‹ L'EcclésiasteChapitre 86 sur 120 · jyiS^n G (Bn) C P; m i-^^n · texte numérisé non relu

jyiS^n G (Bn) C P; m i-^^n

a-t-il disparu, ainsi que son style lâche, prosaïque et souvent enchevêtré. Des sentences métriques, nettes de forme et de coupe, se succèdent presque sans interruption jusqu'au v. 12. Mais au delà, nous rencontrons de nouveau le « j'ai vu » si fréquent de notre auteur (v. 15), et dès le début, des pensées toutes voisines de celles que nous venons de quitter : vu, 13 est apparenté à Yi, 10 et VII, 14 à VI, 12 b. Ces deux vv. pourraient aussi bien se rattacher au chapitre vi qu'à vu, 15 ss. Les douze premiers vv. du ch. vu, sauf peut-être 6 b, sont d'origine sapientielle, et sauf 6 b et 10, de forme métrique (voir Vlntrod. p. 139 ss. et 163). Ils recommandent le sérieux de la vie, 1-7, la patience et le calme, 8-9, et font enfin valoir les avantages de la sagesse, 10-12.

VII, 1. Parce que VQ peut suffire à exprimer la comparaison (GK 133 e ; cf. Eccl. IV, 17 ; Is. X, 10 ; Job, xi, 17, etc.), et à cause du parallélisme de 21"a TDU, 1112 primo a été considéré par S Sh PVT comme un qualificatif de D^*. Mais la place occupée par '2^\2 primo interdit d'en faire un qualificatif, l'adjectif en hébreu devant toujours suivre le substantif, d'après une règle (GK 132 a) à laquelle l'Eccl. se montre ailleurs fidèle; D^ peut à lui seul signifier « bonne réputation, honneur » (Job, xxx, 8; Prov. xxii, 1); et l'analogie des vv. 2, 3, 5, 8 invite à considérer ma comme attribut : cette interprétation est celle de GC Jér. et de la plupart des com. — Le 1 qui précède la seconde sentence semble établir une corrélation entre les deux propositions : il équivaudrait à « de même » (Kon. III, 360 a; cf. GK 161 a, note 1). — Le suffixe de TrSln ne se rapporte à rien. Kon. (III, 324 e) lui reconnaît un sens indéfini, mais cette explication n'est pas satisfaisante. Me N. le retranche, tandis que Bick. Driv.-Kitt. corrigent en mSin, inf. hoph. (cf. GK 71). Le suffixe est représenté dans G (n'='^ ACV plus, minusc.) Sh 'A Jér.; mais il manquait à l'origine dans le grec comme en témoignent G (Bn 68 147 157 159 161 299) C, cl P ne l'a pas non plus. On peut conclure que le texte hébreu traduit par G et P ne le portait pas. S. Jérôme, il est vrai, qui le lisait, ne l'a pas rendu dans V; mais G est plus littéral. Si 7Sin était original, le 1 aurait été introduit non comme suffixe du verbe, mais comme copulative devant le premier mot du v. suivant. 11 est préféral)le de lire mSin.

"jDUJD OU? 2112 peut être un proverbe populaire. On remarquera le jeu de mots. L'huile parfumée était d'usage fré([uent en Orient (II Sam. xii, 20; Am. VI, 6; Ps. xlv. 7; Prov. vu, 17; Ruth, m, 3; Dan. \, 13). On lui comparait volontiers la bonne réputation (cf. Gant, i, 3; II Cor. ii, 14-15), sans doute parce que celle-ci est agréable et se répand comme l'odeur d'un parfum. Comme on se parfumait à l'occasion des réjouissances et des banquets (cf. IX, 8), cette sentence est en rapport avec le conseil donné au v. suivant d'éviter la maison où l'on festoie. D'autre pari, les courtisanes usaient et abu-

LF.CCLÉSIASTE. VII, 2. 365

- Mieux vaut aller à la maison de deuil

que d'aller à la maison de festin, Parce que c'est (là qu'apparaît' la iin de tout homme,

et le vivant le prend à cœur.

salent des parfums violents (Is. lvii, 9; Ez. xxui, 41; Prov. vu, 17), si bien qu'on peut se demander si le proverbe, à l'origine et en dehors de son contexte actuel, ne les visait pas.

Sieg. enlève à Qoh. 1 a seulement, qu'il considère comme une interpolation de Q' (glossateurs divers); il est suivi par Me X. et Barton. Me N. propose en outre une correction : mi 3112 "j'^UJa Dïï? 2.lTi (cf. ix, 8). Mais dans ce cas, que devient le mètre? Le v. 1 en effet, tel qu'il existe, est constitué par deux stiques parallèles et parfaitement égaux. La forme rythmique des vv. suivants est aussi aisée à constater, et leur structure indique leur origine sapientielle. Pourquoi la provenance de 1 è serait-elle dilTérente ? Il n'y aurait qu'un motif de laisser cette sentence à Qohéleth, c'est le caractère pessimiste de la pensée qu'elle paraît exprimer : « le jour où l'on meurt vaut mieux que le jour où l'on naît ». Cependant, bien qu'une pareille idée puisse en soi convenir à Qohéleth, elle ne s'adapte pas à ce qui, dans le contexte, appartient à Qohéleth, c'est-à-dire aux derniers vv. du ch. vi ou à vu, 13 ss. Étranger aux préoccupations actuelles de l'auteur primitif, parfaitement encadré au point de vue de la forme entre la et 2 ss., le v. \h ne serait-il pas du hakham, comme tout le morceau dans lequel il est inséré? Si l'on trouve que son contenu y répugne, n'est-ce pas qu'on le comprend mal? rnSn Dii désigne dans Gen. xl, 20 (cf. Job, ni, 1; Os. vu, 5) le jour anniversaire d'une naissance. Pourquoi ne pas interpréter ici : « Mieux vaut le jour où l'on pleure une mort que le jour où l'on fête une naissance »? La suite des vv. 1-2 serait des plus satisfaisantes : « Mieux vaut une réputation de sérieux que les parfums de ceux qui festoient. 1 a ; mieux vaut faire un jour de deuil à l'occasion d'un décès, qu'un jour de fête à l'anniversaire d'une naissance, 1 b\ mieux vaut aller à la maison où la mort vient de frapper, qu'à celle où se tient un banquet etc., 2 ». G (C) n'a pas l'art, devant GavdtToj; mais ce témoignage est trop isolé pour qu'on en puisse rien conclure au sujet de l'original hébreu. D'ailleurs niT^n Dli pouvait être une expression reçue dans le sens indiqué.

2. La maison du deuil ou de la lamentation est naturellement celle dans laquelle un décès a eu lieu; la maison du festin (les mss. or. ont kethib "nyJGn, mais le n article doit être une dittographie du n final du mot précédent), à en juger par l'antithèse qui caractérise 1 b, peut être d'abord celle dans laquelle on célèbre, comme les anciens avaient coutume de le faire, l'anniversaire d'une naissance (Gen. xl, 20; Il Mac. vi, 7; Math, xiv, 6; Marc, VI, 21; cf. Job, m, 7); mais l'allusion est plus étendue et vise toutes les réjouissances, quelle qu'en soit l'occasion (cf. Is. v, 11-12). — Au lieu de Iw'Nl, G xaôoTi a lu "iï?ND; cf. II, 16. — Nin doit se référer à un objet déjà mentionné (GK 136 a); ce pronom est un neutre qui représente l'idée de mort évoquée par les mots « maison du deuil » ; il suit, par attraction, le

366 l'ecclksiaste. vu, 8.

^ Mieux vaut le chagrin que le rire,

car la tristesse du visage est bonne pour le cœur.

genre de =11D. — L'expression 2S~Sn "inj, ordinairement « mettre quelque chose dans l'esprit de quelqu'un » (Néh. ii, 12; vu, 15; cf. II Sam. xiii, 33; Is. XLii, 25; xLvii, 7, etc.), reçoit ici, dans ix, 1 et B. S. l, 28 (avec Sy), le sens de « prendre à cœur, réfléchir ». G a traduit owasi dyaôbv et? xapSîav aù-cou. Il est suivi par CP; mais L (dans Berg. : et qui uiuit uiiiit ad cor suum) S Sh Jér. VT sont avec ÎNI. L'addition de àyaôôv est singulière. Eur. suppose qu'elle est intentionnelle et qu'elle a pour but de mettre ce v. d'accord avec n, 22 et parall. D'après Me N. elle proviendrait de ce que le mot (Jyaôàv est répété six fois dans 1-8. Mais il ne se trouvait qu'une fois dans notre v. et une seule fois aussi dans le suivant : il n'y avait pas là de quoi obséder l'esprit du copiste. La présence de on est également difiicile à expliquer dans v] ot-. TzopE-jerjvai de G (BxAG), au lieu de f] nop£u67>at de G (106 147 157 159 261 296 298 299 Chrysost.) Sh P; napà ropsjô^vat de G (n'^'^ V 253) représente la correction hexaplaire.

Sieg. Me N. Bart. laissent ce v. à Qoh., comme ils ont fait pour 1 b; seul Haupt lui enlève 2 b. Mais rien, dans ces vv., n'appartient au premier auteur du livre. La forme métrique constante est un indice sérieux dune autre provenance, et la nature des idées contenues dans 2-6 trahit une origine sapientielle. Le ton désolé du v. 2 a sans doute déterminé l'opinion des com. qu'on vient de citer. Mais on trouve chez les sages, par exemple dans les Proverbes, plus d'une réflexion chagrine, et la pensée de notre v. . si elle est austère, n'est pas précisément pessimiste. C'est aussi se méprendre que de croire entendre dans notre texte un écho de iv, 1-3 : l'auteur de iv, 1 ss..se place à un point de vue tout utilitaire, il envie les morts, parce qu'ils ne souffrent plus et ne voient plus soufl"rir; l'auteur de vu, 2 se place à un point de vue moral, il recommande la pensée de la mort comme étant de nature à maintenir l'homme dans le sérieux et la gravité qui sont, à son sens, des garanties de la vertu, sinon la vertu même, par opposition aux banquets, aux rires et aux amusements. Or, c'est là une préoccupation étrangère à Qoh. Certes, Qoh. n'est point immoral, il est même tout le contraire d'un rieur et d'un amuseur; mais il a traité en philosophe une question philosophique. Les sages, qui sont des moralistes, ont ajouté des correctifs utiles.

3. y"i, « méchanceté, laideur » (Gen. xli, 19), marque ici la tristesse : cf. Diyi D^JD dans Gen. xl, 7; Néh. ii, 2-3, et voir aussi Deut. xv, 10; I Sam. I, 8. — 2"Q'''i avec iS pour sujet signifie toujours être joyeux, réconforté (Jug. xviii, 20; XIX, 6, 9; I R. xxi, 7; Ruth, m, 7). Nulle part cette locution n'exprime la rectitude ou la bonté morale. La sentence ne peut cependant signifier : « quand le visage est triste, le cœur est joyeux ». Mais il convient de tenir compte de l'opposition avec yi, qui fait ressortir le sens primitif de la racine 3'û'i (cf. Lév. v, 4; Is. xli, 23; Jér. x, 5, etc.). Ce verbe exprime le résultat produit sur le cœur par la soufl'rance et l'épreuve : lo rire et la folle joie entretiennent l'étourderie et la sottise (4-6), mais quand vient la douleur, le cœur mûrit, il acquiert le sérieux et la sagesse. Le v. suivant confirme cette

i.'ecclksia.ste. vu, 4-G. 36'

^ Le cœur des sages est dans la maison de deuil,

et le cœur des insensés dans la maison de joie.

^ Mieux vaut écouter la réprimande d'un sage, que d'écouter le chant des insensés ;

^ Car telle la crépitation des épines sous la chaudière, tel le rire de l'insensé.

Et cela aussi est vanité.

interprétation : le cœur du sage n'est-il point là où l'on est triste'^ On pourrait donc donner à 3T3'' le sens qu'il prend dans l'araméen targumiquo et traduire « le cœur va bien », en ce sens qu'il devient sage.

G |Bi et C n'ont pas traduit nS et Sh, en l'ajoutant sous astérisque d'après 'A0, témoigne aussi de son absence dans un certain nombre de mss. de G. L'omission s'explique par une haplographie, le même mot commençant le v. suivant. Tous les autres témoins de G, même L (dans Berg.), sont avec M. D'autre part G (V) et G ont '6ti Iv xapâta TrpoawTiou, qui n'est qu'un lapsus.

Ilaupt et Bart. enlèvent cette sentence à Qoh. Elle est en parfait accord avec 2, 4-6, et a la même origine.

4. Ce V. continue et confirme le précédent : on ne trouve point le sage dans les maisons où Ion s'amuse, mais dans celles où l'on pleure; c'est d'ailleurs le spectacle des douleurs humaines, comme aussi l'épreuve de ses propres souffrances, qui l'ont rendu sage. Me N. et Ilaupt considèrent ce v. comme une glose. — Au lieu de la leçon ordinaire de G /.où /.apofa (qui peut être aussi celle du copte; cf. I K. xxix, 5), on lit /.apo(a oi dans G (V Chrysost.), xa\ xapô(a 0= dans G (252j et dans Sh; mais celle-ci met zaî sous astérisque et l'attribue à 'AS0. C'est le seul cas où oé se rencontre dans la traduction grecque de l'Eccl. et il n'est certainement pas primitif. L (dans Berg.) et Jér. : et cor.

5. L'introduction de \y\>{ devant le second verbe a pour but d'indiquer que la seconde action d'écouter n'est pas faite par le même sujet que la première (Del.). L (dans Berg.) : magis quant cir audiens canticum insipientium. — "l'iu; « l'action de chanter et aussi les choses chantées, chants et chansons » : ce sont évidemment des chansons joyeuses en usage dans les banquets (cf. Am. VI, 5-6). — Sieg. attribue les vv. 5-10, à l'exceptien de 6 b, k Q^ (glossateurs divers) et 11-12 à Q* |le hakham] ; Me N. adjuge 4-12, sauf 6 b, au hakitam, et Bart. 3, 5-9 (sauf 6 b), 11-12 au même personnage. Le motif est toujours que ces sentences ne correspondent pas à la mentalité de Qoh. Mais tout vu, 1-12, sauf 6 b, est écrit dans un même esprit; on ne peut en distraire avec Sieg. 1 è-4, avec Me N. 1 6-3, avec Haupt 1, 2 a, 5, 8-10, avec Bart. 1 b-2, 4, 8, 10, pour les laisser à Qoh.

6. Le point de comparaison est de part et d'autre le bruit ion remarquera dans l'original la paronomase), la courte durée et l'absence de résultat utile. Les épines produisent en brûlant plus de bruit que de chaleur et leur flamme tombe en un instant (Ps. lvhi, 9; cxvin, 12). Le charbon de bois au contraire, dont on usait en Orient (Ps. xvm, 8; cxx, 4; Is. xlvii, 14 ; Jér. xxxvi, 22; Jean,

368 LECCLÉSIASTE, VU, 7.

" Car l'oppression peut rendre insensé un sage, et un présent peut corrompre le cœur.

XVIII, 22), dure longtemps et, sans bruit ni flamme, développe beaucoup de calorique. — Dans l'état actuel du texte, Si" HT Dil qualifie le rire de l'insensé. Ces derniers mots sont rejetés comme glose par Sieg. (R'j, Me N. Haupt, Zapl. et sans doute avec raison. Présenteraient-ils, de même que les insertions analogues dans ii, 26 b et vi, 9 b, une réflexion du hasid désireux d'insister sur la vanité do la jouissance et des plaisirs?

G (Bn) et C n'ont pas lu ou pas traduit 'id au début du v. Sh l'introduit en le marquant de l'astérisque : addition hexaplaire. En outre, G (B 68 2i8 254 296) et C n'ont pas l'art, devant ixavôwv, et GG mettent i-ood-m^i au plur. (cf. S izaiBeÛTwv) ; Sh et P, qui portent le ribboui, ont dû lire aussi QiS'D^n, à moins que l'introduction du plur. ne soit due à àçpovwv du v. précédent.

7. pïjy « oppression » (cf. v, 7), mais aussi « bien extorqué » (Lév. v, 23; Ps. Lxii, 11). On interprète volontiers (Del. par ex.) en ce dernier sens, en s'appuyant sur le parallélisme de ~;nî2. qui lui-même indique, comme dans Prov. XV, 27, un don fait en vue de subornement (cf. Deut. xvi, 19). Mais il vaut mieux maintenir le sens d' « oppression », car si le sage était capable d'extorquer des fonds, ne serait-il pas déjà un insensé? Céder à l'oppression ou accepter un présent ne suppose pas la même perversion. La sentence signale le danger que court le sage de céder soit à la pression et aux menaces, soit aux flatteries et aux gratifications des puissants. Sur les circonstances dans lesquelles le sage peut être exposé, en raison de certaines fonctions, à ce péril moral, voir Vlntrod. p. 168. La seconde partie du \. présente quelques difficultés au point de vue grammatical et textuel. Le verbe est au masc, bien que le sujet soit fém. ; mais les anomalies de ce genre sont fréquentes, surtout quand le verbe précède et que le sujet n'est pas une personne (GK 145 0 ; Kôx. III, 345 b). iS précédé de riN devrait être déterminé; mais on peut considérer qu'il l'est pour le sens, même sans art., en raison du caractère gnomique de la sentence (GK 117 a, c), ou bien riN aura été introduit après coup pour indiquer clairement le rôle joué par 2*7 dans la prop. (cf. m, 15 b). Driv.- Kitt. mentionne la proposition de Griitz de lire aijna sStin, « le cœur des prudents « (cf. Aboth, i, 1). Mais une correclion n'est pas nécessaire. La fin (lu V. se présente sous trois formes : G (BC) C Tr,v xapoîav eùyevsfa; aùroj; G (An''*) Sh 'A0 -ï)v zapofav sÙTOvî-a; (n -av) aùioO, et de même Jér. cor fortitiidinis ejus; G (V 106 253 261) t>jv eÙToviav tj); x.aoôîaç aÙTou, et de même V robur cordis illius. Cette dernière leçon est une altération intentionnelle de la seconde en vue de faire un sens, et sÙY^vEiaî est une corruption, facile dans l'écriture onciale, de eùrov-aç, qui représente ainsi la leçon primitive (cf. P. L. XXIII, 1062, note). G aura donc vu dans njnîZ un dérivé de -[na (cf. Qiira « reins »), et pris le n final pour l'indication dun suflixe : il confirme ainsi le texte de M, qui d'ailleurs est expressément attesté par S dans Jér. : Symmachus ait : et perdit cor Matlhana, id est donum.

Le "ID initial de cette sentence est difficile à expliquer en l'état actuel du texte, car aucun lien logique n'existe entre ce v. et le précédent. Hitz. Eur.

1,'ECCLÉSIASTr., VM. «S. 30^^

^ Mieux vaut la lin d'uue clioso que son commencement, mieux vaut un esprit patient qu'un esprit orgueilleux.

essaient néanmoins d'en trouver un : « C'est encore une vanité que de préférer la réprimande des sages aux chansons des insensés, 6 b, car les paroles des sages ne sont guère plus sûres que les bavardages des sots : l'oppression no rend-elle pas insensé le sage, etc., 7. » De Jong, plus naturellement : « C'est encore une vanité que l'argent (lU^yn pour pu;!;n) rende insensé un sage, etc. » Knob. Ew. Zuckl. Plump. introduisent une pensée intermédiaire : la sottise des insensés est contagieuse et risque de se communiquer au sage : « Fréquenter les insensés conduit à pratiquer la luxure, 5-6, et à se procurer par des voies injustes les ressources nécessaires pour la vie de débauche, 7. » D'après Ginsb., 7 motive 5 a, tout comme 6 a motive ô b : « Ecoutez les avis du sage, 5 a, car il est facile de se laisser corrompre, le sage même court ce danger, 7. » Wright et Gietm. préfèrent établir une connexion avec le V. suivant : « Parce que (ou quand) l'oppression rend le sage fou, etc., 7, alors mieux vaut la fin d'une chose que son commencement, etc., 8. » Ren. supprime ij avec tranquillité, sans même avertir. Del. constate que toutes les interprétations proposées avant lui sont mal venues et qu'aucune n'a réussi à s'imposer. Aussi croit-il qu'un vers entier a dû disparaître au début du v.; la pensée qu'il exprimait était motivée par ce qui reste, et elle devait être analogue à celle que nous lisons dans Ps. xxxvii, 16, et mieux encore dans Prov. XVI, 8 : « Mieux vaut peu avec justice, que beaucoup de revenus avec injustice ». Del. pense en outre qu'après la disparition du premier vers, 6 b a été intercalé pour servir d'introduction à 7 : « C'est e^ncore une vanité que etc. », revenant ainsi à la traduction de do Jong. Del. a été suivi, dans son hypothèse facile de la disparition d'un vers, par Now. Sieg. Wild. Me N. Zapl. Driv.-Kitt. Cet essai d'explication peut, en effet, se défendre, bien qu'aucune pi'euve positive n'en puisse être apportée. Mais mieux vaut supposer que 7 constitue une glose relativement au texte primitif de la première partie de ce chapitre, et une glose mal placée, comme il y en a tant d'autres dans le livre (cf. iv, 5; v, 6; vi, 7) et en particulier dans ce chapitre (cf. v. 6 b, V. 19). Cette glose a été suggérée à quelque sage par la lecture du v. 11 compris en ce sens que « la sagesse est bonne avec un patrimoine ». Car si le sage est pauvre, il est exposé à souffrir de l'oppression que les grands exercent sur les petits (iv, 1; v, 7), ou à trop bien sentir la séduction d'un présent : des deux façons les puissants peuvent le corrompre et le faire accéder à leurs désirs. Un patrimoine devient pour lui une garantie d'indépendance. On remarquera que les deux verbes de cette sentence sont à l'imparfait et peuvent exprimer le potentiel. Il serait moins indiqué d'adjoindre 6 ô à 7 et de faire du tout une critique du v. 12 : « Cet avantage de la sagesse est vain, car il peut arriver que le sage se laisse corrompre, etc. ». La suite des idées serait peu satisfaisante, et comme 7 est évidemment métrique, l'adjonction du morceau de prose qu'est 6 è à 7 ne doit pas être admise.

8. Bien que rTiiriK soit un nom fém., l'attribut, qui d'ailleurs précède, reste au masc. (cf. Kox. III, 345 b). — Au lieu du sing. Xil, G (BxAC et la plul'ecclésiaste. 2't

370 l'f.cclésiaste, vu, 9-10.

^ Ne te hâte pas dans ton esprit de t'irriter,

car l'irritation réside dans le sein des insensés. ^0 Ne dis pas : « Comment s'est-il fait que les jours anciens aient été meilleurs que ceux-ci ? » Car ce n'est point par sagesse que tu interroges là-dessus.

part des minusc.) C ont lu le plur. par dittographie du D initial du mot suivant; mais aÙTou prouve que le suffixe de nit^NT était au sing. et par conséquent que 12" est primitif. — "pN et nii sont à l'état construit; sur la forme du premier, cf. GK 93 ///(, et sur le sens du second, Prov. xvi, 5 ; Ps. cxxxvni, 6, etc. L'expression nil "PN correspond assez bien au latin longanimis ; elle a un sens un peu différent dans B. S. vi, 11. — La première sentence ne reflète pas, comme on pourrait croire, l'état d'àme d'un pessimiste découragé et lassé, pressé de voir la fin de tout. Elle est à interpréter par la seconde, et le V. entier s'explique par le suivant : un esprit patient, qui sait attendre la suite des événements, vaut mieux qu'un esprit orgueilleux, qui s'irrite d'abord et critique tout, car la fin d'une chose est ordinairement meilleure, c'est-à-dire moins pénible ou plus agréable, que son commencement. « Xe te hâte pas dans ton esprit de t'irriter » (v. 9) est évidemment un développement de 8 è : « mieux vaut un esprit lent à la colère ».

9. Sieg. pense que ce v. (de Q'^j est d'un autre auteur que 3 (de Q'). D'après le V. 3, en effet, le chagrin D"3 est le propre du sage; ici, au contraire, il a élu domicile dans le cœur de l'insensé. Mais il vaudrait mieux reconnaître que dans le premier texte DJ?3 désigne le chagrin né d'une épreuve, d'une souffrance réelle (cf. i, 18; ii, 23; xi, 10), et que dans le second il signifie l'aigreur, la mauvaise humeur et le dépit (cf. Prov. xii, 16; xxi, 19; xxvii, 3). L'insensé est aussi représenté comme un colérique dans x, 13; Job, v, 2; Prov. xxvii, 3. Xe semble-t-il pas que l'auteur de 8-9 a en vue Qoh. et blâme son mécontentement habituel des choses de ce monde ?

10. nD est un ace. de manière, équivalent de HdS, et V3 est conjonction (Kôx. III, 382 e). Dans G (V Basil, le Gr. Grég. Agr.) Sh P, l'ordre de M et G Qi2Tb2 1\"1, ^jiav dtyaOaf est interverti. Au lieu de n^2nî3, GSh GP ont lu nD-ni- S.S*U7, qui se construisait anciennement avec b (Gen. xxxii, 30; Deut. IV, 32; I Sam. xxii, 13, etc.), est construit ici avec S" comme dans Is. xlv, 11 (?); Néh. I, 2. — Haupt retranche a'n^"! et toute la dernière proposition à partir de iD. C'est avouer que le texte, s'il n'est pas retouché, a tous les caractères de la prose. Il contraste en effet, comme Ren. Bick. et Bart. l'ont reconnu, avec la forme rythmée el parallélique des vv. précédents et suivants.

Les com. sont unanimes à admettre que l'auteur relate, pour la blâmer comme erronée, l'opinion qui considère les temps anciens comme ayant été meilleurs que ceux d'à présent. Saint Jérôme écrit : Ne dicas ergo meliores fuisse dies sub Moysc et sub Cliristo quain modo sunl. Nam et illo teinpore plures fuerunl increduli, ...et niinc credentes multi rcperiuntur de quibiis ait Salvntor : Beatiores qui non vidcrunt et credidcrunl. Et l'on ne manque pas

i.'ecclésiaste. VII. 11. 371

^^ La sagesse est bonne ainsi qu'un patrimoine, et profitable à ceux qui voient le soleil :

ordinairement d'ajouter que la complaisance dans l'éloge du passé est une des faiblesses du vieillard, et l'on cite Horace (De arte poetica, 173 s.) :

Difftcilis, querulus, laudator tcmporis acti Se piiero, censor castigatorquc niinoriini.

Si tel est le sens du v., Qoh. doit en être l'auteur. La pensée est intelligente et originale. Bien qu'elle se rattache assez mal soit à vi, 10-12, soit à vu, 13 ss., qui auraient primitivement formé son contexte, elle s'harmonise parfaitement avec l'idée, chère à Qoh. (i, 9-11; m, 15; vi, 10), que le présent ne diffère aucunement du passé. D'ailleurs les sages, car c'est à eux qu'il faudrait, au défaut de Qoh., attribuer la paternité de la sentence, les sages, moralistes traditionnels, n'auraient pas traité de sotte, ou à peu près (cf. V stidia enim est hujusmodi interrogado), une proposition qui se rencontre ordinairement dans la bouche des vieillards.

Mais le texte est susceptible d'une autre interprétation. riD introduit souvent, sous forme interrogative, renonciation d'une chose tenue pour impossible (Gen. XLiv, 16 ; Nomb. xxiii, 8 ; II R. iv, 43 ; Job, ix, 2 ; xxv, 4 ; Prov. xx, 24), et exprime par conséquent l'étonnement et l'incrédulité (I Sam. x, 27). Dans l'Eccl., de nombreuses interrogations sont de pure forme et couvrent en réalité des négations. On a même pu se demander si 7VQ ne prenait pas une signification formellement négative dans Job, xxxi, 1; Gant, vni, 4; cf. B. S. XIII, 17 (voir le com. de i, 3 et Kôx. III, 352). Le texte peut par conséquent signifier « est-il bien vrai que les jours anciens aient été meilleurs », au sens de « il n'est pas vrai que etc. ». Et qu'on ne dise pas que la fin du v. « ce n'est point par sagesse que tu questionnes là-dessus » marque expressément qu'il s'agit d'une interrogation. Il suffit, pour expliquer cette manière de parler de l'auteur, que la pensée qu'il rapporte et condamne ait été présentée sous forme interrogative. Lui-même croit évidemment qu'en effet « les jours anciens étaient meilleurs », puisqu'il critique le scepticisme du mauvais esprit qui demande : « Est-ce bien vrai? » Dans cette interprétation, le v. serait peut-être d'un sage qui en veut à Qoh. d'avoir assimilé « le bon vieux temps » au présent mauvais et méchant (i, 9-11; m, 15; vi, 10). Les sages étaient généralement des hommes âgés : le peu d'estime que Qoh. professe pour le passé n'a pas dû leur plaire, et il est naturel qu'ils aient défendu le sentiment des vieillards. Ge sentiment, est-il besoin de le dire, trouve son explication dans des motifs d'ordre psychologique plutôt qu'historique.

li. ay peut établir une parité, comme dans ii, 16; cf. Job, ix, 26; xxxvii, 18; XL, 15 (Zirk. Knob. Ew. Herz. Hitz. Elst. Ginsb. Klein. Tyl. Ren. Now. Bick. Ruet. Kon. [III, 375], Haupt), mais aussi signifier « avec » (Gratz, Del. Wright, Wild. Sieg. Me N. Bart.). D'autre part, van der Palm, Zapl. Driv.- Kitt. veulent corriger nSnJ DV en nSnJD (cf. ix, 16; Prov. xvi, 16). Houb. arrivait au même sens en changeant UV en hv (cf. i, 16). Mais le v. suivant.

372 LECCLÉSIASTE. VII. 12.

^-Gar telle la protection de la sagesse, telle la protection de largent, et l'utilité du savoir, (c'est que) la sagesse sauve son homme.

qui motive celui-ci, continue à mettre en parallèle la sagesse et la fortune, et indique ainsi très nettement que le v. 11 institue une comparaison. Le glossateur qui a introduit le v. 7 a compris autrement : voir le corn, de ce v. Plusieurs exégètes, parmi ceux qui traduisent D'J par « avec », prétextent que le sens ainsi obtenu convient mieux à la mentalité de Qoh. C'est incontestable. Mais 11-12 est l'œuvre du hakham; ces vv. portent la marque de son esprit et de son style. — in'1 n'indique pas une supériorité de la sagesse sur la richesse, mais explique pourquoi « sagesse vaut richesse ». — Sur 'kl'Cil'H "iXlS, cf. vi, 5; XI, 7; Ps. xlix, 20; lviii, 9; Job, m, 16. ~ P « la sagesse vaut mieux que des instruments de guerre » doit s'inspirer de ix, 18.

12. Si la prép. 1 était maintenue devant Sjf, on devrait l'interpréter comme 2, essentiae (cf. GK 119 i)\ Sï serait à l'état absolu, nQDnn et ^iD-n jouant le rôle de sujets : « La sagesse est protection, l'argent est protection ». Mais le signe de comparaison ferait défaut. Tandis que seule M lit Sï2 ... bi*3, G Sh G ont SïD ... Sïl, et !l1P Jér. V Si'j ... Sjf2, qui représente la vraie leçon (cf. Gen. xviii, 25; Deut. i, 17, etc., et voir GK 161 c). Sur le caractère d'agrément et de protection de l'ombre en Orient, cf. Is. xxx, 2-3; xxxii, 2; xxxiv, 15;xLix, 2;Ps. xcxi, l;cxxi, 5. — hehak/iain emploie l'art, devant nD3n, ici et v. 19, peut-être aussi v. 11 et ix, 18 où l'on pourrait lire riD-nn 2TC ; X, 10 est peu sur. Qoh. au contraire écrit toujours riD^n (i, 16 bis, 17, 18; ii, 12, 26 etc.); la présence de l'art, dans i, 13; ii, 3, 13; vu, 23, où le n n'est pas écrit, est au moins douteuse. — TTin'il n'implique pas nécessairement une supériorité de la sagesse sur l'argent : le vo de comparaison ne suit pas

comme dans ii, 13, et l'argent peut aussi délivrer son maître (Prov. xiii, 8); la pensée différerait donc de celle de Prov. xvi, 16. Il est néanmoins possible que l'auteur ait voulu dire que la sagesse réussit là où l'argent échoue (cf. Qoh. IX, 16). — nTin est « ramener à la vie » (cf. Ps. cxix, 25) ou « conserver en vie », mais non pas animer, vivifier comme l'ont compris G ÇwoTrotrjast et Jér. idvificabit. On trouve des pensées et des images semblables dans B. S. IV, 12; xiv, 27.

Bick. et Haupt retranchent n>~ "îlini : si cette suppression pouvait être admise, la sentence serait allégée et le rythme meilleur.

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