‹ L'EcclésiasteChapitre 115 sur 120 · inDl; M · texte numérisé non relu

inDl; M

inatiqu(?, il paraît du moins assez probable que l'EccIcsiaste n'est pas le seul ouvrage qu'il ait écrit.

11. Sur la prononciation du qdiné^ hatoup/i de rl32"'~ voir Kon. I, p. 99 et GK 91^. Ce terme est usité en néohébreu. D'après la Michna {Kelim, ix, 6) et conformément à I Sam. xiii, 21, il désigne la pointe de fer de l'aiguillon (IdSd). On remarquera la paronomase qu'il forme avec 1121. D'après Kôn, (III, 299 b), il a l'art, parce que les aiguillons sont considérés dans leur état habituel; niiaiya (ailleurs niIDDa ou onaDa) ne l'a pas, parce qu'il est accompagné d'un qualificatif qui exprime un état occasionnel. Cette distinction, dans la mesure où elle serait fondée, ne s'oppose pas à l'interprétation donnée plus loin de niiaiya. — VVDJ « planter », employé ici seulement des clous, se dit ordinairement des arbres, et dans Dan. xi, 45, du pieu de \d, tente. De ces divers emplois il résulte que ce qui est « planté » n'est pas complètement enfoncé, mais, comme la plante et comme le pieu de la tente, reste en partie hors de terre. Il en est certainement de même ici des clous, quelle que soit d'ailleurs la matière dans laquelle ils sont fixés; car V'Q2 ne change pas de sens (cf. « planter l'oreille », Ps. xciv, 9). — Sur lSî;2 « maîtres, possesseurs, détenteurs », cf. v, 10, 12; vu, 12; x, 11, 20, etvoirGK128 u. Ce mot pourrait être sujet d'une proposition indépendante, avec mia^DS pour attribut; ou, en le détachant de ce qui précède et en négligeant la ponctuation massorétique, sujet de UnJ ; ou enfin, un qualificatif de m"172i:*î2, lequel serait, tout comme ni:2"l~, un attribut de lin; dans les deux premières hypothèses, 'hvi pourrait désigner des personnes ou des choses. — niSDX est un mot tardif et hapax. Le sens de la racine est « recueillir, retirer, amasser; rassembler; accueillir ». On trouve dans I Chr. xxvi, 15, 17; Néh. xii, 25 D''SDN*n ni2 « magasin », pièce dans laquelle on amasse dilférents objets ou provisions. Ces deux substantifs affectent d'ailleurs la forme de part, passifs : « choses recueillies, amassées ». G (B)o't Ttapi -cwv auvOEiia-wv, (xA) auvay- (laxcDv, (x^**) cïuvtaYixcicxwv passe au sens d' « assemblées, masses, troupes », d'accord ave,; le Talmud et les Midrachim (Levy, NHW, I, p. 1271, qui rendent la locution entière par « les membres des assemblées des sages », avec T « les maîtres du Sanhédrin » et Jér. habentibus caetus (P les maîtres des. seuils a lu D^^iD, en araméen xsp et NSiDN). Fidèles à cette ancienne interprétation, un grand nombre de com. (Gesen. Herz. Knob. Vaih. Ginsb. Gràtz, Mot. Ren. Sieg.) traduisent « les maîtres ou les membres des assemblées des sages ». Mais déjà le Talmud de Jérusalem uSanh. x, 1), à côté de cette première interprétation, en mentionnait une autre : « paroles prononcées dans les assemblées ». Aussi Del., après Ew., pense-t-il que iSys peut dési-gner des choses (des paroles) aussi bien que des personnes, et ne doit pas

478 LECCLÉSIASTE, XII. 11.

nécessairement se traduire par « possesseurs », mais peut signifier « participants » (cf. Gen. XIV, 13 : ri13 1^73; Néh. vi, 18 : nî?12Ur iSîr3), et par conséquent désigner les sentences mises en collections par opposition à celles qui restent à l'état isolé. La traduction « les (sentences) membres des collections » est reçue par Ew. Hitz. Elst. Zôckl. Del. Now. Rviel. Kôn. (III, d06g), Mo N. Haupt, Bart. Empruntant à la première interprétation le sens de iSyi et à la seconde celui de niSDN', Bick. (1884; mais en 1886 « plantes salutaires ») Wild. Zapl. traduisent « les maîtres des collections », c'est-à-dire les collecteurs de proverbes. Wright admet cette traduction, mais entend par là ceux qui connaissent à fond les collections de sentences et savent en tirer ce qu'elles contiennent. Zirk. dit : « les auteurs des compositions ».

niSDN peut aussi bien signifier « collections » qu'« assemblées », et il n'existe dans la langue elle-même ni dans la tradition aucune raison déterminante en faveur d'un sens à l'exclusion de l'autre. Mais d'autres considérations peuvent fixer le choix entre les deux principales interprétations. La seconde se heurte à une réelle difficulté : nulle part, sauf en apposition (Is. xLi, 15), hyi n'est dit des choses, et le mot éveille en effet de soi l'idée d'une personne ou au moins d'un être animé, à la différence de ]2 qui désigne indifféremment choses (Lam. m, 13; Job, xli, 20) ou personnes, sans doute parce que son complément suffit à marquer de quel sujet il est question et ne laisse place à aucune amphibologie. De ce chef, la traduction « les (sentences) membres des collections » apparaît injustifiable : elle n'est qu'un expédient d'exégète aux abois. Le contexte s'en accommode peut-être à la rigueur, mais il ne la réclame pas. La proposition : « les membres des collections sont comme des clous plantés », ferait en effet allusion à l'état de fixité des sentences dans la compilation (il n'y a pas lieu d'insister avec Ew. sur ce que les paroles seraient mises en ordre : la comparaison des clous n'implique aucunement un groupement rationnel, et niDDK n'a pas le sens d'« assemblage », que la racine verbale ne comporte pas). Mais rien n'indique qu'au début du v. les « paroles des sages » soient considérées dans un état de dispersion (9 b suppose plutôt le contraire; voir ci-dessus), rien, sinon l'antithèse des prétendus « membres des collections ». La première interprétation « les maîtres des assemblées sont comme des clous plantés » est certainement meilleure, car elle donne à "iSyi, le seul sens qui lui convienne si on le traite comme un nom indépendant. Elle introduit une figure singulière pour nous, mais usuelle dans la Bible, si du moins on se réfère à in'' et non plus à miDil/D. ^^'' désigne le piquet de la lente, mais aussi les chevilles qu'on fixe dans la muraille pour y suspendre toute sorte d'objets (Ez. xv, 3; Eccli. xwii, 2). Pour comprendre l'importance de ces supports, il faut se reporter à l'époque où, dans la maison à peu près vide de meubles, tous les objets qu'on ne voulait point voir traîner sur le sol devaient être accrochés au mur. La « cheville » devenait quehjue chose de fort utile et même d'indispensable et fournissait une figure de langage familière, mais d'autant plus intelligible et énergique : « Je le (Eliacim) planterai comme une cheville dans un endroit solide; il sera un trône de gloire pour la maison de son père. A lui sera suspendue toute la gloire de la maison de son père, les pousses et les rejetons, tous les plus petits vases, depuis les coupes jusqu'aux jarres » (Is. xxii, 23-24; cf. ibid.

LECCLÉSIASTK, Xll, li. 479

V. 2Ô: Zach. x, 4; Esdr. ix, 8). On voit que l'inlerpriHalion actuellement discutée présenterait en elle-même un sens recevable. Mais les « maîtres des assemblées » ne sont positivement appelés, ni par le contexte antérieur Ivv. 9-10, d'après lesquels les « paroles des sages » semblent désigner des paroles écrites et non des discours prononcés dans des réunions), ni par le contexte subséquent (11 in (îne-\i\.

Mais une voie nouvelle est ouverte par la connaissance qui vient d'être donnée de l'intérieur de la maison juive, et de l'image que la Bible en a tirée. Car précisément DiSDX (I Chr. xxvi, 15, 17; Néh. xii, 25), dont niEDN ici diffère par la forme du plur. mais non par le sens (cf. dans ce même v. nT'Cira pour Di1)2DDi, désigne les provisions de toute nature (alimentation, vêtements, batterie de cuisine, instruments quelconques) qu'on recueille et qu'on amasse, et pour lesquels on n'a d'autre place marquée dans la maison que les supports, chevilles ou clous, suspendus aux murs. Pourquoi donc l'Épiloguiste ne ferait-il pas allusion à ces « clous plantés, maîtres ou détenteurs des provisions » ":* "^^'Jl peut être en apposition à mioi:;^, selon la construction employée dans Is. xli, 15 ('ni!'£"'3 S>2 yiin « traîneau à plusieurs tranchants »). La pensée serait nette. La comparaison des aiguillons a fait ressortir ce que les paroles des sages ont de stimulant, qui excite l'attention et provoque la réflexion. Mais l'impression produite par ces paroles n'est pas seulement vive, elle est durable. Les fines sentences piquent l'esprit comme des aiguillons; mais aussi elles se fixent, restent fichées dans la mémoire comme les clous plantés dans les murs, portant avec elles des ressources multiples pour les difficultés éventuelles. Car elles sont éminemment suggestives : d'une seule d'entre elles on peut tirer des applications diverses. Dans toutes les situations et tous les embarras, dans toutes les perplexités et les besoins, on trouvera, en recourant aux sentences des sages, un conseil approprié, un aA'is opportun. On voit que le terme >< provisions » reçu dans la traduction ne doit pas être trop pressé; le sens exact de mscx est « collection, amas » de toutes choses utiles. Il est vrai que cette interprétation suppose l'équivalence du « clou » et de la « cheville ». Mais l'hébreu ne la repousse pas (cf. Is. xli, 7; Jér. x, 4); le néohébreu la favorise (cf. Vayiqra rabba, c. v, dans Levy, NHW, III, p. 172 b ; inl IN "112D72) ; l'extension de l'usage du fer l'explique, et enfin l'emploi de î?T2J dans notre texte la rend certaine. Ce mot, comme on l'a noté, marque que les clous sont plantés et non pas complètement enfoncés. En cet état, ils n'ont point pour but de piquer, comme les aiguillons (Kam. ZATW, 1909, p. 64, traduit « comme des clous plantés qui ont des arêtes » afin de blesser, se référant sans doute au judéoaraméen n2D ou NSi^* « rebord, arête » ; cf. Levy, NHW, III, p. 563 b), mais uniquement de servir à suspendre quelque chose. Leur office est celui de la « cheville » et ils peuvent fournir la même comparaison. Cette explication a l'avantage de ne pas nous faire sortir du cercle des objets familiers, dans lequel la mention des aiguillons nous a introduits. Il faut noter enfin, pour les exclure, les propositions de Sieg. *hvzi et de Zapl. iS;?2C Driv.-Kitt. relate cette dernière en ajoutant ; « cf. Gr.(xoi ». Mais il est évident que G oV îcapà X. T. X. (cf. la façon dont il traduit la même locution dans v, 10, 12; vu, 12) a lu ici *ihV2 au nominatif.

480 l'ecclésiaste. xii. 11.

La dernière proposition du v. est inattendue et son sens, discuté, va 7rj se trouve dans II R. xxv, 30, et Vu précédant le complément du passif est employé dans Gen. xvi, 2; xxxix, 19, etc. (Kôn. III, 107). « Donner» est susceptible d'interprétations diverses, suivant que le « pasteur » désigne Dieu (Jér. Zirk. Knob. Ilerz. Ginsb. Del. Mot. Wright, Wild. Bart. Zapl.). ou un personnage humain. Moïse (Targum), Salomon (Me N.), ou le maître de sagesse qui a écrit l'Eccl. (Ew. Elst. Now. Cheyne). Le sujet du verbe peut aussi varier. On considère généralement qu'il est représenté par « les paroles des sages » (Ginsb. Del. Now. Sieg. Me N. Bart.), ou par « les collections » (Wright); mais plusieurs com. font au contraire intervenir des personnes, les auteurs des compositions (Zirk.), les maîtres de sagesse avec leurs sentences (Knob.), les membres des assemblées (Grâtz, Mot. Cheyne). En outre, Gràtz propose une correction DljnJ : « les membres de l'assemblée les ont transmises (les paroles des sages) de la part d'un seul pasteur » ; Ren. suit cette traduction, en remplaçant 7]V'\'Q par niia, et Cheyne s'en inspire aussi pour écrire : « les membres des assemblées les ont données de la part d'un autre pasteur ».

Le sujet de UnJ n'est autre que « les paroles des sages ». Ce sont ces « paroles » qui dominent la phrase et restent au premier plan de la pensée ; les substantifs qui interviennent ensuite ne sont que des termes de comparaison, destinés à mettre en valeur le premier concept exprimé. Mais que représentent ces « paroles des sages » ? Si le contexte n'apportait aucune précision, l'expression pourrait n'être que la désignation d'un genre littéraire et envelopper même l'enseignement oral de la sagesse (cf. ix, 17). Mais le début du V. 12 marque nettement que l'Epiloguiste a en vue des écrits et même un recueil déterminé. Par conséquent les « paroles des sages » doivent désigner l'ensemble des écrits relatifs à la sagesse, tel qu'il pouvait exister à cette date. Le « pasteur unique » ne pourrait être alors que Dieu même (cf. Gen. xlix, 24 ; Is. XL, 11; Ez. xxxiv, 11 ss. ; Ps. xxiii, 1; lxxx, 1; xcv, 7), et l'épilogue revendiquerait pour les sages le bénéfice de l'inspiration, ou au moins d'une mission divine. Une autre interprétation est cependant possible, bien que plus hypothétique. Si Qohéleth n'était lui-même l'auteur que d'une partie des sentences qu'il a publiées (voir le com. du v. 10), l'expression « paroles des sages » pourrait désigner son livre de sentences, c'est-à-dire en ce cas le livre canonique des Proverbes (cf. Prov. i, 6; xxii, 17). Il est à remarquer en effet que les caractéristiques notées au v. 11 ne conviennent qu'à des maximes sentencieuses, qu'elles sont en parallélisme sensible avec le v. précédent, consacré à l'éloge de l'œuvre de Qoh. (les « aiguillons » correspondant aux « paroles agréables » et les « clous porteurs de provisions » aux « paroles de vérité »), et par conséquent qu'elles le continuent en quelque façon. A la multiplicité des sages et de leurs paroles s'opposerait cette fois, dans les mots « un même pasteur » (cf. Prov. x, 21), l'unicité du rédacteuréditeur qui s'est fait leur interprèle, et la iin du v. rendrait hommage à l'activité littéraire de Qoh., à laquelle le v. suivant paraît bien aussi faire allusion. L'emploi du terme nyi continuerait, mieux encore que dans l'interprétation précédente, la figure commencée par la comparaison des aiguil-

l'ecclésiaste, xii. 12. 481

'2 Et quant à plus (de paroles) que celles-ci, mon fils, sois averti : faire beaucoup de livres n'a pas de fin, et beaucoup d'étude est une fatigue de la chair.

Ions. II reste néanmoins douteux que les « paroles des sages » soient une désignation du livre des Proverbes : même dans Prov. i, 6; xxit, 17. l'expression n'a pas précisément cette portée.

Haupt tient la dernière proposition du v. pour une interpolation postérieure.

12. 1D "ini a, comme dans Esth. vi, 6; B. S. viii, 13 et dans la Michna. le sens de « plus que » ; cf. le corn, du v. 9. Le part, doit donc être considéré comme un accusatif adverbial et traduit littéralement : « quant à ce qui est en plus de » (KoN. III, 208 f). — r\127\ (la forme absolue du pronom personnel est préférée en raison de son adjonction à une préposition brève; cf. Kox. III, 20) peut être considéré comme un pronom démonstratif neutre; son interprétation dépendra en bonne partie du sens accordé au contexte. — >21 est l'appellation ordinairement donnée au disciple par le maître dans le livre des Prov. (i, 8, 10, 15; it, 1; m, 1, 11, 21; iv, 10, etc.). Qoh. ne l'emploie jamais. L'Epiloguiste doit donc être aussi un sage. — im à YInph. est « avertir » (de même en néohébreu, et au pe. et à Yaph. en judéo-araméen), ici au niph. « se laisser avertir, être prudent » (de même à Vet/ipe. en judéo-araméenj. La plupart des com. iZirk. Ges. Klein. Ginsb. Mot. Now. Bick. Gietm. Sieg. Me N. BDB, Bart. GB; de même Jér. VT; cf. G) traduisent : « quant à ce qui est en dehors des paroles des sages, sois averti «. Cependant £\v. Del. Wright, Ruet. Wild, Ilaupt, Zapl. font de même de n'2rî un neutre et écrivent : M en outre, sois averti ». Seuls Knob. Ilitz. Elst. Vaih., rapportant HDnc au verbe qui suit, et donnant à celui-ci un sens qui n'est pas le sien, traduisent : « en outre, sois instruit par ces choses-ci (les enseignements de ce livre I ». Ilerz. fausse aussi le sens du verbe : « instruis-toi toi-même, plus que ces livres (ne le peuvent faire) ». — inS est un hapax et de racine inusitée; cf. G ^l'/À-t], Jér. V meditatio, P « discours ». Perles [Analecten, 29^1 propose ri^H"], de Hin, « méditer » ; on se réfère ordinairement à la-

rabe la/iiga « être empressé, appliqué » (Xow.). nyi'i est aussi un hapax.

T\i'\'r\ est employé adjectivement (Kox. III, 318 e).

non représente sûrement des paroles, car il n'est pas question d'autre chose dans 10-11, et des paroles écrites, puisque l'auteur veut empêcher qu'on écrive davantage. Mais de quelles « paroles écrites » s'agit-il? Quels sont les livres dont l'Epiloguiste veut que nous nous contentions, et quels sont ceux contre lesquels il nous prévient ■:* Il ne peut exiger que nous nous bornions à l'Ecel. Ce serait vraiment nous renfermer dans un bien petit opuscule, et pour pouvoir dire avec quelque raison : x c'est assez de livres » il faut en permettre à tout le moins plus d'un. D'ailleurs les « paroles » mentionnées dans 9 è-11, les seules que ri*2n puisse représenter, n'ont précisément pas les caractéristiques de l'Eccl. et ne peuvent même englober ce livre que comme une fraction minime d'un tout dont la majeure partie, la l'ecclési.\ste. 31

482 l'ecclésiaste, xii, 12.

seule décrite, revct une autre forme littéraire. Par conséquent, ou bien r\12T\ se réfère aux « paroles » du v. 11, et dans ce cas, ce sont les écrits des sages, tels qu'ils existaient à cette époque, qui sont canonisés; ou bien le pronom se réfère, par-dessus le v. 11, aux vv. 9-10, et alors l'Épiloguiste a en vue les deux livres de Qoh., c'est-à-dire son recueil de sentences et son Eccl. : si le même manuscrit contenait les deux ouvrages, le v. 12 se comprendrait mieux encore. Néanmoins la première alternative est sans doute préférable. Krochmal, Gratz et Ren. (voir Vlntrod. p. 151) pensent que l'exclusion prononcée par le v. 12 viserait les livres extracanoniques. Mais cette opinion implique que r\'Dr{ représente tous les hagiographes. Or, la description qui est faite, au V. 11, des écrits approuvés et l'appellation « paroles des sages » qui sert à les désigner, ne conviennent parmi les Kethoubim qu'aux seuls sapientiaux. La théorie est donc inacceptable. D'après d'autres com., l'auteur aurait en vue les livres profanes (Jér. Ginsb.), les livres pa'iens (Zirk. Plumptre; cf. Bart.), les ouvrages de Salomon désignés dans I R. v, 12-13 (Wright, Gietm.) ; Sieg. croit que anS fait allusion aux interminables discussions rabbiniques. Mais, à la juger par ses motifs, la prohibition peut bien viser des livres qui n'existent pas encore, des livres à écrire, et qui par leur objet seraient aussi des livres de sagesse. L'Épiloguiste dit seulement : « Assez d'écrits. Tenonsnous-en là. Autrement nous n'en finirions pas et ce ne serait pas sans détriment pour notre corps ». Si le v. cachait une arrière-pensée polémique et prohibait des produits littéraires connus et déterminés, les considérants qu'il invoque seraient beaucoup plus sévères et plus déplaisants pour les livres suspects. On ne saurait le nier qu'en prêtant à l'auteur une dissimulation dont il ne semble point capable : il ne paraît dirigé par aucune préoccupation doctrinale. En somme, dire que l'étude n'a pas de fin et qu'elle épuise le corps sans satisfaire l'esprit, c'est faire écho à la pensée de Qoh. (i, 17-18; VII, 23 s.; VIII, 16 s.), proclamant la vanité et la stérilité dune sorte, tout au moins, de recherche intellectuelle. Mais il y a quelque chose de plus dans notre v.; un fait est présent à la pensée de l'Épiloguiste, qui justifie sa réflexion. Ce fait, c'est l'exemple de Qoh. épuisé de travail et traînant une vie languissante. Le disciple a rappelé avec admiration, même avec un certain efl"roi. la quantité de la production littéraire de son maître et la peine qu'il s'est donnée (9-10 et peut-être 11). Mais ce n'est pas précisément d'avoir beaucoup écrit qui a fatigué Qoh., c'est d'avoir beaucoup étudié le problème de la vie; c'est d'avoir imposé à son esprit un travail de réflexion intense et constant, et d'avoir vécu dans une inquiétude intellectuelle sans repos. L'Epiloguiste, à qui la gravité des questions agitées par le maître semble avoir échappé, n'a vu les choses que par le dehors. Il a seulement été frappé de l'ardeur apportée par Qoh. à son travail, et il se l'est expliquée, et il nous l'explique, par la difTiculté de la forme littéraire, la seule qu'il ait perçue. C'est à la vaincre qu'il a attribué les efforts qui ont épuisé l'auteur. Quoi qu'il en soit, sa pensée au v. 12 est toujours préoccupée du souvenir de son maître, et c'est encore de lui qu'il nous entretient en nous prévenant contre les conséquences funestes de l'élude poussée à l'excès. Ce qu'il nous apprend ne fait d'ailleurs que confirmer ce que Qoh. lui-même (ii, 23; viii, 16) nous avait donné à entendre.

l'ecclésiaste, XII. 13. 483

'•^Conclusion, tout ayant été entendu : crains Dieu et garde ses

13. Les quatre premiers mots du v. sont différemment interprétt-s, suivant qu'on en fait une ou deux propositions et qu'on considère >12U?- : (1) comme un participe ou parf. niph., avec M G ("V 253) Sh 'A 0 àxoûixE, probablement pour à/.ojsTat, Jér. auditu perfacilis est, T, puis Ew. Ginsb. Griitz, Del. Wright, Ren. 'W'ild. Mr N. Bart. ; (2) ou bien comme la première personne plur. de l'impart', f/al, avec V audiamus Zirk. Knob. Ilerz. Elst. Mot. Now. Bick. Gietm. Riiet. Haui)t, Zapl. : |o) ou encore qu'on corrige à la suite de G <ï-/.ouE G P en l'impératif "DU avec Sieg. En tenant compte de ces divergences et en combinant diversement les mots, on obtient les interprétations suivantes : (1) « Le mot final de tout doit être entendu » (Ew.: cf. Lelirb. 168 b \}0\ir audiendum]; « Fin du discours. Tout doit être entendu », c'est-à-dire enseigné oralement (Griitzi; « Le résultat, tout ayant été entendu, est » (Del. Wright); <( Résumé, tout bien entendu » (Ren.i; « En conclusion, tout a été entendu » (Ginsb. Me N.); « Fin de discours. Tout a été entendu » (Bart.); « Conclusion de tout ce qui a été entendu » (Wild.); (2) Finem loquendi pariter omnes audiamus (Y suivie par Mot. Gietm. Zapl.); « Ecoutons la conclusion du discours, le tout » (Knob. Herz.); « Ecoutons la fin de tout le discours » (Zirk. Elst. Now.): « Ecoutons le mot final de tout » (Bick.), « la conclusion du tout » (Ruet. Haupt); (3) « Ecoute la conclusion du tout » (Sieg.). — Il est à remarquer que im n'a pas l'art, et par conséquent ne désigne pas en ])articulier l'écrit de Qoh. Ce mot avec niD doit former une locution « fin de discours >> marquant la fin d'un ouvrage ou plutôt annonçant une conclusion; cf. dans B. S. xliii, 27, "in rp « conclusion ». Quant à 'J'ÛV2 Ssn, il est naturel de l'entendre de ce qui précède et non de ce qui suit. On obtient ainsi un sens très cohérent, du moins si l'on admet que cette dernière formule représente une prop. nominale circonstancielle (cf. GK 156 c] : « La conclusion est, tout ayant été entendu : ... ». ya^j « entendons » serait une manière de parler absolument étrangère au livre et à l'épilogue. Sdh n'est pas non plus un vocatif; ce sens exigerait que l'auteur eût écrit î^Sd. Ce début de v. ressemble à une formule usuelle de professeur, terminant et résumant l'exposé dune question.

« Crains Dieu etc. » rappelle v, G; iv, 17; cf. m, 14.

D"Kn~S3 H" "^D est aussi dilHcullueux. Les uns admettent une prop. verbale avec ellipse du verbe, le sens de celui-ci étant d'ailleurs suggéré par les deux impératifs qui précèdent : « ceci, tout homme le doit » (Knob. llitz. Ginsb.). D'autres, plus nombreux, reconnaissent une prop. nominale, mais diffèrent encore entre eux par l'interprétation de Sd. D'une part, Del. Now. Wright, Bart. traduisent : « c'est là tout homme » (cf. Gietm. talis, ad hoc natus est, unusquisque Jiomo); d'autre part, Ew. Herz. Elst. Ren. : « c'est là tout l'homme » (cf. Mot. : « c'est là le tout de l'homme »). En soi, Dlxn~Sw pourrait aussi bien signifier « l'homme tout entier » que comme collectif « tous les hommes » (GK 127 b, note). Mais en fait la locution a toujours ce second sens : cf. vu, 2 « tous les hommes » et in, 13; v, 18 « tout homme ». Cependant G interprète autrement : Z-a touto zî; ô av6po)7:o;; cf. ïl tojto yàp oÀo;

484 l'ecclésiaste, xii, 14.

commandements, car cela est (de) tout homme, '^ Car Dieu fera venir en un jugement (portant) sur tout ce qui est caché, toute œuvre, soit bonne, soit mauvaise.

ô àvOpwnoç (FiELD, Auct.), que Jéi*. V /loc est eniin oinnis Itomo ont sans doute suivi. Mais T « cela doit être la voie de tout homme », C « ceci est la loi de tout homme », et P (voir Kam. ZATW, 1904, p. 204) reviennent au sens indiqué par III, 13 ; v, 18. Il faut sans doute traduire avec Del. : « c'est là tout homme » et comprendre avec Jér. : ad hoc enim natum esse liominem ut, creatoreni suiim intelligens, veneretur euni metu et honore et opère mandatorum. Mais la formule est elliptique. Bick. supplée n^in et Sieg. inT « ceci est le devoir, l'affaire de tout homme » ; Zirk. (p. 50) croit à un grécisme : xouto naviôç àv9po)7coj (-paY[j.a). Mais l'hébreu se contente parfois de juxtaposer un sujet et un substantif, laissant au lecteur le soin d'établir mentalement entre eux le rapport convenable, rapport que la copule seule exprimerait mal. Del. cite Ps. cix, 4; ex, 3. On peut indiquer encore Ps. xlv, 9; cxx. 7; cf. Is. v, 12 (voir GK 141 d). Un adjectif dérivé du substantif employé pourrait, dans un grand nombre des cas signalés, rendre assez exactement la force de l'original. Ici, « humain >> au sens de « conforme, essentiel à la nature de l'homme » ne trahirait pas la pensée.

On remarquera des coïncidences verbales singulières entre ce v. et B. S. xLiii, 27.

Sieg. adjuge à R^ les deux derniers versets de l'épilogue. En réalité ils portent la marque du hasid (Me N.l. Bart. ne veut attribuer à celui-ci que 13 ^-14. Mais 13 a, bien compris, annonce une conclusion et ne peut être que de l'auteur de 13 b.

14. ni2?5?D est suIRsamment déterminé par Sd pour pouvoir être précédé de nN (cf. GK 117 c; Kon. III. 288 e). — La locution S*^ T22U?a2 Nli a déjà été employée dans xi, 9; cf. aussi Jér. ii, 35. Au lieu de Sj Sy, G Sh ont Iv TîavTi', mais G (2521 et i! nsp'i x:avTÔ;, P et T, et même Jér. de omni sont avec M. — aSyj a le dagech dans Baer, pour assurer la prononciation de la gutturale précédente, mais ne l'a pas dans Michaelis. Hahn, Driv.-Kitt. Ce mot est rendu dans G Sh G par TCapswpafxévw et dans il par KapopaOévToç. Jér. écrit : Symmachus et Septuaginta interpretati sunt de omni contempto vel certe de omni ignorato, r/uod etiam de otioso i'erbo, et non i'oliintate sed ignorantia prolato, reddituri simiis rationem in die judicii.

Ce V. motive, par le fait du jugement divin qu'il annonce, le précepte donné au v. précédent de craindre Dieu et de garder ses commandements. Il est en accord avec m, 17; vm, 12-13; xi, 9. attribués aussi au hasid. L'objet du jugement est indiqué par « toute œuvre », et nir>:2~Sj~nN* mis en tête de la phrase domine la pensée, ce qui permet de lui rapporter les derniers mots ^••^-QXT 3"1"D~DX. La position de Vathnah est en faveur de cette interprétation. De même que dans m, 17 (cf. viii, 12-13), il est donc annoncé que Dieu jugera les bonnes actions aussi bien que les mauvaises, et par conséquent les récompenses des bons sont en vue autant que les châtiments des méchants. — Ce qui est caché est introduit pour marquer toute l'extension de l'objet du juge-

l'ecclésiaste. XII, 14. 485

ment, mais n'en exclut évidemment pas ce qui est connu. Zirk. Knob. Ginsb. Del. Wright, Sieg. estiment que la présence de ce mot suflit à prouver qu'il est question du jugement doutre-tombe. La mention des actions secrètes n'entraîne pas cette conséquence. L'Ecclésiasticiuo aussi, wii, 13 ss., insiste sur ce que la vengeance divine atteindra les fautes secrètes de l'homme, et cependant il n"a pas en vue (cf. v. 22 et ss.] le jugement inaugural de la vie future. Now. Wild. Zapl. ont raison de penser qu'il s'agit encore d'un jugement temporel. Si l'autour do \ii, 13-1 1 a écrit aussi viii. 11-13 et s'il a fait appel dans ces derniers w. à la seule rétribution terrestre, c'est qu'aucune autre ne lui était révélée. Par le trait sur lequel on veut s'appuyer, il a seulement qualifié le jugement divin, lequel est toujours basé sur la connaissance des choses les plus cachées, et il l'a ditrérencié ainsi do tous les jugements humains icf. Rom. ii. 16; I Cor. iv. 5i. Mais il n'a pas établi d'opposition entre lo jugement terrestre do la Providence et son jugement d'outretombe.

Les Massorétes avaient l'usage, et la synagogue l'a conservé, de répéter le V. 13 à la suite du v. 14, afin de ne pas laisser finir le livre sur une pensée trop sévère. Le même procédé était employé, pour des motifs analogues, à la fin d'Isaïe, du groupe des douze petits prophètes, et des Lamentations.

IXDEX DES MOTS HEBREUX

Sr^^,

njviN

YP V'^*'

W*<ii,

!;n... ty^N'.

Sdn,

Sn.

2 2nN

i^-^-Sx

Page 1