Dangeau, Journal, t. Ier, p
Fig. 2G. — Coilïet de mariage du Dauphin, exécuté par Boulle.
Ce cabinet, dans son nouvel emplacement, donnait sur la Galerie Basse , celle qu'on nomme aujourd'hui la Galerie Louis XIII. Louvois, qui, à la mort de Colbert, s'était fait attribuer la place de Surintendant des Bâtiments, exercée antérieurement par son collègue et rival, avait tenu à surveiller lui-même ce transfert1. Quoique ce sévère et peu
1. Voir dans le Moniteur du 11 janvier 1855, un article de M. Paul Boiteau intitulé les Autographes de Louis A7V, et qui contient plusieurs lettres de Louvois relatives à cette opération.
sympathique ministre ait laissé une médiocre réputation de goût et de sens artistique, l'adaptation fut cependant assez habilement conduite, pour que ces belles boiseries continuassent de faire l'admiration des visiteurs. Mais lorsque le Dauphin mourut, ses collections furent dispersées, et son appartement, remanié de nouveau, fut transformé pour servir à un autre Dauphin. Les marqueteries de Boulle, à ce moment, nécessitaient d'assez coûteuses réparations. Elles s'étaient mal conservées ; l'humidité du rez-de-chaussée avait accompli son œuvre. Dès 1687, Boulle avait été obligé de procéder « au rétablissement et poliment des parquets de marquetterie qui avoient joué ». Le goût, au surplus, avait changé, et la capricieuse duchesse de Bourgogne, devenue Dauphine, n'était point femme à se passionner pour des vieilleries. Le cabinet fut fermé et cessa d'être habité. Le mal s'aggrava. On estima qu'il serait trop dispendieux de remettre en état ces beaux ouvrages , dont l'aspect un peu sombre et sévère tranchait trop avec les boiseries blanc et or, adoptées par la mode et qui faisaient fureur. On jugea donc à la fois plus économique et plus simple, de les déposer une seconde fois, et de les transporter au garde-meuble, où ils achevèrent de se détériorer tout à leur aise.
C'est là assurément un deuil cruel, un malheur irréparable pour l'histoire de nos arts décoratifs! Nous n'aurions, en effet, aucune idée plastique de ce merveilleux ensemble, sans un tableau que possédait le baron Pichon, et qui, malgré sa qualité médiocre et sa conservation imparfaite, nous montre cependant ses principales dispositions. Ajoutons que cette image insuffisante a besoin d'être complétée par la description assez précise que nous a laissée Félibien : « Ce cabinet, écrit-il, a de tous côtés et dans le plafond, des glaces de miroirs, avec des compartiments de bordures dorées sur un fond de marqueterie d'ébène ; le parquet est aussi fait de bois de rapport et embelli de divers ornemens, entre autres des chiffres de Monseigneur et de
L'EBEXISTERIE
Mme la Dauphine ; » et Piganiol ajoute : « C'est le chefd'œuvre de Boule et de son art. »
La Cour et la Ville, dont l'admiration avait devancé celle de Piganiol, ne manquèrent pas, elles non plus, d'occuper les multiples talents de notre artiste. Pendant plus d'un demi-siècle, Versailles, Paris, la province et l'étranger lui prodiguèrent les commandes et célébrèrent ses mérites. Ses beaux ouvrages traversèrent les mers, offerts par le Roi Soleil à son collègue le roi de Siam. La correspondance du duc d'Antin1 prouve, du reste, que Louis XIV lui conserva sa bienveillance jusqu'à la fin, et les plus grands seigneurs comme les plus riches financiers suivirent en cela l'exemple d'en haut. Fournisseur de Crozat, Boulle eut même quelques procès avec lui; et pour Samuel Bernard il exécuta un bureau de 50,000 livres. On peut voir encore,
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