‹ L'Ecclésiastique accompliChapitre 1 sur 42 · M. L'ABBÉ CARBON · texte numérisé non relu

M. L'ABBÉ CARBON

GuY-TorssAiNT-JuLiEN CARRON naquit à Hennés, ie 25 Février 1760, d'une famille estimable. Son père , Bonauenture - Jacques- Mat ie- Anne- Malo ^ avocat au parlement d€ Bretagne, avait eu, d'un premier mariage, plusieurs enfants. Guy Carron , né d'un second mariage, vit le jour, quand déjà son père n'était plus , et fut élevé avec soin par sa mère , Hélène Le Louety femme qui joignait un grand mérite à une tendre piété. 11 conserva toujours pour elle le respect le plus afïectucux, et il ne pouvait en parler, sans attendrissement. 11 chérissait aussi particulièrement une de ses sœurs y Marie- Anne- Jeanne Carbon, morte à seize ans , le 19 Avril 1774, dans les plus vifs sentiments de religion. Ils s'excitaient l'un l'autre à la vertu , par les entreliens les plus affectueux j et, lorsqu'ils étaient séparés , par des lettres remplies des plus tendres sentiments. On en trouve quelques traits dans l'Abrégé de la vie de Marie- Anne, que son excellent fière inséra depuis dans son livre des Héroïnes chré% tiennes. Né lui-même avec les plus heureuses inclinations, on pouvait , dès sa jeunesse , le

proposer comme un modèle à ses camarades. DouK , pieux, appliquée ses devoirs, il était également aimé de ses maîtres et de ses condisciples. La parfaite égalité de son caractère , la régularité constante de sa conduite, la solidité de sou jugement, Tinnocence de ses moeurs, charmaient tous ceux qui le connaissaient : mais, ce qui le distinguait particulièrement , c'était une admirable charité pour les pauvresj et celte belle qualité , se fortifiant encore par la suite, devint le mobile de toutes ses actions , et la source de toutes les bonnes œuvres qui marquèrent sa vie.

Le jeune Carron commença de bonne heure l'exercice de ces bonnes œuvres. Tonsuré à treize ans, il s'associa des camarades zélés, avec lesquels il catéchisait les pauvres dans une chapelle à quelque distance de Rennes; il leur distribuait ensuite des aumônes qu'il avait recueillies. Il favorisait la vocation de quelques jeunes gens qui n'avaient pas les moyens de continuer leurs études pour l'état ecclésiastique. Malgré sa jeunesse, il inspirait déjà tant de confiance , qu'il trouva les moyens de pourvoir aux dépenses d'un établissement que M.deGirac , Evêque de Rennes, encouragea et adopta dans le suite. Le zèle, la piété et la maturité de l'abbé Carron déterminèrent le même prélat à avancer pourlui l'époquede sa promotion au Sacerdocej et, après avoir obtenu des dispenses de Rome, le vertueux jeune homme fut ordonné Prêtre auxQuatre-ïeraps de Décembre 1782, lorsqu'il n'avait pas encore achevé sa vingt-troisième année. Appelé de suite à l'exercice du ministère, et nommé vicaire delà paroisse de Saint- Germain de Rennes, il justifia toutes lesespé-

rances que l'on avait conçues de lui. Son air de candeur et d'innocence ajoutait à l'onction de ses discours, et sa jeunesse si pure donnait à ses travaux assidus pour la gloire de Dieu une nouvelle efficacité. Dès 1785, il commença, dans la ville, un établissement pour les pauvres: au moyen des aumônes qui lui étaient confiées , il forma une manufacture de toile à voile , cotonades , mouchoirs , etc. Deux mille pauvres y étaient occupés , et des Sœurs de la Charité étaient chargées d'instruire et de surveiller les jeunes fillesemployées à la filature du coton, de soigner les malades, et de maintenir l'ordre dans la maison. Dans un autre quartier delà ville, le vertueux prêtre avait rassemblé des filles arrachées au désordre, et les avait mises sous la surveillance de femmes pieuses, qui les faisaient travailler.

Il n'était pas rare que ses prédications , à Saint-Germain, ramenassent des pécheurs, et louchassent de malheureuses victimes du libertinage , et on raconte même , à ce sujet , une anecdote, que l'abbé Garron n'a jamais avouée, mais qui était publique , dans le temps, à Rennes. La conversion d'une fille , opérée par ses soins , irrita contre lui le complice des désordres de cette malheureuse ; et , aveuglé par la passion , cet homme forme la résolution de sacrifier le jeune prêtre à sa vengeance. Il s'associe deux ou trois individusaussicorrorapusque lui, et ils conviennent ensemble de tendre un piège horrible au vertueux vicaire. On l'appelle dans un lieu écarté , pour confesser , disait-on , un homme qui s'était battu en duel , et on le fait entrer seul dans un cabinet , oii l'auteur du projet était couché. L'abbé Garron s'approche

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