‹ L'Ecclésiaste: avec une étude sur l'âge et le caractère du livreChapitre 9 sur 40 · Chap. XXXV, init · texte numérisé non relu

Chap. XXXV, init

7. Comparez aussi ses idées sur le danger des femmes (ch. jx, XXV, XXVI, xLii), sur Tagriculture (ch. vu, 16) à EccU, VII, 25 et suiv. ; v, 8.

ÉTUDE SUR L'ËGGLÉSIASTE. 45

le fils de Sirach est d'une tout autre école que notre sceptique auteur. 11 est patriote. Or cette religion fondamentale de Tlsraélite, qui meurt chez lui la dernière et survit à toutes ses désillusions, est à peine sensible chez Cohélet. Il n'est pas fier d'être Juif; on sent que, s'il doit se trouver un jour en rapports avec les Grecs et les Romains, il fera tous ses eflforts pour dissimuler sa race et faire bonne figure, aux dépens de la Loi, dans le highlife de son temps.

A quelle date précise rapporter notre singulier petit livre ? Cette question est pour la critique l'objet de sérieux embarras. Autant il est facile de classer idéalement le Cohélet^ je veux dire de lui assigner sa place dans l'histoire morale d'Israël, autant il est difficile de fixer abso-

lument le siècle où il a été composé. L'histoire littéraire du peuple juif offre des lacunes énormes, el les considérations a priori sont, en pareille matière, singulièrement dangereuses. Telle pensée qui paraît d'ordre moderne fit peut-être son apparition, dans quelque coin perdu du développement d'Israël, à une époque ancienne. Telle pensée qui paraît primitive est souvent, chez ce peuple étrange, contemporaine de l'empire romain.

On peut dire que la littérature hébraïque se compose de deux floraisons, séparées par un désert aride de trois cents ans. L'ancienne littéraire hébraïque, comprenant la plus grande partie de la Bible, était close vers l'an 500 avant J.-C. L'état littéraire de la période qui suit, et qui correspond à la domination perse, nous est tout à fait inconnu. Il en faut dire autant de l'époque d'Alexandre et du m* siècle avant J.-C, La lumière reparaît au ii" siècle avant J.-C,

Vers Tan 170, a lieu celte éruption extraordinaire de l'enthousiasme juif qui produit les livres de Daniel, d'Hénoch, et beaucoup d'autres écrits dont l'original hébreu s'est malheureusement perdu. Cette veine littéraire se continue par l'Assomption de Moïse, l'Apocalypse d'Esdras, l'Apocalypse de Baruch, les livres de Judith, de Tobie, contemporains de l'apparition de la nouvelle Bible chrétienne, et qui également ne nous ont été conservés que par des traductions grecques, latines ou orientales.

Il est impossible de placer Cohélet dans le groupe des grands écrits classiques d'Israël, qui finit, vers l'avènement de la dynastie achéménide, par les écrits des derniers prophètes Haggée, Zacharie, Malachie. Ce n'est ni dans la troupe toujours haletante des prophètes de Jérusalem, ni dans ce vi* siècle (le siècle qui suivit la ruine du royaume de Juda) si plein pour Israël de douleurs, de désespoir, d'exaltation re-

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ligieuse et d'espérance, qa'on peut caser notre sceptique. Qu'on songe aux brillants rêves d'à- Tenir du second Isale, de certains psalmistes. Il y a des heures où l'âme la plus blasée deTient patriote. Le \i' siècle fut pour le peuple juif une de ces heures. Il est vrai qu'en remontant plus haut, nous trouve rions l'école parabolique, en particulier celle qui parait s'être groupée autour d'Ézéchias, avec laquelle notre auteur a plus d'une affinité. Mais la langue du Cohélei porte si évidemment les caractères d'un âge relativement moderne, qu'il faut s'interdire des hypothèses qui placeraient le livre à côté des monuments classiques du génie d'Israël.

Le Cohélet est sûrement postérieur à l'avènement des Achéménides, c'est-à-dire à l'an 500 avant J.-C.

Des raisonnements du même ordre porteraient à croire qu'il est antérieur à la crise suscitée par Antiochus Épiphane, vers Tan 170

avant J.-C. Nous avons peine à concevoir notre auteur vivant au milieu des fougueux raessianisles du temps des Macchabées. A partir de celte date jusqu'à la guerre d'Adrien, Israël a la fièvre; il enfante dans la douleur; il souffre pour Thumanilé. Notre auteur, au contraire, est le plus calme des hommes; ni le patriotisme, ni le messianisme ne le troublent; il ne gémit que sur lui-même ; ses tristesses et ses consolations sont pour lui seul. On dirait que le judaïsme n a pas encore été persécuté.

La conséquence à tirer de là, c'est que le C(h hélet aurait été composé sous les Achéménides, ou du temps d'Alexandre, ou du temps de la domination des Ptolémées en Palestine. Mais, nous le répétons, de telles inductions sont bien souvent trompeuses. Une nation ne marche jamais tellement tout d'une pièce, qu'il ne se produise en elle des courants latéraux. Dans cet âge d'exaltation qui s'étend de Judas Macchabée à Barkokeba, il

y eut des épicurieDs fort paisibles, très amortis en leur zèle pour les grands intérêts d'Israël et de Thumanité. Des groupes isolés conservaient leur liberté d'esprit. Le fanatisme des Asmonéens tomba vite. Ces sadducéens qui ne croient ni aux anges, ni aux esprits, ni à la résurrection, ces boëthusim, dont le nom était synonyme d'épicuriens, toute cette riche aristocratie de prêtres de Jérusalem, qui vivait du temple, et dont la froideur religieuse irritait si fort Jésus et les fondateurs du christianisme*, étaient bien les frères intellectuels de notre auteur. M. Graetz a développé, avec toutes les ressources du savoir le plus profond et de l'esprit le plus ingénieux, la thèse que le Cohélet a été écrit peu d'années avant la naissance de Jésus, sous le règne d'Hérode, et que le Salomon mythique dont il y est question, c'est Hérode lui-même, Hérode arrivé à renouveler, à force de travail et d'intrigue, la

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