Hou el-bâqi des musulmans
d'Israël eussent laissé faire le peuple, celui-ci, avec le scheol et les refàim, se fût créé un enfer et une mythologie comme tous les autres peuples. Mais les sages furent assez forts pour étouffer ces rêves en leur germe. « Dans le scheol^ on ne sent rien, on ne sait rien, on ne voit rien. Les refdim sont un néant; ils ne louent pas Dieu. Une fois que le souffle de la vie est remonté à Dieu qui l'avait donné, le corps se décompose et revient à la terre ^ »
C'est ici le point de vue où il faut se placer pour bien apercevoir Topposition profonde du système aryen et du système sémitique, ainsi que le secret de la divergence absolue de ces deux grandes races en fait de religion. Dans le système aryen, les pitris, les ancêtres, sont des dieux ; ils sont immortels ; ils existent par eux-mêmes à la face des autres dieux. Dans le
1. Cantique d'Ézéchias, dans Isaïc, ch. xxxviii, 9 etsuiv.; Ps. Yi, 6; cxiv, 17; Eccl., xii, 7.
système sémitique, une telle conception est rimpiété par excellence. Un seul être existe éternellement : c'est Dieu. L'homme est une créature essentiellement mortelle. Supposer que quelqu'un est éternel devant Dieu, c'est diminuer Dieu, c'est placer hors de lui des êtres indépendants de lui.
Jusque-là, le système est vrai et logique.
Le point où le Sémite s'engage dans d'insolubles difficultés, c'est quand il affirme, non seulement que Dieu est grand, mais qu'en même temps il est juste, qu'il commande le bien et défend le mal, récompense le bien, punit le mal. Ici commençaient les objections sans issue. Le juste étant le favori de Dieu, l'homme injuste étant l'objet de sa haine et de son dégoût, comment se fait-il que souvent le juste soit malheureux, persécuté ? Comment se ^ fait-il que le méchant prospère et soit, après sa mort, conduit au tombeau avec toutes les
ÉTUDE SUU L'ECCLÉSIASTE. 33
marques de l'honorabilité? Voilà le problème qui, depuis mille ans peut-être avant Jésus- Christ jusqu'en plein moyen âge, n'a jamais cessé de troubler Israël. Et certes il y avait de quoi. L'antinomie que les sages d'Israël cherchent à dissimuler le plus qu'ils peuvent est de celles qui crèvent les yeux. La nature est l'injuslice même; la société, reflet de la nature, est, malgré les très petites réparations exercées par le sentiment de droiture qui estenThomme, un tissu d'erreurs et de violations de la justice. S'il n'y a pas une autre \ie pour réparer les iniquités de celle-ci, soutenir que Dieu est juste et ami du bien est le plus puéril des paradoxes ou la plus niaise des contre-vérités.
Voilà ridée mère, on peut le dire, de tout le mouvement hébraïque, la cause inspiratrice de toutes les révolutions qui se sont produites dans le sein du peuple d'Israël. Les sages de la vieille école soutenaient avec une imperturba-
ble naïveté que la vertu est toujours ici-bas récompensée et le vice puni. L'adversité qui frappe Thomme de bien n'est qu'une épreuve passagère. Telle est la théorie qui fait le fond du livre de Job, des Proverbes, de beaucoup de psaumes, de la Sagesse de Jésus fils de Sirach, du livre d'Esther, de Judith, de Tobie, etc. Les prophètes et certains psalmistes n'ont pas une sagesse tout à fait aussi calme. L'auteur du psaume lxxiii (Vulg. lxxii) * éprouve des mouvements de jalousie féroce « en voyant la paix des pécheurs ». Ces pieux zélotes sont pris d'accès de rage à la vue des choses humaines. La prospérité des méchants les irrite et les porte à des appels désespérés. Dieu sommeille ; mais Dieu aura son jour^ ses grandes assises en quelque sorte, où il redressera le monde et mettra tout dans le droit chemin.