I. VANITÉ DE LA SAGESSE ET DES PLAISIRS, I
L'expérience de la vie et l'étude du monde révèlent à l'observateur attentif la vanité des efforts humains : l'homme ne peut corriger ce qui est mal ni créer ce qui manque (i, 12-15). Ainsi l'acquisition de la sagesse, qui demande un grand labeur, n'apporte que déception (16-18). Les plaisirs sont également vains (ii, 1-3) : ils coûtent beaucoup de peine et ne satisfont pas (4-11). Le sage a la même fin que l'insensé (12-17) et la mort enlève au riche tous les biens péniblement amassés : rien ne dure ni ne satisfait (18-23). Le mieux que l'homme ait à faire, c'est de jouir, au jour le jour, du bien-être que peut lui procurer son travail. Cette jouissance dépend d'ailleurs do Dieu (24-25) : il la réserve au juste et en prive le pécheur (26).
12. Le pronom personnel séparé ''JN a pour but ici de mettre en relief le sujet (cf. GK 135 a). — Sur le nom en apposition à un pronom, cf. Ex. VII, 11 et surtout Prov. viii, 12. — Un grand nombre d'interprètes modernes, parmi lesquels Knob. Ew. Ginsb. Del. Wright, Wild., pensent que in^M ne peut être traduit que par le parfait et qu'il équivaut à « j'ai été roi (mais je ne le suis plus) ». Que "'ni''n ait bien cette force, c'est ce qu'indiquerait la légende du Talmud [jer. Sanhédrin, ii, (>b; b. Gittin, 68 b; cf. le niidrach lalqut) et du Targum. D'après cette légende, Salomon vers la fin de sa vie aurait
l'ecclésiaste, I, 12-13. 247
été détrôné pour un, temps en punition de ses fautes. Parcourant alors la terre d'Israël il criait à tout venant : « Moi, Qohéleth, j'ai été roi sur Israël à Jérusalem. » L'auteur réel du livre, par l'emploi de inlM, trahirait donc lui-même la fiction dont il use en faisant parler Salomon. D'autre part, Bullock essaie d'expliquer que Salomon a pu prononcer cette parole de son vivant, et il rappelle celle de Louis XIV après la guerre de succession d'Espagne ; « Quand j'étais roi! » Mais i, 12 n'est ni une exclamation de regret, ni une plainte; c'est la simple énonciation d'un fait historique (Del.). Wright cite avec plus de raison, mais pour l'écarter aussi, la parole de Septime Sévère : oninia fui et niliil expedit, que l'approche de la mort suffit a expliquer. Mais il n'est pas impossible de rendre 1n1^'^ par le présent. Le parfait (perfecium praesens) peut désigner un état ou une action qui, commencés dans le passé, durent encore au moment où l'on parle, et il est naturel en ce cas de traduire par le présont (cf. Gcn. xlii, 11; Nomb. xi, 5; Ps. lxxxviii, 5; et voir Driv. //. T. 11; Kox. III, 12i-128; GK 106 g). Inl^n pourrait donc signifier : « je suis devenu roi (et je le suis encore) ». C'est ainsi que Grâlz le comprend. Del. (p. 214 s.) écarte cette interprétation, sous prétexte quo l'EccI., conformément à l'usage tardif de la langue, se sert du parfait pour désigner lo passé, et aussi parce que l'Eccl. emploie, tout aussitôt après, des parfaits qui ont le sens du passé : « J'ai appliqué mon cœur, j'ai vu ». Mais pourquoi les com., et Del. avec eux, traduisent-ils régulièrement "icx (i, 2; VII, 27; XII, 8), imGX (VI, 3), iC'Ji (i, 14), nXl (vu, 24) et surtout n'^'J (m, ilb; cf. XI, 5 : nil'yi) par le présent, alors que dans i, 14; m, 11; vu, 27, d'autres parfaits ont, de l'aveu de tous, le sens du passé? Il semble donc qu'on puisse rendre in^Tî par un présent; mais quiconque sera au fait de la fiction le traduira naturellement par le passé, et dans la pensée de fauteur lui-même il n'a pas correspondu à un autre temps.
Haupt (p. IV). donne à ~Sn le sens de « chef d'école » en s'appuyant sur XII. 9. Mais il est plus que douteux que cette acception du mot, reçue dans le Talmud \Giftin, 62 a; Berakoth, 64 a), ait existé déjà au temps de notre auteur. D'ailleurs cette interprétation s'accorde mal avec les développements du chapitre ii. — S»S*"!r'i~S" "^D se retrouve dans I Sam. xv, 26; II Sam, XIX, 23; I R. IV, 1; xi, 37. G (G 106 161 248 254 261 298 299) omet £-■; de même, V a seulement rex Israël. Tous les autres témoins ont la prép. Celle-ci sera tombée de quelque ms. grec sous l'influence de la locution usuelle et on sait que V n'est pas très littérale. — aSxL'n^a ... '7^12 n'existe pas ailleurs dans la Bible hébraïque, mais on trouve cette construction avec le verbe dans II Sam. II, 11; v, 15; I R. ii, 10; xi, 42. — L'expression « roi d'Israël dans Jérusalem » exclut les rois, soit d'Israël, soit de Juda, qui ont régné après la division du royaume, et comme, des deux rois d'Israël qui ont régné à Jérusalem, Salomon seul a laissé une réputation spéciale de sagesse, il se trouve suffisamment désigné. Peut-être aussi la mention expresse de Jérusalem serait-elle due au fait que cette ville, depuis longtemps, n'était plus résidence royale.
Bick. Haupt considèrent ce v. comme l'addition d'un interpolateur qui a voulu faire passer le livre pour une œuvre salomonienne.
13. J'ai donné mon cœur à indique ici une application de fintelligence.
248 l'ecclésiaste, i, 13.
appliqué mon cœur à étudier et à observer par la sagesse tout ce qui se fait sous les cieux : c'est une occupation pénible, à laquelle
L'expression est répétée dans i, 17; vu, 21; viii, 9, 16; elle est rare hors de l'Eccl. et tardive : Dan. x, 12; I Chr. xxii, 19. Comme les autres livres bibliques, l'Eccl. se sert du mot « cœur » pour désigner soit les facultés volilives ou affectives (ii, 10, 20, 22, 23; vu, 21), soit les facultés intellectuelles (i, 16;
VIII, 5; X, 3). — tyil exprime la recherche, l'information, l'étude; cf. tirtlQ. 1*in « explorer, observer » n'est jamais appliqué hors de Qoh. (cf. vu, 25) à l'investigation intellectuelle; suivi de bv, il présente une construction unique; mais urn est construit avec hy de la chose dans II Chr. xxxi, 9; II R. xxii, 13. Au lieu de hv, les mss. orientaux lisent Sn. — De l'emploi habituel du mot nil?!7J dans Qoh. (voir les réf. à i, 9), on peut conclure qu'il s'agit ici des événements d'ordre humain. C'est ce que l'homme fait ou ce qui lui arrive qui intéresse Qoh. — Sous les cieux se lit encore dans ii, 3; m, 1; Deut.
IX, 14; Lam. m, 66, etc. G {H""' V 147 157 159 252 253 298 299) PV Jér. T, 57 mss. K. de R. ont lu U?Diyn comme dans i, 3, 9, 14, etc.; mais tous les autres témoins, notamment G (BAnC 68) et les versions dérivées C Sh, sont avec M. D'iDU^n a les meilleurs témoins et aurait d'ailleurs toutes chances d'être original parce qu'il diffère de l'expression usuelle dans l'Ecclésiaste. — Del. et la plupart des com. considèrent N^n comme un sujet dont "iiJîT est l'attribut, et traitent '131 "tnj comme une proposition relative, non point rattachée par un pronom relatif à la principale, mais seulement juxtaposée à celle-ci (cf. GK 155 b). Bien que Qohéleth use régulièrement du relatif, il lui arrive cependant (m, 16; V, 12; x, 5) d'employer le procédé qui vient d'être indiqué, et la comparaison du présent v. avec m, 10, qui est parallèle et où le relatif est exprimé, donne raison à Del. Deux mss. K. de R. ont inséré TkZJN* devant "inj. Del. fait observer que l'ancienne langue eût dit ijn3. Cette construction a embarrassé G et P. N'ayant pas reconnu la proposition relative, tous deux ont fait de "[ijj; le complément direct de iriJ. Mais alors Nin était de trop. G, suivi par C Sh, l'a rendu par Su et P l'a prudemment omis. Jér. V, dans le même embarras, ont traduit /lanc occupationem. — "r'iJV ne se rencontre pas dans la Bible hébraïque en dehors de l'Ecclésiaste, soit au sens d' « occupation » (i, 13; II, 3, 26; m, 10; v, 2), soit au sens affaibli d' « affaire, chose » (v, 13). La transition d'un sens à l'autre est indiquée dans iv, 8 et viii, 16. Ce mot est d'un usage fréquent en néohébreu, on judéo-araméen : KJiJÎT, et en syriaque. C'est un des aramaïsmes reconnus de l'Ecclésiaste (Kautzsch, .4ra/n. p. 71). La vocalisation y2V est ici la mieux établie; voir Baer (p. 61) et Kon. (II, p. 69; III, p. 243 /"). Il n'y a donc pas lieu de lire l'état construit. — Sur l'expression 11 ril3yV voir Kôn. (III, 212 g). Le même verbe est employé dans m, 10; v, 19 et B. S. xlii, 8 in tnarg. On a longtemps essayé de le rattacher à la racine njV « répondre » ou njy « être abaissé ». BDB et GB acceptent avec raison l'hypothèse d'une racine spéciale, correspondant au syriaque p.v « s'occuper de quelque chose », et de laquelle dérive aussi le nom précédent. C'est encore un aramaïsme (Kautzsch, Aram. p. 71). Les mss. or. écri-
LECCLÉSIASTE, l, 13. 249
vent niiyb. — DINH "';2 « les hommes » supplée à la forme plurielle dont DIK, collectif, est dépourvu.
Nin « cela » peut représenter soit « tout ce qui se fait », soit « étudier et observer par la sagesse »• En d'autres termes, roccupation pénible dont parle Qohéleth, c'est ou bien l'activité humaine en général (Hitz.), ou bien la recherche de la sagesse (Elst. Del. Now.l. D'après Hitz. ce ne peut être l'étude de la sagesse, pour deux motifs. D'abord cette interprétation introduirait dans notre v. ralfirmation de la vanité de la sagesse; or cette affirmation fait l'objet des vv. 17-18, qui deviendraient par le fait inutiles. Mais surtout l'occupation pénible à laquelle il est fait allusion est imposée à tous les hommes, et Dieu impose bien à tous les hommes le travail, mais non pas la poursuite de la sagesse. En réalité, X'n doit représenter la pensée principale du membre de phrase précédent, c'est-à-dire « étudier et observer », et un motif excellent pour qu'il ne représente pas l'activité humaine en général, c'est que celle-ci n'est pas spécialement signifiée par « tout ce qui se fait » : ces mots ne désignent pas seulement ce que l'homme fait, mais aussi bien ce qui lui arrive : cf. les références données au v. 9. L'auteur lui-même donne à entendre que cette formule n'évoque pas précisément l'activité humaine, car quand il veut, au v. 14, nous instruire du caractère de stérilité des elTorts de l'homme, il écrit, pour désigner ceux-ci, « toutes les actions qui se font » et non plus simplement « tout ce qui se fait ». Par conséquent le pronom Nin ayant pour attribut « occupation imposée à l'homme » ne peut représenter « tout ce qui se fait », mais « étudier et observer », les seuls termes dans la phrase qui expriment exclusivement une action humaine. La première objection de Hitz. aurait quelque valeur si Qohéleth n'était pas un homme qui aime à se répéter. Mais encore, tandis que les vv. 17-18 ont surtout pour objet d'aflirmer que la recherche de la sagesse est infructueuse, le V. 13 dit seulement qu'elle est une occupation pénible. La seconde objection tomberait si l'on pouvait avec Reuss traduire 7r3 par « permettre », et de fait on le trouve employé en ce sens, et dans une construction analogue, dans Esth. vin. 11 et 11 Chr. xx, 10. Mais cette interprétation peu naturelle est exclue par m, 10, où la même formule se lit et où le sens de « permettre » ne convient certainement pas. On pourrait essayer de dire que Qohéleth s'imagine les autres hommes tourmentés par les problèmes qui le hantent, et la supposition ne serait pas complètement fausse icf. viii, 16 et ii, 23|. Mais la véritable solution est dans l'intelligence de ce qu'il entend par la sagesse, car il est bien vrai qu'à son sens Dieu en a imposé la recherche à tous. La sagesse, telle qu'il la comprend, n'est pas d'un intérêt purement théorique. Ce n'est pas une spéculation de savant isolé de la réalité, pas même un art d'agrément qu'il est loisible à chacun de cultiver ou de négliger, c'est une nécessité d'ordre pratique. La sagesse consisterait essentiellement à savoir « ce qu'il est bon pour l'homme de faire », soit dans le détail de l'existence, soit dans l'ensemble de la vie. Elle devrait donc lui donner la connaissance des lois qui régissent la destinée humaine, mais aussi de celles qui gouvernent le monde au milieu duquel il est engagé. Cette connaissance lui permettrait de prévoir les événements et lui dicterait sa conduite un, 22 in fine; VI, 12; VII, 14; ix, 2, 11; x, 14; xi, 5). Sans cette prévision, toute entreprise
250 l'ecclésiaste, i, 14.
Dieu a imposé aux fils de l'homme de s'occuper. ^^ J'ai considéré toutes les œuvres qui se font sous le soleil, et voici : tout est vanité et poursuite de vent.
n'est plus qu'un jeu de hasard dans lequel l'homme est à peu près sûr de perdre, et tout travail, un effort dans la nuit. C'est là ce qui complique sa besogne journalière et le tourmente jusqu'à lui ôter le sommeil (ii, 23). Avant de se mettre à l'œuvre, une question préalable se pose toujours : que faire et comment faire? Et il en est de même pour l'entreprise générale de la vie : quel en est le but, quels sont les moyens, « qu'est-il bon pour l'homme de faire » (n, 3 in fine; m, 10 ss.; vi, 12; vu, 23-24; viii, 16-17). La tâche initiale qui incombe à l'homme est donc d'étudier le monde et la vie. Dieu la lui impose en fait en lui donnant l'existence. Cette interprétation est absolument confirmée par m, 1-15; voir surtout les vv. 10-11 qui sont parallèles à notre verset.
Sievers (p. 564 et § 244, 1), pour des raisons métriques, considère llnS comme une glose et propose de lire U? au lieu de lUN. Mais nn est employé ici dans un sens moins courant que ï?"i~ et il serait singulier qu'une glose expliquât un terme clair par un plus obscur. Zapl. rejette « ce qui se fait sous les cieux », parce que sans parallèle. Pour Haupt, les vv. 12 et 13 entiers constituent une glose.
14. myi n'existe pas dans la Bible hébra'ique en dehors de Qohéleth : i, 14; II, 11, 17, 26; IV, 4, 6; vi, 9, mais est usité en araméen biblique (Esdr. v, 17; vu, 18). Il ne diffère sans doute que par la forme de liiyt (i, 17; ii, 22; iv, 16) qui ne se trouve pas non plus ailleurs dans B. h., mais est fréquent dans Dan. araméen : ii, 29, 30; iv, 16, etc. TWl a été considéré comme un dérivé de !?în « briser » par P T "V et traduit en conséquence par « brisement, affliction (d'esprit) », et comme un dérivé de "yi « être mauvais » par- dans iv, 6; VI, 9 : xâ/wit? 7:veij;j.aToç. Mais Ï^^Vl indique une racine nS, comme l'ont bien vu 'A 0: vo[jLTi, S (i, 14; iv, 16) : pôa/.riot; àvijj-ou. Ces derniers sont suivis, non seulement pour la dérivation, mais pour le sens, par quelques modernes, parmi lesquels Plump. et Ren. : « pâture de vent ». Mais la plupart des corn, modernes arrivent au sens de « désir, poursuite »; ils se divisent seulement sur le sens premier de la racine nyi et sur la façon dont les substantifs en dérivent. Ginsb. Del. Wright, Sieg. Me N. veulent que du sens de « se nourrir » nyi ait passé à celui de « se complaire dans, rechercher », et qu'on traduise ici par « désir ou poursuite de vent ». D'après Now. Wild. Zapl. n"T signifierait proprement « aller derrière, suivre » (on se réfère à Gen. xxxii, 19-20 qui n'est pas concluant), d'où : « course après le vent ». Les deux hypothèses qui suivent méritent plus de considération. Selon Barth [Wurzeluntersuchungen, Leipzig, 1902) et Kavtzscii {Aram. p. 82) ny*1 « faire paître » aurait eu primitivement le sens de « surveiller, s'occuper de », et cette acception aurait naturellement donné naissance à nos deux substantifs : « désir, recherche ». Herz. émettait déjà cette idée, mais fusionnait en outre cette racine avec nyi « entretenir des relations ». BDB et GB admettent l'existence d'une racine spéciale « se complaire, désirer », usitée
l'ecclésiaste, I, 15. 251
^1 Ce qui est courbé nepeut devenir droit et le manque ne peut être compté.
en araméen (S71) comme équivalent de l'hébreu nvi (cf. R. Duval, Grani. si/r. § 24), et qui aurait tardivement donné naissance aux deux dérivés r*I?1 et p"i5;i. Cette dernière opinion est certainement préférable. G Trpoaîpeatç suivi par L praesumptio (dans Jér. qui note avec raison : jtpoai'pEji; auteni melius voliintateni quam praesumptioneni sonat), et par C Sh, ne s'est pas mépris sur le sens du mot. Il est plus malaise de dire à quelle racine verbale il le rattachait. Jér. écrit : Septua^inta autein interprètes non liebraeum scrmonem e.rpressere sed syruni, dicenles -ooafoeatv. ^^y"^ et pi^T sont bien en efTet des aramaïsmes (Kautzsch, Aram. p. 81 s.) : que la racine soit originairement hébraïque ou araméenne, son développement dans le sens spécial de ces deux substantifs est araméen : cf. nî71 « désirer « (cf. syr.); Nniyi « désir » ; xjiiyi « pensée » (cf. syr.); VJ'\, niy*l dans Esdr. iv, 17, etc. « volonté, bon plaisir » ; p'iyi dans Dan. ii, 29, etc. « pensée ». — mi n'a pas l'art, et reste indéterminé. Pour ce motif, il est probablement employé non comme objet, l'objet du désir, mais comme qualificatif, de même que dans Job, XV, 2 : « science de vent » (cf. Job, vu, 7 ; Is. xli, 29). Un désir de vent est un désir vain et inefficace : le vent n'est-il pas l'élément le plus inconsistant et en apparence le moins substantiel?
La seconde partie du v. indique que dans la première il s'agit des actions humaines : ce sont les ell'orts de l'homme dont Qohéleth constate la stérilité et l'impuissance.
15. myc, part. pou. du verbe T\M3 usité seulement aux formes intensives et à Vliitlipa. (cf. VII, 13; xii, 3), se dit aussi bien des défectuosités physiques (xii, 3; Am. viii, 5) que des perversions morales (Job, viii. 3; xxxiv, 12). On doit lui donner ici la portée la plus large. Bien que le part, ne soit pas au fém. il exprime pourtant le neutre comme il arrive souvent (cf. Gen. ii, 9; xxxviii, 7; Lév. xxvii, 12, etc.; voir Kôn. III, 224 a, 255 a), et comme l'indiquent elle caractère très général delà formule et l'emploi parallèle dep"iDn. — "jpn, qui ne se trouve pas dans B. h. hors de l'Eccl. : i, 15; vu, 13; xii, 9, mais dans B. S. xlix, 9 ^n pi. et dans Dan. aram. iv, 33 à V/iop/i., est usuel en néoh. et en aram. C'est donc un aramaïsme (cf. Kautzsch, Aram. p. 91). Si l'on maintient la lecture massorétique, il faut y voir avec Del. un inf. intransitif « être ou devenir droit », qu'on s'attendait à lire sous la forme "jî^ni ; mais il y a d'autres exemples de l'inf. intr. avec la voyelle du transitif : U2\ l'pi, hty, cf. p';^*") (v, llj. Sieg. veut corriger par le nip/i. ïpnnS, ce qui plaît à Me N. et Driv.-Kitt. Le parallélisme de mjcnb paraît bien réclamer un sens passif, et de fait G C Sh Jér. V ont traduit par des passifs ; au contraire P, probablement T qui traduit par le réfléchi, et les citations rabbiniques (Eur.) suivent M. Les versions ont peut-être simplement vocalisé ■jpn':) en supposant la syncope du n (cf. GK 51 l). La correction proposée par Sieg. est assez séduisante; il y a néanmoins quelque chose de systéma-
252 LECCLÉSIASTE, I, 15.
tique et d'excessif à vouloir toujours rendre le parallélisme aussi strict que possible. Le sens intr. du qal fournit en somme une antithèse suffisante, il est tout à fait normal dans les verbes dont le pi. possède le sens causatif (transitif) (cf. GK 53 c, 52 g), et il a enfin son pendant dans l'araméen XpT\ « être ferme ». — "IllDn est hapax dans la Bible, tandis que la racine et plusieurs dérivés y sont connus; il est d'usage fréquent en hébreu postbiblique (cf. Levy. NHW, II, 90 b). VT, Rachi, Rachbam (dans Ginsb.) et parmi les modernes Ginsb., qui invoque l'analogie de p''2N% l'entendent de personnes; mais cette interprétation n'est aucunement favorisée par l'usage michnique qui en fait un neutre : « manque, déficit » ; cf. '\^1WT] (vu, 25). — Bick. veut supprimer le second SdT'; mais toutes les versions le traduisent, et Qohéleth ne craint pas les répétitions de mots : cf. ii, 26; iv, 2; vi, 3; vu, 27^ etc. — Au lieu de mj^n « être compté », Ew. propose d'abord nilffin « être complété » (de nSq; cf. GK 74 //, 75 nn), mais pour l'écarter ensuite et donner à niJOn le sens du latin ad numéros suos redigi, perfici. niSîZn est mentionné favorablement par Now. Wild. Driv.-Kitt. et donne en efTet un sens plus facile et un parallélisme en apparence meilleur. D'après Zapl., qui n'admet pourtant pas cette correction, il aurait même été lu par S Oaripriax [xr) ûuva[j.£vov àvajtXrjpwaat àpi9[xov. Mais pour que cette traduction pût reposer sur la racine nSd, il faudrait que celle-ci ait été à une forme active, qal ou pi., et non à une forme passive. En réalité, S a lu M, mais, fidèle à sa manière et soucieux d'hellénisme, il a traduit le sens plus que les mots, sauf à paraphraser. mj)2n est à maintenir; il suffit de le comprendre. Nous disons bien en parlant d'un homme sans valeur : « il ne compte pas (on ne le compte pas) », et le mot est dans ce cas l'équivalent d'un passif. Xous disons à peu près de même : « tenir compte de quelqu'un ou de quelque chose ». Compter est pour l'esprit concret du sémite une opération positive qui ne peut porter sur ce qui n'existe pas : on ne compte pas un déficit, si ce n'est par une sorte de fiction, on l'évalue. Le sens est donc : ce qui manque ne pourra jamais être considéré comme existant, ni ce qui est a])sent, être tenu pour présent.
Ce V. explique le précédent : tout l'etTort de l'homme est impuissant à rien changer à ce qui existe (cf. i, 9), il ne peut corriger ce qui est de travers (cf. VII. 13), et encore moins créer ce qui manque. Et pour Qohéleth. les choses qui en ce monde vont au rebours du bon sens, ou dont il regrette l'absence, sont fort nombreuses, comme on le verra par la suite. Ce v. a tout l'air d'un proverbe (Plump. Ren. Me N. Zapl. Bart.). C'est même là ce qui explique sa forme rythmée. Knob. cite le proverbe grec conservé par Suidas : ^6),ov àyxûXov oùôétîot' ôpOdv.
V perversi difficile corrigunlur et slultoruni infinilus est nuiiierus, si diil'érente qu'elle paraisse, ne suppose pas un autre texte (contre Zapl.). Les deux sujets ont été entendus par elle de personnes et considérés comme des collectifs, le second équivalant à peu près à minus habens. Dans le premier membre, la négation absolue a été adoucie et rendue par difficile; dans le second, « ne peut être compté » a été interprété, en dépit du parallélisme, par « s'élève à un nombre infini ». Cette interprétation tout entière est déjà en
l'ecclésiaste, I, 16. 253
1^" J'ai parlé en mon cœur, disant : « Voilà que j'ai amassé et accumulé plus de sagesse que tous ceux qui ont été avant moi sur Jérusalem ! » '' Car mon cœur a beaucoup étudié la sagesse et la
vue dans Jér. qui n'a cependant pas un texte difîérent de M; cf. en particulier : Tanlus est numcrus scductoruni... ut suppulatione non queat coinprehendi.
16. Le pronom 'ijx n'a plus ici pour but de mettre en relief le sujet; il est purement pléonastique. — Au lieu de "iiS D" on trouve ordinairement ailleurs "in''2 iii, 1, 15, etc.\ G Iv C Sh V in T traduisent comme s'ils lisaient i. 'A^ 'xi-i P Jér. cuin rendent littéralement M. — J'ai amassé etc.. litt. « j'ai agrandi et accru la sagesse plus que... ». GCSh P Jér. V inagnus c/fectus suni ont donné à Vhiph. 'inSlSn le sens intransitif ou plus probablement ont lu le qal comme dans ii, 9, le n ayant pu tomber après r^:ini par haplographie. Les présomptions sont en faveur de M suivi par T. On ne peut opposer II. 9 où il n'y a pas de complément direct. Qohéleth aime à joindre les mots par paires, et en particulier les verbes (cf. i. 13; ii. 26 etc.). Il est même possible que le premier verbe serve uniquement à déterminer le mode de l'action exprimée par le second (GK 120 d) : « j'ai grandement accru » (Ginsb. Del. Me X. Bart.); cf. iv, 1, 7. Sur l'expression T])2Zn "TiEDin, cf. I R. X, 7. — ''-j'j exprime le comparatif (cf. Gen. xlix, 26; Ps. xvi. 2 etc.; voir KoN. III. 308 f/). — nin. au lieu de 1XT qui se lit dans 1 ms. de R.. a pu être amené par S^, qui est un collectif et à ce titre se construit souvent avec le sing., alors même qu'il exprime évidemment un pluriel (cf. Is. i, 23; lv, 1; Esdr. IX. 4 a, et voir Kôn. III, 348 x). On peut aussi faire de n\"i un impersonnel (cf. I. 10). Les versions traduisent naturellement par le pluriel. — □'^unf^y ~\"5 est une locution reçue en hébreu : cf.. dans II R. x, 5, 22, Ti:i?n yj Tw\v au sens de « chef, préposé ». Partout aileurs, dans l'Ecclé-
siaste. les formules parallèles donnent D'^UIIlZ (ii. 7, 9), et ici même G G Sh P Jér. V T traduisent par « dans » et 140 mss. K. de R. écrivent 2- Bien que M ait contre lui tous les autres témoins, la rareté et la singularité de l'expression sont en faveur de son authenticité. 'l'J est maintenu par Baer (p. 61) et Del. (p. 425). Cette proposition constitue un anachronisme, car elle suppose qu'il y eut plusieurs rois d'Israël à Jérusalem avant Salomon ; il n'est pas vraisemblable en elTet que l'auteur pense aux rois cananéens (cf. I Chr. XXIX, 25, qui n'est cependant pas inexact). — ri'CZn ~N"l, ici et II, 12; IX, 13, est une des nombreuses expressions propres à Qohéleth. Ginsb. compare Jér. ii, 31, dont le texte n'est pas des plus sûrs. Mieux vaudrait rappeler I R. x, 4, qui cependant diffère pour le sens. « Voir » indique ici une connaissance expérimentale et peut se traduire par « étudier ». — nain,
forme normale de l'inf. absolu liiph., devient un véritable adverbe, si bien que l'inf. i)rend la forme féminine r\l''\T\ pour se différencier (GK 75 ff et
113 k). Il est souvent employé dans l'EccL, et se place régulièrement après le mot, soit substantif I II. 7; v, 6, 16; ix, 18; xii. 9), soit verbe (v, 11, 9; vu, 17), qu'il modifie. — 7\122T\ désigne la sagesse pratique, et nyi la science spé-
254 l'ecclésiaste, r, 17.
science, i' ° et j'ai appliqué mon cœur à discerner la sagesse et 'la science'/ la folie et la sottise. J'ai reconnu que cela aussi est pour-