‹ L'EcclésiasteChapitre 71 sur 120 · TITRE. I · texte numérisé non relu

TITRE. I

I, 1. 112" n'a pas ici d'autre sens que celui de « paroles, discours », comme dans II Sam. xxiii, 1 ; Am. i, 1 ; Jér. i, 1 ; Prov. xxx, 1 ; xxxi, 1. Kam. est excessif quand il prétend (ZATM', 1909, p. 66) que 1"12~ suivi d'un nom sig-nifie exclusivement « actes, histoire ». — Sur rhup voir Ylntrod. p. 128 ss. — Fils de David, si l'on tient compte de i, 12, ne peut désigner que Salomon : il n'y a pas d'autre fils ou descendant de David qui ait régné sur Israël à Jérusak'm. — "S^Q est en apposition à « Qohéleth » et non à « David ». L'accentuation massorétique l'a indiqué par le Zaqcph qaton qui partage le verset après TiT p et marque ainsi que "]Sn ne doit pas être rattaché à Tl"T. Sauf II, 12, "jS'2 est toujours employé sans l'article dans l'Eccl. (i, 1, 12; v, 8; IX, 14), même là où. semble-t-il, il devrait en être précédé (viii, 2, 4; x, 20). Ici on peut considérer le nom comme suffisamment déterminé par son complément. Le fait que le substantif se met parfois à l'état construit devant un complément précédé d'une préposition (GK 130 a) favorise cette manière de voir. — Plusieurs versions présentent une addition. G paaiXÉw; 'IjparjX èv 'l£pouciaÀT)'|j. est suivi par C et, au témoignage de saint Jérôme, par L : superfliiurn quippe est liic Israël quod maie in graecis et latinis codicibiis invenitur; et Sh met 'lapaTÎ), sous obèle. Il est malaisé de décider lequel, de G ou de M, représente l'état premier du texte. Eur. pense que 'laoarjX a été introduit dans G par réminiscence de la locution usuelle paiiXi-jç 'I^parjX et peut-être sous l'influence de i, 12. D'après Me N., c'est dans l'hébreu traduit par G qu'aurait eu lieu, pour des motifs analogues, l'insertion de SnIÙ'I. Kam. {ZATJf, 1904, p. 206) voit même dans la dureté de la leçon massorétique DiU^Tl^Z "Sa une garantie de son caractère primitif. Sieg., au contraire, parce que cette expression est inouTe (minu ~pD de Néh. vi, 7 est différent), considère SNTiî,''i~Sî? comme nécessaire et original. De même Zapl. La locution « roi dans Jérusalem » est en effet singulière et insolite (pour l'éviter F Jér. "V ont traduit ; « roi de Jérusalem »), et elle ne s'explique guère que si elle a été prise de i, 12, dans le contexte duquel elle ne présente pas la même difficulté. D'autre part, si pour ce motif ou pour d'autres, cette origine était

232 l'ecclésiaste, i, 2.

~ Vanité des vanités, disait Qohéleth, vanité des vanités ! Tout est vanité.

admise (voir ci-dessous), la mention d'Israël dans le titre aurait des chances d'être primitive, puisqu'elle existait dans le texte d'où ce titre aurait été tiré. Mais elle aurait vraisemblablement revêtu la même forme que dans i, 12 SNlt?i~S!; (cette construction est reçue en hébreu : cf. I Sam. xv, 26; II Sam. II, 11; v,2; xix, 23; I R. iv, 1 ; xi, 37 ; I Chr. xxix, 25; et on y admet volontiers comme complément d'un nom, un substantif précédé d'une préposition : cf. GK 131 t), et le traducteur grec, qui est ordinairement très littéral, notamment en ce qui concerne la préposition Sv (cf. i, 12; ii, 3, 17; m, 17), eût traduit par È::\ 'lapar^'X. L'absence de préposition dans G donnerait donc à penser que la mention d'Israël n'existait pas dans le titre primitif et que M représente la leçon originale. Cette conclusion n'est cependant pas absolument certaine, car il est toujours possible que l'auteur du titre hébreu ait choisi la locution usuelle « roi d'Israël » de préférence à celle de i, 12.

Grâtz, Bick. Kôn. (Einl. p. 430), Sieg. Uc N. Haupt, Zapl. Bart. estiment que ce verset n'est pas de l'auteur du livre. D'après Sieg. Me N. et Bart. il aurait été tiré de i, 12, sauf l'addition « fils de David », et serait l'œuvre d'un éditeur qui sur la foi de i, 12 et ii, dont il n'a pas saisi la fiction, a cru que Salomon était l'auteur du livre. Cette hypothèse est des plus vraisemblables. Déjà le désaccord des témoins sur la teneur du texte, et la singularité de la locution relevée plus haut, inspireront quelque défiance au lecteur averti des divergences plus considérables de M et de G dans les titres de certains psaumes et du caractère embarrassé des notices éditoriales mises en tête de tels petits prophètes (cf. Van Hoonacker, Les douze petits Prophètes, Paris, 1908, p. 12, sur le titre d'Osée; p. 354, sur le titre de Michée). Puis, les indications contenues dans i, 12 paraissent bien supposer la non-existence du titre. Si celui-ci existait, elles étaient inutiles, et au cas même où l'auteur eût voulu rappeler la dignité royale de Salomon, qu'il mettait au scène, il l'eût fait, en l'existence du titre, sous une autre forme, par voie d'allusion peut-être, comme dans i, 16; ii, 7, mais non pas en déclinant solennellement et ofïiciellement ses titres et qualités, comme fait un inconnu qui se présente à nous pour la première fois. Enfin et surtout, i, 1 dénature, en l'exagérant, le rapport qui existe entre le contenu de l'Ecclésiaste et le personnage de Salomon. Il fait du grand roi l'auteur du livre. L'auteur lui-même avait eu plus de discrétion et, peut-on dire, de respect pour la vérité. Non plus que l'auteur de la Sagesse, il n'a purement et simplement attribué son œuvre à Salomon. La fiction chez lui est suffisamment transparente. L'éditeur tardif qui a formulé le titre s'y est mépris. Voir d'ailleurs Vlntrod. p. 126 s.

THÈME nu LIVRE : LA VIE NE VAUT PAS LA I'i:i>E d'ÈTRE VÉCUE, I, 2-3.

2. Ssn est une forme d'état construit particulière et qui ne se lit pas en dehors d'Eccl. I, 2 et XII, 8. Saint Jérôme paraît avoir lu Snn : In liebraeo pro vanitate vanitatum, abal abalim scriptum est. La forme de l'état construit dans les noms ségolés n'est pas ordinairement différente de celle de l'état

l'ecclésiaste, I, 2. 233

absolu et la vocalisation indiquée par saint Jcrônie ne s'y rencontre que sous rinduence d'une troisième radicale gutturale ou d'un récit, comme dans yi", yr:, n-in, inp (Ew. Lehrb. 513 a; GK 93 //). Au lieu de San (Del. Now. Wild. Sieg. Zapl.) on s'attendrait donc plutôt à hin (Bart.). On reconnaît communément dans la vocalisation massorétique une forme aramaïsante analogue à 72V de Dan. vi, 21; uyi de Dan. m, 19 (Ew. [Lehrb. 32 h], Del. Wright, Wild. Sieg. Zapl. Bart.). — Vanité des vanités est une expression du superlatif (GK 133 i; Ko\. III, 309 i) comme « cantique des cantiques » (Gant, i, 1), « Dieu des dieux » (Deut. x, 17), etc. QiSzn San est ou bien un nominatif, attribut adjoint à San (ainsi ont traduit les anciennes versions : GLCVT), ou bien un accusatif d'exclamation (ainsi Wright en termes exprès, et en fait la plupart des traducteurs modernes; rf. Ku.\. III, 355 q). Cette seconde hypothèse est préférable. La répétition de l'expression a pour but de donner plus de force à l'airirmation. — San désigne au sens propre le soulHe (Prov. xxi, 6; Is. LVii, 13), la buée légère de la respiration, une vapeur ténue qui bientôt s'évanouit, àTtxd; ou àraf; dans 'A![10. Il devient ainsi significatif de ce qui est sans consistance et sans durée, apparence sans réalité, vanité, ;j.aTa:dir;î dans G. C'est en ce dernier sens que l'Eccl. l'emploie (38 fois). On peut partager en trois groupes les textes dans lesquels ce mot caractéristique se rencontre. Dans un premier groupe : i, 14; ii, 1, 11, 15, 17, 26; m, 19; iv, 4, 16; v, 6 (?); vi, 4, 9, 11 ; vu, 6 (?), il est appliqué aux diverses manifestations de l'activité humaine et associé souvent soit à « désir de vent, poursuite de vent » qui l'explique (i, 14; II, 11, 17, 26; iv, 4, 16; vi, 9), soit à des formules : « qu'en revient-il à l'homme » (i, 3), « que donnes-tu » (ii, 2), « à quoi bon » (ii, 15), qui ne laissent aucun doute sur la pensée : les efforts, les labeurs de l'homme, quel qu'en soit l'objet : richesses, plaisirs, sagesse, sont vains, c'est-à-dire stériles, inefficaces relativement au but poursuivi. Dans un second groupe : II, 19, 21, 23; IV, 7, 8; iv, 2; viii, 10, 14 bis, il s'agit de la destinée humaine, soit prise dans son ensemble, soit considérée à un moment déterminé, mais décisif, de l'existence. Le mot « vanité » est ici parfois juxtaposé à « mal » (ii, 21), « occupation mauvaise » (iv, 8), « mal cruel » (vi, 2; cf. v, 12, 15) et prend nettement le sens de « désordre, anomalie », chose absurde, qui se passe en dépit de la raison, du bon sens et de la justice : c'est le « monde renversé ». Enfin l'idée de « fugacité » semble prédominer dans le troisième groupe de textes : VI, 12; vu, 15; ix, 9 bis; xi, 8, 10, où il est question de la vie ou d'une de ses phases comme la jeunesse. Il ne faut cependant pas trop rétrécir ici le sens du mot « vanité »; Qoh., surtout dans xi, 8, 10, entend bien dire que la vie est aussi décevante que brève. Restent i, 2 et xii, 8, qui méritent une place à part. Dans ces deux textes en etïet, le sujet prend une extension plus grande et l'attribut, une compréhension plus large. Le sujet est ^zr\ « tout » (cf. XI, 8), c'est-à-dire non seulement tous les actes dont l'homme, individu ou société, est le principe, mais encore tous les événements, de quelque ordre qu'ils soient, qui peuvent l'atteindre et influer sur sa destinée, en un mot ce que nous appellerions le monde et la vie. '^an dans ce contexte reçoit un sens compréhensif, d'où n'est exclu aucun des trois aspects indiqués ci-dessus, mais dans lequel domine le sentiment de la déception : tout

234 l'ecclésiaste, i, 3.

3 Quel profit pour Ihomme dans toute la peine qu'il se donne sous le soleil ? .

est décevant et illusoire, apparence vide de réalité, qui soulève nos désirs sans pouvoir les satisfaire. — "IQN* peut être considéré comme un parfait proprement dit, temps historique, ou comme un parfait- présent (GK 106 d, g). Traduisent par un passé : G eTtîev CV dixit et parmi les com. modernes : Tyl. Ren. Kuen. (p. 181), Haupt. Au contraire, l'immense majorité des exégètes préfère le présent. Bien que les deux interprétations soient admissibles au point de vue grammatical, il n'est pas douteux que la première doive être retenue. Le parfait exprime naturellement le passé, surtout dans la langue tardive (cf. dans ce même chapitre les vv. 9 et 12). Dans les propositions indépendantes en particulier, il correspond bien à l'aoriste grec. Il est même employé parfois pour relater un fait qui s'est répété : I Sam. xviii, 30 (GK 106 d; Driv. H. T. 7). Ces considérations paraissent déterminantes à la plupart des exégètes au v. 12, quand il s'agit de rendre iniTl par « j'ai été ». Les mêmes com. n'hésitent pas ici à traduire ISK par le présent. C'est qu'ils supposent presque unanimement que notre verset, comme d'ailleurs vu, 27 et XII, 8, qui présentent le même cas, a été rédigé par Qohéleth lui-même. Dans cette hypothèse en effet "icx exprime le présent. Mais le fait que, contrairement à l'usage constant du livre, où Qohéleth parle lui-même à la première personne, il est parlé de lui à la troisième ici et dans vu, 27; xii, 8 ss., ce fait n'indique-t-il pas clairement que dans ces passages ce n'est plus Qoh. qui tient la plume? S'il en est ainsi et si, comme on croit l'avoir démontré dans Vlntrod. (p. 159), i, 2; vu, 27; xii, 8 sont des X6y'.x de Qoh. insérés dans son œuvre par un disciple, il devient naturel de traduire ICN par le passé, et la grammaire se trouve d'accord avec la critique.

Haupt et Bart. considèrent les deux mots « dit Qohéleth » comme une interpolation de l'éditeur. Seul Me N. rejette tout le v. en l'attribuant au même éditeur qui d'après lui a préposé le titre et ajouté xii, 8-10. Mais l'auteur du titre n'a pas connu Qoh.; il ignore ce qu'il a été et le confond avec Salomon. L'auteur de i, 2; vu, 27; xii. 8 ss., au contraire, sait très bien que Qoh. fut un sage autre que le grand roi (cf. xii, 9); il a été un de ses auditeurs et nous a conservé deux sentences favorites du maître. Celle que contiennent notre v. et XII, 8, résume très exactement la pensée de celui-ci sur le monde et la vie.

3. L'interrogation, dans son contexte actuel et venant après v. 2, paraît être de pure forme et équivaut à une négation (cf. Gen. xxxvii, 26). Ginsb. va jusqu'à traduire .1*2 par une négation en se référant à I R. xii, 16; de même Klein, en référence à .lob, xxxi, 1 et Cant. viii, 4 (cf. ibid. ii, 7). En fait, 7\)2 pronom indéfini se construit bien avec la négation (Prov. ix, 13; Néh. n, 12); pronom interrogatif, il est mis assez facilement en parallélisme, dans l'interrogation oratoire ou de pure forme, avec des propositions négatives (I R. xii, 16; II Chr. x, 16, etc.). Néanmoins il garde sa force interrogative et on ne peut dire qu'il soit devenu en hébreu, comme en arabe, un adverbe de négation, bien qu'il y tende et qu'il arrive à un sens tout voisin du négatif quand il entre en composition avec certains autres éléments (Dan. i, 10; Cant. i, 7; cf. Eccl. V, 5; vu, 16, 17). Mais dans les exemples cités par Klein., n?2

L ECCLESIASTE, I, S. 23o

(•quivaut moins à une négation qu'à DX suivant une formule de serment ou de souhait. D'ailleurs la construction d'Eccl. i, 3 n'est pas analog-ue aux passages cités de Gant, et Job : cf. Kôx. III, 352 ,3-5. — pini « ce qui est de reste, en surplus » est un mot exclusivement propre à l'Eccl., qui l'emploie souvent, tantôt au sens de « gain, profit » (i, 3; ii, 11 ; m, 9; v, 8, 15), tantôt au sens d' « avantage » qu'une personne ou une chose peut avoir sur une autre (il, 13 bis; VII, 12; x, 10, 11|. — >>2'J au sens de « travail pénible », qu'il a ici, est tardif en hébreu (BDB et GB); de même pour le verbe. Cette racine se rencontre fréquemment dans notre auteur (13 fois le substantif et 22 fois le verbe), ce qui marque bien la pente de sa pensée et de ses préoccupations. — "QJ est à l'accusatif et complément direct (Del.; cf. GK 117 p); sur ce relatif el son emploi dans l'Eccl., voir Y/ntrod. p. 47. — Sous le soleil est une locution propre à Qoh. et se lit dans : i, 3, 9, 14; ii, 11, 17, 18, 19, 20, 22; m, 16; IV, 1, 3, 7, 15; v, 12, 17; vi, 1, 12; viii, 9, 15 bis; ix, 3, 6, 9 bis, 11, 13. Elle équivaut à « sous les cieux » (i, 13; ii, 3; m, 1) ou à « sur la terre » (vni, 14, 16; XI, 2). Cette dernière expression est fréquente dans la Bible (Gen. vin, 17, etc.). La seconde est également employée par d'autres livres : Ex. xvii, 14; Deut. vu, 24; II R. xiv, 27; Jér. x, 11; Lam. m, 66, etc. Il est intéressant de noter avec Me X. que « sous le soleil » se retrouve, dans une construction analogue, dans les inscriptions phéniciennes de Tabnit et d'Echmounazar (ve siècle avant J.-C. d'après Lidzbarski, Ephemeris fur sein. Epigraphik, II, p. 156 ss.; iv"= d'après Schurer, II, p. 129; d'autres rabaissent ces inscriptions jusqu'au temps des diadoques) : 'C^ZU? mn OTIZ « parmi les vivants sous le soleil » (voir le texte dans Lagrange, Rel. Sém. p. 481 ss.). Cette locution rencontre le grec us' r,Xfw ou brJj xbv t^m^. Cela suffit pour que Gràtz, Plump. y voient un grécisme. Wild. est moins aflîrmatif. Menzel (p. 36), Me N. Bart. nient, et avec raison. La présence de « sous les cieux » dans la Bible, et le texte des inscriptions ci-dessus, montrent que la locution est aussi bien sémitique que grecque. Lors même qu'elle serait d'importation hellénique, il ne s'ensuivrait pas que l'induence étrangère s'est exercée directement sur l'auteur de l'Eccl.

Ce V. formait à l'origine le début du livre. Il en propose le sujet : la vie apporte-t-elle à l'homme une récompense satisfaisante de ses peines.-' Tel est en effet le problème qui préoccupe Qohéleth. La réponse sera fournie par l'ouvrage tout entier; mais les vv. 12-14 de ce même chapitre la formulent en abrégé. Des questions ou des réponses analogues se rencontrent dans II, 11, 22, III, 9; v, 10, 15; vi, 11; cf. ii, 2, 15. Qohéleth n'entend pas dire que l'homme ne retire aucun avantage de son travail (cf. ii, 11, 24); mais cet avantage n'est ni assuré, ni suffisant, ni surtout durable. Il ne constitue pas un véritable profit, pin"', c'est-à-dire un résultat proportionné soit aux désirs de l'homme, soit même, d'après Qohéleth, à ses efforts.

C0>SIUÉRATI0.\ PRÉALABLE :

LA XATURE ET LA VIE. PERPÉTUEL ET MOXOTONE RECOMME.NCEMEXT, l, i-11.

L'homme est condamné, comme la nature, à un constant et pénible recommencement ; chaque génération répète la vie et l'œuvre de la précédente

236 l'ecclésiaste. i, 4.

'' Une génération s'en va, une génération vient, et la terre sub-

(4-8). Si nous n'y prenons pas garde, c'est seulement que nous ignorons les expériences des générations antérieures, comme la postérité ignorera les nôtres; mais en réalité, il n'y a rien de nouveau sous le soleil (9-11).

4. lil a d'abord le sens de « période », comme l'indique la racine verbale 111, originairement « se mouvoir en cercle », et le déiùvé Tii « cercle » (cf. sj'riaque et arabe), et désigne ensuite les hommes d'une génération. — Tous les verbes de ce v. sont au participe. L'usage de ce mode marque la durée d'un état ou la répétition d'un acte, d'un fait; cf. Gen. i, 2; ii, 10 etc. (Kô.\. III, 238 a; GK 116 n). — "î^n et ,S'12 sont employés dans le même sens de « naître » et « mourir » et également opposés l'un à l'autre dans v, 14, 15; vi, 4; "j'^n, avec un complément et au même sens dans m, 20; ix, 10; xii, 5. On trouve un emploi analogue de »X12 dans Ps. i.xxi, 18, et de "^T] dans Ps. xxxix, 14; Job, x, 21, etc. — "D" est ici « durer, rester » comme dans ii, 9; Ps. xix, 10; cxix, 90, 91 ; Dan. x, 17. Il ne s'agit pas de l'immobilité supposée de la terre, mais de la continuité de sa durée. Cornel. a Lap. rappelle le rôle joué par ce texte dans la condamnation de Galilée : Congregatio cardinaliuin anno 1616 die quinla Martii, praesente card. Bellannino, ex hoc Salomonis loco damnavit Copernici sententiain quœ docet terrant moveri. — Ù1M! n'a pas non plus ici le sens d' « éternité » proprement dite, mais celui de durée indéfinie : cf. Ps. XXXIII, 11.

On admet ordinairement (cf. Del. BarL) que ce v. répond à la question posée dans le précédent, en rappelant le caractère essentiellement transitoire des générations humaines. La mention de la durée indéfinie de la terre aurait pour but de mettre en relief la condition inférieure faite à l'homme par la brièveté de son existence. Et on cite s. Jérôme : Quid hac vanius vanitaie, qiiam terram manere, quae hominuni causa fada est; et ipsuin homineni terras dominum in pulverem repente dissolvi? Mais si telle est la pensée de l'auteur, pourquoi mentionne-t-il d'abord la disparition d'une génération et ensuite l'apparition de la suivante? Ne serait-il pas plus naturel de suivre l'ordre inverse, et de montrer toutes les générations naissant pour mourir? On n'échappe pas à cette impression : l'écrivain eût donné une autre forme à cette sentence s'il avait voulu exprimer l'idée qu'on lui prêle. Et précisément la forme qu'elle revêt est en analogie évidemment voulue avec la structure des sentences qui suivent. Les vv. 4-7 et même 8 forment en elTet dans ce chapitre un ensemble à part, d'une facture spéciale. Le v. 4 se rattache donc aux vv. 5-7 et non pas au v. 3; son explication est à chercher dans ce qui le suit et non dans ce qui le précède, car l'analogie de la construction est ici un indice certain de l'analogie de la pensée. Or les vv. 5 ss. mettent en relief le caractère de perpétuel et monotone recommencement qui se manifeste dans l'action des divers éléments (cf. 9-10). Il n'est pas douteux qu'une pensée analogue se cache dans le v. 4. L'auteur a voulu dire que les générations humaines, comme les éléments eux-mêmes, répètent constamment les mêmes efforts. Les éléments n'achèvent leur travail que pour le recommencer. De même une génération humaine ne disparaît que pour laisser la

l'f.cclksiaste, I, 5. 237

siste toujours. ^ Le soleil 'se lève', le soleil se couche, puis se

5. niiT G (C 106 261) P; M nm — =]N"1U; iDipG SnT GL CShPVT; M t^HlW iGipD SnV

place à une autre qui refait tout ce qu'a fait sa devancière, et ainsi de suite indéfiniment; car la mention de la durée illimitée de la terre, théâtre de l'activité humaine, a pour but d'indiquer que le manège des générations n'est pas près de finir. Le v. 11 confirme cette interprétation. Il n'existe donc pas de rapport étroit entre le v. 3 et le v. 4. Si le premier pose une question, c'est le livre tout entier qui fournit la réponse. En tout cas, avant d'y répondre directement dans 12 ss., avant de juger le monde et la vie, l'auteur nous fait dans les vv. 4-11 un tableau à sa façon de l'un et de l'autre.

5. Les verbes de la description contenue dans 4- 7 expriment des actions ou des phénomènes qui se répètent constamment, et pour ce motif sont au participe sauf ici Nil et mîT H n'y a pas de doute on ellet pour n2 du V. 4, ni pour nSd du v. 7, en raison du parallélisme. Mais la forme de N21 permet d'y voir aussi un participe, et on ne le traduit par un parfait qu'en raison de la présence de mT"!- On ne peut d'ailleurs donner aucun motif de l'emploi du parfait dans la première moitié de notre v. Le part, convient ici comme dans le reste du tableau. D'autre part, le 1 qui précède m"î est également unique en son genre. Aucune des cinq petites sections de la description n'est introduite par un 1, et ce 1 est si évidemment mal placé que les traducteurs modernes qui ne visent pas à une absolue littéralité se dispensent souvent de le traduire. Or G (C 106 261) et P n'ont pas la copulative. Ces considérations rendent M fort douteux. Un copiste aura lu m'I au lieu de mi", qui se présente avec cette écriture dans la seconde partie du v. — n12 est aussi employé ailleurs (Gen. xv, 12, 17; xxvii, 11, etc.) pour exprimer le coucher du soleil. — La Massore, en plaçant le Zaqeph qaton sur iDlpD'SKl, oblige à rattacher ces mots, pour le sens, au commencement du verset. Mais on n'obtient ainsi, comme l'a montré Del., aucun sens satisfaisant. Si en effet in*lpn~SN1 dépend de Nm, il ne peut désigner que l'endroit où le soleil se couche, mais le même IQipD est représenté à la fin du v. par □UT, qui indique au contraire l'endroit où le soleil se lève! Il faut évidemment suivre les versions : GL (Berg.) CShPVT, et transporter le Zaqeph sur =1NTi*, avec lequel laipD'SxT doit être construit. C'est l'interprétation de Jér., de la plupart des com. modernes, de Wickes (p. 141) et de Dr.-Kitt. contre Ew. Zockl. Wright, qui suivent M. — =]Xlur a été assez diversement interprété : G é'Xxei, suivi par L ducit (d'après Jér. Berg.) C Sh; N revevtitur, ainsi que P ; T « se glisse » ; S 0 recurrit (d'après Jér.) ; 'A eîaTrvsï. Seul Aquila donne le sens exact. ï^xu; signifie « aspirer l'air » (Jér. ii, 24; xiv, 16); « soupirer de douleur» (Is. xlii, 14); « désirer (Job, v, 5; vu, 2; xxxvi, 20; Ps. cxix, 131; Am. ii 7 [?]). Ginsb. s'attache au sens de « soupirer de fa-

238 l'ecclésiaste, i, G.

hâtant vers sa place, il s'y lève. *' Allant vers le sud, puis tournant vers le nord, le vent se retourne encore, et le vent reprend ses allées et venues.

ligue » : le soleil, las de sa course diurne, doit encore, haletant, courir la nuit vers le lieu où il se lèvera le lendemain. Mais l'idée de fatigue est secondaire, si tant est qu'elle soit prêtée aux éléments (cf. v. 8). L'idée qui domine tout le tableau est celle de l'activité monotone, mais sans relâche, de tous les êtres : à peine ont-ils achevé leur travail qu'ils doivent le recommencer. Il s'agit donc avant tout pour le soleil, à peine couché, de regagner le lieu de son lever. n^Tj; exprime le désir qui lui est prêté d'y arriver au plus vite (construction prégnante). .Se hâtant n'est pas absolument littéral.

Les com. sont embarrassés des deux participes nxiu? et mi" qui se suivent sans aucun lien de coordination ou de subordination. Knob. Herz. Me N. les rendent l'un et l'autre par des modes personnels, mais sans rattacher aucunement une proposition à l'autre : « et vers sa place il se hâte, il s'y lève ». D'autres essaient de donner au 1 initial le sens de « bien que » (Ginsb.), « quand» (Wright). Del. voit dans le dernier participe un futurum instans (cf. GK 116 />) : « et vers sa place il revient haletant pour s'y lever ». Mais la plupart des interprètes trouvent plus commode de supposer devant nilT l'ellipse du relatif (cf. GK 155 i). Ainsi font Hitz. Klein. Mot. Ren. Now. Bick. Rûet, Kôn. (III, 380 d), Wild. Sieg. Plus radical, Zapl. supprime pour des raisons métriques les trois derniers mots du v. Bart. est mieux inspiré en rendant le premier verbe par un participe et le second seul par un mode personnel. Mais il motive insuffisamment son interprétation. La présence d'un nom ou d'un pronom après les deux premiers et le quatrième participes de ce V. indique que ces formes verbales constituent autant de propositions et doivent être rendues par le mode personnel. =]Nliy, isolé de tout nom ou pronom, est au contraire en apposition au sujet de la proposition dans laquelle il se trouve et doit être traduit par un participe. Il est à remarquer que de fait, dans toute cette description (vv. 4-7), un nom ou un pronom sujet est toujours immédiatement adjoint aux participes qui forment une proposition (bien que cependant la présence du pronom ne s'impose pas, GK 116 s); et au contraire les participes restent isolés, qui sont en apposition à un sujet et le complètent en quelque façon.

Le Targum explique que le soleil, après son coucher, retourne par des voies souterraines au lieu de son lever. Jér. : Per incognitas nobis vias ad locum unde exierat regreditur ; expletoque noctis circula, rursum de thalamo suo festinus erunipit.

6. GL (Berg.) CAV ont rapporté les premiers mots de ce v. , jusqu'à "Sn pSÏ inclus, au sujet précédent : il s'agirait donc, dans ce mouvement alternatif vers le sud et vers le nord, de la déclinaison annuelle du soleil. A partir de 3310 seulement, il serait question du vent. D'anciens com. juifs (Rachi et Rachbam d'après Ginsb.) et parmi les modernes Geier, Gràtz et quelques autres adoptent cette interprétation. C'est celle de s. Jérôme : Ilinc possumus aestimare liyeinis teniporc solem ad ineridianam plagam currere et per

l'ecclésiastb, I, G. 239

aeslatem septeintrioni esse licinum. Ce Père va même jusqu à expliquer tout le V. du soleil : ipsuin solem spiritutn nominavit. En quoi il est sûrement l'écho d'une tradition juive suivie aussi par T. Dans celui-ci, le mouvement du vent ne sert plus qu'à indiquer la direction que prend successivement le soleil vers le midi et vers le nord (cf. I Chr. ix, 24; Ez. xlii, 20; Dan. viii, 8; XI, 4; Math, xxiv, 31). L'hébreu, et de même P, peut être interprété dans le sens de G. Néanmoins les cnm. modernes suivent presque tous la division indiquée par M, et d'après laquelle le début du v. se rapporte aussi à m"'. Cette interprétation n'est pas douteuse. Si l'on compare les trois sections relatives au soleil, au vent et aux fleuves, on verra que régulièrement lauteur décrit d'abord le mouvement complet de chacun de ces êtres ou éléments, puis note que chaque mouvement, arrivé à son terme, immédiatement recommence, ou plutôt continue en se répétant. Mais cela fait, l'auteur passe à un autre objet. Ainsi, la reprise ou la répétition du même mouvement marque la fin de chaque description, la continuité et la monotonie des phénomènes naturels étant le seul point de vue qui pour le moment intéresse Qoh. et absorbe sa pensée : il ne décrit pas pour décrire. C'est ainsi qu'il procédera pour le vent et pour les fleuves : il les quittera dès qu'il constatera qu'ils recommencent leur précédent manège, que l'un revient à ses allées et venues (v. 6) et que les autres continuent à s'écouler dans la mer (v. 7). Il n'en est pas autrement pour le soleil : Qoh. le laisse de côté, dés qu'il l'a vu se lever pour la seconde fois (v. 5 in fine), et passe à un autre sujet d'observation. On peut même dire que si l'auteur voulait mentionner la déclinaison annuelle du soleil, il devrait, pour être fidèle à sa pensée, noter aussi que le soleil reprend, l'année d'après, les mêmes positions.

Vers le sud... vers le nord marque la direction du vent. DTlT est un mot tardif (Job, xxxvii, 17; Ez. xl, 24, 27, 28, etc.); on le retrouve en néohébreu et en araméen. Sa dérivation de Ti~ « rayonner » (?) (B D B 204 b; Kôn. II, p. 153) par opposition à r^y, de "!£ï « cacher », n'est pas sûre. — De tous les participes qui précèdent n'in, le dernier seulement, '~^X\ secundo, doit être rendu par le mode personnel, car il est le seul auquel un sujet soit adjoint (cf. V. 5). La présence de la copulative devant 22101 et l'absence de toute particule de ce genre devant 2210 confirme cette interprétation. La répétition 220 221D est attestée par toutes les versions. Seul C semble faire exception, mais un des deux mots est seulement déplacé. 'A fait de 220 un substantif. Cette répétition des deux participes a pour but d'insister sur le fait du changement de direction du vent en un sens diamétralement opposé au précédent (cf. 2''2D 2i2D dans Ez. xxxvii, 2 et xl, 5; et d'autres répétitions dans Gen. xiv, 10; Deut. ii, 27; xvi, 20 etc.). "jSl en construction avec les mêmes participes marque la persistance à changer ainsi de direction (cf. GK 113 u; Kôx. III, 361 q), et peut être rendu pour un verbe ou un adverbe : « il continue à se retourner » ou « il se retourne de nouveau ». — 2''20 est ici le nomen actionis de 220 et exprime par conséquent les changements perpétuels et uniformes de direction qui viennent d'être décrits. Del. fait observer que Tr2i20~"'" ne doit pas être pris adverbialement, ce qui donnerait « revenir sur ses tours » en sens inverse, en faisant à rebours le même chemin, mais que S" doit être construit avec ZXJ (cf. Prov. xxvi, 11; Mal. m,

240 LF.CCLÉSIASTE, I, 7.

' Tous les fleuves vont à la mer et la mer ne s'emplit pas; Au lieu où vont les fleuves, ils continuent d'aller.

24). Cette observation est exacte, mais il faut ajouter que 1'in2''2D désigne à la fois les deux mouvements d'aller et de retour (cf. l'emploi du vei'be dans XII, 5), qui se renouvellent l'un et l'autre par la suite tels que la première fois. Si l'on ne considérait qu'un seul de ces mouvements, il faudrait dire que l'autre le reprend en sens inverse. Les exégètes se méprennent en effet sur la i^ensée de l'Ecclésiaste quand ils disent que le vent « tourne en cercle ». Si le vent opérait un mouvement circulaire, il ne visiterait pas au retour le même pays qu'il a parcouru à l'aller. Mais l'auteur entend bien que le vent balaie la même région successivement en deux sens contraires, tantôt en allant vers le sud, tantôt en revenant vers le nord par le même chemin. Sieg. veut corriger S" en Sn parce que G a traduit par è-î. Mais la présence de cette préposition dans les traducteurs grecs ne suffit pas à établir qu'ils ont lu S>X dans l'original hébreu : cf. i, 16 (Kam. ZATW, 1904, p. 207). Sy, qui enaraméen a complètement supplanté Sx, le remplace assez souvent dans les écrits hébreux tardifs et teintés d'aramaïsme. C'est peut-être ici le cas. — nn est traité comme un masculin, comme dans m, 19; Jér. iv, 11, 12; Job, IV, 15 a, 16 a, etc. (cf. Albrecht, ZATW, 1896, p. 44 et Kôx. III, 248 /). — Zapl. considère la fin de 5 et 6 a, depuis niT» jusqu'à pSÏ, comme interpolé.

Le vent se dirige donc d'abord vers le sud, puis tourne vers le nord, se retourne de nouveau vers le sud, recommençant ainsi les mêmes mouvements indéfiniment.

7. DiSnJ est pris ici dans son sens le plus général. Le contraire a lieu dans Gen. x, 12; cf. Jos. xv, 4, etc. — nSi2 n'est pas un parfait. Le parallélisme l'indique, et la présence de :ix annonce une proposition nominale (cf. GK 152 a, m). Il n'est pas nécessaire de traduire par « déborder ». Si nSd prend ce sens dans Jos. m, 15, c'est que le contexte précise. — DXà pourrait au point de vue grammatical être rattaché à la prop. relative qui le précède, et combiné pour le sens avec 'à (cf. Gen. xiii, 3. etc.), aà étant d'ailleurs employé pour ns^ comme dans I R. xviii, 10; Jér. viii, 3. Néanmoins la Massore a eu raison de mettre le Zaqepli sur D'idSô et de laisser wà commencer la prop. suivante. D'une part le relatif, venant après DIDD, peut à lui seul prendre le sens locatif (cf. Nomb. xiii, 27; I R. xii, 2), et d'autre partrEccl. aime à représenter dans la proposition principale, lorsqu'elle vient en second lieu, l'antécédent de la proposition relative mis en tête de la phrase (cf. i, 5, 11 ; xi, 3). — S y^XJ suivi d'un inf. construit indique la répétition, la reprise de l'acte exprimé par cet infinitif, ou, s'il s'agit d'une action qui ne comporte pas d'interruption, sa continuation (Kô.\. III, 399 v; GK 120 a) : « Je retourne encore à vous envoyer une de ces lettres... » (M™^de Sévigné à d'Hérigoyen, 23 avril 1687). Le sens est donc que les fleuves continuent à se déverser dans la mer (Zirk. Knob. Ew. Ilerz. Elst. Del. et les com. récents, sauf indication contraire ci-dessous), et non pas qu'ils retour-

l'ecclésiaste, I, 8. 241

^ Toutes choses sont en travail

(plus que) riiomme ne peut dire.

nent à leur point de départ. Mémo dans v, 14, l'expression n'a pas ce sens. L'auteur n'a pas voulu dire que les fleuves retournent à leurs sources, soit par des voies souterraines (T Jér. Hitz. Ginsb. Ren.), soit par l'évaporation de l'eau et la pluie (Olymp. Umbr. Hcngst. Zockl. ; cf. Job, xxxvi, 27, 29). Dans cette hypothèse en effet, on devrait avec S (i<f' oS) V [unde) Jér. [de quo) Grotius, Umbr. Z«ickl. Ren. Bick. (1886, mais non 1884), Plump. traduire le relatif yj par « d'où », sens qu'il n'a jamais et que T lui-même se garde bien de lui donner, ou bien avec Ginsb. prêter à D'à le sens de QZ'12, qu'il n'a pas davantage. Houbigant veut lire effectivement Qua avec quelques manuscrits; mais cette lecture n'a pour elle aucune des anciennes versions; elle est formellement contredite par G C Sh 'A P ot même par T, et de R. n'indique aucune variante. Le D initial lu par Houbigant ne peut être qu'une dittographie de la dernière lettre du mot précédent. L'interprétation de T Jèr. etc. provient chez plusieurs corn, du souci plus ou moins avoué de donner au v. 7 un sens en rapport avec celui des v. précédents et de faire tourner les fleuves en cercle comme le soleil et le vent. Mais la préoccupation de Qoh. n'est pas de soutenir que toutes choses se meuvent circulairement. Elle est seulement de démontrer que tous les êtres recommencent constamment le même travail. Ainsi en est-il des fleuves, du vent, du soleil et des générations humaines.

Notre V. dégage cependant une idée nouvelle, ou qui du moins n'était dans les exemples précédents qu'à l'état latent. C'est l'idée de la stérilité, au moins relative, du travail des éléments. L'exemple des fleuves la met en pleine valeur. Leur labeur est vain : tous ensemble ne parviennent pas à remplir la mer; et malgré cela, ou plutôt à cause de cela, ils doivent constamment renouveler leur action. La nature entière est de même impuissante à rien produire de stable et de durable, et pour ce motif elle est condamnée à un perpétuel et pénible recommencement. Et on songe invinciblement au tonneau des Danaïdes et au rocher de Sisyphe. Car l'effort est immense, toujours infructueux ou du moins sans résultat durable, et toujours à reprendre, et pour cette raison, non seulement sans efTicacité, mais sans but, non seulement inutile et vain, mais insensé et absurde, aussi illusoire et ridicule que l'elfort de l'écureuil captif qui court éperdument dans une roue sans faire de chemin, ou que celui de la vague qui bat furieusement le rivage, mais toujours au même point, ou du moins n'avance d'un espace que pour reculer d'autant. Ce point de vue nouveau prépare les affirmations des vv. suivants; car Qoh. ne rappelle la monotonie des phénomènes naturels et la stérilité de l'action des choses, que pour illustrer la monotonie des existences humaines et la stérilité des efforts des générations.

Sur la forme métrique de la première partie au moins du v., laquelle est peut-être un proverbe, et sur l'origine du v. tout entier, voir Vlntrod. p. 165 s., et le com. du v. suivant.

8. Di"l31 a été entendu au sens de « paroles » par G G Sh P Jér. Olymp.. l'ecclésiaste. 16

242 l'ecclésiaste, i, 8,

L'œil ne se rassasie pas de voir, et l'oreille ne se remplit pas à entendre.

et parmi les modernes par Knob. Ew. Hitz. Hengst. Ginsb. Tyl. Mais il est difficile d'obtenir dans cette voie un sens satisfaisant et en harmonie avec le contexte. Ont traduit par « choses » : V et parmi les com. Grâtz, Del. Mot. Plump. Ren. Wright, Now. Wild. Sieg. Me N. Zapl. Haupt, Bart. (cf. i, 10; VII, 8). — D'i";'! se retrouve dans la Bible, Deut. xxv, 18 et II Sam. xvii, 2 exclusivement, au sens de « fatigué ». Le verbe en hébreu biblique et en néohébreu (cf. B. S. XI, 11) a le sens de « travailler, se fatiguer ». L'adjectif verbal doit exprimer ici l'activité, on pourrait dire l'agitation incessante, des éléments. — Le complément à suppléer après "|3~ « dire » devrait représenter toute la proposition précédente et non pas seulement le sujet. La dilTiculté pour l'homme n'est pas seulement d'énumérer toutes les choses qui sont en travail, mais aussi bien de décrire leur activité. — GCShAPT, 8 mss. K. et 14 de R. ont lu V2V!T\ nSt Si la copulative était primitive, elle aurait pour but d'établir un lien de parité entre 8 è et les propositions précédentes : « De même... ». Jér. V sont avec M. — yzilTl exprime le rassasiement, la pleine satisfaction, comme dans iv, 8; v, 9; vi, 3. Ici seulement, de toute la Bible hébr., ce verbe a pour complément un inf. précédé de S, au lieu d'un nom, soit à l'ace, (iv, 8), soit précédé de r)2 (vi, 3) ou de n (Ps. lxv, 5); cf. Kôx. III, 399 i. — xSan est en parallélisme pour le sens avec le verbe précédent (cf. VI, 3, 7). Au nip/i. il est ordinairement suivi d'un nom à l'ace. On le trouve comme ici construit avec ]C mais suivi d'un pronom, dans Ez. xxxii, 6. L'emploi de cette prép. ne modifie pas le sens : cf. viii, 11.

La seconde partie du v. est interprétée de deux façons différentes. Del. Wright, Bart. pensent avec raison que Qoh. poursuit le point de vue des vv. 5-7. Après avoir observé dans les éléments la répétition indéfinie du même travail, il constate maintenant que l'homme est entraîné, lui aussi, par un besoin de mouvement et de recommencement perpétuels : il veut toujours voir et entendre et ne connaît pas de repos, parce qu'il n'est jamais satisfait. Comme le soleil, le vent et les fleuves, l'œil et l'oreille s'exercent sans relâche et dune façon aussi monotone. Au contraire, d'après Knob. Griitz, Plump. Now. Sieg. Wild. Haupt, Zapl., Qohéleth conslnlerait simplement que l'homme ne se lasse pas, ou ne vient pas à bout, d'observer tous les êtres qui s'agitent dans le monde, et de s'instruire des formes de leur activité. Mais si le v. 8 é a ce sens et n'exprime pas un fait de monotonie, la pensée du v. 9 n'est plus amenée. Surtout, il ne faut pas perdre de vue que c'est de l'homme et non point de la nature, tout le livre le montrera, que Qoh. se soucie. S'il invoque aux vv. 5-7 les phénomènes naturels, c'est pour bien inculquer la loi de l'universelle monotonie ou du perpétuel recommencement ; et s'il constate l'existence de cette loi, c'est pour en faire l'application à l'homme. Celte application est l'objet du v. 8 b. si du moins te verset tout entier est primitif.

Le caractère rythmique de ce v. est évident. D'autre pai-t l'ensemble des vv. 7-8 tranche par sa forme sur le style habituel de Qohéleth, et 9-11 se rat-

l'ecclésiaste, I, 9-10. 243

9 Ce qui a été, voilà ce qui sera; et ce qui s'est fait, voilà ce qui se fera; et il n'y a rien de nouveau sous le soleil. ^^ S'il est quelque chose dont on dise : « Vois, c'est nouveau », cela a déjà existé

tache beaucoup mieux à 3-6, et même à 7, qu'à 8. On peut donc se demander si ce dernier v. au moins n'est pas d'une autre main. 'Voir ïlntrod. p. 165 s. 9. UTID n'a pas ici le sens interrogatif que lui ont donné G L (Berg.) C A "V Jér. Cette expression, qui traduisait d'abord le concept généralisé « quoi que ce soit qui » (Kôn. III, 65, 66), ne signifie plus guère dans l'Eccl. : I, 9; II, 15, 22; vi, 10; vu, 24; viii, 7; x, 14, que « ce qui », comme dans la Michna [Berakoth, ii, 4; Pea, ii, 8; m, 5; v, 5). Elle est l'équivalent de l'araméen n n'2 (Dan. ii, 28, 29, 45, etc.). Dans l'ancienne langue on disait lUN ou iurN~^3 (Del.). — Sur Nin jouant le rôle de copule, voir GK 141 g et Kôn. III, 338 c. — Le niph. de TW'3 est fréquemment employé dans Qoh. : I, 9, 13, 14; II, 17; iv, 1, 3; viii, 14, 16, 17; ix, 3, 6, et toujours pour exprimer les événements d'ordre humain, c'est-à-dire qui procèdent de l'homme ou l'atteignent directement. Il en est de même ici, tandis que HM s'applique aux phénomènes naturels précédemment énumérés. Le v. établit une sorte de parité entre les uns et les autres : dans l'ordre delà nature, l'avenir ne sera, on le sait, qu'une répétition du passé. Ainsi l'homme fera dans la suite ce qu'il a déjà fait, et rien ne lui arrivera qui ne lui soit déjà arrivé. Le waw [waw adaequationis, GK 161 a) a la même force dans v, 2; vu, 1; viii, 8. — Ss "j''X est la négation absolue (GK 152 p) et doit être traduit, non pas : « tout n'est pas nouveau », ni : « il n'y a rien de complètement nouveau », mais : « il n'y a absolument rien de nouveau » (Knob.); cf. où ::«? dans Luc, i, 37 etc. — // n'y a rien de noai-eau sous le soleil vise tout particulièrement les événements d'ordre humain. L'expression « sous le soleil » est d'ailleurs toujours en corrélation avec l'homme, considéré isolément ou en société (voir les références indiquées à i, 3). Le cas présent ne doit pas faire exception. Le monde de la nature n'est cependant pas exclu, la pensée étant absolument générale. II Pier. m, 3 s. développe un autre point de vue.

10. W sert souvent dans Qoh. à introduire les exemples ou les cas sur lesquels l'auteur raisonne ensuite : ii, 21; iv, 8; v, 12; vi, 1, 11; vu, 15; viii, 14 ;x, 5. Le même mot se retrouve encore dans ii, 13; iv, 9; vni, 6; ix, 4. Il n'est pas interrogatif comme l'ont cru S Jér., mais conditionnel comme dans Jug. vi, 13; II R. x, 15 (cf. GK 159 dd). Kôn. III, 325 i, 338 / fait observer que 'ù!'^ n'exprime pas la simple copule, mais affirme l'existence de fait. — ty se présente dans une construction semblable dans xii, 1; Ex. xxii, 8 (cf. GK 138 e). — "ICN'I : « on dit ». G ô? (G [V] o, L [Jér.] quod) XaXi^aEt xai âpiï ne supposerait pas, d'après Dillm. (p. 11), d'autres consonnes que celle de M IDNiu; i:i7 ttrV Mais G L c Sh P exigent certainement naN'I^IJT llTl^;. M garde avec elle S Jér. T (cf. Eur.). et il n'est pas douteux qu'elle représente bien la leçon primitive. LCSh dépendent de G et confirment son témoignage, mais sans le multiplier; P doit avoir été aussi influencée par G. Or, la principal(> divergence supposée par le grec s'explique assez bien par la

244 l'ecclésiaste, i, 10.

transposition des deux premières lettres i et u. L'addition du 1 devant le second verbe est le résultat d'une correction rendue presque nécessaire par la première faute, et elle s'est faite sans toucher au \à. Du moins l'absence de 8ç devant èpet n'est pas un argument en faveur de la disparition de "C, vu les procédés du traducteur grec, par exemple dans ii, 19. D'autre part, le texte de M est très satisfaisant et tout à fait dans le style de Qoh., tandis que la locution supposée par G est bien peu naturelle. On ne peut dire pourtant qu'elle soit incorrecte : cf. Lév. iv, 22; Jos. iv, 21; Eccl. iv, 10; vi, 3(?). — H" est employé aussi bien que nx" pour le neutre (Kôn. III, 45). Il n'est pas régi par HN'I, mais construit avec Nin qui vient ensuite (Del. McN.). On ne voit pas pourquoi la Massore, qui dans vu, 27, 29 rattache n~ à ce qui le suit et non à nx"! qui le précède, veut ici, en le soulignant d'un tiphha, accent disjonctif, l'unir à nxT. Qoh. a employé la formule Nin ... H" qui lui est habituelle : II, 23; iv. 8; vi, 2; cf. Ni" H", i, 17 et N\"i ... HT, v, 18. L'expression se retrouve dans la Michna sous la forme contracte !in~ [Bekoroth, vu, 15; Keliin, v, 10, etc.); cf. l'araméen N\"i-N"i (Dan. iv, 27). Le pronom N"n exprime ici la copule en reprenant, après l'attribut, le sujet n", lequel est resté en casus pendens en tête de la proposition; cf. Driv. H. T. 201, 3.

123 est dans la Bible hébr. exclusivement propre à Qoh. : i, 10; ii, 12, 16; m, 15 bis: iv, 2; vi, 10; ix, 6, 7. Il est au contraire fréquent en néohébreu, particulièrement dans la Michna. Le sens du mot est discuté et sa dérivation douteuse. En araméen et en syriaque, il est usité surtout au sens de « peutêtre » ; il a néanmoins dans ces deux langues et surtout en syriaque le sens de « déjà », dans lequel l'emploie aussi le mandéen. Rubens Duval [Traité de grammaire syriaque, Paris, 1881, p. 283) estime que ;^ tire son sens dubitatif de la particule ;j « hors ». Nôldeke [Mandàische Grammatik, Halle, 1875, p. 202) avait déjà proposé de voir dans "G- un composé de 2 et de 13 (cf. l'araméen aiz « mais, seulement»). Del. au contraire (p. 200) et Kôn. (II, p. 263) le font dériver de 133 « être nombreux, grand »; substantif à l'origine, il aurait pris la signification adverbiale « depuis longtemps ». G traduit toujours par rfii\, sauf dans ii, 12, où il omet de le rendre. 'A20 dans ix, 7 traduisent de même. Sieg. fait observer que si "|33 avait signifié « depuis longtemps », l'auteur n'aurait pas ajouté : « aux temps qui fuient avant nous ». « Déjà » paraît bien convenir à tous les emplois du mot dans l'Eccl. 133 constitue un des aramaïsmes du livre (cf. Kautzsch, Aram. p. 39 s.).

b peut indiquer le temps (GK 119 n. G LC Sh : èv, sauf G(A) qui omet la prép. ; mais S, d'après Jér. : in saeculo. Me N. fait observer que èv pourrait être une dittographie de la dernière syllabe de yL^oyi^. Il est plus probable que le codex A a commis une hapU)graphie. — D^^Sy est employé au même sens dans Is. li, 9. — ^^"I est au lieu de Vn. L'Ancien Testament hébreu n'est pas toujours strict dans l'accord du verbe avec le sujet, même quand celui-ci précède (GK 145 u). Voir dans l'Eccl. : i, 16; ii, 7 a; x, 1, 15. Le singulier du verbe s'expliquerait un peu plus facilement (GK 145 /i] si DtcSî/* était sûrement un pluriel d'extension (cf. GK 124 b; Kôn. III, 260 k). Kox. III, 349 d pense que le relatif 1u?N, qui représente le sujet, introduit le singulier dans le verbe en vertu de sa forme numérale propre (cf. i, 16). Mais on peut aussi

l'ecclésiaste, I, 11. 245

aux temps qui furent avant nous. " [1 n'y a pas de souvenir des anciens, et des descendants qui existeront il n'y aura pas non plus de souvenir chez ceux qui existeront ensuite.

bien considérer r\'^n comme un impersonnel : « aux temps qu'il y eut » (cf. n. 7 a). 5 mss. K. de R. lisent 1\"i, ce qui est évidemment une correction.

Ce V., si l'interprétation du précédent et du suivant est exacte, vise aussi spécialement les événements d'ordre humain. A ce point de vue, il n'y a pas lieu d'insister sur la signification de "121, sinon pour faire observer que ce mot doit être pris dans un sens très général : « quelque chose », et non pas restreint au sens de « chose, objet » (cf. GK 139 d).

11. lil37 est l'état construit de ]i"i2"î qui se lit au même v. à l'état absolu. L'état construit s'emploie assez souvent en hébreu devant les prép. (GK 130 a) et notamment devant b : cf. Ps. lviii, 5; Prov. xxiv, 9; Néh. iv, 7, et dans la Michna, Aboth, v, 14, 15 (Kôn. III, 336 ::). Del., suivi par Wright, Now. Sieg., admet néanmoins que p'iDT est un état absolu, forme différente de pi2" et correspondant pour la vocalisation à "ji"ini et "riTùJD, employés tous deux par l'Eccl. Mais cette hypothèse n'est pas favorisée par le fait que cette forme différente ne se rencontre que dans les cas en litige, ici et ii, 16, et que dans ce même v. on lit tout à côté lilS". — Dans CZinx ... □''JU^NI. l'emploi du masc. marque qu'il s'agit de personnes : D''"»27N"1 signifie « les ancêtres » (Deut. xix, 14), tandis que ni:tt?N1 désigne les choses anciennes (Is. xLii, 9; xLVi, 9; xlviii, 3); de même atJiriN' indique les descendants, la postérité (Qoh. iv, 16 ; Job, xviii, 20), tandis que le fém. n:inx s'emploie ici même pour le neutre. Il existe une distinction analogue entre D''Jn"r]3 (I Sam. XXIV, 14) et m'^J^Tp (Is. xuii, 18). Aussi T et la plupart des corn, entendent-ils qu'il s'agit des générations humaines. Néanmoins Jér. traduit par le neutre, et il est suivi encore par Klein. Grâtz, Mot. Gietm. Haupt parmi les modernes : « On ne se souvient pas de ce qui est ancien ». Il est vrai que le neutre en hébreu ne s'expi'ime pas toujours et exclusivement par le féminin (cf. Kn.\. III, 244), mais cette interprétation s'insiiire surtout du désir de rattacher étroitement ce v. au précédent. Il ne faut pourtant pas oublier que Qoh. est plus préoccupé de la destinée humaine que des phénomènes naturels, qu'il a nommé d'abord les générations dans l'énumération des êtres qui subissent la loi du perpétuel recommencement (v. 4), qu'il est revenu encore à l'homme dans 8 è et 9 A. et que dans le v. 10 il est aussi question des événements d'ordre humain.

La première proposition se termine après □''3t\S*'^^. La correspondance des temps entre IMv^i* et n\Ti-N''^ ne permet pas en effet de rattacher DiJinNS à ce qui précède. Ce mot forme, en tête d'une proposition nouvelle, un casus pendens représenté ensuite par anS (Driv. //. 7\ 197, obs. 1). Il n'en était pas ainsi dans l'hébreu que G a traduit. G -oiç èa/âtoiç yevo[AÉvoiç (excepté mss. V 147, 149 YsvrjaouiÉvot;) C Sh P et 1 ms. de R. ont lu en effet TTit* au lieu de Vrî*iu. Avec un pareil texte, IXTw* D^j'iriN*'^ appartient à la proposition

246 l'ecclésiaste, i, 12.

12 Moi, Qohéleth, j'ai été roi sur Israël à Jérusalem, ^'^ et j'ai

précédente : « Il n'y a pas de souvenir des anciens ni des descendants qui ont existé; il n'y aura pas de souvenir d'eux, etc. », DnS représentant à la fois et les anciens et les descendants. Zapl., tout en lisant IXTiUJ et en le rendant par le futur, coupe aussi le texte hébreu de celte façon, ce qui n'est pas du tout naturel. Mais la théorie métrique du P. Zapletal l'engageait à trouver dans le verset quatre membres, parallèles deux à deux, et par conséquent à le couper exactement par le milieu. — De Jong, suivi par Wild. et Zapl., donne à DV la signification de una cum qu'il a dans ii, 16 : « ... il n'y aura pas de souvenir, non plus que de ceux qui existeront plus tard ». Mais la mention de la postérité ultéi'ieure comme ne se souvenant pas de la postérité immédiate est plus naturelle.

L'idée contenue dans le v. 11 a été introduite pour justifier l'assertion du V. précédent : si nous croyons réaliser du nouveau, c'est uniquement parce que nous ignorons ce qu'ont fait les anciens. Mais il est évident que la pensée convient, pour elle-même, au pessimisme de Qoh. Elle est de nature, comme la précédente, à ôter à ceux qui entrent dans la vie toute illusion et toute espérance. Une besogne ingrate les attend, un travail stérile, ou à peu près. Ils ne feront rien de plus que ce qu'on a fait avant eux, et après eux ils ne laisseront pas même un souvenir. Et, que la mémoire de ceux qui ont été disparaisse aussi, c'est une des vanités, c'est-à-dire une des choses absurdes et mauvaises, qui révoltent Qohéleth (cf. ii, 16; ix, 5). — Il serait sans doute excessif de prétendre que le v. 11 a pour but d'amener le suivant, comme si l'expérience que Salomon fit jadis des plaisirs et de la sagesse avait été oubliée de la postérité.

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