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Touches-y si tu l'oses^ en dialecte gascon

Les petites trnt^^s de toile, rouges, blanches, vertes, bleues, s'ouvraient, une à une, sous Tombre chaude des platanes. Des tourniquets viraient en grinçant, chargés de poteries enhiininées. Devant les tirs où s'alignaient des têtes de bois et de carton grimaçantes, les jeunes gens se pressaient pour juger les tireurs armés de carabines, et aussi regarder à loisir les deux filles maquillées, au rouge sourire, au corsage échancré fleuri d'oeillets roses, qui rechargeaient les fusils et les pistolets. Plus loin, c'était la baraque des lutteurs avec son estrade, ses hommes en maillot clair, aux bras bronzés dont les biceps saillaient comme des nœuds de corde, et Tenceinte de toile où des ours de la Montagne combattaient des chiens du pays.

Tout au bout des allées aveuglantes de lumière, un manège de chevaux de bois tournait lentement, jetant des éclats de pierreries fausses et de cristaux sur des fonds d'étoffes fanées, mangées de soleil.

Des joueurs Ae quilles, chassés par la cohue croissante, lançaient leurs maillets au bord de la grande route de Mont-de-Marsan^ où des jardinières passaient au grand trot de leurs poneys maigres, emportant vers la ville garçons et (illes en tiabits de fôte, dont les rires sonnaient clair parmi les tinlements des grelots et les claquements des fouets.

Sur Y accotement où il n'y avait point d'autre ombre que la mince tache des troncs de peupliers barrant la route toute blanche, un groupe de jeunes hommes, les bras nus, le béret sur la nuque, la face flambée de solejl, tirait à coups de pierre sur un dindon lié par les pattes à un piquet planté au revers du fossé, entre deux arbres. Jl s'agissait de l'abattre, en trois coups, à cinquante pas.

Un grand drôle s'égayait de son adresse : il avait visé juste et frappé fort, brisé une aile, tandis que l'autre battait Tair inutilement et que la pauvre tête rouge de l'oiseau se haussait dans un gloussement de terreur, il avait jeté sa

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doiixif'iïie pierre et atteint le col bourgeonné (lp rose et d'azur changeant, qui se tordait cc.nime un reptile dans rébourilleuient des jlumes.

A travers les roulements sourds des tambours et des tambourins, le cri aipu des cuivres, le nasilleuient des fifres, la rumeur de la foule pressée, Torgue de Barbarie égrenait ses plaintes mélancoliques, et, par-dessus tout cela, la vibration métallique des cigales incendiait les feinllages. embrasait le ciel.

Les coups de feu cessèrent. Une bombe éclata avec un grand bruit. Des femmes crièrent. Les chevaux de bois, embrochés à leur lige de fer, demeuraient immobiles, raidis dans leur galop — et Torgue gémissant s'était tu. On entendit le grognement des ours dans l'enceinte de toile. Un chien blessé hurlait à la mort. La fanfare municipale arrivait en pompe, alignée militairement, à grands pas rythmés par une warcUe. Les vingt exécutants soufflaient dans les cuivres, leurs visages empourprés ruisselaient de sueur. La foule se reforma derrière eux et les écarteurs que précédaient les p :<uts de lances. Les bnïVKî!:^'- > ^^ --.^-^j relouiber leurs toiles sur les évei.i:-..

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el Ions, déjà grises par le soleil et le bruit, hommes, femmes, enfants, vieillards, se ruèrent aux Arènes.

Dans la chaude rnmeur du peuple, où les bérets frôlaient les foulards de soie vive, où les mains agrippaient les tailles, dans le remous des corps pressés dont la houle ondulait au pied des amphithéâtres, Valéria avait retrouvé Simounet.

Il la poussait à Técart, derrière les loges et lui glissait deux billets de barreras dans la main, l'un pour elle, Tautrepour sa sœur Alieia. Elle le regardait avec de grands yeux pleins de lièvre, tout en rajustant son foulard jaune au sommet de ses cheveux noirs. 11 était coiiïé d'un petit béret brodé qui couvrait à peine ses cheveux bruns, vêtu d'une courte casaque de velours de pourpre chamarrée d'or, s'ouvraat sur une chemise blanche, et du pantalon blanc des écarteurs landais, dont le bas, légèrement pincé aux chevilles, découvrait ses pieds agiles chaussés de sandales de corde, aux rebords grillagés de ganses, aux pointes ornées de fleurs écartâtes.

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Elle (U'noiia sa rt*p;<ile, de ses doi/j^ts d'enfnnt refit le nœud, enfonça les bouls joints dans la haute ceinlnre de laine dont la franp;e rouge pendait sur la hanche franche, puis se recula pour le regarder ainsi et le trouva beau.

Il rélait vraiment. La taille svelle, les épaules larges, le visage pale et fin éclairé de grands yeux d'un gris d'or; une courte moustache barrait le pli souriant de sa bouche. 11 avait pris Téventail de sa lïiaîtresse, et le balançait haut, tout au-dessus de son front où perlaient d^.s gouttelettes de sueur.

— Oh ! regarde!

Elle détourna les yeux. Du bout de Téveutail formé, il désignait, sur la blanche écorce d un platane écaiileux, un insecte aux ailes ouvertes qu'il touchait presque, mais qui ne s'envola point.

C'était une cigale de la grande espèce, de celles qui ne vivent que dans le midi de la France, de TEspagne et de Tltalie. Elle sortait de sa chrysalide dorée et naissait à la lumière. Les ailes, éployées à demi, hésitaient encore, diaphanes, d'un bleu-vert ardent, strié de fibrxe roses, — et d'une fraîcheur d'eau de gave, au creux d'un rocher, à l'aurore, — elle haussait son

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corselet blanc, lamé d'or; ses yeux noirs auréolés d une mince lâche orange brillaient comme du jais. Elle semblait une fleur vivante à peine éclose, et dont le soleil allait durcir Téclat.

D'un coup de béret, Simounet la fit prisonnière. Les ailes d'azur vert battirent faiblement. Valéria souriait, sans comprendre, la pensée absente et lointaine II avait saisi à ses cheveux une longue épingle de cuivre. Il transperça le corps de la cigale, ouvrit ses ailes mourantes et la piqua délicatement, tout au bord du foulard de la jeune femme, en sorte que Tinsecte formait la tête même de Tépingle et semblait posé, comme un joyau, sur la chevelure sombre et la soie d'or.

Une fanfare éclata, joyeuse et stridente, Simounet bondit vers un escalier et disparut.

Ils défilèrent, une dizaine d'hommes, au petit pas, tandis que la musique jouait la Marseillaise. Ils étaient tous vêtus de courtes casaques de velours et de pantalons de toile blanche. Quand ils eurent fait, sur deux rangs, le tour de la piste rectangulaire, ils s'arrêtèrent au bas des tribunes, devant les loges des taureaux et faîuèrent, en faisant tournoyer leurs bérets au-

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•îessus de leur lôle, d'ua inimitable geste de grâce fière, en pivotant sur un seul pied.

Le Maire jeta la clé enrubannée dn toril au Teneur de corde qui la reçut dans son béret.

Et la course commença.

Barransan s'était penché sur le seuil de la première loge et il lirait à lui, en la déroulant, la corde, dont les boucles étaient enroulées sous la porte. Le lourd verrou grinça, les gonds battirent et le vantail, vivement rejeté en arrière, lui servit de boucber.

Hors de Tombre, une vache fauve bondit sur la pisle de sable noir, balaya Tarène d un galop agile, rasant les barrières et décrivant des courbes serrées au bout du lazzo tendu.

Des sifflets de colère, à l'adresse des écarteurs, coupèrent les bravos prodigués à la bete ardente.

Avec une dextérité remarquable, Barransan, d'un brusque coup de la corde lâchée, puis

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reprise, amena la vache au bout de la piste et tout en face, à trente pas, un homme campé, frappant le sol de sa sandale, élevait les bras. Un cri rauque siffla dans sa gorge, et la bête fonça droit à lui, dans un tourbillon de sable. Mais, dès qu'il sentit sur sa ceinture le souffle ardent des naseaux, il infléchit son torse souple, cambrales reins que rasèrent les cornes aiguës, et la bête passa, emportée par Télan de sa course, tandis que rhomme, Simounet, demeuré debout et les pieds unis, agitait son béret au-dessus de sa tête et saluait sous les bravos.

Ce fut le signal. La bête était franche et vive. Les écarteurs se disputaient le terrain devant elle. Et comme, enfin, la loge se rouvrait pour rinviter à rentrer, Barransan accéléra sa course au fouettement léger de la corde déroulée toute entière, Simounet l'attendit, les jarrets brusquement ployés, et la franchit d'un saut, de la tête à la queue. Puis il se baissa, délia le mouchoir qui enserrait ses chevilles. La musique jouait en son honneur un air de bravoure joyeuse. En haut, sur les gradins, dans l'ombre des platanes ocellée de soleil, parmi les femmes aux robes claires, coiffées de chapeaux à fleurs ou de foulards, Valéria lui souriait en jouant de Téven-

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Les hommes ramassaient sur la piste les roses, les mouchoirs, les cigares, les pièces d argent, lancés du haut des amphithéâtres.

Et la seconde vache apparut, de môme robe fauve, aux cornes immenses, galopant sans corde, — car elle était neuve et ne connaissait pas encore les ruses et les feintes.

Les écarteurs la sautèrent à la file, tantôt les pieds liés, ou dans le béret, de face ou de colé. Barransan, lui-même, bien qu'il n'écartât plus depuis quatre ou cinq ans, voulut l'attendre à la façon des écarteurs d'autrefois, au^^ar^', c'està-dire une jambe en arrière, calant le corps, et les deux mains abaissées, brusquement posées sur le front de la bête, dans le berceau des cornes — avec une telle vigueur que son élan déviât, et qu'elle frappât dans le vide.

Il fallait être doué d'un sang-froid et d'une force prodigieux pour détourner le coup sans broncher. Lui ne bougea point d'une sandale quand la vache fonça. Il demeura planté sur ses jambes d'athlète, la face cramoisie, en chemise blanche, une grosse rose écarlate aux dents.

Derrière lui, Filhan, Camiade et Simounet décrivirent, au-dessus des cornes, des sauts périlleux pleins de grâce. Ils semblaient bondir

sur (les ressorts élastiques, en tournoyant. Même, à la (in, Tamant de Valéria, grisé de bravos et de cris, attendit la bête, le dos tourné — et quand il la sentit souffltir et que les cornes formèrent autour de ses reins comme un formidable croissant, il se délendit en arrière, rasa la croupe fauve de ses sandales, et retomba, sans apparent effort, les pieds bien joints sur le sable noir.

D'autres parurent à leur tour. Elles étaient jeunes, franches, et fournissaient des sorties brillantes, se prêtaient à des jeux coquets d'ombrelles et d éventails, dont, après les avoir fatiguées par une foule d'écarts et de feintes, quelques-uns des Landais leur caressaient le muiley — ainsi que font les Espagnols avec la cape ou dans les passes de niuUta, quand le taureau, fixé, attend la mort.

L'arène flambait. Sur les gradins des troisièmes, face au soleil, les visages ruisselants faisaient des taches de pourpre que pointiilaient les blancs mouchoirs agités sans trêve. Le ciel embrasé crépitait de cigales. A chaque saut, à chaque écart, à chaque feinte, la fanfare des cuivres éclatait, dominant la fureur enthousiaste des cris. Une fauve odeur de bétail, de peuple en sueur, de fleurs flétries sur la poitrine des feiTiiïies ou dans es mains moites, flottait dans

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Tair, avec l'oromo des sahics chauds et des planches «<luaiiles de résine. Aucun souille û'a«,nlait les feuilles lar<j:cs des |datanes, les oriilainnies tricolores, et les drapeaux, découpés nettement sur 1 azur splendide.

La sixième vache avait l'œil fourbe, sortait au pas et ne fonçait (ju'à une longueur de rhomuie obligé de fuir devant elle. Elle le poursuivait jusqu'à la talanquère et parfois Taidait même à la franchir. Plusieurs pantalons blancs étaient teints de pourpre. Giret, Filhan, Simounet, avaient déjà changé do costume deux fois, et couraient dans le cirque, en casaque trouée, souillée de sable. Le jeu devenait, si difficile et si hasardeux avec celte bcte qui paraissait depuis près de dix années dans les arènes du pays, que la foule des ama^e^^r^ passionnés avait peu à peu envahi le couloir protégé par la talanquère, puis s'était risquée dans un coin de la piste, à quelques pas des planches, pour suivre d'un œil attentif le travail subtil de Simounet. Aucun de ses Itommes n'osait se risquer' devant la vieille CupUana demeurée immobile au milieu de l'arèrie, guettant eii dessous, et feignant de ne point voir qai l'appelait.

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Les vachers avaient beau la piquer Iraîlreusement par derrière, de leurs lances enrubannées, elle se défendait en ruant comme une cavale, sautait des quatre sabots, creusait le sol, et ne ionçait point. Puis elle marchait à petits pas vers l'homme, la tête à demi tournée, en fouettant d'une queue nerveuse ses beaux flancs lustrés que moirait le soleil.

Simounet avait essayé des feintes sur le terrain de sortie. Mais au moment où Técarteiir penchait son torse à gauche, elle se jetait à droite, sachant bien qu'il allait se redresser d'un coup, et ne voulant pas frapper dans le vide. Sur l'écart elle s'aiTÔtait net, se retournait avec une souplesse admirable, et donnait de la corne violemment.

Les Landais n'ont jamais de cape. La corde la remplace parfois, mais si elle sert d'ordinaire à détourner le coup mortel, après l'écart elle devient un danger redoutable pour Thomine dont elle entrave les pas. Avec le bétail fourbe des Landes, en face de la Capitana par exemple, toute l'habileté du Teneur de corde ne suflit pas. C'est pourquoi les toréadors de Gascogne peuvent, à force d'agilité et de bravoure, se jouer des grands taureaux d'Espagne dont Tceil est franc, le galop droit, et redoaleiît paxi'jls

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leurs vaches landaises qui luttent de ruse avec eux.

Siniounet venait d"6carler bravement Lancetero, un noir Colnienar couru sans corde, et son cœur n'avait pas tremblé. La corne avait éraflé sa ceinture, troué sa casaque, dans Técart serré; il portait, à la cuisse, la trace profonde d'une cornaday et la toile de son pantalon se rosait de taches de sang, malgré le mouchoir qui bandait étroitement la blessure. Il boitillait un peu, traînant la jambe gauche, énervé de chaleur et de fatigue, pétrissant son mouchoir des deux mains, et il obliquait déjà vers la talanquère où s'accoudaient ses écarteurs, quand une voix railleuse cria dans le demisilence bourdonnant de l'arène ':

— A questecopqu'a poù, lou Simounet!... ^

L'insulte 1§, raidit. 11 se retourna pour voir qui Pavait jetée. 11 lui sembla entendre un murmure de reproche et le nom de Floréal. Il eut un beau geste de fierté, et, d'un bond, se retrouva devant la bêle.

A cette minute, il ne songeait plusà Vaîéria.

Il ne regarda point vers les tribunes, audessus de la sixième loge d'où était sortie la

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