soir les mailles du tricot sont d'une finesse extrême avec le calme le plus profond. L'eau est très-limpide, d'un vert bouteille, ondulant en vagues nacrées par la lumière oblique et dont les intervalles reflétaient le bleu du ciel.
Les Eaux courantes. — Les cours d'eau, ruisseaux, rivières, fleuves présentent sur divers points de la terre, quelquefois trèsrapprochés, des différences considérables. Les petits cours d'eau ont souvent des couleurs qui leur sont propres. La physionomie des fleuves dépend surtout do leurs divers mouvements et de la manière dont les flots , modifiés par la pente du sol et par l'action des vents, se succèdent, s'effacent ou se superposent.
U y a longtemps déjà que De liumboldt a parlé des eaux noires et des eaux blanches , les unes et les autres étant parfaitement limpides ; nous pouvons y ajouter les eaux vertes et les eaux bleues.
Ces dernières ont ordinairement de la profondeur et le plus bel exemple que nous puissions citer est le Rhc^ne à sa sortie du lac de Genève. Il marche rapidement et l'on croirait voir couler une solution d'indigo.
La Reuss, en sortant du lac de Lucerne, offre aussi des eaux bleues, mais dont la nuance est moins foncée que celles du Rhône ; on y remarque une tendance au vert. Le 2 septembre 1847 , la surface de cette rivière était comme maillée partout, à l'exception d'une ligne qui semblait couper la rivière en deux daas toute la traversée de Lucerne. La surface de cette ligne était hsse, comme huileuse, et n'avait quelquefois pas plus d'un mètre de largeur. Cette surface si plane venait aussi à
se rider peadaiit de courts instants, niais toujours eu long, dans le sens de sa pente , puis elle reprenait son apparence ordinaire.
De Luz à Gavaruie, on suit les bords d*un gave dont les eaux sont d'un bleu-vert admirable. C'est le bleu des crevasses des glaciers, qui devient plus intense encore par le contraste des rochers noirs et escarpés , au pied desquels coule le gave, souvent emprisonné et bondissant d'une manière extraordinaire. Son écume blanche fait contraste au bleu comme le noir de ses rochers. Ce sont les eaux de ce même gave qui, ralenties dans la grotte de Gèdre, répandent dans ce mystérieux réduit cette nuance d'azur que la mer ofiOre aussi dans la grotte de Capri.
Ces belles eaux bleues descendent ordinairement des montagnes : c'est l'eau des glaciers fondus , l'eau pure « quand elle s'est débarrassée des matières terreuses qu'elle tenait en suspension.
Les eaux vertes sont plus fréquentes que les eaux bleues et elles appartiennent généralement à des montagnes moins élevées.
La plupart des eaux du Tyrol sont d'un beau vert ; tel est surtout le torrent qui gronde près du hameau de Drofouï, dont là nuance , quand le soleil vient la frapper, peut être comparée à celle de l'émeraude.
Entre Saint-Jean-du-Gard et Auduze, quand le Gardon n'est pas troublé par les pluies, ses eaux sont d'un beau vert, couleur qui appartient souvent aux ruisseaux et aux petites rivières des terrains jurassiques.
L'Hérault, à Ganges, a ses eaux vertes, mais celles de la Vis, qui vient s'y jeter sont bien plus vertes encore et restent longtemps séparées par leur couleur tranchée en dessous de leur point de jonction. Mais , chose remarquable, les eaux de THérault possèdent déjà leur belle couleur verte, quand elles arrivent sur le calcaire et pendant qu'elles coulent sur le tenrain primitif. On peut s'en assurer en remontant à 4 kilomètreit de Ganges , où l'on rencontre le micaschiste. La couleur yerte de l'eau n'est pas avivée par son trajet sur le calcaire.
La Rue qui vient se jeter dans la Dordogne, à Saint-Thomas, près Bort, dans le département de la Corrèze, et qui descend des terrains primitifs des environs de Condat et de Marcenat, roule des eaux très-limpides et vertes qui rappellent celles de la Valserine à Bellegarde. Quand les eaux de la Rue sont rassemblées dans les cavités profondes que cette rivière a creusées, elles sont alor^ d'une belle nuance de vert et si limpides, que dans les gouf&es qui sont au-dessous de la cascade, on peut distinguer de gros poissons.
Si le vert pur est assez rare dans la couleur des eaux courantes, il n'en est pas de m^me du vert mêlé a des quantités variables de jaune. Ainsi. Teau du Jjot, à Monde, département de la Lozère, est d'un vert pistaclie un peu sombre. Les eaux de la Truyère sur la route de Saint-Flour, celles de la petite rivière qui passe àMarvejols, sont d'un vert jaundtre et prennent dans quelques circonstances une couleur vert- bouteille très-prononcée. L'Alagnon, dans le département du Puy-de-Dôme, a des eaux verdâtres et rapides qui semblent pressées de se rendre dans l'Allier.
Les eaux de TAveyron , entre Villefranche et Montauban , sont aussi d*un beau vert tirant un peu sur le jaune. Cette rivière coule lentement; sa surface est à peine ondulée (26 juillet 1850).
La rivière de Cère , au-delà d'Aurillac, a ses eaux vert^bouteille jaunâtre (25 juillet 1850). Nous avon^ trouvé la même couleur aux eaux du ruisseau de Remontalou, près de Chaudes- Aiguës (30 juillet 1847).
Nous avons vu à Vienne les eaux du Danube, d'un vert jaunâtre pâle (28 septembre 1847).
Le 15 mai 1869, l'eau de la Neva est d'un jaune verdâtre, moins foncée que celle des autres rivières de Russie. Sa surface était très-ridée.
Le 23 mai 1869, les eaux du Volga sont un peu jaunâtres comme celles de la Neva. Elles sont ridées avec de longs espaces miroitants. Les eaux de TOka viennent s'y joindre et présentent les mêmes caractères. Le 20 mai 1869, la rivière Volcorf entre Pétersbourg et Moscou et qui se rend du lac Ilmen au lac Ladoga, était jaunâtre et agitée.
Le 10 mai 1869, le Rhin, à Cologne, est calme , à surface ondulée ; ses eaux sont un peu troubles et jaunâtres.
Le 10 mai 1869 , le Weser, près Minden , offre des eaux verdâtres, ondulées, avec des espaces miroitants. Le 10 mai 1869, près de Hamm , la Lippe et THaas ont des eaux jaunâtres et tricotées. I^ 10 mai 1869, àMagdebourg, l'Elbe est trouble, à surface ridée.
Le 12 mai 1869, les eaux des deux bras de la Vistule sont jaune verdàtre, très-calmes, avec de petites dépressions çà et là. Le grand pont est magnifique. Le 29 mai , les eaux oflfrent le même aspect.
I^ 13 mai 1869, la Dana, près Dunabourg, est jaunâtre, à surface unie et miroitante. Le 13 mai 1869, TOder, qui passe à Kustrin et va à Stettin , est calme , jaunâtre et presque sans rides.
Le 13 mai 1869, le Weichsel , près de Bromberg, a des eaux verdâtres, très-calmes. Il on est de même du Nogat, près de Mariembourg. Ces rivières vont alimenter le lac de Frischeshaff qui communique avec la mer, près de Kœnisberg.
Les eaux jaunes ou jaunâtres doivent assez souvent cette nuance à des matières très-ténues qui sont en suspension. Nous avons remarqué ces caractères sur T Adour, pondant que ses eaux luttaient contre celles de la marée montante (25 août 1850) , sur l'Elbe , entre Hambourg et Arbourg (8 octobre 1847).
Nous avons vu des eaux grises ou d*un gris jaunâtre à Lsybach, tandisque la rivière qui porte ce même nom est d'un vert transparent, près do sa source (25 septembre 1847).
Près de Traviglio, en Lombardie, les eaux de TAdda sont d'un gris sale (8 septembre 1847) ; celles de TAdige à Vérone, et celles de la Brenta à Padoue sont d'un gris verdàtre^ très-sales, à cause de la grande quantité de matières qu'elles charrient (9 sep* tembre 1847). Elles seraient probablement vertes si, marchant moins vite , elles pouvaient déposer ces matières étrangères. C'est cette dernière nuance, assez pure, qu'affecte la rivière d'Oglio , entre Milan et Venise (8 septembre 1847).
Les eaux noires , moins fréquentes que les eaux vertes, sont assez pures, et ne doivent guère leur teinte foncée qu'à une lim-
pidité parfaite. Nous avons rencontre plusieurs fois cette apparence sur le plateau central. Les eaux de la Truyère , pre;j de Chaudes- Aiguës, sont d'un vert noir, et si pures que Ton voit les poissons s'y promener (27 juillet 1847).
La Sioule et ses affluents coulent dans le canton de Pontgibaud, à de petites distances de leurs sources, au milieu de ravins extrêmement profonds et tout entourés de bois et de broussailles. Ije terrain est toujours le micaschiste et le porphyre, et les eaux, profondément encaissées, sont limpides et pures. Leur couleur est le vert bouteille ou noirâtre, quand elles ne sont pas salies par des crues. Ces mêmes caractères se continuent dans les cantons de Pontaumur, de Manzat et de SaintrGervais. Ces eaux paraissent d'une grande pureté (28 octobre 1851).
Les petits ruisseaux que Ton rencontre sur le micachiste, entre Aurillac et Montsalvi, paraissent avoir les eaux noires (27 juillet 1847). Ceux qui descendent dos montagnes, près de la Guyole (Aveyron), oflfrent le même aspect. La petite rivière d'Ance est remarquable par ses eaux noires.
Nous pourrions multiplier à Tiniini ces détails sur la couleur des eaux ; nous en avons déjà parlé en nous occupant des lacs, et nous y reviendrons encore un peu plus loin. Nous allons maintenant décrire les apparences assez variées que les cours d'eau nous ont montrées dans leur marche et à leur surface.
Le 19 octobre 1847, à Moulins, les eaux de l'Allier étaient élevées et leur surface ridée à très-petites rides ; mais, à chaque instant, des ondulations survenaient sur des points distincts, arrivant dans le sens du courant avec une certaine rapidité et se succédant à des intervalles de quelques secondes seulement. Les rides de ces ondes étaient plus petites encore que celles de la surface, et paraissaient indépendantes du vent et de la forme du fond. Elles rappelaient sur une très-petite échelle le phénomène que nous avons observé sur l'Elbe et que nous décrirons plus loin.
Le 5 mars 1847, la Loire, près de Nevers, présentait au soleil couchant un phénomène que nous avions déjà observé, un ma^ tin» sur le lac de Genève, c'est-à-dire des parties miroitantes qui
réfléchissaieat les belles miances du ciel, et d'autres, ridées par le vent du nord en sens contraire du courant. Pourquoi le vent, qui agissait sur certains points, était-il impuissant sur de grandes surfaces qui conservaient leur éclat?
Le 1" juin 1869, la Loire est pleine à la Charité: elle offre l'aspect d'un miroir avec quelques petits cercles tournant comme ceux de la Neva, mais à peine sensibles.
Le 1*"^ juin 1869, les eaux de la Seine sont très-vertes au-dessus de Paris. A Charenton, elles sont calme'=î, à peine ridées.
Le 24 août 1861, à Schaffouse, le Rhin se montre aussi, maigre son courant, avec des espaces unis, miroitants et d'autres fortement ridés.
Le 4 avril 1850, le Rlir^ne, entre Lyon et Avignon, offrait des taches miroitantes très-étroites, intercalées au milieu de surfaces ridées et tricotées. A chaque instant, on voyait naître de larges zones onduleuses, provenant de vagues intérieures qui venaient seulement effleurer la surface. Alors l'eau devenait miroitante, dès que la vague l'avait touchée et cette surface unie s'étendait rapidement ; puis elle paraissait circonscrite par des rides qui , se rapprochant toujours, diminuaient son étendue et finissaient par la faire disparaître.
Le lendemain, près d'Avignon, le RliAne montrait encore de larges espaces huileux et miroitants et de grandes surfaces tricotées. Le vent étai ttrès-vif ; c'était le mistral qui soulflait, mais il n'avait aucune influence sur ces taches huileuses. On remarquait encore sur le fleuve des ondulations tout à fait indépendantes du vent, lesquelles surgissaient tout à coup à de rares intervalles. C'étaient des vagues sous-fluviales qui, par des causes inconnues, remontaient avec une certaine force et donnaient naissance à des ondes concentriques, contrariées à la fois par le vent, le courant et les espaces tricotés. Cette production des ondes peut être remarquée sur la plupart des grandes rivières.
Le 30 septembre 1850 , la Moselle, àThionville, présentait une surface tricotée, à mailles fines sur des eaux d'un vert-bouteille. Elle coulait avec assez de rapidité, mais on voyait dans toute la largeur de la rivière, environ trente zones unies, sans la moindre ride, ayant chacune 2 ou 3 décimètres de largeur.
On distinguait seulement sur ces petites zones non ridées quelques flocons d'écume blanche, dispersés çà et là. Ces zones, d'une tranquilité parfaite et contrastant avec les rides très-nombreuses des surfaces qu'elles séparaient, marchaient et suivaient le cours de l'eau. On voyait aussi une de ces zones se diviser en deux, pour se réunir plus loin et se partager encore, en formant des anastomoses à mailles allongées et de peu de largeur. Le lendemain et le surlendemain, suivant encore le cours de la Moselle, au-dessous de Thionville, nous retrouvâmes les mêmes zones unies à Sierk , puis à Trêves , et môme en descendant vers Coblentz, mais elles étaient moins distinctes et disparaissaient avant la jonction de la Moselle avec le Rhm.
Le 30 septembre 1847, l'eau de l'Elbe, en dessous dePragues, était trouble et jaunâtre, par suite des pluies abondantes qui duraient encore. Jje vent d'ouest était assez violent. La surface de l'eau offrait des rides nombreuses et des espaces unis trèsplanes, comme si de l'huile eût été répandue, et cela malgré le vent qui soufflait. Souvent ces rides semblaient se former au contact de deux vagues, créant ainsi des ondes qui s'élargissaient ensuite dans le sens du courant.
Vers dix heures du matin, à 50 kilomètres au-dessous de Pragues, le fleuve présentait un singulier phénomène, prouvant que l'apparence de la surface dépend souvent de la forme du fond. Une lame ou une barre, qui s'élevait à 3 ou 4 décimètres, avançait avec rapidité en déferlant sur l'eau, tout en remontant son cours. Elle venait passer sous le bateau qui allait au-devant d'elle, et les efibrts des roues ne dérangeaient en rien ce flot remarquable, lequel continua do remonter le cours de l'Elbe, Cependant les roues du bateau donnaient lieu à des vagues assez fortes pour aller briser sur les deux rives. Ces mornes vagues du bateau soulevaient bien la barre montante et ne la brisaient pas, ne la dérangeaient pas, et n'avaient pas d'influence sur sa marche. Une portion de cette barre montante, voisine de la rive gauche de l'Elbe et qui l'avait sans doute touchée, revint sur elle-même, conmie si elle avait éprouvé un mouvement de répulsion. Dans quelques points, cette barre éprouvait de très-vives agitations, comme si elle eût été soulevée par dessous.
A 60 kilomètres de Pragues, Teau était calme et courerte de petites rides, dispersées çà et là sux des espaces unis et miroi* taats. Alors survint une seconde barre, plus faible que la première, et qui arrivait diagonalernent, la pointe tournée vers la rive droite. Elle se comporta comme la première, mais elle disparut plus tôt.
Le 26 mai 1869, Teau de la Neva est d*xm vert-bouteille, calme et presque sans rides à Saint-Pétersbourg; mais entre cette ville et le lac Ladoga se trouve un rapide, où les vagues s*élèvent et où le cours de la rivière s'accélère. On remarque ensuite des vagues tournantes qui semblent former une couronne à la surface et se verser dans l'intérieur arrondi de cette couronne. Ce phénomène, que j'avais vu déjà très en petit à ïhionville, sur la Moselle, se montre à chaque instant sur la Neva. On voit s'élever un bourrelet ou une couronne de 0,10 à 3 ou 4 mètres de diamètre. Ce bourrelet d'eau se verse eu dedans, comble le ride et disparait. Ailleurs, ce sont de gros bouillons qui sortent toutà-coup, comme poussés par un obstacle du fond, et qui se répandent à la surface. On voit aussi très-fréquemment de petits entonnoirs momentanés, formés par les vagues tournantes. Us sont parfois accompagnés d'un peu d'écume. U est probable que des blocs de granité, dispersés dans le lit du fleuve et choqués par le courant, sont la cause de ces espèces de soubresauts.
Le 27 mai, la Neva sort par une espèce de rapide du lac Ladoga. Elle est miroitante comme le lac, avec plaques ridées dans presque tout son cours. Elle en est partie, couverte du âii\*et flottant des Trembles qui croissent sur ses bords.