‹ L'Ecclésiaste: avec une étude sur l'âge et le caractère du livreChapitre 5 sur 40 · Voir, par exemple, ii, H, 18 et suiv. ; iv, 7 et suiv · texte numérisé non relu

Voir, par exemple, ii, H, 18 et suiv. ; iv, 7 et suiv

2. Voir, par exemple, iv, 13 et suiv.; v, 7 et s. ; viii, 2 et s.

siques de vraisemblance. Les personnages y sont niédiocrement constants avec eux-mêmes. La préoccupation de la destinée humaine est si grande chez ces fortes âmes, que les mesquines attentions d'unité et de composition littéraire sortent vite de leur esprit. Leur fiction n'est pour eux qu'un jeu, qu'un prétexte.

Au lieu de désigner Salomon par son nom. Fauteur, conformément h un certain goût du mystère qu'afiectent les écrivains parabolistes, le désigne par les quatre lettres QHLT, qui sont restées jusqu'à présent inintelligibles. Les voyelles manquent, selon T usage; mais il est probable que l'auteur a voulu qu'on lise Q^H^L'^T. Dans un passage du texte*, laquiescenteoaété introduite entre les deux premières lettres. Dès le m' siècle de notre ère, au moins, les Grecs prononçaient K(t)£>.é6^. Les Massorètes ont donc suivi une tradition en

. i. Ch. XII, 8. La traduction syriaque a partout Qouhalto, 2. Origène, dans Eusùbe, Uist, eccL, YI, 2o.

ponctuant Q°H*L*T, et le traducteur grec a lu évidemment de la même manière, quand il a traduit le mot par 'E)oc^7icta<7Tr;ç, « prédicateur » . Q'H*L, en effet, est l'équivalent exact du grec èxxkr^Gioi. On en a conclu que Q°H'L voudrait dire un harangueur, è)«c^yi(7ta^c«>v ; puis, par des raisonnements grammaticaux plus complaisants que solides, on croit pouvoir établir que Q°H*L*T , avec sa forme féminine, aurait le même sens . Kohélet serait ainsi une sorte de nom svmbolique de Salomon, considéré en quelque sorte comme prédicateur et docteur des foules assemblées. Tout cela est bien peu naturel; cela sent la méthode de celte vieille école exégétique qui , du texte le plus indéchiffrable, même le plus corrompu, s'obligeait à tirer un sens. Aucun livre n'a moins que le nôtre l'accent d'une prédication morale. La forme féminine est, quoi qu'on en dise, une forte objection. Toutes les explications qu'on a essayées du mot Q*H'L*T

ÉTUDE SUR L'ECCLÉCIASTE. il

vont se heurter contre de vraies impossibilités. On est donc excusable de chercher d'un autre côté des solutions plus conformes au véritable esprit philologique, au risque de ne pas arriver à se satisfaire entièrement.

Les Hébreux, depuis une époque fort reculée, eurent l'habitude de jouer sur les noms propres et d'y appliquer de bizarres combinaisons, dont les principales sont Yalbam et Yatbasch. Toutes deux consistent à diviser les vingt-deux lettres en deux registres, qu'on fait coïncider, ou en les juxtaposant, ou en les rabattant l'un sur l'autre comme au moyen d'une charnière.

Dans le premier système, la première lettre {Valeph) s'échange contre la douzième (le lamed)^ la deuxième lettre (le bet) s'échange contre la treizième (le mem). Dans le second système, la première lettre {Valeph) s'échange contre la dernière (le tav)^ la seconde lettre (le bet) s'échange contre la pénultième (le schin)^ et ainsi de suite.

\2 ETUDE SUR L'ECCLESIASTE.

On a déjà des exemples de ces jeux de lettres dans Jérémie, c'est-à-dire environ six cents ans avant Jésus-Christ. Ainsi, par le procédé de Vatbasch, le nom de Babel (BBL) devient SSK, le nom de Casdim (KSDLM) devient LBQMI (Jér., xxv, 26 ; Li, 1, 41)*. Poussant le jeu plus loin encore, on mettait des voyelles aux lettres ainsi groupées ; on lisait Sésaq, Leb qamai^ et on cherchait un sens aux syllabes ainsi obtenues par le hasard, absolument comme si, en français, on formait avec les lettres si connues S. G. D. G. un mot sagidog ou svgidag^ dont on donnerait l'explication par les règles ordinaires de Tétymologie. Le nom de QHLT ayant juste quatre lettres comme SLMH, nom de Salomon en hébreu, l'idée que QHLT n'est qu'une transformation de SLMH par un procédé analogue à Yalbam ou

i. C'est à tort que Ton a voulu considérer ces formes bizarres comme une altération du texte ancien. Cf. Graf, Ber Prophet Jeremia^ p. 333, 604.

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à Yatbasch vient d'elle-même à Tesprit. Malheureusement on n'obtient rien par celte voie; les quatre lettres des deux séries n'offrent aucun parallélisme, el diverses remarques qui s'offrent d'elles-mêmes à l'observateur même superficiel découragent tout à fait de chercher de ce côlé le mot de l'énigme.

Une autre source de mots artificiels en hébreu est l'habitude de former des mots avec les initiales d'autres mots. Ainsi, au moyen âge, Maimonide (Rabbi Mosé Ben Maimon) s'appelle Rambam; le célèbre rabbin de Troyes, Rabbi Schelomo Ishaki, s'appelle Raschi. Dans la Bibl^, on peut supposer que le mot inexplicable séla^ qui est caractéristique du livre des Psaumes et que les traducteurs grecs rendent par Siài]^aX[jLa, vient d'un procédé analogue. Le mot de QHLT a-t-il été formé de la sorte? Il est impossible de le dire. Ces sortes de sigles, en effet, sont indéchiffrables, quand on n'en possède

pas rexplicalion. C'est un problème indéterminé, susceptible d'un nombre de solutions presque infini. Si, dans deux mille ans, des textes n'apprennent pas le sens de S. G. D. G., on ne devinera jamais que cela veut dire : « Sans garantie du gouvernement. » Le Liban offre de ceci un curieux exemple. Toutes les faces de rocbers

un peu planes de la région du haut Liban portent la formule AGIVCP, répétée des centaines de fois. Dans trois ou quatre endroits, j'ai trouvé la leçon complète ARBORVM GENERA IV CETERA PRIVATAS d'où il résulte qu'il s'agit là de coupes d'arbres et des essences réservées à la flotte. Certainement, sans la découverte de la leçon complète, on n'eût jamais soupçonné une chose aussi particulière.

Nous inclinons donc à croire que les quatre lettres QHLT ne formèrent pas à Torigine un mot véritable. Mais, le mot une fois formé, l'au-

\. Voir Mission de Phéniciey p. 258 et suiv.

ÉTUDE SUR L'ECCLÉSIASTE. i5

leur Ta considéré comme une désignation substantive, puisque, dans deux cas *, le groupe QHLT est précédé de l'article. La poésie parabolique aimait ces énigmes. Les deux petits poèmes moraux intercalés dans le livre des Proverbes (ch. XXX et xxxi) commencent également par des noms propres qui sont restés jusqu'à présent des logogriphes indéchiffrés.

L'Ecclésiaste passait autrefois pour le livre le plus obscur de la Bible. C'est là une opinion de théologiens, tout à fait fausse en réalité. Le livre, dans son ensemble, est très clair; seulement les théologiens avaient un intérêt majeur à le trouver obscur. Une foule de passages nous embarrassent, parce que le texte est corrompu et que

i. Ch. VII, 27; XII, 8.

la langue forme, dans l'ensemble de la littérature hébraïque, une sorte d'îlot h part- Mais ces difficultés atteignent seulement les accessoires et les digressions, dont souvent on ne voit pas le lien avec le sujet principal. Joignons-y des allusions à des événements politiques et à des sectes religieuses que nous ne connaissons pas. Quant à la philosophie générale de l'ouvrage , elle est très simple. L'auteur revient sur sa pensée avec une insistance qui peut sembler fastidieuse, mais qui ne laisse rien à désirer sous le rapport de la netteté.

« Tout est vanilé. » Tel est le résumé, vingt fois répété, de l'ouvrage. Le livre se compose d'une suite de petits paragraphes, dont chacun contient une observation, une façon d'envisager la vie humaine, dont la conclusion est Funiverselle frivohlé. Cette conclusion, l'auteur la tire des expériences les plus diverses. Il s'y complaît ; il en fait le rythme et le refrain de sa

pensée. Le monde présente à ses yeux une série de phénomènes, toujours les mêmes et roulant les uns après les autres dans une sorte de cercle. Nul progrès. Le passé a ressemblé au présent ; le présent ressemble à ce que sera l'avenir. Le présent est mauvais, le passé ne valait pas mieux, l'avenir ne sera pas préférable. Toute tentative pour améliorer les choses humaines est chimérique, rhomme étant incurablempnt borné dans ses facultés et sa destinée. L'abus est éternel ; le mal qu'on avait cru supprimé reparaît sur-lechamp, plus envenimé qu'avant sa suppression. L'auteur nous assure avoir fait Texpérience de toutes les occupations de la vie, et prétend les avoir trouvées vaines. Le plaisir, le pouvoir, le luxe, les femmes, ne laissent que regrets après eux. La science ne sert qu'à fatiguer l'esprit; Thomme ne sait rien et ne saura jamais rien. La femme est un être absurde, un mauvais génie. La conséquence

serait de rester célibataire. L'auteur y a bien pensé, mais quoi !... Le célibataire est un niais, puisqu'il thésaurise pour des héritiers qu'il ne connaît pas, et qui ne tiendront pas de lui le moindre compte. L'auteur se rabat alors sur l'amitié ; là, du moins, il paraît avoir éprouvé quelque douceur *. Mais comment trouver la paix dans un monde où la loi morale commande le bien et oii tout semble fait exprès pour encourager le mal ?

Le crime est une folie sans doute; mais la sagesse et la piété ne sont nullement récompensées. Tel scélérat est honoré comme devrait l'être l'homme vertueux. Tel homme vertueux est accablé d'infortunes comme devrait l'être le scélérat. La société est mal faite ; les hommes ne sont pas à leur place; les rois sont égoïstes et méchants ; les juges, pervers; les peuples, ingrats et oublieux. Quelle est donc la vraie sa-

î. Ch. IV, 9 et suiv.

gesse pratique ? Jouir doucement de la fortune qu'on a acquise par son travail; vivre heureux avec la femme qu'on a aimée jeune ; éviter les excès de toute sorte; ne pas être trop sage ni s'imaginer qu'en s'exlénuant d'efforts on triomphera de la destinée; ne pas non plus s'abandonner à la folie, car elle est presque toujours punie; ne pas être trop riche (la grande richesse ne donne que souci) ; ne pas être pauvre, car le pauvre est méprisé; accepter les préjugés du monde tels qu'ils existent , sans les combattre et sans chercher à les réformer; en tout, pratiquer une philosophie modérée et de juste milieu, sans zèle, sans mysticisme. Un galant homme, exempt de préjugés, bon et généreux au fond, mais découragé par la bassesse du temps et les Iristes conditions de la vie humaine^ voilà notre auteur. Il serait héros volontiers ; mais, vraiment, Dieu récompense si peu l'héroïsme, que Ton se demande si ce n'est

pas aller contre ses intentions que de prendre les choses par ce biais.

Une telle doctrine, chez un Grec et chez nous, passerait pour l'impiété même, et serait intimement associée à la négation de la Divinité. Il n*en est rien chez notre auteur. Cette doctrine est celle d*un juif conséquent. L'auteur est loin d'être un des insensés qui disent :

« Dieu n'est pas. » On peut le trouver sceptique, matérialiste, fataliste, pessimiste surtout; ce que sûrement il n'est pas, c'est athée.

Nier Dieu, pour lui, ce serait nier le monde, ce serait la folie même. S'il pèche, c'est parce qu'il fait Dieu trop grand et l'homme trop petit. Dieu a créé le monde pour montrer sa puissance; il crée perpétuellement toute \ie; les fins qu'il s'est proposées dans la création de l'univers et de l'homme sont impénétrables. Mais comment ne pas s'incliner devant un être si puissant ? S'il donne la vie à l'homme, il la

lui ôte aussi. Il punit quelquefois, et il est des mauvaises actions dont la simple prudence ordonne de s'abstenir. La punition d'ailleurs, en certains cas, est une sorte de loi naturelle. Les plaisii^s de la jeunesse, par exemple, on les expie plus lard par des infirmités ; ce qui n'est pas cependant une raison pour se les interdire tout à fait. Dieu juge l'homme, mais d'après des principes peu saisissables. Dans la plupart des cas, il est impossible de discerner son action et de voir sa m ain. En somme, Dieu s'intéresse peu à l'homme, puisqu'il l'a mis dans la situation la plus fausse, en lui donnant les préoccupations de la sagesse avec une destinée finie, la même pour le fou et pour le sage, pour l'homme et pour l'animal, et cela dans une société oti les choses sont au rebours de la justice et de la raison.

11 faut donc, avec tout le monde, aller au temple et pratiquer le culte établi; mais ici, comme en toute chose, il faut éviter l'excès.

On importune Dieu par des vœux trop répétés; on donne aux prêtres des droits sur soi; craindre Dieu, voilà le culte véritable. Les dévots sont les plus insupportables des sots. L'impie est un fou ; il brave Dieu, il s'expose au danger le plus terrible ; mais le piéliste est un nigaud, qui assomme Dieu par ses prières et lui déplaît en croyant l'honorer *.

11 est clair que les impénétrables obscurités dont le gouvernement du monde est entouré aux yeux de notre auteur seraient dissipées, si Cohélet avait la moindre notion d'une vie à venir. A cet égard, ses idées sont celles de tous les juifs éclairés. La mort termine la vie consciente pour Tin- ^ dividu . La pâle et morne existence des refdim^ qui préoccupait les gens crédules, surtout les superstitieux Chananéens, n'a aucune signification

1. Le seul passage du livre qui ait en apparence un acceot de piété (xii, { ) prête à de grands doutes. AJ. Graetz soupçooae borékaàt signifier tout autre chose que « ton créateur »,

morale. On ne sent pas dans le scheol. La mort de l'homme et celle de l'animal sont une seule et même chose. La vie, chez l'homme et chez l'animal, vient du souffle de Dieu, qui soulève et pénètre la matière par des voies mystérieuses. « Il n'y a qu'un seul souffle en toute chose. » A la mort, le souffle divin se sépare de la matière ; le corps revient à la terre, d'où il a été pris, et l'esprit remonte à Dieu, d'où il était émané. Pendant quelque temps, il reste un souvenir qui continue l'existence de l'homme parmi ses semblables; puis ce souvenir disparaît, et alors c'est fini. Beaucoup de juifs, pour échapper à ce qu'une aussi courte destinée a d'attristant, disaient que l'homme se survit dans ses enfants ; à défaut d'enfants, on consolait l'eunuque en lui promettant un cippe funèbre S qui perpé-

1. X^niad ou massébet, Isaïe, lvi, 3 etsuiv. C'est l'idée du massébet bahaîm, « cippe parmi les vivants », des inscriptions phéniciennes. V. CQrpminscr. semit.y {'• part., n»» 58, 59.

24 ÉTUDE SUR L*EGGLÉSIASTE.

tuerait sa mémoire dans sa tribu. Gobelet est peu sensible à ces consolations enfantines.

L'bomme une fois mort, sa mémoire disparaît, et c*est comme s'il n'avait jamais été.

Certes, nous étonnerions fort le cbarmant écrivain qui nous a laissé cette délicieuse fantaisie philosophique, si nous cherchions à construire avec son écrit un symbole de foi bien arrêté. « Il est encore un mal, nous dirait-il, que j'ai vu sous le soleil, et qui est peut-être le plus grand de tous, c'est la présomption de l'esprit, qui veut expliquer l'univers en quatre paroles, enfermer le bleu du ciel dans un lécythe, faire tenir Tinfîni dans un cadre de trois doigts.

Malheur à qui ne se contredit pas au moins

une fois par jour! » On ne fut jamais plus

éloigné du pédantisme que l'auteur de l'Ecclésiaste. La vue claire d'une vérité ne l'empêche pas de voir, tout de suite après, la vérité contraire, avec la même clarté. Le relâchement ab-

solu des mobiles de la vie n'empêche pas chez lui un goût vif des plaisirs de la vie.

Doué d'un profond sentiment de justice, il se révolte contre ce que la destinée humaine a d'absurde aux yeux de la morale*. Mais qu'y faire? Le monde a de bonnes heures. Pourquoi ne pas les cueillir, tout en sachant bien que Ton paiera plus tard la joie qu'on a goûtée.

Amuse-toi, jeune homme ; mais ne t'y trompe pas ; il n'est pas un de tes plaisirs que tu ne doives expier un jour par autant de regrets.

La vie la plus heureuse a comme revers les années de la vieillesse , où l'homme voit finir peu à peu tous ses rapports avec le monde et se clore tous ses moyens de jouir.

Arrivé ainsi au comble de la tristesse, l'auteur^ par un des tours de force les plus originaux qu'il y ait dans aucune littérature, entame cette description de la vieillesse, pleine d'énigmes et

1« Gh. lY, 1 el suiv.

26 ÉTUDE SUR L*ECCLÉSlÂSTE.

d'allusions, qui ressemble aux éblouissantes passes d'un prestidigitateur, jouglant avec des têtes de mort. Étonnant artiste, il maintient jusqu'au bout sa gageure, effleurant avec l'adresse de l'équilibriste les cimes des mots et des idées, faisant grincer de son archet les fibres qu'il a cruellement excitées, élargissant à plaisir les blessures qu'il s'est portées, irritant avec délices les lèvres de sa plaie.

Et, avec cela, nous l'aimons, car il a vraiment touché toutes nos douleurs. Il y a bien peu de choses qu'il n'ait vues. Certes il est heureux qu'à côté de lui il y ait eu Zenon et Épictète. Mais aucun Grec mieux que ce sadducéen ne comprit l'étrangeté de notre sort.

L'auteur de l'Ecclésiaste, c'est l'auteur du livre de Job, ayant vécu six ou sept cents ans de plus. La plainte éloquente et terrible de l'antique livre hébreu, les objurgations presque blasphématoires du vieux patriarche sont deve-

nues le badiDage tristement résigné d'un lettré mondain. Bien plus religieux au fond, Tauteur de Job est autrement hardi dans son langage.

Cohelet n'a plus même la force de s'indigner contre Dieu. C'est si inutile! Comme Job, il

s'incline devant une puissance inconnue, dont les actes ne relèvent d'aucune raison appréciable. Mais il se console, et, si les femmes étaient un peu moins trompeuses, les juges un peu moins corrompus, les héritiers un peu moins ingrats, les gouvernants un peu plus sérieux, il se réconcilierait avec la vie et consentirait à trouver qu'il est fort doux, même au prix de la perspective d'une vieillesse maussade, de jouir tranquillement, avec une femme aimée, de la fortune qu'on a su amasser par son intelligence. L'auteur dit trop de mal des femmes pour ne les avoir pas beaucoup aimées. A la façon dont il en parle, on sent qu'il ne faudrait pas grand'chose pour qu'il recommençât à les aimer.

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Il n'est pas si dégoûté de la vie qu'il n'ait de bons conseils pratiques à donner, sur la manière de se bien tenir à la cour, sur les précautions à prendre avec les prêtres, sur le bon

emploi de ses fonds et sur la manière de dis-

tribuer ses placements de mauièreà ne pas tout perdre à la fois.

Cette philosophie, singulièrement fatiguée, n'était pas neuve en Israël : c'était celle de tous les gens calmes et sensés, qui n'étaient ni prophètes, ni zélotes, ni sectateurs plus ou moins fanatiques d'un royaume de Dieu. Le peuple juif est à la fois le peuple le plus religieux et celui qui a eu la religion la plus simple. C'est le peuple de Dieu, et ce n'est pas tout à fait sans raison que l'antiquité l'appela le peuple

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athée^. L'Ecclésiaste ne nous montre aucunpou- \oir dogmatique établi, aucun catéchisme religieux, pas de prêtres enseignants, nulle idée de prophètes. Craindre, c'est-à-dire respecter Dieu, voilà tout; le reste n'est qu'erreur d'esprits étroits, méconnaissance des rapports de l'homme avec l'Élernel.

C'est la gloire du peuple d'Israël d'avoir le premier aperçu la vanité de la superstition et des chimères religieuses. Dès une époque qu'on ne peut calculer, l'ancêtre des Israélites a vu la foUe de l'idolâtrie, des divinités locales et multiples, des grandes imaginations sur la vie d'outre-tombe. Quand un Israélite parcourait l'Egypte, visitait les syringes de Thèbes, les memnonia, les hypogées du Sérapeum, ces maisons des morts si supérieures à celles des vivants, le sentiment qu'il éprouvait était celui de

1. JudœageDSContumelianumÎQum insigais. Pline, Eist, mU, Xm, 4 (9).

la pitié qu'inspire la vue de l'absurJe. Dieu lui apparaissait alors grand, unique, se riant des hommes et de leurs folies. La première de ces folies était à ses yeux la prétention à l'immortalité. « Dieu seul dure* », telle a toujours été la base fondamentale de la théologie sémitique, monothéiste. L'homme est un être passager, et le pire acte d'orgueil de sa part serait de s'égalera Dieu, en s'attribuant l'éternité. Le Pharaon qui se bâtit des pyramides en vue d'une existence indéfinie, loin d'être considéré par le sage israéhte comme un homme reHgieux, lui faisait l'effet d'un impie. La croyance à l'immortalité, loin de lui sembler pieuse, lui paraissait une injure à Dieu et au bon sens. Le peuple, comme tous les êtres instinctifs de tous les temps, croyait aux refaïm, aux revenants ; il y avait des sorciers et des sorcières qui prétendaient évoquer les ombres et les faire parler. Si les sages

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