Voir Yie de Jésus, ch. xiii
grandeur légendaire du fils de David, et ne recueillant, sur la fin desa\ie, que les malédictions du peuple, les tristesses domestiques et Tennui. Le livre serait ainsi une sorte de satire, un livre d'opposition, rempli d'allusions et de malices. A peine est-il un verset du Cohélet oti M. Graetz ne voie quelque circonstance des récits de Josèphe. Par moments très séduisant, le système de M. Graetz est insoutenable dans son ensemble. Ce que le savant israélite a bien prouvé, c'est qu'on ne peut descendre trop bas quand il s'agit de fixer la date du Cohélet. Quelques observations des plus fines, déjà faites du reste avant M. Graetz par M. Nahman Krochmal, sur les derniers versets, montrent que rien ne s'oppose à ce que la composition du livre ne remonte pas au delà des temps hérodiens ou asmonéens. La langue est ici évidemment le critérium le plus important. Il est en général assez facile de distinguer un ouvrage hébreu de la grande
t'poque, c'est-à-dire antérieur à Tan 500, d'un ouvrage hébreu postérieur, tel qu'Esther, Esdras, Néhémie, les Chroniques, Daniel. Le vieux style hébreu a un caractère à part, ferme, nerveux, serré comme un câble, tordu, énigmatique.
L'hébreu moderne, au contraire, est lâche, sans timbre, flasque, tout à fait analogue à Taraméen. Les aramaïsmes y abondent ; les écrits conçus en ce dialecte peuvent être traduits mot à mot en araméen, sans rien y perdre. Il n'en est pas de même du Cohélet. Oui, certes, la langue du livre est moderne; mais elle est peu teintée d'aramaïsme; le livre est presque impossible à bien traduire en syriaque. Ce à quoi cet hébreu ressemble, c'est à la Mischna, et surtout au traité Eduioth^ aux Pirké aboth^ à la Megillath Taanith. Or la Mischna représente l'hébreu du ii* siècle après J.-C, hébreu très différent de la langue fortement arainaïsée qui était devenue à la mode chez les Juifs
ÉTUDE SUR L*EGGLÉSIASTE. 53
vers Tépoque achéménide. Par la langue, le Cohélet paraît le plus récent des livres bibliques, le plus voisin du Talmud.
Les considérations paléographiques, si Ton peut s'exprimer ainsi, conduisent à la même conclusion. Un résultat incontestable de l'élude critique dont le livre a été l'objet dans les derniers temps, c'est qu'il fourmille de fautes de copiste *. Or toutes ces fautes ont été commises dans l'alphabet hébreu moderne, qu'on appelle l'alphabet carrée Cet alphabet, qui est l'alphabet araméen lui-même, ou du moins qui est sorti de l'ancien alphabet par des modifications identiques à celles qui ont produit l'araméen ^^ était l'alphabet en usage vers l'époque asmonéenne. Tout prouve que le Cohélet fut écrit et
1 . Voir Tappendice à la fin de ce volume. Les keris, ou variantes avouées par la Masore elle-même, présentent le même caractère. Voir par exemple, xii, 8.
2. Se le représenter par Tinscription des Beni-Hezir, près de Jérusalem, à peu près contemporaine de Jésus-Christ.
copié d'abord dans un alphabet très usé, 1res fatigué, avec des ligatures, où plusieurs lettres se ressemblaient, et qui présentait comme une série de traits verticaux se tenant entre eux et très faciles à confondre. On sent que le livre n'eut d'abord rien de sacré, rien d'officiel. Ce fut une écriture privée, longtemps gardée comme telle, copiée avec toutes les fautes qu'entraîne l'usage d'un caractère cursif.
La traduction gr v^ue du Cohélet présente des caractères à part, qui invitent également à croire que le livre entra tard dans le Canon et y fut rattaché comme une sorte d'appendice. Si cette traduction n est point d'Aquila, elle est au moins de son école et de sa manière. Aquila traduisit au temps d'Adrien (vers 130 après Jésus-Christ), et sous l'influence des idées de Rabbi Aquiba *. Le principe fondamental de Rabbi Aquiba était que tout mot, dans le texte