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Voir notre volume sur la Menuiserie, p. 43 et suiv

Le replanissage s'effectue au moyen d'un rabot de fer bretté et peu saillant. Il a pour effet d'enlever les souillures de colle qui peuvent rester à la surface de l'ouvrage, et de rendre celui-ci tout à fait plan. Mais cette opération, même lorsqu'elle est conduite avec beaucoup d'habileté et de soin, laisse encore après elle certaines rugosités légères, et pour les faire disparaître on a recours au polissage.

Le polissage s'exécute en frottant doucement le bois avec une pierre ponce, du papier de verre, dutripoli ou des tiges de prêles; ou encore en promenant à sa surface une lame d'acier sans biseau, que l'on nomme racloir. Suivant les circonstances, le polissage se fait à sec ou en humectant la partie travaillée avec un peu d'huile, de lait, de graisse ou même d'eau.

Si le polissage a eu lieu à sec, on peut appliquer immédiatement le vernis, mais à condition que le placage soit fait avec un bois dur; car, s'il était d'un bois tendre, celui-ci, poreux et bavard, absorberait sans utilité les premières couches de vernis. Aussi, pour calmer cette avidité, cette soif (qu'on nous permette le mot), prend-on soin d'imbiber légèrement la surface d'alcool.

Par contre, si l'on vernissait de suite des surfaces (fussent-elles de bois dur) qui ont été polies à l'aide de matières grasses, celles-ci, en ressortant plus tard, produiraient un effet d'autant plus fâcheux, qu'ayant pénétré le bois, elles auraient empêché, en diverses places, le vernis de prendre, et par là l'auraient rendu inégal et peu solide. Aussi, pour débarrasser le bois des corps gras qu'il peut avoir absorbés, a-t-on recours à Yasséchage, opération qui consiste à saupoudrer l'ouvrage avec une poussière très fine de tripoli. Puis, quand cette poussière s'est imprégnée de la substance qu'on se propose d'expulser (ce qui a lieu presque instantanément), on l'enlève en frottant la surface avec un tampon bien sec et fait de vieux linges.

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Le vernissage, qui dans l'ébénisterie a pour but de donner d'abord et de conserver ensuite aux placages tout le brillant dont ils sont susceptibles, s'effectue en étendant sur la surface qu'on veut vernir une couche mince d'un liquide transparent, qui, après dessiccation ou évaporation, communique à cette surface un éclat vitreux très remarquable. Ce liquide est généralement obtenu par la dissolution de certaines substances résineuses, telles que le copal, la colophane, la sandaraque, le mastic, le benjoin, Y arc anson, la résine-élémi, etc., soit dans un liquide particulièrement volatil, comme l'alcool ou l'éther, soit dans une essence, comme celle de térébenthine ou de romarin; soit enfin dans de l'huile de lin ou d'œillette.

Lorsque la substance résineuse a pour véhicule un liquide volatil, c'est par suite de l'évaporation de ce liquide que le vernis prend la solidité finale. Si c'est à l'huile qu'on a donné la préférence, le vernis produit son effet par la dessiccation. Dans l'un comme dans l'autre cas, on s'aperçoit que le vernis est bien pris, et qu'il est suffisamment sec, en appliquant le doigt sur les parties vernissées, et en constatant que celles-ci n'en reçoivent aucune empreinte.

Le vernissage s'opère avec un tampon fait de chiffons de laine bien usés et bien doux, sur lesquels on verse quelques gouttes de vernis, et qu'on recouvre d'un linge blanc, lui aussi bien usé et très souple. Ayant constaté que le vernis passe à peine à travers le linge, on met au milieu de la place où celui-ci est traversé une goutte d'huile d'olive et, en frottant légèrement, on étend partout ce mélange. Puis, quand cette première couche est bien sèche, on peut recommencer et étendre sur la surface autant d'autres couches qu'on le juge nécessaire, pour donner au placage le maximum de beauté et d'éclat dont il est susceptible.

Mais ces diverses opérations, replanissage, polissage, et le fait est très important à constater, — ne

peuvent s'effectuer facilement que sur des surfaces rigoureusement unies , et à un bon marché relatif, que sur de grandes étendues. Les portes ou les panneaux d'un meuble, embrevés dans leurs cadres respectifs, se prêtent fort mal à cette triple opération. Pour rendre le travail vraiment pratique, il faut donc avoir l'audace de supprimer toute construction apparente, et ne pas craindre d'appliquer sur des bâtis intérieurs, de grands panneaux tout plats qui seuls demeurent visibles. C'est ce que Boulle n'a pas hésité à faire dans ses plus beaux ouvrages; et c'est peut-être, au point de vue professionnel, ce qu'il y a de plus génial dans tout son œuvre.

Contemplez ses admirables buffets, ses armoires merveilleuses. Leur façade ne laisse rien deviner de l'armature générale, qui assure l'existence du meuble et sa solidité. Les battants des portes occupent toute cette façade, et évoluent sans qu'on aperçoive les montants qui, reliant le socle au chapeau, soutiennent celui-ci, et permettent à ces mêmes portes de se mouvoir sans encombre. Les traverses qui relient ces montants ne sont pas davantage visibles, de telle sorte que la corniche semble planer audessus des portes; c'est-à-dire qu'elle surmonte, en apparence, une cavité masquée par deux battants, ce qui ne constitue pas un mince contresens.

Avant l'initiative si hardie prise par André -Charles Boulle, il n'en était pas ainsi. Les principes de la construction en menuiserie étaient respectés; et les grandes lignes de la structure demeuraient nettement accusées. On les retrouve fermement écrites jusque dans ces beaux cabinets d'ébène plaquée exécutés sous Louis XIII, et qui marquent le point de départ de notre ébénisterie moderne. Non seulement les membres essentiels du meuble, mais ses divisions accessoires se distinguent aisément. Bien mieux, alors même que l'ébéniste était parvenu, par de petits artifices, à simplifier son travail, il simulait des complications d'as-

semblages qui devaient, aux yeux du public, en augmenter la valeur (voir fig. 15 à 18j. C'est ainsi que, sur des portes pleines, il figurait, à l'aide de combinaisons de moulures, des cadres assemblés en anglet, qui paraissent embréver un panneau, et qu'il répétait cette disposition jusque sur les façades de ses tiroirs.

Voilà pourquoi un nombre considérable de ces cabinets, on pourrait dire presque tous, ont été douloureusement éprouvés par le temps, et, au cours de leur existence doublement séculaire, ont nécessité de fréquentes et délicates réparations; alors que les meubles de Boulle, plus jeunes seulement d'une quarantaine d'années, nous sont parvenus dans un état de conservation qui — nous avons eu l'occasion de le constater dans un précédent chapitre — a fait, de tout temps, la surprise et l'admiration des juges les plus compétents.

Quand, au xvme siècle, on voulut revenir aux traditions anciennes, les mêmes déceptions se renouvelèrent. « La plupart des meubles que les tapissiers fournissent, écrivait Mercier en 1789, n'ont plus que le souffle. C'est de la colle qui enjoint les parties. Dès que la table s'approche du feu, elle se décompose et tombe en morceaux... Les meubles neufs sont trompeurs ; il faut plutôt s'attacher aux meubles anciens, qui, en général, ont plus de solidité1. »

De nos jours, ce sont encore les mêmes reproches que Ton pourrait, à la rigueur, adresser aux meubles d'ébénisterie commune que produit le Faubourg. Les moulures plus ou moins compliquées, collées sur des surfaces polies et vernies, ont, sous l'action de la chaleur et du froid, *—* surtout de l'humidité, — une invincible tendance à se décoller et à tomber ; car la colle ne peut guère résister au

î. Tableau de Paris, t. IX, p. 144.

travail du bois, provoqué par l'influence de la température. Dès lors, une question se pose : on est amené à se demander pourquoi les ébénistes passés et présents, ceux contemporains de Louis XIII aussi bien que ceux de nos jours, ont prodigué et prodiguent à l'entour des portes et des tiroirs, sur les pieds des tables et sur les panneaux des armoires, des moulures qui, appliquées après coup, sont d'une durée si précaire ?

A cela on trouve deux raisons. La première, toute de routine : c'est qu'il est extrêmement difficile de rompre, et de faire rompre le public, avec une habitude prise, avec une tradition acceptée. Or le public est habitué à ce que les façades des meubles dont il fait usage soient décorées par des moulures ou profils, soulignant la forme générale et ses principales divisions. La suppression de cette mouluration, bien qu'inutile, risquerait de le choquer. C'est à quoi le fabricant n'a garde de se résoudre.

La seconde, un peu plus esthétique : c'est que les vastes surfaces, planes et unies, ne manqueraient pas de paraître froides et monotones, quelle que soit du reste la magnificence des bois employés, si elles n'étaient partagées en compartiments, et relevées par quelques saillies.

Cela est si vrai qu'André-Charles Boulle, dont nous vantions tout à l'heure la magistrale hardiesse, bien qu'il habillât ses meubles admirables des plus riches marqueteries, n'eut garde de renoncer à ces divisions, ni à cette mouluration, ni à ces indispensables saillies. Seulement, au lieu d'appliquer sur ses fonds magnifiques d'ébène, de cuivre, d'étain et d'écaillé, de minces moulures de bois plus ou moins exotique, il en releva encore la splendeur par l'adjonction de mascarons, de chutes, de frises, de baguettes et enfin de moulures, en bronze doré et finement ciselé.

Non plus collées sur le fond poncé, poli et verni à outrance, mais appliquées avec des vis, ou avec de petits

Fig. 65. - Horloge genre de Boulle, avec la mouluration en bronze doré.

clous, ces belles décorations, bien loin de diminuer la durée des meubles, concouraient au contraire et concourent encore à en assurer la solidité. C'est ce que comprirent également les grands ébénistes du Directoire et du premier Empire; et c'est ce qu'ils ne manquèrent pas de pratiquer, quand l'acajou employé par grandes surfaces commença de faire fureur. Eux aussi, avec un goût très différent, il est vrai, et dans un tout autre style, sur des formes fermes et droites, carrées à l'excès, ils prodiguèrent les bronzes dorés, et durent à ce palliatif non seulement le riche aspect, mais la conservation remarquable des meubles sortis de leurs ateliers.

Il semble donc que la solution du délicat problème qui nous préoccupe soit trouvée. Malheureusement cette ornementation rationnelle, artistique et brillante est fort coûteuse. Les sculpteurs capables d'établir des modèles sérieusement étudiés sont devenus rares. La ciselure augmente le prix des bronzes dans des proportions singulières; enfin il n'est pas jusqu'à la dorure qui ne pèse lourdement sur le prix de revient. Or, rien de tout cela ne peut être négligé, car une décoration de ce genre — qui n'est nullement imposée par la nature du meuble, par sa destination ou son usage — ne saurait supporter la médiocrité1.

Nous avons déjà eu, du reste, dans la partie historique de ce livre, l'occasion d'indiquer les dangers que courent les ébénistes, à faire dépendre la forme et la décoration de leurs meubles d'une ornementation exécutée sous une inspiration qui leur est étrangère, par des industriels et

1. Par suite de l'application de la galvanoplastie à la reproduction des bronzes de décoration, le prix de la ciselure a été supprimé, et celui de la dorure singulièrement réduit. Mais il n'en reste pas moins la difficulté d'établir de bons modèles ; difficulté d'autant plus considérable, que les artistes capables de les créer deviennent de plus en plus rares, et manifestent des exigences en rapport avec leur rareté.

même par des artistes forcément peu familiarisés avec les exigences d'une profession qu'ils n'ont point pratiquée.

Un autre expédient, et qui pourrait peut-être aider l'ébénisterie à entrer dans une voie nouvelle, — terre promise vers laquelle aspirent tous ceux qui se piquent d'écrire ou de raisonner sur nos arts industriels, — ce serait de faire, au moins dans la confection de certains meubles importants, deux parts très distinctes. Pour tout ce qui regarde plus spécialement la structure du meuble (ce qu'on appelle son bâtis) on pourrait revenir à la construction en menuiserie. C'est-à-dire qu'on débiterait, débillarderait, sculpterait, moulurerait dans un beau bois, indigène ou exotique, toutes les parties formant la carcasse du meuble, carcasse qu'on assemblerait ensuite avec toute la solidité désirable. Puis, dans les cadres béants formés par les membres de cette carcasse, on embrèverait des panneaux d'ébénisterie, plaqués de bois précieux, dont les tonalités habilement choisies prendraient un redoublement d'éclat, au voisinage d'autres bois mats et sombres.

Cette solution nous parait d'autant plus pratique, qu'elle a été essayée pour la marqueterie, dont nous allons maintenant dire quelques mots, et qu'elle a donne de bons résultats. Sa réussite est une affaire de tact, de goût et d'expérience.

Fig. 6G. — Scie à main pour la marqueterie.

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