VIII PRÉFACE
avais tant parcouru de ces œuvres appliquées, certes ^ et remplies de bonne volonté, mais insipides et inexistantes^ que ce Mazareilh-/^ ne m'inspirait guère confiance.
Je le fis inscrire sous son numéro d'ordre^ classer dans mon armoire et jusqu'à ce que vint son tour de lecture, je n'y pensai plus.
Le tour de lecture arriva. Dès les premières pages, j* ouvris de grands yeux.
On peut se moquer des pécheurs à la ligne, de leur inaltérable patience, de leur stoique résignation. Mais avez'vous vu un pêcheur à la ligne prendre une grosse pièce? Ne souriez-pas ; ça arrive! Et alors, regardez bien l'homme. Son visage se transforme ; on y lit de la surprise, de la fierté, un bonheur ingénu. Il empoigne la bête frétillante, il la montre à ses voisins, il la soupèse, c'est'la gloire!
J'étais ce pêc/ieur à la ligne ; j'avais découvert la grosse pièce et Dieu sait si je m'y attendais ! Couleur, puissance, sobriété; un art fait de probité et de force : un extraordinaire sentiment de la nature.
Une œuvre âpre, où, sur un fond de grave mélancoliCy passent des éclairs de soleil, les appels de la vie, d'une audace inouie, mais d une simplicité, d'une grandeur toute classique.
Dès lors, je m'en allais, demandant à tous les échos :
— Connaissez-vous Delbousquet? Qui est-ce Delbousquet?.,. Qu'a-t-il écrit déjà'^.,,.