SCENE XVIII
DUPARC , au fond, LEON, soriant du cabinet.
LÉON , sans voir son oncle , ei très-agité.
Que faire?. . . deux raille francs! ... il me les faut à l'instant. . . le notaire de Fortuné peut les lui redemander. . . aujourd'hui même. . . et soupçonner. . . grands dieux !
DUPARC , au fond et a part.
Eh quoi , c'est l'argent de ce pauvre petit.
LÉON , de même.
Rien chez moi. . m'adresser à des amis. . . c'est perdi-e mon temps. . . {tirant sa montre). Deux heures du matin. . . il me reste quelques pièces d'or., .je n'ai plus que ce moyen. Il va pour sortir^ son oncle l'arrête par la main,
DUPARC, séoè/-ement.
Où vas-tu.''
LÉON , troublé.
Mon oncle, vous étiez là.
DUPARC
Où vas tu.''
Mais . . .
Ta vas jouer. . .
LÉON
Non. . . mon oncle. . . vous pensez. . .
DUPARC
Tu n'as pas d'autres ressources... tu as perdu l'argent de ton ami. . . tu vas emprunter, jouer de nouveau. . . manquer à ta parole, et demain peut être... le dénouement ordinaire.
rEcarté. 3
LEON
DUPARC
Air : Ce magistrat irréprochable.
Peut-être mon cœur trop sévère M'abuse-t-il ;... mais clans un pareil cas,
Et clans une telle cari'ièrc , C'est clc'jà trop àc faire un premier pas ; Je sais cju'on peut , clans ce séjour funeste ,
Arriver vertueux en cor ; Mais en entrant sur le se\iil , l'honneur reste , Et Lien souvent n'est plus là quand on sort.
LÉON
Il est trop vrai ; mais quel parti prendre ?
DUPARC
Ne plus tenter la fortune ... et remercier le ciel de ce que je t'ai arrêté à temps. . . voilà tes deux mille francs :"paye, et corrige-loi , si tu peux.
LÉON
Comment ! . . . ces billets !
BUPARC.
C'est moi qui te les ai gagnés. . . voilà huit jours que je parie contre toi. . . sais-tu ce qui m'en est revenu, c'est que maintenant je j.asse pour un joueur. . . ainsi, je t'en prie , lâche de ne plus te risquer pour ta réputation et surtout pour la mienne.
LEON , se jetant dans ses bras.
Ah ! mou oncle.
DUPARC
Chut ! voici tout le monde .
SCEî^iE XIX.
Les Précédens, Mad. de ROSELLE, Mad. de SAINT- CLAIR, DUROZEAU, Mll^MlMI, FORTUNÉ,
Danseurs et Danseuses.
Mlle MIMI.
Monsieur Fortuné, cherchez- moi mon schall. DUROZEAU , churge de pelisses.
Je n'ai trouvé que la pelisse de rotre maman , el je la lui porte.
LÉON , à Mad. de Roseîle.
Que j'ai d'excuses à vous demander pour cette contredanse que l'on m'a empêché de danser avec vous.
Mad. DE ROSELLE, froidement
Je vous excuse, monsieur, j'en connais les motifs.
LRON.
Me permetlrez-vous au moins de venir demain me justi^ fier.
Mad. DE ROSELLE , de même.
C'est inutile , monsieur , demain je pars pour la campagne.
LÉON , à Duparc.
Ah ! mon oncle.
DUPARC , bas à Léon.
Ma foi , mon ami, celle-là , je ne peux pas te la rendre.
LEON , à part.
Tout est fini pour moi. . . elle ne m'aime plus. . . {A Forluné qui., en ce moment, se trompe entre Léon et Madame de Rosel/e). Tiens, mon ami, voilà tes deux mille francs.
FORTUNÉ
Comment! mes deux mille francs... ah! je vais être trop riche ... ce que c'est que de ne pas jouer à l'écarté . . . voilà le premier joup que je gagne autant.
LEON
Que veux-tu dire .''
FORTUNÉ
Que voilà la seconde fois que tu me payes. . . madame de Koselle me les avait déjà remis de la part. LEON , vivement.
Madame de Roseilc ! il serait possible !
DUPARC, étonné et joyeux.
Quoi ! madame !
Mad. DE SAINT-CLAIR , d'un îQn de reproche. Comment , ma nièce !
Mad. DE ROSELLE , has h Fortuné.
Etourdi. . . qu'avez-vous fait? vous me perdez. . . (Haut à Dufjorc et à Madame de Saint-Clair). Ah! monsieur... ah!
ma tante, qu'allez vous penser ? j'avoue que j'ai craint pour îui l'apparence même d'un soupçon, et comme j'avais renoncé à lui, comme je ne l'aimais plus. . .
Mad. DE SAINT-r.LAIR.
C'est pour cela que lu as payé ses dettes.
Mad, DE ROSELLE.
Ses dettes . . . vous voyez bien qu'il n'en avait pas . , . qu'il n'avait besoin de personne: que c'est moi, au contraire, qui l'ai soupçonné injustement.
Mad. DE SAINï-CLAlR.
Et lu ne l'aimes plus . . . allons , allons , après une aventure comme celle-ci, qui, grâce aux témoins {montrant la compagnie) sera demain connue de tout Paris , je crois que tu auras bien de la peine à n'en pas faire ton/ mari.
FORTUNÉ
A merveille . . . c'est moi qui ferai le contrat , n'est-il pas vrai?
LEOÎî , h maàame àe Saint-Clair.
IS^on, madame . ; . un tel bonheur n'est pas fait pour moi: du moins, je n'en suis pas encor digne. . .{^A madame de Roselle). Tous vos soupçons étaient justes. . . je suis coupable, et j'étais perdu, sans la générosité de mon oncle ; mais je n'oublierai jamais cette leçon ; et , pour vous le prouver, je ne vous demande qu'une grâce. . . laissez-moi le temps de me corriger et de vous mériter.
Mad. DE ROSELLE , regardant madame de Saint-Clair. Eh bien, soit. . . nous verrons,
Mad. DE SAINT-CIAIR.
Et moi . . je lui pardonnerais sur le champ, parce qu'après tout, ce n'est pas sa faute , avec un oncle aussi joueur que celui-là ! . . .
DUPARC , à Léon.
Quand je te le disais. . . ma réputation est faite.
DUROZEAU, entrant avec précipitation.
Eh bien , qu'est-ce que vous faites donc là ?. . . monsieur Fortuné , mademoiselle Mimi , on danse la Boulangère.
(^Tous les danseuK et les danseuses s^ empressent de sortir).
mI'c mimi.
C'est impossible. . . maman ne veut pas.
DUROZEAU, dun air solennel.
C'est égal. . . l'autorité maternelle doit se larre. . . là où la Boulangère se fait entendre.