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du lit, et trouve ce malheureux sans vie, ayant un pistolet à ses côtés. Il appelle ses camarades, qui attendaient, en dehors, une issue bien difiérente de cette scène. On peut juger de leur étonnement ; on dit que, frappés de terreur, à la vue d'un châtiment si éclatant de la justice divine, ils tombèrent aux pieds de l'homme de Dieu, et firent une pénitence rigoureuse.
Le zèle de l'abbé Carron pour les foaclions du ministère ne lui donnait aucun relâche, et fut porté si loin, qu'il en tomba malade. Alors, l'aulorité ecclésiastique se joignit aux médecins pour lui interdire tout travail. M. Carron profila de ce loisir forcé , pour faire le voyage de Paris; il s'y lia d'une étroite amitié avec le vertueux abbé Gérard , auteur du Comte de Valmont. Il recueillit des aumônes pour ses pauvres et pourses établissements, et il aimait à raconter que la Reine Marie- Antoinette, à qui on avait apparemment fait connaître son industrieuse charité, lui envoya des secours pour ses bonnes œuvres : celte princesse y joignait une somme pour lui-même, en lui faisant dire de l'employer à acheter un cheval , pour s'en retourner dans sa patrie, puisque les médecins lui avaient prescrit cet exercice.
Un prêtre si pieux ne pouvait hésiter sur le parti à prendre, lors de la constitution civile du clergé. M. Carron refusa le serment , fut emprisonné à Rennes , après le lo Aôiit 1792 , et déporté à Jersey, le i4 Septembre de la même anuée, avec près de trois cents prêtres et religieux. Il trouva cette île remplie de fugitifs qui y arrivaient de la Bretagne , de la ISormandie , du Maine , et même d'autres provinces. Son premier soin fut d'y établir une chapelle. En
1795, il ouvrit deux écoles pour les enfants des émigrés ; il prenait lui-même soin des garçons, et s'associa un ecclésiastique qui apprenait aux plus petits à lire et à écrire : les filles étaient confiées à des dames. L'abbé Carron établit, la même année, une pharmacie, où les pauvres émigrés trouvaient des médicaments, des bouillons et du vin : un prêtre , qui avait autrefois exercé la chirurgie , fut rais par lui à la tête de l'établissement. Une bibliothèque fut encore formée par ses soins , pour foui nir des livres aux prêtres que la précipitation de leur fuite en avait privés : il prêtait aussi aux laïques des livres de piété. Il fit le voyage d'Angleterre pour obtenir des secours pour ses compagnons d'infortune, et il recueillait de tous côtés des aumônes pour ses divers établissements.
Le gouvernement anglais ayant jiîgé à propos, eu 1796 , de faire passer en Angleterre la plus grande partie des émigrés et des prêtres réunis à Jersey , l'abbé Carron se rendit à Londres, où il arriva au mois de Septembre de cette année. 11 rétablit d'abord ses deux écoles dans cette capitale, et continua sa pharmacie. Il ouvrit successivement deux chapelles , qu'il pourvut des ornements nécessaires , et 011, secondé de quelques ecclésiastiques zélés, il faisait des instructions aux Français. En 1797, il forma deux hospices, l'un pour trente-cinq ecclésiastiques âgés ou infirmes , l'autre pour vingt-cinq femmes. La même année, il institua un séminaire de vingt-cinq élèves, qui a donné plusieurs prêtres à l'Eglise. En 1799, '*^ écoles qu'il avait établies devinrent des pensionnats , dans l'un desquels quatre-vingts jeunes gens étaient élevés , et dans l'autre, soixante jeunes
personnes. M. Carron se fixa, pour cet effet, en | 1799, ^ Soraerstown, près Londres. Ces pensionnais ont été fort utiles à la jeunesse éraigrée ; et S. A. R. Monsieur les visita plusieurs fois , et témoigna au pieux fondateur, et aux vertueuses personnes qui le secondaient , sa satisiaction et son estime. Le Prince de Condé voulut voir aussi ces établissements, et les personnages les plus distingués dans la noblesse anglaise et' française , y prenaient un vif inté~ rêt. Louis XVIIt écrivit à M. Carron , pour le féliciter de son zèle , et l'assurer de sa bieuveillence >. De plus, ce Monarque, Monsieur,
1 M. l'abbé Carron possédait trois lettres du Roi, dont deux lui étaient adressées, et la troisirme à ses élèves. On nous permettra de consigner ici ces honorables témoignages.
Blankenbourg, le 12 Mai 1797.
M. le comte de Bolherel m'a rendu compte. Monsieur, des différentes preuves que vous avez données de votre zèle et de votre dévouement pour mes sujets fidèles. Ce récit m'a touché jusqu'au fond de l'ame, et je ne saurais assez me hâter de vous témoigner la satisfaction que je ressens d'une conduite si respectable. Vos jeunes élèves apprendront, par vos leçons , et surtout par vos exemples, à aimer et à respecter Dieu , à connaître et chérir les véritables luis de notre patrie. Ainsi vous aurez doublement mérité d'elle, et je serai heureux un jour, de pouvoir vous en récompenser dignement. Soyez , en attendant, bien persuadé , Monsieur, de ma sincère estime, et de tous mes autres sentiments pour vous,
LOUIS
Gosfield , ce II Novembre 1807.
J'ai reçu. Monsieur , votre lettre du 3. Je suis vivement touché des sentiments que vous m'exprimez 5 au nom de fintéressantc colonie de Somers-
M.e' le Duc d'Angoulême , Madame , M.e^ le Prince de Condé, lui envoyèrent tous successivement leurs portraits , et M. Carron conservait ces gages précieux de l'intérêt et de l'estime de ces augustes personnages.
town. Je sais combien les vœux de tant d'amcs pures sont agréables à Dieu, et je me plais à leur alliibuer rheureuse traversée qui m'a conduit en Angleterre. J'éprouve personnellement Ls effets de l'hospitalité généreuse qui a si bien secondé votre ardente charité. J'ignore combien durera mon séjour dazis ce pays : mais j'espère n'eu pas partir sans aller visiter votre pieux établissement et son respectable fondateur.
Assurez, je vous prie, Monsieur, toute voire colonie de ma tendre afTection, et soyez, en votre particulier, bien convaincu de tous mes sentiments pour vous,
LOUIS
A Wanstead . ce 22 Juin i8o8.
J'ai reçu, mes chers enfants, votre letlre du 26 Mai dernier ; incommodé depuis lors, je n'ai pu y répondre plus tôt. Les sentiments que vous m'exprimez me touchent jusqu'au fond de l'ame , et me font sentir plus vivement ic regret de ne pouvoir, en ce moment , aller jouir de vos progrès , vous en distribuer le prix, et éprouver la plus douce des satisfactions, celle de vous voir guidés par la lîeligion elle-même, dont votre respectable instituteur est l'organe, dans une route, hors de laquelle notre patrie ne peut retrouver son antique splendeur. Dans cette privation , j'ai du moins une consolation réelle, celle de me faire remplacer par un autre moi-même : ce sera mon frère qui remplira , en mon nom , des fonctions qu'il m'eût été si agréable d'exercer, et sera l'interprète fidèle de tous les sentiments dont mon cœur est pénétré pour vous.
LOUIS
Le vertueux prêtre bâtit, à Somerslown, une grande chapelle , indépendamment de celle qu'il entretenait dans London-Street, Fitzroy- Square. Il établit une chambre, dite de la Providence, où se trouvaient du linge, des layettes, du vin et des confitures pour les malades. On y faisait des distributions de soupes et de charbon, pendant l'hiver. En outre l'abbé Garron ouvrit , dans ce lieu , deux écoles pour les enfants du peuple; il y faisait, tous les Dimanches, un catéchisme pour les pauvres, et s'y livrait à l'exercice du ministère , comme s'il n'eût pas été chargé de beaucoup d'autres soins. Les malheureux trouvaient toujours en lui un consolateur et un appui ; il s'intéressait à tous les genres d'affliction et d'infortune, et faisait secrètement du bien à beaucoup de familles. On aurait peine à calculer ce qu'il distribuait , annuellement, d'aumônes. Beaucoup de riches Anglais, Catholiques et Protestants , s'associaient à ses bonnes œuvres , et le rendaient dépositaire de leurs largesses ; et il aimait à publier qu'il les avait toujours trouvés prêts à seconder ses pieux desseins, pour le soulagement des pauvres.
En 1797, M. Garron, comptant sur le retour de la tranquillité en France , souhaita y revenir ; car il croyait se devoir surtout à son pays. Mais il trouva des obstacles à son dessein, et fut obligé de rester en Angleterre. Il était trop sage , trop ami de la paix , et trop dévoué à l'autorité, pour prendre part à l'opposition qui s'éleva dans ce pays , contre le Goncordat de i8oi, et il ne dissimula pas combien il était éloigné de partager les sentiments de l'abbé Blanchard, et de quelques autres esprits exaltés de ce parti. Il continua de diriger ses établisse-
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menis jusqu'en 1814, qu'il revint en France. Le 20 Mars 181 5 le força de retourner en Angleterre, d'oii il ne fut de retour qu'en Novem- Bre suivant. Il établit dans le quartier Saint- Jacques , près le Val-dc-Grâce, un pensionnat de demoisellfs : il se livrait, en outre, aux fonctions du ministère, prêchant, catéchisant et confessant avec un zèle au dessus de ses forces. Tous les Dimanches , il faisait aux pauvres une distribution de pain , accompagnée d'une instruction sur la religion. Il avait formé une association d'hommes pieux , commis , ouvriers, militaires , qu'il réunissait , tous les quinze jours , pour des exercices de piété. Il habillait des pauvres , payait l'apprentissage d'enfants abandonnés , et savait encore , du fond de sa retraite, s'intéresser à toutes sortes de bonnes œuvres. Ceuxqui avaient été témoins, en Angleterre, des services qu'il lendit alors aux Français proscrits , de toutes les classes , et de la considération dent il jouissait dans ce pays, s'étonnaient quelquefois de l'espèce d'isolement oii il paraissait être : mais, étranger à toute ambition , l'abbé Carron se félicitait de vivre loin du tumulte du monde, et d'échapper à des honneurs qu'il regardait avec les yeux d'un vrai chrétien. Il avait été nommé , l'année dernière, administrateur de la Maison du Refuge pour les jeunes prisonniers , et il allait visiter et exhorter ces enfants, ainsi que ceux de Sainte- Pélagie. Il était , déplus, un des directeurs de l'œuvre formée pour le soutien des petits séminaires , et membre du bureau de charité du 3 2."*^ arrondissement.
C'est au milieu des soins pieux qui remplissaient SCS jouriiées , qu'il a été atteint d'une
maladie, jugée d'abord peu inquiétante , mais qui, s'aggiavant par la suite , l'a cooduit au tombeau le trentième jour. Sa douceur et sa patience ne se sont point démenties, pendant tout ce temps : il avait toujours le même calme, la même afïabililé; il s'occupait de Dieu et des pauvres , et , jusque dans son délire, il demandait si on avait songé aux malheureux qu'il était accoutumé à secourir. Il reçut les Sacrements , le 9 Mars , avec les signes de la piété la plus vive , et adressa à ceux qui l'entouraient les paroles les plus affectueuses. Il n'oublia personne dans ses adieux , et remercia, tour à tour, de leur attachement , un brave et pieux officier qui demeurait depuis long-temps avec lui, un riche Anglais qui se préparait dans sa maison à recevoir le Sacerdoce , les dames respectables qui donnaient, sous sa direction , leurs soins à son établissement, ses jeunes élèves ellesmêmes, et jusqu'à ses domestiques : il les exhorta tous à aimer Dieu , et à se souvenir de lui dans leurs prières ; et , tout faible qu'il était, il voulut encore se mettre à genoux, pour recevoir la bénédiction du saint Sacrement. Depuis, il ne fut plus occupé que de Dieu ; et , s'il ne parlait pas de son état aux personnes qui l'entouraient, pour ne pas les affliger, il ne cessait de prier , et d'oflfrir à Dieu ses souffrances. C'est dans ces sentiments, qu'il mourut le Jeudi 15 Mars 1821, a quatre heures du matin, laissant une famille , des élèves et des amis plongés dans la douleur de sa perte.
Ceux surtout qui l'ont connu, depuis longues années, et qui avaient vu de près tant de vertus, de douceur, de charité , ne peuvent s'accouluiner au vide qu'ils rei^senleut. Il semblait ne
vivre que poureux ; comme eux, à leur tour, ne vivaient que pour lui. 11 partageait toutes leurs peines, et s'appliquait , avec un art infini, à les calmer. Dieu et le prochain étaient l'objet de toutes ses affections. Il semblait qu'on respirât auprès de lui un air plus doux, et sa maison était comme un asile de paix , au milieu des orages du monde. Indulgent pour les autres , non-seulement on ne l'entendait jamais parler mal du prochain; mais c'était l'affliger que de lui rappeler les torts de ceux dont il pouvait avoirà se plaindre : il aurait voulu oublier qu'il avait fait des ingrats , et il avait toujours des excuses toutes prêtes en leur faveur. Mais il retrouvait sa sévérité pour lui-même , se mortifiant en toute rencontre, «'imposant des privations, ne se plaignant jamais de ses souff^rances, et pratiquant des austérités dont il dérobait, avec le plus grand soin , la connaissance aux autres. On a découvert qu'il portait des instruments de pénitence , et on sait qu'il avait demandé à Dieu de l'éprouver par une maladie douloureuse. On est fondé à croire que Dieu l'avait exaucé ; car, d'après le rapport des médecins qui l'ont ouvert, son cœur et ses poumons étaient dans un état qui devait , disaient-ils, rendre chacune de ses respirations pénible et douloureuse ; et cependant, au milieu de souffrances si vives et de tous les instants , il ne laissait pas échapper une plainte, et conservait une inaltérable sérénité.
Nous terminerons cette Notice par la liste des écrits qu'a publiés M. Careon. Nous connaissons de lui : Les Modèles du Clergé^ ou Vies édifiantes de JfJltJ. de Sa/rUy Boursoul-, Beurier el Mo/el ,• l^aris 1787 , 2 vol. m la. (M.Caiuion