‹ L'eau sur le plateau central de la FranceChapitre 8 sur 43 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

De» Cour» d^Ean.

Si notre planète ofirait uae surface unie, si elle n'avait ni rides, ni collines, ni montagnes, Teau courante n'existerait pas. Au lieu des sources et des eaux vives qui animent et fécondent la terre, d'immenses marais s'étendraient sur le sol, attendant de la chaleur solaire une dessication périodique, laquelle encore n'aurait pu être que locale. Il y a plus, sans eau courante, pas de terrains sédimentaires, pas de sables, de graviers, de cailloux roulés, pas de roches stratifiées.

^ Jj'eau courante nous charme par son murmure et sa limpidité; elle court abreuver les prairies, elle descend des montagnes, elle en suit les vallées, c'est le grand drainage de la terre qui serait impossible sans les rides nombreuses qui existent sur une partie de sa surface, sans ces légers sillons qui constituent les vallées. Mais ces montagnes qui déterminent la condensation des vapeurs et la direction des eaux, qui séparent les grands bassins hydrographiques, ne sont pas disséminées au hasard sur le globe. Elles ont percé et soulevé le sol suivant des lignes ou des directions soumises à des lois mathématiques. Les vallées, les éruptions plutoniques, les émissions d'eaux minérales, le dépôt des filons, tous les accidents géologiques sont dépendants de ces grands phénomènes de dislocation et de soulèvement.

C'est à la mobilité de l'eau que le paysage doit en grande partie sa beauté. C'est l'eau qui constitue les neiges et les gla-

ciers; c'est elle qui donne naissance aux masses vaporeuses des nuages balancées par les vents et colorées par la lumière. C'est l'eau qui, dans les plaines, s'écoule dans le lit des ruisseaux et des rivières, suivant leurs gracieux méandres ou leur courS paisible au milieu des campagnes fleuries. C'est elle encore qui, dans les régions montagneuses, active momentanément les torrents, qui s'élance en cascades écumantes du haut des rochers ou qui dort dans les lacs à surface azurée. Que l'eau Soit immobile et calme, qu'elle coule lentement ou qu'elle se précipite; qu'elle descende en pluie ou en flocons de neige, qu'elle Se vaporise ou qu'elle se congèle en glaciers , en stalactites , en givre ou en gelée blanche, l'eau change et modifie partout la surface de la terre. Les contrées privées d'eau n'ont plus de paysages, pas de nuages sur leur ciel de ffeu , pas de pluies bienfaisantes ni de végétation. C'est la stérilité et la mort.

L*eau sortie des sources et celle qui glisse immédiatement sur le sol par son propre poids, obéissent aux lois de la pesanteur et suivent la pente des terrains. Le point de jonction de deux pentes opposées détermine le lit que suivent ces eaux pbur former les ruisseaux y les torrents, les rivières et les fleuves, en sorte que, Teau des pluies et des sources, ajprèâ une foule de détotirsi se réunit dans le vaste bassin de l'Océan, réceptacle comUiun d'où elle s'évapore pour circuler de nouveau. Ce sont les contrées montagneuses qui donnent naisssance aux cours d'eau. Leurs cimes plus ou moins élevées condensent les vapeurs ; lé brouillard les enveloppe, les pluies s'y précipitent, les neigeV s y accumulent; de là le plus grand nombre de sources et de cours d'eau qui naissent sur les points les plus élevés de la ^^'^^ eit s'écoulent sur les points les plus bas.

Les cours d'eau permanents proviennent toujours de sources, "^^s, comme nous venons de le dire, ils peuvent être augmentés P^ les eaux sauvages qui glissent sur le sol après les grandes pluies, ou lorsqu'un vent chaud vient tout à coup fondre lés ^^^ges ; ils sillonnent la majeure partie des continents et for- ™®ut, comme on peut le voir sur une bonne carte géographique, ^ï^e sorte de réseau dont tous les filets se réunissent en phisieurs branches principales pour se rendre dans rOôétfn.

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Le plateau central de la France présente à un haut degré ce caractère et des cours d'eau en descendent de tous côtés. Toutefois ce n'est pas la pente seule qui détermine leur direction ; elle est due à des causes très-différentes.

1® D'abord le relèvement ou le plissement de terrains ou de chaînes de montagnes qui élèvent le sol sur deux lignes plus ou moins parallèles, déterminent forcément les eaux à suivre les pentes du terrain et à se diriger suivant TincUnaison du Talweg. Dans ce cas les pentes qui touchent le rivage peuvent être douces ou escarpées.

2^ Les fractures du sol , conséquences de soulèvements , de dislocations , de tremblements de terre , fractures que les eaux comblent en partie ou agrandissent plus ou moins et dont elles usent les bords par une continuelle érosion.

3^ Les lignes géologiques ou limites des terrains. Il est bien rare que deux terrains juxtaposés soient également durs et consistants, et qu'il résistent de la même manière aux agents atmosphériques. Alors l'eau usant le bord de l'un des terrains a peu ou pas d'action sur l'autre qui reste comme une barrière longitudinale qui guide le cours de l'eau et qui souvent contraste par ses escarpements avec la rive opposée, adoucie par l'action érosive de la rinère.

De Saussure avait déjà reconnu ce fait curieux, il le cite dans le chapitre oii il parle du passage du Bonhomme, § 751 : € Un torrent nommé le Bon-Nant, coule au fond du val de Montjoie et sépare dans presque tout son cours les montagnes primitives qui sont sur la rive droite ou à l'Est, des secondaires qui sont sur sa gauche à l'Ouest. C'est un fait que l'on observe fréquemment. Sans doute la cohérence était moins forte entre les montagnes de différente nature et il s'est formé des vallées dans leur jonction plus facilement qu'ailleurs. »

Le plateau central nous ofire une foule d'exemples de ces sortes de limites.

4<* Viennent enfin les cours d'eau qui ont eux-mêmes creasé leur lit par érosion dans un même terrain, lit variable et changeant suivant les matériaux que l'eau prend sur un point pour les déposer sur un autre.

Les diverses causes de la direction des cours d*eau peuvent se

combiner deux à deux, trois à trois, et même se présenter toutes

Ba même temps pendant un trajet plus ou moins long, et ceux

qui ont suivi avec attention le cours des fleuves et des rivières

suj le plateau central de la France ont dû être frappés de Tin-

fluence qu'exercent ces causes sur leur direction.

£n dehors de la direction, l'état de la surface des terrains peut avoir une grande influence sur le régime des cours d'eau. Ad. Belgrand a étudié soigneusement toutes ces circonstancc> pour la Bourgogne. L'évaporation, l'absorption du sol selon la n^Lture du terrain et de la culture ont été ap[)réciécs, et en définitive il résulte pour lui € que les lK)is ne peuvent en rien prolonger l'écoulement des crues des cours d'eau et par conséquent en diminuer la hauteur, qu'ils peuvent cependant, comme les px^iies naturelles ou artificielles, produire un efiet salutaire en empêchant le déplacement de la couche superficielle du sol. » f^BulL de la Soc. géol. de France, S»» série, t. IV, p. 371).

On a certainement exagéré les effets du déboisement sur le <iébit des cours d'eau. Il est certain que les fcmilles des arbres et le terreau qu'elles forment sur le sol des forôts peuvent retenir ^3.ne partie de l'eau des pluies et, on retardant récoulement, s'opposer à une inondation subite, mais il est douteux que les grands ^^K>is attirent les pluies et que les défrichements ou les reboisonients puissent avoir une grande influence sur le climat.

Les fleuves ont nécessairement des bassim ou régions hydrogt^aphiqiAes très-élendus, puisqu'ils sont formés de la réunion f une infinité de bassins particuliers de rivières ou de ruisseaux. Quelquefois les arrêtes de ces bassins sont tracées par des chaines de montagnes qui marquent nettement la ligne de partage des eaux ; mais il ne faudrait pas en conclura que le sol est toujours très-élevé au point de séparation do ces bassins; il arrive m^me qu'il n'y a pas la moindre élévation. Nous pourrions citer, dans le Mont-Dore, telle localité ou un pâtre, en plaçant ^ne motte de gazon, envoie à son gré l'eau d'un ruisseau dans ^ Bordogne ou dans la Loire. C'est qu*en effet ces deux grands ^^wsins hydrographiques de la Dordogne et de la Loire, ainsi ^ue celui du Rhône, ont leurs limites sur le plateau central.

La perméabilité *lu sol, dans les divers ba^sia? hydrographiques, peut ausfu donner na«sance à de^ o^tirs d'#*au souterrains. C*est ainsi que se sont formés les ruisseaux limpides qui coulent sous les lares pour s«3rtir en s»:»urces pures et abi>ndaates à leur extrémité. C'est un véritable drainage qui s'opère en grand dans les départements du Puv-de-Dùme et de la Haute-Loire, au milieu des pouzzolannes et des scories qui cou^ient les régions où les volcans modernes ont éclaté. Aussi twuve-t-on de grands espaces privés de sources et de ruis^^eaux. On peut évaluer à environ 60 pour 100, de l'eau qui tombe, celle qui s'infiltre pour ruisseler sous le sol, tandis que partout ailleurs, sous la zone tempérée, on n'estime l'eau infiltrée qu'à 40 pour 100, à cause de l'évaporation à la surface et de la consommation d'une Tégétation active.

Desmaret désignait ces terrains perméables sous le nom de cantons absorbants et voici ce qu'il écrivait à ce sujet, en 1803, dans l'Encyclopédie méthodique (Géog. pkys.^ t. Il, p. 31).

€ Le ruisseau du hameau de Lespinasse, se perd après un cours d'environ miUe lui^îes , dans un vallon ouvert au nord-est de la commune de Saînt-Ours, à ojté d'un ancien courant de laves.

» Il en est de même du ruisseau voisin du hameau Lebouchet, qui se perd dans le bord du vallon qui est obstrué par le courant sorti de Louchadi^re; de deux ruisseaux, dont l'un prend sa source au-dessus de la Védrine, et l'autre auprès de Marcenat, se perdant, apri^s leur réunion, dessous le massif des courants du puy de la Nugère, qui sont au-dessus de Volvio.

» Plusieurs ruisseaux dont l'un venu de Sarsenat, l'autre de Mont-de-Chatre , et le troisième du voisinage des Goules, se perdent à Durtol , dessus le e«:)urant de Pari«)u, et ne reparaissent qu'à Nohanent par une source abondante. On voit encore plus loin : 1* un ruisseau qui , après avoir couru au-dessus de Villeneuve, disparait au milieu des courants de laves distribués sur la commune d'Orcines ; 2^ un autre ruisseau qui, après avoir couru sur le granité , se perd dans des courants anciens aux environs de Laschamps; 3* un troisième ruisseau qui, ajwès avoir cheminé sur les couchas horizontales calcaires.

dans une étendue de neuf cents toises , se perd sur les bords de la Limagne au nord-ouest de Montferrand.

» Le ruisseau voisin des Varenne^, après un cours d'environ six cents toises , se perd dans les terres marneuses avant d'aN river au ruisseau de Chanonat. Il en est de même de plusieurs ruisseaux des environs d'Onune et de Jussat qu'on ne détaille pas ici. On doit encore citer un ruisseau qui, après un cours fort long autour de deux cônes volcaniques , se perd sous la cheire du puy de la Vache. •

» Enfin, plusieiurs ruisseaux réunis se perdent aux environs de Pas-Redon , et reparaissent incontestablement à Font-Freyde par une très-belle source.

» Je dois faire remarquer ici, ajoute Desmaret, que la disparution de la plupart des ruisseaux dont il a été question ci-devant, est due aux courants de laves anciens et modernes, dessous lesquels les eaux pluviales s'insinuent et coulent pour se montrer à l'extrémité de tous ces courants par des sources très^abondantè<. Les ruisseaux n'ont, pour lors, de cours assuré que sur le granité et que sur les couches horizontales calcaires non altérées par le feu , ce que j'appelle le sol intact. »

l>es Oru.es et des I>4St>ordenieiits des Cours d'I2au.

La plupart des cours d'eau sont soumis à des crues accidentelles qui occasionnent de désastreuses inondations. On sait très-bien que de tels accidents ne peuvent provenir d'une augmentation de débit dans les source^;, mais de l'abondance des pluies et de la fonte des neiges. Ces phénomènes n'ont rien de constant dans nos climats. Les rivières débordent sur le plateau central, au moment où l'on ne s'y attend lô moins> et ceS débordements, plus fréquents en été qu'eu hiver, sont tellement accidentels que souvent un ruisseau inonde un grand espace de terrain, tandis qu un autre ruisseau coule à côté sans sortir de son lit. Il n'en est pas de même pour les cours d'eau situés sous la zone torride. Les contrées dans lesquelles ces cours d'eau prennent naissance sont placées sous un climat tout dtférent du nôtre; des pluies très-abondtotes et dte Idngue

durée goofleut les fleuves ou leurs affluents, dont les eaux bourbeuses charrient une masse énorme de débris ou de limon.

Nous n'avons en Auvergne, à l'époque actuelle que des crues accidentelles, comme nous le verrons un peu plus loin en nous occupant de l'Allier ; mais nous devons supposer que pendant les époques géologiques qui ont précédé la notre, nos rivières du plateau central étaient soumises à des crues annuelles, car nous voyons bien au-dessus des points les plus élevés que leurs eaux peuvent atteindre, des dépôts qui indiquent par leur étendue de vastes débordements.

Le climat, à Tépoque tertiaire, devait se rapprocher de celui des tropiques , puisque les Rhinocéros existaient avec des Cycadées. D*un autre côté, dès que les montagnes du Forez et de la Margeride, antérieures aux sommités volcaniques, ont pu se couvrir de neige pendant Thiver, la fu<ûon a dû produire au printemps des inondations périodiques et peut-être même avant le dessèchement du lac faire varier le niveau de ses eaux. C*est ce qui arrive encore aujourdliui pour le lac de Genève qui monte en été et qui baisse en hiver.

€ La raison*de cette difierenoe, dit de Saussure, est fort simple : la hauteur du lac dépend de la quantité d*eau que le Rhône y verse ; le Rhône et toutes les rivières qui s'y jettent ont leurs sources dans les Alpes; or, sur le haut des Alpes il ne pleut presque jamais en hiver ; toute l'eau qui y tombe alors descend sous la forme de neige et s'arrête sur le penchant des sommités ou dans les hautes vallées; il suit de là, que les rivières qui descendent des Alpes, ne sont entretenues en hiver que par les sources , par les pluies qui tombent dans les basses vallée^ et par la petite quantité de neige que la chaleur intérieure de la terre (ait fondre là où elles ont une grande épaisseur. En été, au contraire, ces rivières s'enflent non-seulement des pluies qui arrosent toute l'étendue des montagnes, mais encore de la ion te de la plus grande partie des neiges qui s'étaient accumulées pendant l'hiver sur ces mêmes montagnes. > ;De Saussure. Voyage, i.n, lu.)

Cet efiet de l'inégale puissance des cours d'eau a été peut-être moins sensible sur le lac de la Limagne que sur celui de Gk'nève,

le premier ayant plus de surface et étant dominé par des montagpies bien moins importantes que la chaîne des Alpes.

Nous avons attribué la couche puissante de terre végétale de 1& Limagne à des débordements périodiques de TAllier, analo- ^^es à ceux du Nil qui dépose le limon dans la Basse-Egypte. T'outefois, le même effet peut être produit aussi par des crues ^uxndentelles. Péron en cite un curieux exemple à la Nouvelle- Hollande. « La rivière de THawkesbury éprouve des crues très* extraordinaires et nullement périodiques qu'il est très-difficile d'expUquer. Elle monte tout-à-coup de 25, 30, 40 et même 50 pieds au-dessus de son niveau ordinaire. Ces inondations n*ont aucun rapport avec l'ordre des saisons et on les a vues se renou- ^veler jasqu*à onze fois par an. On ne peut donc les attribuer ni k la. chaleur, ni à la fonte des neiges dans les montagnes bleue<, mais seulement à des pluies très-abondantes et surtout à un immense bassin formé de rochers peu perméables. Ce qui prouve, du reste, que cette rivièra lave un bnmense terrain, ce sont les dépôts accumulés de ses inondations qui sont d'une fertilité inépuisable et qui donnent naissance à des couches superposées de tenr© végétale épaisses de plus de 50 pieds. » ( Péron. Voyage €ihuv Terres australes, t. II , p. 362 et 363.)

Pour l'Auvergne, comme pour toute l'Europe, il n'est pas difficile de constater la diminution successive des cours d'eau. Tout atteste qu'il y a aujourd'hui moins d'eau en circulation qu à l'époque tertiaire. € Ce n'est pas seulement en Europe que rc>:i peut remarquer la diminution de^ cours d'eau. Le même effet a ^^ produit sur toute la terre et les fleuves de la zone torrid^s malgré leur inunense volume, no sont eux-mêmes que les restos <le courants plus puissants. De Humboldt cite plusieurs fois los ^'^^îes élevées laissées par les eaux de lOrénoque dans le rocher de Kéri, dans les îles des Cataractes, dans la chaîne des montiignes de Cumadaminari, qui passe au-dessus de l'île de Tomo, ^^a , à l'embouchure du Jao , un voit de ces cavités noiràtwîs ^*^vées de 150 à 180 pieds au-dessus du niveau actuel des eaux. » IHujtBOLDT. Tableaux de la nature, 1. 1, p. 238.)

I^*eau a une telle tendance à se niveler, une telle mobiUté, 4^*eUe court, non-seulement sur la terre, mais au sein même de

rOcéan, son réservoir commun. Les différences de densité occasionnées par la température des divers points du globe, par rinégalité de salure et surtout par le plus ou moins d*mtensité de révaporation, produisent sur la mer de véritables fleuves lÂen pins considérables que ceux des continents. Tel e>t surtout ce fameux Gulf-Stream si c^léganmient décrit par le commandant Maur}'. € U en est un, dit-il, qui jamais ne tarit dans les plus grandes sécheresses, jamais ne déborde dans les plus grandes crues. Ses rives et son lit sont des couches d*eau (roide entre lesquelles coulent à flots pressés des eaux tiède; et bleues. Nulle part, sur le globe, il existe un courant aussi majef^tueux. U est plus rapide que TAmazone, plus impétueux que le Mississipi, et la masse de ces deux fleuves ne représente pas la millième partie du volume d*eau qu'il déplace. »

On suppose, par suite de calculs très-plausibles, que l'ensemble de tous les cours d'eau de la terre, verse dans la mer enriron un million de mètre? cubes par seconde. Et si Ton supposait au bassin de TOcéan une profondeur moyenne de 4 kilomètres, ce qui n'est peut-être pas exagéré, il faudrait à ces cours d'eau l'espace de quarante millions d'années pour le remplir. Quand on a vu l'embouchure des grands fleuves de la tone torride, étalant leurs eaux sur des espaces immenses, l'imagination est e£Brayée de la masse d'eau contenue dans le bassin des mers !

I>e la Oomposition de* Eiat&x. co curantes.

Les eaux contiennent et charrient d'énormes quantités de matières, les unes en dissolution, les autres simplement suspendues et entraînées par les courants. C'est ainsi qu'autrefois , quand les cours d'eau étaient bien plus vastes qu'ils ne le sont de nos jours, d'immenses plaines fertiles ont été formées aux dépens de terrains environnants ou éloignés. Les anciens lacs du plateau central de la France, aujourd'hui à sec et cultivés, n'ont dû la fertilité de leur limon qu'aux matières divisées, charriées par led fleiiTes qui s'y rendaient et dont les eaux s'y épuraient. Tel est encore le Nil qui, chaque année, forme de la basse Eg>'pte

xxn lac momentané. Une partie de ce limon fertile est entraîné la mer. Une analyse de M. Houzeau , démontre que le lisec contient pour 100, 005 d'azote, c'est-à-dire 1/2 p. 100. rapportant cette composition à un litre d'eau du Nil , et en admettant avec le maréchal de Raguse, que le Nil laisse couler dans les basses eaux, en 24 heures, 150,566,391 mètres cubes; on voit, dit M. Houzeau, d'après la teneur en ammoniaque de l'eau prise au commencement de la crue, le 4 juillet, que ce fleuve porte chaque semaine à la Méditerranée près de 6,000,000 rfo kilogrammes d'ammouiaque, c'est-à-dire, en azote la valeur d'enTiron un million d«» sacs de blé d'Egypte. (Comptes-rendus des séances de F Académie des sciences , tome I A VIII, p. 613.)

-MT- Mangon a publié aussi do nombreuses observations sur

ies quantités de matières transportées par les cours d'eau. Le

I^oitls total du limon entraîné par lo Var pendant une anm^e est

^'^*Aviron 18,000,000 de tonnes formant un volume de plus de

^ i «000,000 mètres cubes, et contenant à peu près lo tiers de

^<^n. {>oids de carbonate de chaux. Outre le limon, le Var porte

^ ^^ Ocier 792^000 tonnes de matières solubles.

■'-•^ poids total du limon transporté par la Marne dans Tannée, ^^^ d^ 168,684 tonnes formant un volume de 105,427 mètres ^ vi^o^s environ. Ce volume, comparé à celui que charrie le Var, '^^^^'^tre la différence qui existe sous ce rapport entre un cours *^^ * " tranquille et un courant plus ou moins rapide.

poids total du limon qu'entraîne la Seine près de sa jonction

Xlame est de 207,463 tonnes, représentant un volume de

«BOO mètres cubes. Les matières dissoutes dans l'eau de

, forment le poids de 1,110,687 tonnes. Si l'on ajoute, dit

Mangon , à ces deux derniers chiffres les nombres corres-

indiqués pour la Marne, on trouve que la Seine, à

^s, entraine sous nos yeux, chaque année, et sans qu'on le

^^tnarque pour ainsi dire, 2,039,314 tonnes de matières solides,

poids à peu près égal à la totalité des marchandises transportées

P^ le fleuve [Comptes -rendus de l'Académie des sciences,

^^e Lïvm, p. 1216).

^ Danube, dont le cours est de près de 3,000 kilomètres et w>Tit les eaux sont toujours troubles , dépose par jour, quand

ses eaux sont à Tédage, 7,000 mètres cubes de matiàre solide; dans les crues ordinaires, ce chiffre s'élève à 331,000, et, dans les grandes crues, au chiffire de 864,000 mètres cubes. Ces quantités de matières transportées par les eaux sont faibles si on les compare à celles que verse journellement dans la mer le Gange occupé depuis des siècles à démolir l'Himalaya, à former et à modifier le Bengale qui est son œuvre et son Delta. Le major Rennel a fait à ce sujet d'intéressants calculs. « Le total des eaux versé à la mer par le Gange, est évalué par lui à 5,040 mètres cubes par seconde. Lorsque les eaux sont très-hautes et la vitesse du courant la plus forte, le produit est de 11,490 mètres cubes par seconde. Ces eaux, par suite de circonstances particulières, sont plus chargées de limon que celles de tous les autres fleuves des régions tropicales. S'il était vrai que le Gange, dans la saison des crues , contint un quart de matière solide, il faudrait admettre que ce fleuve, en quatre jours, transporte ime masse solide égale au volume d'eau qu'il verse en vingtquatre heures. Si nous prenons pour pesanteur spécifique des matières transportées, la moitié de celle du granité (résultat inférieur aux faits) , le poids de la masse journellement trans- I)ortée serait environ égal à 74 fois celui de la grande P}Tamide d'Egypte. Et en admettant seulement que les eaux du Gange ne contiennent qu'un centième de matières solides, ce qui est possible et ce que l'on assure être la proportion pour les eaux du Rhin, nous arriverions encore à cette conclusion extraordinaire qu'il arrive chaque jour dans la baie du Bengale une masse supérieure, en poids et en volume, à la grande Pyramide, dont le poids est calculé à 6 millions de tonnes de 1000 kilogrammes chacune. »

On est étonné de la prépondérance de ces sédiments sur la masse des produits que l'action plutonique déverse de temps en temps à la surface de la terre. Le cube de plusieurs coulées de lave de l'Auvergne, que nous avons calculé, n'est rien en comparaison de l'immense travail des cours d'eau !

Ferrara a trouvé que la masse du courant de lave le plus considérable de l'Etna (celui de 1669), s'élevait à 107 millions de mètres cubes; et cependant cette masse n'offrirait pas un quin-

aEième de Tépaisseur des sédiments charriés par le Gange en xine seule -année, en supposant que ceux-ci ne soient que le c3entième des eaux du fleuve. Ainsi, en admettant quinze grande^ éruptions par siècle, il faudrait cent Etnas pour rejeter à la surface de la terre une masse de lave égale en volume aux sédiments qui pendant le même temps descendraient de THixmalaya dans la baie du Bengale !

Les matières solubles contenues dans les eaux représentent £Lussi des quantités considérables. M. Boussingault, auquel les ^sciences exactes doivent de si nombreux et de si intéressants ^xavaux, s'est occupé de doser l'ammoniaque des eaux courantes, dîoniparaiivement à celles des eaux de pluies, et tandis que ^I. Barrai constatait en moyenne environ 4 milligrammes de c-et alcali par litre d'eau de pluie tombée à Paris, il n'en trouvait que 0«',00012 à O8',00016 par litre d'eau de la Seine.

L'eau de la mer puisée à Dieppe a donné Ok',00020 d'ammoia,que, proportion bien faible sans doute, dit M. Boussingault, r Océan recouvre les trois quarts de la surface du globe, t si l'on considère la masse, ce résultat, tout insignifiant qu'il st, laisse cependant soupçonner que la mer pourrait bien être immense réservoir de gaz ammoniac, où l'atmosphère reparlerait les pertes qu'elle éprouve continuellement (Com/?^e5-rcndu5 rfc r Académie des Sciences y tome XXXVI, p. 819).

D'après les analyses de M. Marchand, presque toutes les eaux

r^aturelles, sources et cours d'eau, contiennent de l'iode, du

V>rôme, de la lithine et du fer. M. Marchand attribue l'origine

^u brome et de l'iode contenus dans ces eaux à l'enlèvement de

^es principes aux eaux de la mer.

M. Chatin a aussi recherché l'iode dans un très-grand nombre ^e ruisseaux et de rivières. Dans les analyses relatives aux teaux de l'Auvergne, de la Haute-Loire, du Bourbonnais et du îSlvemais, il a signalé par litre un maximum de 1/150 de milUgramme et un minimum de 1/1500. La matière organique que les eaux courantes contiennent presque toujours, peut s'y présenter pendant leur trajet sous la forme d'écume flottante que l'on rencontre assez fréquemment sur les cours d'eau. Le 19 octobre 1856, nous vîmes, près d'Ariane, une masse énorme de ces écumes.

Elle était sur an point oà le? <aax de la Dore font ime petite cnnte. Cette mas'W arait on mètre enriroa de diamètre ; eile était flottante et animée d*aa lent moivenieat de rotation ; is^Aée sur un basnn assez large elle présentait réellement an spectacle éuange par son balancement et par son T>>Iame. Toat antoar d eDe flottaient des balles de cette même écume qai venaient à cfaaqae instant s*v join'ire et réparer ses pertes.

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