‹ L'EcclésiasteChapitre 85 sur 120 · îinjya G ShCP; M n:yî · texte numérisé non relu

îinjya G ShCP; M n:yî

Sieg. attribue les vv. 17-19 à Q^, l'épicurien. Ilaupt rejette la fin du v. à partir de Sd"''\27, tandis que Zapl. écarte seulement t:N "TTiNI et inj lù-N» DinSNH lS pour des raisons métriques. La conclusion contenue dans ces vv. est conforme à ii, 24; m, 12, 22 : Qoh. recommande la jouissance immédiate, par opposition à la conduite de l'homme qui s'épuise de travail et de privations pour accumuler une fortune dont il ne jouira pas. puisque la ruine le guette.

18. Da annonce une seconde constatation qui s'ajoute à celle du v. précédent. — S3 ici « quel qu'il soit » (GK 127 b, note 1); G (excepté V) r.à; âvôowrtoç n'a pas l'art, (cf. vi, 7; vu, 2; vin, 17; x, 14). diNiTSd reste en suspens comme dans m, 13, sauf à être représenté par des pronoms dans les subordonnées. — D''D2J se rencontre en hébreu biblique exclusivement dans Jos. xxii, 8; II Chr. i, 11, 12 et Qoh. v, 18; vi, 2; cf. B. S. v, 8 etc. et, pour l'araméen biblique ]>D23, Esdr. vi, 8; vu, 26. Le même mot se retrouve en néohébreu, en araméen (judéen et égyptien), en syriaque et en assyrien; il est entré en hébreu par l'intermédiaire de l'araméen. C'est donc un aramaïsme (Kautzsch, Aram. p. 65 s.). — Le sulfixe de Tû''Sï,''m (un fréquentatif; cf. GK i\.2pp, note 2) devient dans G (B) aÙTôiv, (s-AV et minusc. autres que ci-dessous) aÙTo'v, (G 68 161 248 254 261 296) aÙTw, (106 252 298) G h aùxCi, Jér. V ei : èv est une dittographie de la syllabe finale du verbe précédent et a-jTÇ) est primitif, on le lit chez tous les témoins dans la même expression à VI, 2. — Le verbe Sdn a ici comme dans vi. 2 le sens de u jouir « (cf. v, 10; Is. III, 10; Jér. xv, 16). — ri7 d'après Kun. (III, 45) ne serait peut-être pas intentionnel, n" signifiant aussi bien le neutre (cf. 11, 2); ce pronom repré sente le cas posé dans la partie antécédente du v., c'est-à-dire tout 18 a, et non pas seulement D'N.tSd. — IpSn signifie la part qui lui revient, le profit qu'il retire de ses richesses.

Haupt regarde ce v. et le suiv. comme additionnels; Zapl. retranche D'iDDil. La pensée a déjà été formulée dans 11, 24-25; m, 13; elle est, dans un autre ordre, celle qu'exprime saint Paul, Rom. ix, 16.

19. 127 est « songer » aussi bien que « se souvenir » (cf. xi, 8). — 13 pourrait avoir un sens temporel (cf. Xomb. xxxiii, 51 ; Jug. xv, 3); mais « car » est bien plus dans les habitudes de l'auteur, njyc est rattaché par plusieurs à 7\jj « répondre », soit en laissant à Yliiph. le sens causatif (Hitz.), soit en lui donnant le sens du qal : « Dieu répond par la joie de son cœur » (E\v. Elst. Now. Me N.), c'est-à-dire la lui accorde, ou bien : « Dieu correspond à la joie

354 I.V.CCLÉSIASTF., VI, 1-2.

VI. ' Il est un mal que j'ai vu sous le soleil, et il est grand sur l'homme : ~ un homme à qui Dieu a donné fortune et richesses et honneurs, et qui ne manque pour son âme de rien de ce qu'il désire ; et Dieu ne lui permet pas d'en manger, mais un étranger les mange.

de son cœur » (Del. Wright, Bick.). De toute façon la locution serait unique, à moins de lire nj", comme le suggèrent Me N. et Driv.-Kitt., le 12 initial pouvant être une dittographie de la dernière lettre du mot précédent. On invoque bien pour la signification du verbe Ps. lxv, 6 ou Os. n, 23, 24; xiv, 9. Mais l'expression reste singulière et le sens obtenu, peu satisfaisant. Il est plus naturel de recourir à nJV « s'occuper », employée par Qoh. i, 13; m, 10, ainsi que le dérivé "j'iJî? (i, 13) : « Dieu l'occupe par la joie de son cœur ». Cette dérivation est admise par Knob. Ginsb. de Jong, Wild. Haupt, Bart. GB. Il est vrai que le complément direct manque dans M, mais on peut le suppléer d'après G. Celui-ci ô Osôç irepianà aùtov, suivi par Sh C P, a dû lire in3î?D. .1er. Deus occupât in laetitia cor ej'us et V confirment comme G et mieux encore le sens donné au verbe, mais mettent nriDÙ? à l'absolu pour faire de llS le complément direct.

La première partie du v. fait sans doute allusion à la brièveté de la vie ; les joies journalières suffisent à occuper le cœur de l'homme et lui font aisément oublier la misère profonde de son existence.

VI, 1. A nyi, 20 mss. K. de R. ajoutent nSin qui a dû être pris de v, 12, 15. Au contraire Tû\s manque dans 50 mss. K. de R. et Haupt le retranche, obtenant ainsi le même texte que dans v, 12. — nn, que G a rendu parnoXXrî et Jér. V par frequens, a plutôt, comme T l'a bien vu, le sens de « grand »; c'est d'ailleurs ainsi que le même mot, dans la même construction, doit être traduit à viii, 6. — Sy devient l%6 dans G (B n 253), â7:( dans G (N =•=> ACV et les autres minusc.) Sh P, jcapà dans S, apud dans Jér. V : irJ. est une correction de uTco, lequel est un lapsus de G occasionné par ujtô xôv ^Xiov qui précède. C et A ont « sous le ciel », leçon absolument singulière, amenée par la présence de û;cd secundo et le parallélisme de ûjtb tov fjXtov, et facilitée sans doute par une abréviation; cf. E. Klostermann (p. 23). Dillmann (p. 14) suppose que unb tov oùpav6v est la leçon du grec préhexaplaire, ce qui expliquerait dans G (B N 253) la présence de utc6. Mais eût-on, dans ces mss., corrigé oùpavciv en av6pw:tov sans changer und en ItiC?

2. Les trois substantifs 71231 D"'D3J1 "WV servent aussi dans II Chr. i, 12, et dans le même ordre, à exprimer la richesse et la gloire de Salomon. — Le suffixe de iJjiN est sujet, construction normale (cf. GK 125 m), et "ion est le participe (cf. GK 50 è, 152 a); HySJ'?, « pour lui ». — Le verbe ^DN a les deux fois le sens de « jouir »; cf. v, 18. — "id peut introduire une prop. causale, mais aussi, après une prop. négative, prendre un sens adversatif (GK 163 a), et c'est ici le cas, car le fait que l'étranger jouit des biens énumérés paraît être lu conséquence et non pas la cause de la mésaventure du riche. Traduisent par « car » ou « parce que » : Knob. Ew. Del. Wright, et par « mais » : Elst. Ginsb. Bick. RUet. Sieg. Me N. Zapl. Bart. — ii3j « étranger », d'un autre

l'ecci.ésfaste. VI, 3. 355

C'est (là) une vanité et un mal cruel. '^ Quand un homme aurait engendré cent (fils) et vécu de nombreuses années et que les jours de ses années auraient été nombreux, si son âme n'a pas été rassasiée de bonheur et qu'en outre il n'ait pas de sépulture, je dis : l'avorton est plus heureux que lui.

peuple ou d'un autre pays, mais aussi d'une autre famille, inconnu ou indifférent, est employé dans ce dernier sens. — HT peut être au masc. par atlraclion à Ssn. yi ibn « une mauvaise maladie » esl une expression singulière; cf. V, 12, 15.

Haupt rejette du v. ainSsM primo et secundo et la conclusion "lii n". La construction de ce v. ressemble beaucoup à celle de v, 12, 18. On se demande comment il se fait que cet homme, qui a tout ce qu'il désire, ne puisse jouir de ses biens. Il ne faut sans doute pas faire intervenir la maladie comme dans Eccli. xxx, 14-20, ni une tristesse incurable (cf. ibid. xxx, 21-24), ni l'âge, et l'impuissance à laquelle il nous réduit de jouir (cf. xii, 1). Le fait qu'un étranger profite des biens de ce riche, et divers traits du v. suivant (« eùt-il engendré cent fils et vécu de longues années »), donnent à penser que, comme dans Luc, xii, 20, c'est une mort prématurée qui enlève l'homme au moment où il allait commencer à jouir. Il meurt en pleine jeunesse, sans avoir eu le temps de s'établir et de laisser un fils pour recueillir ses biens : cette circonstance rend plus douloureuse encore pour lui la nécessité de les perdre (cf. Gen. xv, 2-3).

3. DN commande toutes les propositions concessives qui précèdent la principale. 'lyiN peut désigner un sujet indéfini (cf. GK 139 d). — riND, employé seul, peut être mis à l'état absolu (cf. Prov. xvii, 10), ou au construit (cf. vni, 12). Le verbe suffit à suggérer à l'esprit du lecteur le nom qui doit compléter n>SC; même ellipse dans Gen. v, 3; I Sam. ii, 5; Jér. xv, 9. G V T ajoutent « fils ». Cent est évidemment un chilTre rond (cf. vi, 6; Gen. xxvi 12 etc.), mais qui en temps de polygamie ne représente cependant pas quelque chose d'inimaginable : Achab eut soixante-dix fils d'après II R. x, 1 et Roboam vingt-huit fils et soixante filles, d'après II Par. xi, 21. — linv^y 21T et si multum est quod fuerint dies annorum ejus est bien singulier, même si avec G iï).^9oç on lit le substantif 21. Zapl. et Driv.-Kitt. proposent 1M1 u>T\^ qui a de grandes chances d'être primitif. En outre Griitz et Zapl. corrigent Vrky''a\ expression connue (cf. Gen. xlviii, 7; II Sam. xix, 35), en Tiln iQi pour éviter une tautologie. — Après une série d'imparfaits, nnXT exprime un fait présent et durable, ^h nnin nS milp d;T est retranché comme glose par Hitz. Haupt; Wild. se contente de supprimer la négation; de Jong traduit : « cet homme peut n'être pas (encore) enterré, et (déjà) je dis »; Ginsb. et Klein, interprètent : « même s'il était immortel ». Tous ces com. obéissent à la préoccupation de trouver ici un élément de bonheur et non pas d'infortune. Mais c'est aller trop ouvertement contre le texte. L'homme du v 3 n'est plus celui du v. 2, auquel « rien ne manquait ». Il s'agit d'un personnage nouveau, qui a dû être très riche aussi, à en juger par le nombre de ses

356 LKCCLÉSIASTH. VI. 4-5.

' Car il est venu en vain et il s'en ira dans les ténèbres et dans les ténèbres son nom sera enveloppé, "• il n'a même pas vu le soleil

enfants et par conséquent de ses femmes, qui n'a pas éprouvé les déboires du premier, puisqu'il a été gratifié de nombreux rejetons eta vécu de longues années, mais qui en a éprouvé d'autres. Or, que lui servent tous ces avantages si pour une raison quelconque, que l'auteur ne spécifie pas, il ne réussit pas à être heureux, et si pour comble de malheur il est privé de sépulture? N'avoir pas de sépulture était en effet considéré comme le suprême outrage et le dernier des maux : cf. Is. xiv, 19-20; Jér. xvi, 4-5; Job, xxi, 32- 33, etc., et voir A. Lods, La croyance à la vie future, etc. I, p. 18i ss. — S^J ne se rencontre en hébreu biblique qu'ici, Ps. lvui, 9, et Job, in, 16. L'art, prouve que le nom désigne l'espèce ou la catégorie entière; cf. GK 126 /. — Haupt rejette de notre texte, outre l'incidente mentionnée ci-dessus,

nini mn di:^^.

On a supposé que Qoh. faisait allusion à quelque personnage historique, à Artaxercès II Mnémon, qui vécut quatre-vingt-quatorze ans et aurait eu cent quinze fils (Justin, x, 1) ou à Artaxercès III Ochus, qui mourut empoisonné et dont le cadavre fut jeté aux chats (Del. Plump.). Mais Qoh. a pu ne viser aucun cas particulier ou avoir en vue des faits que nous ignorons.

4. nSi est rendu dans G (B n A G) Jér. V par le présent. Le sujet dans ce V. est l'avorton. X. Peters {BZ, I, 1903, p. 140 s.) veut que dans 4-5 le riche soit sujet. Mais les traits énumérés conviennent tous, et plusieurs de façon exclusive, à l'avorton : celui-ci a manqué son entrée dans le monde, et il disparaît dans les ténèbres d'où son nom n'est jamais sorti, puisqu'il n'en a reçu aucun. — Ce v. serait encore une glose d'après Haupt.

5. « Voir le soleil », c'est vivre (vu, 11; xi, 7); c'est ici le seul passage du livre où XTQU? n'ait pas l'art. La plupart des com. font de ce mot aussi un complément de ""1; 'A S 0 V T au contraire construisent ce verbe avec nnj, ce que n'ont pas fait G (C Olymp. Grég. Agrig.) /ai oùx 's'^vw àvdtTiaudiç, P Jér. nec cognovit, requies huic magis quam illi; seuls G (147 157 159 299) ont àvi;:auatv; on lit bien àvarraûaci; dans G (B N A V 68 161 248 253 254), suivi par Sh et C, qui a peut-être lu le sing., mais c'est un cas d'itacisme. On peut encore avec Wild. Bart. laisser 'Ji^ sans complément : il serait employé absolument, comme dans ix, 11; Is. xliv, 9; Job, xiii, 2; xxxiv, 2; Ps. lvi, 10; Lxxii, 22; Lxxxii, 5. — Le repos est considéré comme un élément essentiel de bonheur (cf. iv, 6). Dans le Talmud, l'expression iS nlj quietum illi est

fréquente au sens de « mieux vaut pour lui », et c'est sous l'iniluence de cette locution que S a traduit : y.xi ojx è::£tpiOr) 5iayopà; ÉTÉpou Tzpdt-yaaroç rpbç é'xEpov, d'où V déduit : neque cognovit distanliain boni et mali; cf. T et non cognovit inter bonum et maluni.

Le V3 de riTD peut marquer que l'un possède le repos à l'exclusion de l'autre; la prép. a cette force dans I Sam. xxiv, 17-18; Ilab. ii, 16; Ps. lu, 5. L'àme du mort qui gît sans sépulture ne connaît pas le repos d'après les idées reçues chez les Assyro-Babyloniens (cf. l'épopée de Gilgamès, XII, vi, 7 s. dans P. Dhorme, Choix de textes, p. 325), chez les Phéniciens (cf. les ins-

LECCLÉSIASTE, VI, (3. 357

et il n'a pas connu : il a eu plus de repos que cet (homme). ''Et quand (celui-ci) aurait vécu deux fois i ?) milli^ ans, s'il n'a pas goûté le bonheur, est-ce que tous ne vont pas au même lieu?

criptions funéraires de Tabnit et d'Echmounazar, dans LAcnAîscE, Rel. Séni., p. 481 ss.) et chez les Hébreux (Jér. viii, 1; cf. Lods, loc. cit.). L'homme du V. 3 a donc une double infériorité sur l'avorton : celui-ci n'a pas souffert en ce monde, puisqu'il n'a pas vécu, et il ne soutïre pas davantage dans le néant ou dans le cheol; celui-là n'a pas eu de repos ici-bas et il n'en trouve pas non plus dans la mort. Job lui aussi (m, 16; x, 19) a envié le sort de l'enfant mort-né. La pensée de Qoh. dans 4-5 est dune singulière amertume : on dirait qu'il goûte en imagination le bonheur de n'être pas.

6. iSn « si », de 'î\\' et ^'^}, fréquent en néohébreu, en araméen (!i'?\s) et en syriaque, ne se rencontre pas en hébreu biblique hors d'ici et d'Esth. vu, 4 : c'est un aramaïsme (K.\ltzsch, Aram. p. 21). — Ce v. présente le seul cas de la Bible hébraïque où Qi'zyE soit ainsi construit après le nom de nombre, et on se demande pourquoi l'auteur, s'il a voulu dire « deux mille ans », n'a pa.s régulièrement écrit n:u; DIdSn. Aben Ezra, se basant sur l'usage targumique, entend mille fois mille, soit un million d'années (Del.); T traduit cependant par deux mille. Qoh. a certainement voulu prendre comme point de comparaison la plus grande durée de la vie des patriarches, dont aucun n'a dépassé mille ans. Si Qinys est original, il aura doublé le chiffre pour faire la part belle à l'homme qui n'a pas été heureux. Mais a''*3yîD ne seraitil pas une glose marginale explicative de nxo (v. 3;, qu'un copiste aura maladroitement insérée après =iSn et qui aura été vocalisée en conséquence? — '72n devrait être traduit par « tous deux » (cf. ii, 14) si le v. 8, qui à l'origine suivait immédiatement le v. 6, n'indiquait une pensée plus générale « tous les hommes »; tx ::avTa manque dans G (B 299), est placé après le verbe dans G (N A C V 6 minusc.) P V, et avant le verbe dans G (7 minusc.) Sh G Jér. : l'omission dans G (B 299) doit être un lapsus, G (x A C V) représente le grec primitif, et les derniers témoins une correction hexaplaire de l'ordre de celui-ci. Le lieu où tous vont, c'est le tombeau, c'est-à-dire la terre (m, 20- 21), ou le cheol iix, 10 ; xi, 8), ou les deux à la fois.

Haupt attribue ce v. à un glossateur et de plus rejette, ainsi que Zapl., kS devant "XI. Mais la pensée est très cohérente en elle-même et s'accorde parfaitement avec la doctrine générale de l'auteur. L'homme jouirait-il des avantages les plus appréciés, de ceux que Dieu promet aux bons, nombreux enfants et longue vie (Gen. xni, 16;xxiv, 60; Ps. cxxvii, 3-5, etc.; Ex. xx, 12; Deut. XI, 9, 12; Prov. xxviii, 16, etc.), si pour quelque motif que ce soit il n'est pourtant pas heureux, s'il ne jouit pas, son alTaire est manquée, car il n'a rien à attendre de la mort : la mort apporte à tous le même sort et un sort misérable. Cette appréciation de la mort est bien celle de Qoh.; cf. IX, 3-6, 10. Quant à la vie, ne répète-t-il pas à satiété qu'elle est vaine si elle n'apporte pas le bonheur à l'homme, et n'est-ce pas de ce point de vue qu'il la juge d'un bout à l'autre de son livre? L'allusion faite peut-être dans

358 LECCLÉSIASTE, VI, 7-8.

' Tout le travail de l'homme est pour sa bouche,

et pourtant ses désirs ne sont pas satisfaits. ^ Car quel avantage a le sage sur Tinsensé, quel (avantage) a le

3-6 aux promesses divines, et surtout le rappel au v. 10 de la maîtrise absolue et. de la conduite incompréhensible de Dieu, paraissent indiquer que l'auteur s'achemine vers la discussion de la question morale, laquelle occupera les chapitres vn-ix.

7. La bouche désigne l'appétit dans Prov. xvi, 26 et la jouissance dans Job, XX, 12 : ce second sens surtout est indiqué ici. — Di est concessif comme dans iv, 16. — 'dS3 est « l'âme », en tant que siège des désirs et en particulier de l'appétit, comme dans v. 9; cf. Deut. xxiii, 25; Is. v, 14; Ps. XVII, 9; Prov. xxiii, 2, et dans Michna, Hullin, iv, 7 : nSTl U7SJ « un bon appétit ». Il n'y a donc pas lieu d'opposer ici la bouche et l'âme, comme symbolisant, l'une, les jouissances des sens, l'autre, les joies spirituelles. La pensée est : tout le travail de l'homme a pour but de lui procurer une jouissance en satisfaisant un désir, mais le désir n'est jamais satisfait.

Ce v. a une allure de proverbe, voire de forme versifiée; d'autre part, il ne laisse pas que d'embarrasser les exégètes soucieux de lui créer un lien avec son contexte. Me N. et Haupt y renoncent et croient être en présence d'une glose, et c'est la seule solution raisonnable. Il est difTicile de discerner une suite logique entre ce v. et le précédent, et il est tout à fait impossible de lui trouver un rapport quelconque avec le suivant, lequel commence pourtant par « car » ; par contre, celui-ci (le v. 8) se rattache assez clairement au V. 6. Un texte qui jette ainsi le trouble dans la suite des vv., et sépare deux propositions qui s'enchaînent, est facile à juger. Ce v. constitue une critique de l'homme des vv. 3-6, lequel ne sait pas se contenter de sa richesse, de sa longue vie, de ses nombreux enfants, et désire encore autre chose, puisqu'il n'est pas heureux; une critique aussi peut-être de Qoh., car on entend bien qu'il est au fond de l'avis du riche dont il a cité le cas, et que la vie ne l'a pas non plus satisfait. Ce v. est d'origine sapientielle.

8. L'auteur interroge, mais comme d'habitude il veut nier. ^Jî; est en parallélisme avec Don, et en réalité le pauvre et le sage sont identifiés l'un à l'autre; pauvreté et sagesse sont également associées par Qoh. dans ix, 11- 15 : la sagesse ne procure pas les situations brillantes ni la fortune. — înii devrait avoir l'art., puisque la vocalisation l'indique devant ijy; un copiste aura pu négliger de l'écrire (cf. dans Ps. cxliii, 10 niiu T]ni1, qui est pris de Néh. ix, 20 où on lit bien roiT2n); mais mieux vaudrait peut-être avec Bart. lire i3î?H. — "jSn, inf. absolu au lieu du construit (cf. Ex. m, 19; Job, XXXIV, 23, etc.), « aller », signifie ici vivre, se conduire; il ne s'agit pas du savoir-vivre, comme le répètent tant de com. depuis Knob. jusqu'à Zapl., mais bien plutôt du savoir-faire, ou de la sagesse en général.

Ginsb. Zapl. Driv.-Kitt. veulent écrire yn^ia « sur celui qui sait etc. », sous prétexte que S"'D3n du premier membre doit avoir son pendant dans le second; « savoir se conduire » signifierait « réussir dans la vie », et ce serait

LECCLÉSIASTE, M, 9. 359

pauvre qui sait se conduire devant les vivants? '' Ce que les yeux voient est préférable à l'agitation des désirs. Gela aussi est vanité

le privilège de l'insensé. Mais au point de vue de la forme, c'est imposer à Qoh. un parallélisme mathématique qu'il n'observe presque jamais, et d'autre part le sens fourni par le texte massorëtique est très satisfaisant : l'idée que le sage sait se conduire dans la vie est parfaitement conforme à ce que nous lisons dans ix, 13-16, et la formule présente même une définition heureuse de la sagesse juive, ou du moins d'une partie essentielle de cette sagesse. Qoh. entend bien que si le sage reste pauvre, ce n'est point qu'il soit dénué de savoir-faire, c'est qu'il est méconnu.

A cause du « car » qui l'introduit, on a cherché à rattacher ce v. au précédent (Ew. Del. etc.), en disant que le sage sait maîtriser ses désirs, ce que le riche ne fait pas (7, 9 a). Mais « se conduire devant les vivants » désigne naturellement la conduite extérieure, la manière do traiter avec les hommes (cf. IX, 13 ss.), et non pas un sentiment tout intérieur, comme le renoncement ou la modération dans les désirs. Notre v. n'a en réalité aucun rapport avec le v. 7; c'est au v. 6 qu'il se rattache. Il en confirme la dernière réflexion : « la mort est égale pour tous », par le rappel des idées émises précédemment (il, 14-16) au sujet de la fin pareille du sage et de l'insensé : « il n'y a non plus aucun avantage, dans la mort comme dans la vie, pour le sage qui, resté pauvre, n'a joui de rien ». Sieg. attribue ce v. à Q^, le hakham, et Haupt le partage en deux gloses. Mais, comme on vient de le voir, il est dans les idées de Qoh. ii, 14 ss. ; ix, 13 ss.

Les versions présentent des divergences intéressantes, bien qu'elles n'éclairent pas le sens du v. G (Bx plus, minusc.) 5ti neoKiasfa Sh CP paraissent avoir lu ini^ (cf. m, 19), à moins que l'omission de ti? après on ne soit attribuable à une faute de copiste ; les autres témoins, sauf G (V 253), intercalent Ti'ç. G SioT! ô -évri; Sh G 'A6P ont dû lire ijyn HqV Jér. quid pauperi nisi scire, V quid pauper nisiut pergat sont des essais d'interprétation et ne supposent pas une leçon divergente. D^'in est dans GP"V « la vie ».

9. DiJ*iy riNID. ordinairement >< ce que les yeux voient, l'aspect », désigne ici les biens présents et veut indiquer la jouissance immédiate, par opposition à UTS^ ~Sn qui exprime l'agitation d'une âme incapable de se reposer dans les avantages acquis et toujours entraînée par de nouveaux désirs. GSh C6 Jér. ont fait de nSn un participe.

Sieg. attribue 9 a, comme 8, à Q3. le hakham, et 9 é à un rédacteur maladroit R*. Me N. fait de 9 a, comme de 7, l'œuvre de l'interpolateur, évidemment aussi un sage, qui a inséré les proverbes disséminés dans le livre. Zapl. retranche 9 b, l'auteur n'ayant pu critiquer lui-même par cette addition le conseil qu'il donne dans 9 a ; Haupt enlève seulement Sl7\ n'""D;. Il est inutile d'entrer dans l'exposé des explications divergentes et confuses des com. sur ce v., comme en général sur 7-9. La première partie du v. semble d'abord ne pas provenir de l'auteur primitif : le lien quelle peut avoir avec 8 et avec 9 b n'apparaît pas, et le fait qu'elle emploie »i's: au

360 LECCLÉSIASÏE, VI, 10.

et poursuite de vent. ^^De ce qui existe le nom a déjà été prononcé, et on sait ce qu'est un homme, et il ne peut contester avec qui est

même sens que le v. 7 (insertion sapientielle) est inquiétant. Cependant 9 a est bien pour le fond dans les idées de Qohéleth, et exprime seulement sous une forme nouvelle la conclusion qui lui est habituelle : l'homme doit jouir du présent. Le hakliain au contraire n'exprime jamais une pareille pensée. Cette conclusion serait à sa place après les récits de 1-6, et elle l'est même après le v. 8. « L'agitation de l'àme » peut en efï'et caractériser le sage et désigner la poursuite de la sagesse, en tant qu'elle a pour objectif la connaissance du gouvernement divin du monde. A cette vaine poursuite, l'auteur oppose la jouissance effective de biens plus tangibles. Les w. suivants (10-12) ne vont-ils pas rappeler l'impuissance où nous sommes, soit de modifier le cours des événements, soit même de le prévoir? Cette suite satisfaisante des idées confirme, après coup, le v. 8, qui surprenait d'abord un.peu après 1-6. C'est surtout à la sagesse que Qohéleth a demandé la solution du problème de la vie; et l'échec du sage est ce qui le contriste le plus. Il revient d'instinct à ce sujet douloureux (cf. vu, 23 ss. ; viii, 16 s.; ix, 1. 11, etc.). La difficulté du v. est plutôt dans 9 b. On peut croire cette fin du v. originale, si n' « cela » représente « l'agitation de l'àme » : Qohéleth insisterait sur l'insuccès des efforts du sage, ce qui serait très naturel après 8-9 a, et ce que confirmeraient les vv. 10-12. Mais au point de vue grammatical, HT devrait plutôt représenter la proposition entière qui précède, ou au moins « la jouissance du présent ». Dans ce dernier cas, la pensée obtenue : « la jouissance est vaine et ne dépend pas de nous », ne serait pas précisément en opposition avec les conceptions de Qohéleth; mais on peut se demander s'il l'aurait insérée ici. Pour ce motif, il est possible que 9 b soit une glose comme vu, 6 b. Quoi qu'il en soit, la difficulté de rattacher 9 i à 9 a ne doit pas inciter à rejeter la première partie du v., car 9 ^ ne viendrait pas mieux après 8 : le fait que le sage n'a aucun avantage durable sur l'insensé (8) est une vanité et un désordre, mais on ne saurait qualifier ce fait de « poursuite vaine » ni d'effort inutile.

10. Ce V. et les deux suivants reproduisent les idées habituelles de l'auteur sur l'impuissance de l'homme *à prévoir ou à modifier le cours des événements (cf. m, 11-14 ; VII, 24 ss.). Ces réfiexions sont amenées par la mention, au V. 8, de l'échec du sage, puisque ce serait le rôle de la sagesse, si elle n'était point vaine, de nous donner la connaissance et peut-être la maîtrise de l'avenir (cf. m, 11; vu, 23 s.; vni, 17). Elles ont certainement pour but de corroborer l'exhortation à la jouissance immédiate, qui, exprimée dans v, 17- 19. reste la conclusion évidente du chapitre vi (cf. vv. 3, 6 et 9). Déjà dans m, 11-14, Qûh. a motivé la même exhortation par cette considération que l'avenir échappe au pouvoir et à la prévision de l'homme, mais dépend uniquement de Dieu. — Sieg. attribue 10-12 à Q ', le hasid.

^^"IUj~^]2 est un casus pendens, représenté dans la prop. suivante par le suffixe de IQUT (Kon. TH, 341 g). — irx est relatif « ce que » et non pas conjonction : le parallélisme avec U7~nD, la nécessité de trouver un sujet de

l'ecclésiaste, VI, 10. 361

înij et la suite du contexte, exigent cette interprétation (cf. Ex. iv, 12; Dan. VIII, 19). Si l'on traduit avec Knob. Ginsb. : « et on sait qu'il est un homme », que représente le sujet? « Que c'est l'homme » (Ew. Elst.) n'est pas meilleur, et d'ailleurs a~N n'a pas l'art, xin supplée la copule en anticipant le sujet D~N* (Dru. H. T. 201). — 7'i~, au sons d' « oster en jugement, contester », ne se rencontre pas ailleurs dans l'hébreu biblique, qui en pareil cas emploie 2*11; p73 au sens de « se quereller « (II Sam. xix, 10) est peu sûr (cf. Dmohme in loc). Mais la même racine est usitée en néohébreu un pi. (Levy, XZ/W, I, 397 h), en judéo-araméen (Levy, CItW, I, 170 b) et on syriaque au même sens qu'ici, et dans ces deux dernières langues avec la même préposition. L'emploi de "tii dans Qoh. avec ce sens spécial constitue un aramaïsme. — Le kethih ^"iprin doit être abandonné, car une forme Itiph., inconnue d'ailleurs à l'hébreu biblique, ne convient pas au contexte, et l'art, ne serait pas non plus à sa place devant un adjectif attribut. Cependant Driv.-K. propose de lire ^ipnn»r pour r^ipn N*nur (cf. n, 22). Le qerê "^"^TW a pour lui un grand nombre do mss. qui omettent le n. L'adj. =1"ipri est hapax dans B. h. et constitue un aramaïsme; voir le même terme en araméen biblique dans Dan. n, 40, 42; ni, 33; vu, 7 ; Esdr. iv, 20 et la racine verbale dans Eccl. iv, 12. Si l'on se réfère au récit babylonien de la création :

« Lorsqu'on haut le ciel n'<jtait pas nommé.

Et qu'en bas la terre n'avait pas de nom,...

Alors qu'aucun Dieu n'était créé.

Qu'aucun nom n'était nommé, qu'aucun de>tin... »

(P. Dhorme, Choix de textes, etc., p. 2-5), « être nommé » équivaut à « exister » (cf. ci-dessus v. 6), et « avoir été nommé déjà », à « avoir existé déjà », et nous rejoignons une pensée déjà plusieurs fois exprimée (i, 9; m, 15) : le présent et l'avenir répètent le passé, et par conséquent on sait ce que sera l'homme de demain, puisqu'on a l'expérience de ce que fut celui d'hier; on sait qu'il ne peut rien changer au gouvernement du monde, car Dieu est plus fort que lui (cf. ni, 14; VII, 13). Un grand nombre d'exégètes donnent en outre à l'expression « appeler le nom » le sens de >< déterminer la destinée » ; ils se réfèrent à Is. XL, 26, où il est dit que Dieu conduit l'armée des étoiles et les appelle toutes par leur nom, et au Ps. cxlvii, 4 : « Dieu compte le nombre des étoiles et les appelle toutes par leur nom ». Mais n'est-ce pas tirer de ces textes plus qu'ils ne contiennent? Le dernier vers cité du récit babylonien de la création favorise davantage cette interprétation. Sans doute, il n'est pas dit dans notre texte que le nom de ce qui existe ait été appelé par Dieu lui-même. C'est bien lui cependant le « plus fort que l'homme », et il n'y a pas lieu de s'étonner que l'auteur le fasse intervenir dès qu'il est question des événements et de l'avenir, car c'est « Dieu qui fait toutes choses » (m, 11; xi, 5). — L'homme n'est pas admis à contester avec Dieu au sujet de la manière dont il dirige les événements.

Il n'y a pas lieu de voir dans ce v. avec Zirk. de Jong, Tyl. Plump. Wild. une allusion directe à Gen. ii, 7, ni de reconnaître dans Act. xv, 18 : « l'œuvre du Seigneur lui est connue de toute éternité » (d'après une leçon), un emprunt

plus fort que lui. •' Car il est beaucoup de paroles qui accroissent (seulement) la vanité : quel profit pour riiomme? '^Car qui sait ce qui est bon pour Thomme dans la vie, durant les jours de sa vie que, pareil à l'ombre, il passe? Car qui indiquera à l'homme ce qui arrivera par la suite sous le soleil ?

à 10 b. Par contre, 10 c rappelle Is. xlv, 9 (cf. xlvi, 10), que saint Paul a suivi dans Rom. ix, 20.

11. Hengst. Ginsb. Mot. traduisent D^IS" par « choses » ; mais les versions anciennes, sauf probablement T, et la plupart des interprètes préfèrent le sens de « paroles » indiqué par le v. précédent. Ces paroles sont les contestations relatives au gouvernement divin du monde. Elles sont parfaitement inutiles, car elles n'apprennent point à l'homme « ce qui est bon pour lui pendant sa vie » ; quand il a beaucoup raisonné sur les événements et sur la Providence, il ignore aussi profondément le plan de Dieu, il est aussi incapable de prévoir l'avenir et par conséquent, comme le v. 12 l'expliquera, de discerner ce qui convient à ses intérêts dans le présent. Le résultat le plus clair de toutes ces discussions, c'est : une chose vaine de plus ajoutée à tant d'autres.

V quid necesse est liomini majora se quaerere paraphrase l'interrogation qui termine le v.. en s'inspirant sans doute de B. S. (m, 20) : TiDO n'x'^S UJimn Sn, dans V : alliora te ne quaesieris.

12. D'iris £v 17) ÇwT) a été complété par aùiou dans G (N A V) Sh C P V. — DOIT équivaut à une prop. relative (cf. Job, xxix, 12; Is. v, 23; x, 10, etc.). G èjro:V,jîv paraît avoir lu nil/yil. nO au sens de « passer » (le temps) est un emploi unique dans la Bible hébraïque. Il correspond à tio-.eïv ypovov (Act. XV, 33; xvni, 33; cf. Prov. xui, 23 et Tob. x, 7 dans les Septante; A.ct. xx, 3; II Cor. XI, 25). Zirk. (p. 50 et 54), qui cependant se référait non à -oistv, mais à otavstv, Gratz et Bart. y voient un grécisme. La locution serait-elle d'importation hellénique, ce qui n'est pas démontré, elle aurait pu et même dû s'introduire dans l'usage de la langue avant d'être employée par Qoh., comme il a été expliqué dans Ylntrod. p. 51. SïD, que G (tous les mss. excepté N-^-a V 106 253 261) h a/iià Sh G ont lu Sïl, se rapporte au sujet « l'homme « et non pas au complément « les jours », représenté par le suffixe du verbe; Sï3 à l'ace, ne conviendrait pas après nii^y, et viii, 13 indique que c'est bien l'homme qui est assimilé à l'ombre, et non pas les jours (cf. d'ailleurs Job, xiv, 2; Ps. cix, 23). — "iUTN ne peut avoir que le sens causal : cf. jv, 9; VII, 26; viii, 11, 12 a, 15 (Ko>. III, 389 a; cf. GK 158 b).

On doit donner à l'iinx le même sens que dans m, 22. La traduction « après sa mort » doit être résolument exclue : l'addition « sous le soleil » indique que l'auteur ne songe pas à une rétribution d'outre-tombe; il ne songe pas davantage à une rétribution terrestre après la mort, rendue possible par un retour à la vie présente; une pareille idée peut se rencontrer dans les apocalypses, mais elle est absolument étrangère à Qoh. D'ailleurs il n'est pas précisément question ici de rétribution morale ; Qoh. se plaint

L ECCLÊSIASTE, VI, 12. 363

que l'homme soit frustré du fruit de son travail ou de sa sagesse, mais non point de la récompense de ses bonnes oeuvres. Par conséquent, si l'on rend 1i"inN par « après sa mort », on impose à l'auteur une pensée d'une llagrante incohérence; on lui fait écrire : « Pour pouvoir dire à un homme ce qui est hon pour lui pendant sa vie, il faut d'abord pouvoir lui indiquer ce qui se passera sur terre après sa mort. » Pareille pensée est-elle juste, et même que peut-elle bien signifier? Elle ne se comprendrait que s'il s'agissait d'une œuvre à faire par un homme dans l'intérêt de la seule postérité et aucunement dans le sien: mais l'esprit très positif de Qoh. et les termes DIH^ QTC excluent cette hypothèse. Sicg. tourne la difficulté en interprétant : « De même qu'un homme ne peut dire à un autre ce qui arrivera (sur terre) après sa mort, de même ne peut-il lui apprendre ce qui est bon pour lui pendant sa vie ». Mais c'est affaiblir les termes et la pensée de l'auteur. Il n'établit pas une comparaison, il dit formellement : « Personne ne peut dire à l'homme ce qui est bon pour lui pendant sa vie, parce que (ycn) personne ne peut lui dire ce qui arrivera sur terre après sa mort ». Il n'est qu'un sens acceptable à cette proposition et on l'obtient en interpi'étant "iiiriN par « dans la suite » (cf. Zockler), mais de son vivant, comme dans m, 22; vu, 14; x, 14 : « Pour savoir ce qui est bon pour l'homme à chacun des jours de sa vie, il faudrait savoir aussi ce qui arrivera ensuite ». « Ce qui est bon pour l'homme » doit sans doute être entendu au sens de ii, 3 « ce qu'il est bon que l'homme fasse », car s'il s'agissait de choses indépendantes de sa volonté, l'homme n'aurait pas à recevoir de conseil. Donc, pour conseiller l'homme sur ses entreprises journalières, pour lui dire : « engage cette affaire-ci, évite celle-là », il faudrait savoir comment les choses tourneront, ce qui réussira, ceci ou cela (xi, 6), ou encore si la mort lui laissera le temps de jouir de ses richesses après qu'il aura bien travaillé (vi. 2), ou s'il ne les perdra pas inopinément (v, 13). Rien n'est plus nécessaire à l'homme, pour diriger son action, que la connaissance de l'avenir. Cette interprétation donne au v. 10 un sens cohérent et qui de plus s'harmonise avec le contexte immédiat (vv. 10-11), et avec les idées générales exposées dans m, 1-15; vu, 23 s. ; IX, 11-12 ; xi, 5. Il n'y a pas opposition dans notre texte entre DiTll, « la vie » prise dans son ensemble, et "iiiriN ; si 1"iinx s'oppose à l'un des termes de 12 a, c'est bien plutôt à la'' "IDDD. qui explique DiTlS, c'est-à-dire à « chacun des jours » pris distributivement et dans le détail.

Haupt fractionne ce v. en quatre gloses diverses. Zapl. retranche nnr \yQU?n, solution facile, sinon élégante, de la difficulté inhérente à ce texte.

Troisième groupe de sentences :

Leçons de sérieux et de sagesse, vu, 1-12.

Le début du chapitre vu ne se rattache en aucune façon à ce qui précède. Il fait entendre un rappel utile du sérieux de la vie, une condamnation énergique des amusements et du rire, et une recommandation de la gravité, voire de la tristesse. A ces conseils s'ajoute l'éloge des sages et de la sagesse. Ce sont là des réflexions auxquelles Qoh. ne nous avait point habitués, tout sérieux et même triste que soit le fond de sa pensée. Aussi bien, son « moi »

364 l'ecclésiaste, vh, 1.

MI. 1 Bonne renommée vaut mieux qu'huile parfumée, et le jour de la mort que le jour de 'la naissance'.

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