et leur éloignement de nous, un anéantissement
vin, 10. A cause d'elle (de la sagesse) je recueillerai la gloire dans les assemblées, et, jeune encore, l'honneur auprès des vieillards.
13. A cause d'elle j'obtiendrai liinmortalité et je laisserai à la postérité un souvenir éternel.
16. Rentré dans ma maison, je me reposerai auprès d'elle; car son commerce n'a point d'amertume, ni sa société, de douleur, mais du bonheur et de la joie.
II, 24. Il n'y a rien de mieux pour l'homme que de manger et de boire et de faire jouir son âme du bien-être dans son travail (cf. m, 12, 22; v, 17).
IX, 7-8. Va, mange avec joie ton pain et bois ton vin d'un cœur content, puisque déjà Dieu est favorable à tes œuvres. Qu'en tout temps tes vêtements soientblancs, et que l'huile ne manque pas sur ta tête (cf. ii, 3, 10).
XI, 9. Réjouis-toi, jeune homme, dans ton adolescence, et que ton cœur te donne de la joie dans les jours de la jeunesse, et marche dans les voies de ton cœur et selon les regards de tes yeux.
m, 22. Et j'ai vu qu'il n'y a rien de meilleur pour l'homme que de se réjouir dans ses œuvres, car c'est sa part (cf. II, 10; v, 17-18; viii, 15; ix, 9).
IX, 2-5. Il y a pour tous un même sort, pour le juste et pour l'impie, pour le bon et pour le méchant, et pour le pur et pour l'impur, pour celui qui sacrifie et pour celui qui ne sacrifie pas... Et ensuite, ils sont réunis aux morts... Mais les morts ne savent rien, et il n'y a plus pour eux de récompense...
10. ...Car il n'y a ni œuvre, ni science, ni intelligence, ni sagesse, dans le cheol où tu vas.
IX, 11. ...Et il n'y a pas non plus de pain pour les sages, ni de richesse pour les intelligents, ni de faveur pour les savants.
11, 16. Car la mémoire du sage, non plus que de l'insensé, n'est éternelle, puisque déjà, les jours qui suivent, tous deux sont oubliés.
I, 18. En beaucoup de sagesse il y a beaucoup de chagrin, et qui ajoute à sa science ajoute à sa douleur.
Le lecteur aura remarqué le parallélisme de jjiEpîç (Sag. ii, 9) avec
pSn (Eccl. II, 10; III, 22, etc.). Siegfried (i) a encore rapproché eTttov vàp £V lauToï; (Sag. ii, 1) de 12S1 '':n imas* (Eccl. 11, 1), w; veôttiti (Sag. II, 6) de -m-S'îZ (Eccl. XI, 9), et xaxaouvaîTî^Etv (Sag. II, 10) de 2 puy (cf. Eccl. IV, 1) et de 2 laSur (Eccl. viii, 9). Quoi qu'il en soit de ces points de détail, les traits communs sont nombreux entre les paroles prêtées par la Sagesse aux impies et celles que TEcclésiaste a écrites, trop nombreux, semble-t-il d'abord, pour être dus seulement à des coïncidences fortuites. Et l'on devrait, en effet, conclure que l'auteur de la Sagesse a en vue Qohéleth, ou plutôt ceux qui l'interprétaient mal, s'il s'agissait ici d'une doctrine peu répandue et rarement exprimée. Mais l'épicurisme au sens vulgaire du mot a été connu et pratiqué de toute antiquité, et les principes essentiels de conduite de ses adeptes n'ont pas varié à travers les temps, non plus que leur exposé des motifs. Tout se borne de leur part à paraphraser avec plus ou moins de bonheur la parole rapportée par Isaïe (xxii, 13) : « Mangeons et buvons, car demain nous mourrons ». Les modèles, soit égyptiens, soit grecs, du genre ne manquaient pas, en particulier à Alexandrie, au temps du pseudo-Salomon. 11 ne sutlirait donc pas qu'on retrouvât dans l'Ecclésiaste et dans la Sagesse les traits généraux de la doctrine épicurienne, pour qu'on pût conclure que le second livre puise dans le premier. Pareille conclusion ne pourra être légitimement tirée que si les traits qui individualisent le prétendu épicurisme de l'Ecclésiaste sont ceux-là mêmes qui caractérisent l'épicurisme dépeint et stigmatisé parla Sagesse. Or, à prendre d'abord dans leurs grandes lignes la doctrine combattue par le livre grec et celle que professe le livre hébreu, il est aisé de voir que l'une et l'autre ne coïncident pas. Les adversaires auxquels le pseudo-Salomon en a sont des impies qui ne croient ni à Dieu ni à la Providence (i, 16; 11, 2; m, 10 etc.). L'Ecclésiaste reste religieux et croyant. Ceux-là recherchent la jouissance sans frein (11, 6-9); lui recommande le plaisir calme et modéré (11, 24 et parallèles). Ils font des amusements le but unique de la vie (11, 2-9); lui proclame la vanité des plaisirs (11, 2, 11) et prescrit l'observation de la loi morale et le service de Dieu (xi, 9b; xii, 1, 13-14) (2). A la poursuite de la volupté ils joignent la méchanceté envers les justes et les faibles (11, 10-201; l'Ecclésiaste a horreur de toutes les injustices et de toutes les oppressions (m, 16; IV, 1-3; v, 7). Si donc l'auteur de la Sagesse voulait venger la mémoire de Salomon, auteur présumé de l'Ecclésiaste, et lui faire exprimer des pensées opposées à celles des impies, il n'aurait eu dans plus d'un cas qu'à puiser dans l'Ecclésiaste même et à citer
(1) Dans Kautzscii, Apokiyphcn, p. 'i81 s.
(2) Si l'auteur de la Sagesse a en vue l'Ecclésiaste, c'est l'Ecclé^^iaste tel (|u'il était alors, c'est-à-dire aussi complet qu'il l'est aujourd'hui.
l'kCCLÉSIASTE et I.E LlVItt DE LA SAGESSE. 71
quelques-unes de ses paroles. 11 n'est par conséquent pas à croire qu'il fasse intervenir le personnage du grand roi, qu'on ne voit d'ailleurs apparaître qu'au chapitre vu. pour donner plus de poids à sa prétendue réfutation de l'Ecclésiaste. 11 use simplement d'un procédé reçu de son temps : on aimait à couvrir d'un nom illustre le contenu des livres nouveaux. C'était en particulier une pratique traditionnelle, depuis les Proverbes, de mettre les œuvres do sagesse sous le patronage de Salomon.
Que si l'on examine de près les détails du discours des impies dans la Sagesse, il apparaîtra aussi bien que l'épicurisme qui s'y exprime ne s'inspire pas de l'Ecclésiaste, mais d'autres sources assez faciles à reconnaître. Le premier trait, s'il exprimait l'alliance dans les mêmes esprits du pessimisme et del'eudémonisme, désignerait peut-être l'Ecclésiaste. Mais I, IG, ne décrit pas le pessimisme. Rien n'indique par la suite que les impies dont il est question désirent la mort, bien au contraire (cf. II. 1-20), et le contexte impose à ce verset embarrassant un sens en rapport avec i, 6-15. Si les impies sont dits « appeler la mort », c'est en ce sens que leurs paroles blasphématoires et leurs actes coupables la méritent et l'attirent sur eux [cf. i, 11-12, 15/^, K) in /*.; dans 13 b, les mots « l'injustice conduit à la mort » doivent être restitués dans G d'après L). L'ironie est indiquée dès le verset 12 : {ji->, ^-filoZ-zs. ôocvarov. iVu v. 16, elle devient du sarcasme. — La pensée contenue dans ii, 1, est un des lieux communs de l'épicurisme, etqu'on développait depuis longtemps en Egypte (1). Les expressions employées, s'il fallait leur chercher des origines bibliques, pourraient aussi bien être empruntées àGen. xlvii, 9; Job, xiv, 1; x, 21 ; xiv, 10-12, 14; Ps. xxxix. 6-7 qu'à l'Ecclésiaste. On ne reviendra pas sur cette observation; mais plusieurs traits du discours des impies pourraient trouver des modèles, inspirés, il est vrai, d'un tout autre esprit, dans les livres hébreux; et les doctrines nouvelles de la Sagesse, en particulier l'affirmation de la rétribution éternelle pour les justes (ii, 16; m, 1-3; v, 15-16 etc.), atteint autant Job (xiv, xxi), plusieurs Psaumes (vi, xxx, lxxxviii, cxv ; cf. Is. xxxviii) et Ben Sira (Eccli. xvii, 22-23; B. S. xli, 4), que l'Ecclésiaste. — 11 n'est presque pas un mot de Sag. ii, 2, que l'Ecclésiaste ne contredise : la première proposition n'est pas de lui, il entend bien que Dieu gouverne tout (m, 11. 15; vi, 10 etc.); la seconde non plus, il croit à la survivance dans le cheol (ix, 10) ; le souffle de vie garde encore pour lui quelque chose de son mystère (m, 21 ; xi, 5; xii, 7), et il n'a pas l'idée d'y voir seulement un peu d'air et de vapeur. La psychologie des Hébreux faisait du cœur le siège de l'intelligence, mais parler d'étincelle à propos de la
(1) Voir ci-dessous, p. 99 s.
pensée n'a rien dhébraïque. L'un et l'autre U-ait sont au contraire en parfaite harmonie avec les conceptions des stoïciens et des épicuriens : pour eux l'âme était un élément igné et avait son siège dans la poitrine (!'. — Le v. 3 ne reflète pas non plus les théories de l'Ecclésiaste : celui-ci peut hésiter un moment sur la direction que prend le souffle de vie après la mort, mais il ne suppose pas qu'il se dissipe et s'évanouisse. De son temps on n'imagine pas encore que le souffle ne soit qu'un peu de gaz qui s'évapore. — Les images du v. 4 ne sont pas empruntées à lEcclésiaste, ni, au v. ô, limage du sceau, qui cependant n'est pas étrangère à la Bible liébraïque (cf. Job, ix, 7, etc.). — Les vv. 6-8 décrivent les fêtes et les réjouissances telles qu'on les pratiquait en Egypte au temps du pseudo-Salomon : « couronnons-nous de roses » (v. 8) n'a rien de sémitique, mais fait allusion à un usage grec (2).
Les traits qui individualisent Tépicurisme combattu par la Sagesse n'ont donc pas été empruntés à l'Ecclésiaste, ni même suggérés par lui. Le pseudo-Salomon décrit lépicurisme alexandrin de son temps. Les séductions de la grande ville cosmopolite étaient d'ailleurs plus dangereuses pour les Juifs que la lecture du livre hébreu, à supposer que celui-ci fût dès lors traduit en grec. Il est possible que des Juifs se soient autorisés de certaines de ses paroles pour légitimer les excès de leur conduite; mais, à dire vrai, nous n'en savons rien. Il est sûr néanmoins que la distance était immense entre les deux livres: l'Ecclésiaste résumait toutes les lacunes et tous les desiderata du Judaïsme, la Sagesse annonçait l'Évangile et ses immortelles espérances.
(1) Cf. Zeller, III, I, p. 194 s. 197 S. 418 s.
(2) Voir Daremberg et Saglio, Dictionnaire des Antiquités grecques cl romaines, I, Paris, 1887, art. Corona, p. 1526 s. Le texte de la Sagesse porte exactement : « Couronnons-nous de boutons (ou pétales) de roses ■». Sur les couronnes de pétales de roses cousus entre eux, voir le même article, p. 1521.