SCENE II
DUPARC , Madame DE ROSELLE , Madame DE SAINT-CLAIR.
Mad. DE SAINT-CLAIR.
Monsieur Duparc ! comment, vous êtes ici. - . vous nous attendiez ?
Mad. DE ROSELLE.
Ah ! mon Dieu , monsieur, si nous l'avions su.
DUPARC
J'aurais été désolé de vous déranger . . . sans doute quelque affaire importante . .
Mad. DE ROSELLE.
Nous venons des Français. . une tragédie nouvelle
DUPARC
Voire domestique m'avait fait craindre que quelqu'accident. . .
Mad. DE ROSELLE , d'un air triste.
Oui, vraiment, la pièce n'a pas fini ! quel dommage ! je la trouvais très bien.
Mad. DE SAINT-CLAIR.
Je le crois. . . tu n'as pas écouté. . tu as causé tout le temps avec M. Léon.
DUPARC
Ah ! mon neveu était dans la loge de ces dames !
Mad, DE ROSELLE.
Non , mais il est venu nous faire une petite visite.
Mad. DE SAINT-CLAIR.
Une visite de quatre actes.
DUPARC
Je me suis présenté plus d'une fois , madame , sans avoir le plaisir de vous rencontrer. . et je n'ai pu vous remercier encore des bonnes intentions où vous êtes pour mon neveu. . je conviens que son extrême jeunesse est un grand obstacle ; mais cela termine un proeès ; cela arrange deux familles.
Mad. DE SAINT-CLAIR.
Je le sais , monsieur ; mais c'est égal. . ce mariage n'est pas encore fait.
Air de la Robe et les bottes.
Profitant des jours de veuvage
Ma nièce, sans donner son cœur , Veut vivre seule et jouir du bel âge.
DUPAïic , à Mad. de Rose/le.
Quel e'goïsme ! et quelle est votre erreur! Combien d'attraits je vous vois en partage ; Mais ces tre'sors si précieux. . . je croi Qu'on est encor plus heureuse à votre âge, En les donnant qu'en les gardant pour soi.
Mad. DE SA iNT CLAIR.
Et puis , songez donc , monsieur , se remarier avec un jeune
hoiame de dix-neuf ans. . • vous ne savez pas . . -^cUc a élé si malheureuse avec son premier mari ...
Mad. DE nos ELLE.
Ah ! ma tante !. . monsieur de Roselle. . . quello différence l . .
Mad. DE SAINT-CLAIR.
C'était un homme dont tout le monde faisait l'éloge. . . mais il était joueur. . . ah !
DUPARC , à part.
Joueur ... ah ! mon Dieu ! cela se trouve bien • . . ( haut ) j'espère que vous ne ferez pas ce reproche à mon neveu.
Mad. DE ROSELLE.
Sans doute ■ . . monsieur Léon qui a fini son droit , cl qui est presque avocat . . .
Mad. DE SAINT-CLAIR.
Ce n'est pas une raison. . . depuis quelque temps, ma nièce, le barreau devient très joueur. . {ù Duparc') je ne dis pas cela pour voire neveu. . mais il faudra voir. . . pour ma pari, d'abord, j'aime beaucoup M. Léon . . . c'est toujours à moi qu'il donne la main. . presque tous les soirs il fait ma partie de wisth, ou même me lit la gazette.
Mad. DE ROSELLE.
Pauvre jeune homme! voilà une preuve d'amour. . . eh î mon Dieu !.. et notre toilette !.. on va arriver, et nous ne serons pas prêtes. . . est-ce que monsieur Durozeau n'est pas là ï
Mad. DE SAIÎS'T-CLAIR.
Non. . je ne le vois pas. . . comment-alions nous faire?
DUPARC
Quel est ço M. Durozeau ?. . un de vos parents !
T.iad. DE ROSELLE.
Non , vraiment.
DUPARC
C'^st sans doute un ami ?
Wad. DE ROSELLE.
Mais, non ... je ne [wurrais pas trop vous dire . • c'est une existence qui échappe à l'analyse.
Am : (lujleuvc tle'fa w<?. /i 'A^
Sans esprit il est fort habile , -^^
Son tlonùcile est chez autrui ; »; '
De la sorte , il a clans la ville , '^
guinze ou seize maisons à lui ; ' '
ans l'une il a table servie , Dans l'autre ses gens , son loye r; Et traverse ainsi sans payer Le fleuve de la vie.
Du reste, monsieur, c'est un homme fort ullle. • c'est lui qui fait nos emplettes. . qui loue nos loges au spectacle. . . qui fait les billets d'invitation ; dresse la liste des convives , sur laquelle il se trouve toujours tout naturellement porté . . . substitut obligé de la maîtresse de la maison , il fait les honneurs , dispose les tables de jeu , où jamais il ne risque un écu ; arrange les parties : le boston des grands mamans. . l'écarté des jeunes gens, et le piquet de l'âge mur- . . fait circuler les rafraîchissemens , trouve des danseurs aux petites filles ; pense à tout le monde , ne s'oublie jaiu^ais , el se retire toujours à la fin du souper. . .
DUROZEAU, dans l'intérieur de l'appartement.
Eh ! André ! Lafleur . . . allons donc . .
Mad. DE ROSÇLLE.
Eh! tenez, je l'entends., il donne déjà des ordres. . . je l'ai vu ce soir aux Français , et il est en relard ; car ordinairement , il arrive toujours le premier.
DUPARC, souiîant.
A moins qu'il n'y ait , comme aujourd'hui , des Provinciaux.