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Cette fois il a peur, le Simounet

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CapUana, depuis un quart d'heure peut-être, sans que personne eut ose risquer un véritaljîe écart.

La jeune femme était là pourtant, brusquement pâlissante, tenant dans ses deux mains Téventail refermé. Il ne vit pas son geste d'angoisse. Elle n'osa pas crier. Puis elle savait qu'un faux mouvement pouvait le perdre. Il était déjà a sur le terrain de la vache », et, les bras élevés en croix, il la déliait du regard, du geste, de la voix.

II y eut une seconde de silence, si profond que Ton eût pu se croire perdu sur la rase lande, un soir sans vent, entre le ciel vide et le sable désert.

Et, soudain, ce fut un grand cri. Uneclufiieur immense monta sous les feuillages. Tous ies écarteurs avaient sauté dans Tarène. Aucun d'eux n'hésitait plus.

La CapUana avait foncé, après s'être rapprochée cauleleusement, pas à pas, de l'homme engagé dans sa feinte et qui ne pouvait plus éviter le bond. Sa corne avait troué le ventre, il était tombé, les bras ouverts, et sur le dos, tandis que Barransan, atïolé, se raidissait sur la corde. Par un étrange hasard elle lui échappa, enlaçant les jambes de l'écarteur et la vache

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en folie partit d*un galop sauvage, le traînant par les pieds autour de Tarène dont le sable était rougi par endroits, — puis, voyant le vantail de sa loge ouvert, elle y fonça, entourée des hommes qui essayaient en vain de la prendre aux cornes. Il y eut une autre clameur, qu'un cri d'angoisse traversa :

— Fermez la porte!...

Valéria, secouée d'une émotion indicible, les mains crispées au rebord de l'amphithéâtre, vit la vache s'engouffrer sous elle, dans le trou d'ombre, en emportant Simounet suspendu, la tète en bas, martelant le seuil. Et la porte se referma sur la bête et sur l'homme, tandis qu'autour d'elle viraient, dans un vertige de clarté, l'arène, les arbres et le ciel.

Elle entendit déclouer des planches à coups de hache, le piétinement de la bète sous ses pieds, un sourd beuglement de colère, et s'évanouit.

Quand ses yeux se rouvrirent, elle était encore sur les gradins. Mille personnes criaient en bas, les mains tendues :

— Est-ce qu'il est mort?...

Le peuple s'écarta devant le médecin des

arènes et elle vit, couchée sur une veste de

velours qui ruisselait de sang, une lamentable

loque humaine, au visage tuméfié, comme noirci de cendre, au ventre largement ouvert et d'où sortait un paquet d'entrailles rouges.

Elle referma les yeux et ne vit plus rien que de Tombre.

On remporta chez la Sîlole.

La nuit était proche. La grande flamme du soleil s'éteignait derrière les bois noirs, sur le désert de sable pommelé de pourpres bruyères, et le vacher Modestin regagnait les pâtis du parc.

Il était, seul, resté à la garde du troupeau; tous les gens de Lomprè, partis vers la ville en fête, ne devaient rentrer qu'aux heures fraîches de la nuit.

11 s'était accoudé à la barrière et regardait fixement devant lui, les yeux graves ; son visages était pâli d'angoisse tandis qu'il songeait indi* ciblement à son amour. p'^

— En ce moment, se disait-il, elle se penche au rebord d'une tribune pour applaudir Simounet.

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11 la voyait ardente et le regard lourd de désirs.

\ Un tressaillement Tagila; il eût, au prix de vingt blessures, affronté le taureau, pour la première fois, devant elle, — et pour un seul de ses baisers.

Depuis qu'il l'avait tenue sous lui, dans une étreinte, il se consumait de volupté.

Il passait des heures et des heures vautré dans rherbe fauve, la chair violemment imprégnée de souvenirs.

Maintenant, ce soir, Tobscure mélancolie du crépuscule noyait son cœur d'enfant malade. La jalousie Texaspérait davantage à mesure qu'approchait la nuit. 11 rêvait douloureusement qu'il serait seul, loin d'elle, dans ce parc où il l'avait prise, et il s'imaginait quelle âpreté voluptueuse ont les caresses des amants, au soir d'une fête éclatante de bravoure et de soleil où l'homme a défié la mort.

— Eh bien ! puisque je ne l'aurai plus jamais, puisqu'elle ne veut que de l'autre...

Les paroles qu'il se murmurait tout bas lui firent peur. Il prit une grande résolution.

Il ne paraissait plus souffrir. Une fièvre brillait dans ses yeux sombres. 11 ouvrit les barrières, siffla ses chiens violemment, et les lança

vers le bétail. Il y eut un grand bruit de clarines que dominait la grosse sonnaille d'une bretonne, tintant comme un glas bourdonnant et pressé.

Grâce aux chiens il put, seul, les pousser dans les stalles, dont une douzaine demeurèrent vides : celles des taureaux et des vaches amenés la veille aux arènes.

Dans le parc, il en compta trente et jeta les trente lazzos au-dessus des cornes, parles petites Incarnes des couloirs. Et quan 1 toutes ses bêtes fu'ent liées, il-chassa les chiens sur le seuil, ferma les portes du levant.

Puis il décrocha la grande lanterne de verre où brûlait la lampe qu'un soir Valéria avait tenue de ses mains tremblantes, et, d'un coup de pied, la lança dans un tas de litière sèche. L'huile se répandit. Une mince traînée de flamme mordit les tiges mortes des fougères et des bruyères, puis s'élança, en spirales bleuâtres, autour de la meule.

Modestin regardait le feu d'Un air calme. Une brusque langue jaune lécha les poutrelles de bois de pin, où les toiles d'araignée crépitèrent. Alors il recula pas à pas. L'odeur devenait suffocante. — Les taureaux, tirant à grand j ruit sur leurs cordes, frappaient du front et du s ibot. Des beuglements de terreur éclatèrent.

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Les trente bêles poussaient ensemble une sorte de plainte râlée. Les planches de la voùle craquèrent avec un bruit dévorant de flammes; tout le foin, là-haut, allait flamber!

Le vacher se tenait encore sur le seuil entr'ouvert, quand un mugissement d'épouvante traversa le halètement du brasier, et un énorme taureau noir dont la queue tordue convulsivement fouetlait les flammes, bondit dans le couloir central, traînant au bout de son lazzo une corne arrachée.

Modestin sauta sous l'auvent, referma le vantail d'un tour de clé et demeura immobile un instant, les yeux rivés à une fente.

Les mugissements s'élevaient, s'enflaient, s'abaissaient, pour reprendre encore. C'était comme une eff^royable tempête de vents et de flots. Toutes les bêtes avaient cassé leur corde ou rompu leurs cornes, et, mutilées, hagardes, dans la fournaise, formaient une terrible mêlée de corps fauves et noirs, de mufles pleins d'écume et de cornes sanglantes.

Alors il poussa une sorte de cri sourd et s'enfuit, droit devant lui, à travers la lande.

11 serait, dès la pointe de Taube, à la gare de Roquefort, et le soir même en pleine Espagne.

Il ne reviendrait jamais plus.

César Pouyabère sommeillait dans son fauteuil, près de la haute fenêtre ouverte dominant la cime des chênes, et d'où Ton voyait les champs de seigle moissonnés blanchir sous la lune qui pâlissait le ciel, au levant, derrière la \ligne despinadas.

Son visage avait la lividité de la pierre d'appui où reposait son front.

Le côté droit de son corps paralysé était soutenu par des coussins et à son bras inerte pendait une main desséchée dont les doigts morts, aux phalanges raidies, s'étaient, pour la dernière fois, refermés sur le rebord de cette table massive qu'il avait jetée, un soir, à la poitrine de Floréal.

Son cerveau n'était plus lucide. A peine s'il reconnaissait maintenant Marinette et son fils. Des mots confus sortaient de sa bouche et nul reflet de pensée n'éclairait ses yeux. Il les tenait à demi fermés sous la blanche lumière de la lune qui, peu à peu, montait au-dessus des pins. Mais une vive clarté les lui fit rouvrir.

Au nord-ouest encore sombre, de lourds nuages passaient dont le ventre était illuminé comme d'un coucher de soleil.

Entre la crête des bois et ces nuages, une brusque flamme creva l'ombre bleue du ciel et répandit très haut son reflet.

Pouyabère, ébloui, releva le front, saisit de sa main restée valide un barreau de la fenêtre et colla sa face pâle sur le fer.

Soudain, les nuées devinrent couleur de braise. Les masses lointaines des grands arbres, verdies sous un jet de lumière, semblaient ondoyer dans une tramée de feu.

Autour du parc de Lomprè, où ne restaient plus que des carcasses de bêtes tordues dans l'épouvante de l'agonie, — l'herbe sèche grésillait sous les gerbes d'étincelles. L'incendie, dans une rafale, avait enflammé la pinède proche, sauté la route, courant au sommet de la dune, maintenant il gagnait les mailles de

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jeunes pins que Pouyabùre avait plantés autour de la grande lande nue...

Tout l'horizon, reculé au delà des bois, s'entr^ouvrit... Et le vieillard regardait toujours, sans comprendre, l'océan de flammes monter, à travers la haute bruyère, jusqu'aux cimes de la forêt.

La Bibliothèque

Université d'Ottawa

Eckéonce

The Library

University of Ottawa

Date due

Cf

CE PQ 26 0 7 •E25E3 1921 COO DELBOUSQUETf ACC# 1420655

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