INTRODUCTION
O MON Dieu! des réflexions, hélas! trop tardives, m'arrachent à mes passions, et à celte criminelle apathie, qui, si longtemps, m'ont fait envisager avec indilférence les redoutables fonctions du Sacerdoce. Puis-je y penser sans frémir? dans une profession tout angélique, j'ai vécu comme un homme du monde ; ou plutôt , (n'en devrais-je pas mourir de regrets et de confusion ?) combien de laïcs sont plus vertueux, plus fervents mille fois que votre coupable ministre! 0 Dieu, l'ami consolateur, le père si tendre de tous vos prêtres, ayez pitié de ma douleur ! un heureux retour sur moi-même , de bonnes résolutions, la sévère revue de ma conscience , la rénovation que je fais des promesses de ma cléricature : « Dominus pars hœreditatis meœ et calicis mei » {Ps. 15, p. 6.) tout fait augurer de ma part une conversion constante. Mais encore , je suis si faible , j'ai des motifs si puissants de me défier de moimême , une longue et déplorable expérience jette tant d'éclat sur ma fragilité , sur ma lâche inconstance!.... Ah! Seigneur, Dieu
de mes pères et Dieu de mon cœur, bénissez, consolidez un changement que je dois tout entier à votre clémence paternelle : guidez-moi, soutenez-moi toujours dans chacun des engagements que je vais me prescrire , pour me régénérer dans mon Sacerdoce.
TOUS X.ES JOUHS.
« Omni A in gloriam Dei facile. » 1 Cor. la,
p. 31. « Omnia honeslè et secundùm
ordinem fiant. » Ibiâ. 14, t^. 40.
Héveil.
Dans toutes les saisons de l'année , je me lèverai chaque jour, à cinq heures, après sept heures de repos. — A l'instant de mon réveil , je pjpnoncerai de cœur et de bouche plusieurs dès aspirations suivantes:
« Surge velociter. ..., prœcingere et calcea te caligas luas. y> Jet. 12, p. 7, 8.
« Exsurgam diluculo. » Ps. 107, v. 3.
« Praevenerunt oculi mei ad te diluculo, ut meditarer eloquia tua. » Ps. ii8,i^. 148.
«Egoautem cantabo fortitudinem tuam, et exaltabo manè misericordiam tuam. » Ps. 68, V. 17.
« Manè, oratio mea prœveniet te. » Ps. 87,
« Manè, adstabo tibi , et videbo quoniàm nonDeusvolensiniquitalem tu es.»P6. 5, u.b.
« In matutinis medilabor in te ; quià fuisti adjulor meus. » Ps. 62, ^.7,8.
«Benedicite, noctes et dies Domino
Benedicite, lux et tenebrœ Domino. » Dan. 3, V, 71, 72.
c( Deus, Deus meus, ad te de luce vigilo : silivit in te anima mea; quàm multipliciter tibi caro mea! » Ps. 62, i^. 1 et 2.
« Benedicta sit sancla et individua Trinitas, nùne et semper, et per infinita ssecula sœculorum. » Amen.
a Gloria Patri , qui creavit nos; gloria Filio, qui redemit nos ; gloria Spiritui
Sancto , qui sanclificavit nos Eccè ego,
quià vocàsti me. » t Reg. 3, <^. 6.
« Loquere, Domine, quià audit servus tuus. » Ihid. V. 10.
« Doce me facere voluntatem tuam , quià Deus meus es tu. » Fs. 142, v. 10.
« Quid enim mihi est in cœlo? et à te
quid volui super terram? Deus cordis
mei , et pars mea, Deus in seternum. » P^. 72, P. 25 et 26.
«Domine, quid me vis facere? » Act.Q, V. 6.
Je baiserai mon crucifix avec amour ; puis , me fortifiant du signe auguste du €hrétien , je dirai ces mots :
«in nomine Uomini nostri Jesu-Chrlsti , surge : ille me benedicat, regat, cuslodiat, et ad vitam perducataeternam. » Amen.
Leifer,
En m'habillant, avec autant de célérité
que de modestie , j'occuperai mon esprit et mon cœur des pensées et des sentiments que les passages suivants énoncent :
« Primiliœ , Domini sunt. » Num. 31, p. 29.
« Da Domino primilias diei tua3 : erit enim tota illius qui prior occupaveril. » .y. Clim. or. 26, Num. 103.
«Cliristus, magna sacerdotum tunica. »
S. Greg. Naz. Orat. 40.
a Chrislus , pretiosum incorruplionis in-
dumentum ornamentum noslrum et
decus. » Ihid.
« Nox prsecessit, dies autem appropinquavit. Abjiciamur ergô opéra lenebrarum, et induamur arma lucis. Sicut in die, honestè ambulemus. y>Rom. i3, iWietiz.
« Exue me, Domine, veterem homincm cum aclibus suis, et indue me novum hominemqui, secundùm Deum , crealus est in juslitiâ et sanclilale verilalis. Indue me armaluram Dei , ut possim stare adversùs insidias diaboli.
Redde mihi , Pater œterne, et conserva in me vestem innocenlise quam perdidi in peccato Adœ ; ne Paradiso cœlesli ejiciar.
Indue me, Jesu-Chrisle, Rex gloriae, fragrantibus virtutum tuarum vestimentis , Jiumllilalis et patientiœ , charilatis et castimoniae; ut Patris cœlestis benediclionem obtineam. » Amen.
M'éioignant avec soin d'une propreté
recherchée, comme d'une saleté dégoûtante, j'achèverai de m'habiller, en me fixant aux idées nobles et touchantes que fournissent ces divers passaj^es :
«Orna me, Sancte Spiritus, togâ polymilû et variegalâ donorum; ut in ocuiis luis gratiam inveniam. Amen.
Repelle à me. Domine, spiritum superbise et immunditiae, et orna caput meum coronâ cœlestis gloriœ. Pie pelicane, Jesu Domine, me immundum munda tuo sanguine.
Dona me, Domine, pileo libertatis christianœ, et à vitioruni servitute me eripe. »
Prière et méditation.
Aussitôt que je serai vêtu , prosterné avec humilité dans mon oratoire , je me reprccherai amèrement le plus léger délai volontaire que j'aurai mis à l'importante action de la prière vocale et mentale :
« Aruit cor meum, quiàoblitus sum comedere panem meum. » Ps. lOl, v, 5.
« Ad te. Domine, clamabo, et ad Deum meum deprecabor. » Ps^ 29, v. 9.
« Orabo spiritu , orabo et mente ; psallam spiritu, psallam et menîe. » 1. Cur. 14, f. 15,
« Nisi quôd lex tua meclitalio mea est, tiinc lortè periissem in humilitale meâ.» Ps. 118, p. 92.
ce Domine, doce me orare. -^Luc, 11, p. i.
«Loquarad Dominum meum , cùm sim pulvis et cinis. » Gen. 18, i^. 27.
« Inlende \oci oralionis meœ, Rex meus et Dcijs meus. » Ps. 5, i^. 2.
« Diiigalur oratio mea , sicut incensum in conspectu luo. » Ps. 140 , i^. 2.
Persuadé, javec Sainl Chrysoslôme, de la nécessité, comme du bonheur inestimable de m'enlrelenir avec Dieu, je consacrerai une demi-heure à ce saint exercice. « Seniper impossibile.... absque orationis p/œsidio, eu m Tiiiule degete , et hujus vitœ cursum perogere. »
M'environnant de l'auguste majesté du Seigneur, je m'anéantirai en sa divine présence : « Ante oralionem , prépara animam tnam , et noli esse quasi homo qui tentât Deum w (iicc//. 18, <^. 23.) ^'a posture suppliante priera pour moi : « Positis genibiis, Grabat {Luc. 12, v. 41.) Piocidit in faciem suam, orans » {Matt. 26, p, 39.) Pontife ineffable , sublime modèle des prêtres, Jésus agonisant, je prierai à vos côtés; je m'unirai étroitement à vous. Esprit de grâces et de lumières, je vous invoquerai du fond de mon cœur. Reine du clergé, tendre mère des disciples du Sauveur ; vous, Ange gardien, ami fidèle, et vous tous les Elus démon Dieu, c'est, animé, encouragé par vous, que je commencerai ma prière.
Et d'abord, j'adorerai notre Seigneur
Jésus-Christ , comme le centre de la religion , comme la victime que s'est choisie le Père Eternel , pour se réconcilier le monde , si digne de sa colère : « Deus erat in Christo, mundum reconcilians sibi » (2 Cor. 5 , t^. 19.) Par ce puissant médiateur , j'offrirai hardiment mon hommage : « Ipsi gloria in
Christo Jesu, in omnesgenerationes>^(£'/7^e5. 3, V. 21.) Par lui je demanderai tout avec confiance. « Quomodôcum illo omnianobis donavit? n{Rom. 8, p. 32.)
Le sujet de mon oraison que, sous aucun prétexte, je n'omettrai jamais, sera tiré, autant que je pourrai , d'un des ouvrages suivants : « Le Trésor des Prêtres , le Mémorial de la Vie sacerdotale, le Miroir du Clergé, les Méditations de Beuvelet, celles de Chevassu , l'Imitation de Jésus-Christ, les Souffrances de Jésus-Christ, les Méditations de Chalonner, les Pensées Ecclésiastiques, etc. etc. »
Pour le sujet de ma méditation, j'étudierai , premièrement , notre Seigneur Jésus-Christ : je ne détacherai pas facilement mon esprit et mon cœur de cet aimable et parfait modèle; je voudrais que nul trait ne m'échappât de son auguste personne : « In Christo praecipuè obtutus fige, mores ejus observa , eloquia meditare » ( B. Laurent Justin. ) Ce premier coup-d'œil élèvera dans mon ame tous les beaux et délicieux senti-
ments que la foi nous procure : « Adoremus, admiremur, laudemus, amemus, gratias illi agannis, Éfratnlemur » (S. Ju^. Serm. 35. de Sanctis.) Les traits de J^siis-Christ deviendront ainsi les miens : je me réformerai , je me renouvellerai , je me purifierai devant ce miroir sans tache : «Ad ejus similitujinem, per imitaiionem virtulis, reformemur. M ( S. Bonau.)
Après m'élre , autant qu'il était en moi, comme approprié les dispositions admirables de Jésus-Christ: « Hoc enim senlite in vohis qnod et in Christo Jesu {Philip. 2, v, 5.) je pèserai les raisons, j'approfondirai les motifs énoncés dans le sujet d'oraison ; je ne les passerai point légèrement j je m'occuperai déconsidérations salutaires , sur la pratique des vertus , sur la réforme de mes mœurs, je donnerai toute l'application nécessaire à discerner le besoin qu'a mon ame , ou de saisir la vérité, ou d'embrasser la vertu sur laquelle je médite. A la douleur d'avoir été si peu conforme à Jésus Christ, j'unirai le désir de lui être désormais fidèle; mais dépourvu de lumières sur ma misère profonde , je demanderai la science divine : «Ut suam cognocentes veritatem, dignis eam moribus assequamur, et implere , cselesti inspiralione, valeamus »(0/y2/ Ecctesiœ.)
Adorant la force et le courage de notre Seigneur Jésus-Christ , dans les grandes
résolutions qu'il a prises, et qu'il a exécutées avec tant d'héroïsme pour la gloire de son père, je me confondrai moi-même sur ma faiblesse dans mes résolutions, j'en formerai de nouvelles, j'en prendrai d'humbles, de courageuses, de particulières , et qui soient de nature à être remplies, s'il est possible, au moment même : « Desideria occidunt pigrum : noluerunt enim quidquam manus ejusoperari {Prou. 21, t^. 25.)
Comme c'est la fin , et non le commencement, qui couronne le s bonnes œuvres des chrétiens : u Non quaeruntur in Christianis initia, sed finis » {S. Hier. Ep, 20. ad Suriam.)^ je ferai tout , pour terminer avec fruit mon oraison : « Melior est finis orationis quàm principium » {Eccle. 7, v. 9.) Je remercierai Dieu des bonnes pensées, des saintes affections et de toutes les autres grâces qu'il aura daigné m'accorder. Eclairé sur mes misères par le flambeau de ma conscience , je ne compterai plus sur moi-même : mais je vous confierai tous mes intérêts, puissante Amie, Mère tendre du clergé : que ne pouvcz-vous pas, que ne voulez-vous pas pour nous, quand nous sommes résolus de nous convertir , ou de marcher à grands pas dans les voies saintes? (( Ipsa.... detinet virtutes , ne fugiant, mérita ne pereant, gratias ut af- Jtluant » {S. Bonap. Specut. B, Mariœ. cap. 7.) Je no quitterai le pied de mon crucifix
qu'avec le ferme espoir de conserver tout le jour les heureux fruits de ma prière : «Facla est, dùm oraret , species vultùs ejus altéra » ( Luc. 9, i^. 29. )
Bréifiaire.
L'exercice de l'oraison sera suivi de la récitation de l'office divin. S'il m'est permis de le partager dans le cours de la matinée , je dirai alors deux petites heures, prime et tierce, réservante deux autres fois , sexte et none. Mais comment parlerai-je à mon Dieu ? Quelles seront mes dispositions dans ce concert de mes louanges unies à celles des élus? Je prierai dignement, attentivement, dévotement; « Digne, attenté ac devolè. » Je me présenterai , dans une religieuse frayeur, au pied du trône de l'Agneau : « Cum timoré et humilitate , tanquàm Dec visibiliter praesente, psallant » {S. Bonap» Spec. Discip.p. 1, cap. 15.) J'animerai dans mon cœur les divers et sublimes sentiments énoncés dans les psaumes : « Si orat psalmus, orate : si gémit, gemite : si gralulatur, gaudete : si timet, timete {S. Aug. in Ps. 30.) Je m'exprimerai avec amour, avec ferveur, avec joie. Amis de Dieu, je me rappellerai constamment les règles que vous avez données, pour accomplir convenablement un aussi saint devoir : « Distincte, intégré, continué, reverenter, ordinale» {S, Bonai^.
Spec. Discip. p. i, cap. 16. ) Egalement sur mes gardes contre une prononciation négligée ou trop précipitée, je ne retrancherai pas la moindre syllabe : « Verboriim prolatione non prœcipiti , vel inarlicnlatâ, sed Integra, ac cerlis quibusdam cœsuris et intervallis distincte [Synod. Turon. an. 1583.) Non ingutture, vel inter dentés, seu deglutiendo et syncopando dictiones vel verba » {Cu/icil. Basiléen Sess. 22, c. qualiler.) Loin de me fier jamais à ma mémoire, je m'interdirai de réciter mon office par cœur, ou de l'interrompre sous un léger prétexte , ou de m'exposer à dire un office pour l'antre , ou de prendre une posture, un maintien qui n'annoncent point assez un profond respect, un religieux tremblement, en la présence du Père céleste : « Intégré, ut de dicendis nihil omitlant : interruptiones in 60 non fiant, nisi cogente necessitate : ordinatè, in substantiâ , tempore et modo. » (iS. Bonau. lococitaio. )
En un mot, pour régler mon intérieur et mon extérieur en même temps, je me rappellerai l'avertissement salutaire d'un homme de Dieu : « Ubi exterior disciplina deest, interior perfectio observari non potest » ( Guill. Pariss. Lib. de Ctauslro Animœ. )
Messe.
DÉïEKMiJNÉ à ne manquer jamais de celé*
brer l'auguste Sacrifice de nos autels, lorsque l'ange conducteur de mon ame me l'aura permis j je ne quitterai le logis, pour me rendre au saint lieu , qu'après avoir interdit à mes sens toute dissipation dangereuse , qu'après m'être commandé un profond recueillement et une componction vivej je dirai donc : « Mitte, Domine, angelum tuum qui praecedat me , et custodiat in via. »
« Averte oculos meos, ne videant vanitalem » {Ps. 118, p. 37.)
« Averte faciem meam à muliere compta, ne forte scandaliser in décore illius.
Coliibe pedes meos, ne oberrem in plateis civitatis.
Obtura aures meas , ut non exaudiam vocem incantantium , et venefici incantanlis sapienter.
Praesta, ut aspectu et auditu justus sim, habitans inler eos qui, de die in diem, animam justam iniquis operibus cruciant. » En franchissant le seuil de la maison sainte , je croirai vous entendre , Seigneur : « Pavete ad Sanctuarium meum, ego Dominus » {Lei^. 26 , t^. 2.)
J'oserai vous répondre , mais dans !e sentiment d'une humilité profonde :
« Venite, exultemus Domino, jubilemus Deo salutari nostro. » Ps. 94, t^. 1.
a Cantate Deo , psalmum dicite nomini ejus. i>Ps. 67, f. 5,
« Cantate ei canticum novum : benê psallite ei in vociferatione. » P^. 32, v. 3.
« In conspectu angelorum psallam libi. » Fs. 137, V. 2.
«Canlabo Domino in vilâ meâ : psallam Deo ineo , quandiù snm. » P*. 103 , v. 33.
« Jucundum sit ei eloquium meum : ego verô delectabor in Domino. » Jbid. 34.
« Eamus et sacrificemus Deo nostro. »
Exod. 5, <^. 8.
« Voliintariè sacrificabo tibi , et confitebor nomini tiio, Domine, quoniàm bonuni est. » Fs. 63, p. 8.
«Tibi sacrificabo hosliam laudis, et nomen Domini invocabo. )^ P6\ 113, <^. 17.
ce Inlroibo in Domum tuam in bolocaustis: reddam libi vola mea , qnae distinxerunt labia mea. » Ps. 65 , t^. 13 , 14.
« Veni, Domine Jesu. njpoc. 22, v. 2o.
« Quàm teiribilis est locns iste! non
est hic aliiid, nisi Domus Dei et porta Coeli.» Ge/i, 28, t^. 17.
« Quis polerit stare in conspectu Domini Dei sancti? » l. Reg. 6, p. 20.
ce Iniquitalem si aspexi in corde meo, non exaudiet Dominus. nPs.65, t^. 13.
ce Averte faciem tuam à peccalis meis , et omnesiniquilates meas dele. » Ps. ôo, u. il.
c( Adorabo ad templum sanctum tuum in timoré tuo. » Ps. 5, t^. 8.
«Egoaulem ad Dominura aspiciain, ex-
pcclabo Deum salvatorem meum; audiet me Deusmeus. » Mich. 7. i^. 7.
Ainsi , durant au moins un quart d'heure , je me disposerai à la plus auguste action de ma vie, par les sentiments d'humililé, de foi, de contrition, d'amour, de confiance exprimés dans les passages que je viens de me retracer.
Mais à l'autel, dans l'éminente fonction de sacrificateur, quelles seront les pensées de mon esprit, et les mouvements de mon ame?.... Retenue sévère dans tous mes sens, extérieur humble, crainte religieuse, maintien profondément recueilli, sage gravité dans mes cérémonies; tout doit en moi, je me le propose ainsi pour le reste de ma vie, tout doit déceler en moi l'homme de Dieu , l'ange de la terre. Je considérerai la dignité du souverain Prêtre , la sainteté inlinie de la victime, la majesté incompréhensible du Père céleste , l'amour infini de Jésus-Chnst pour la gloire de son père et pour le salut des hommes. Je me pénétrerai, à la vue de ces merveilles, d'une inexprimable reconnaissance; je remplirai mon esprit et mon cœur de la passion et de la mort de notre divin Maître; je m'immolerai moi-même, pour n'être , avec le Sauveur, qu'une seule victime. Admirable Vierge, tendre Marie, vous me prêterez vos beaux sentiments : « Una erat Christi et Mariae volunlas j idem
unum pariler holocaustum offerebant : hi^ec in sanguine cordis, hic in sanguine carnis. [Arnold, car nu t. opuscde I.audih. M.) Ipsa se ipsam maclans in allari interiori, et ligna et flammas et latices congerebat. {Ibid. de 7, Veîh. Dom. in Cru ce. )
Mon action de gr âce , après le divin Sacrifice , ne remplira pas moins d'un quartd'heure; et tous les senliments que la reconnaissance , la foi vive, l'amour ardent inspirent, seront sur mes lèvres et dans mon cœur.
Elude.
Si je suis occupé dans le saint ministère ; et destiné à le continuer jusqu'à ma mort, je ne puis rigoureusement déterminer le temps que je dois chaque jour consacrer à l'étude : mais désormais pourrai-je en méconnaître la nécessité?
c( Non in solo pane vivit homo. » Maith. 4 ^
« Dico ego opéra mea Régi. » Ps. AA. v. 1.
« Opus meum cum Deo meo. » Isa. 49.
a Ego autem nonquxro gloriam meam. »
Joan. 8. f\ 50.
« In his quœ Patris mei sunt oporlet me esse. » Li/c. 2, p. 49.
« Deus, in adjutorium meum intende. »
Ps. 69.t^. 1.
u Mille illam (sapienliam) de cœlis sanclis tuis, » Sap. 9. V, 10.
a Sit splendor Domini Dei noslri super nos, et opéra manunm nostrarum dirige super nos.» Ps. 89, u. n.
Ces oracles de mon divin Maître , ces vœux formés par ses plus illustres amis, celte ardeur continuelle du saint roi de Juda à solliciter les lumières célestes, sont autant de pressants engagements pour me livrer à une sage et raisonnable application. Eclairé sur les effets trop funestes de l'ignorance dans un ecclésiastique 5 saintes assemblées de nos pères, je n'oublierai plus vos sages et sévères décrets : «Sicutiniqui etpeccalores ministerium sacerdotale assequi prohibenlur, ità indocli, et imperiti à tali officio retrahantur ( Conc. Jqiiisgran. c. 16. ) Nullus ad sacra ministeria veniat indoctus; sed solus accédât quem morum innocenlia ac litterarum splendor reddunt iilustrem : aliter ordinaturis, et ordinandis imminet in posterum Dt^i et EcclesitB vindicla {Conc. Tolelan. 4 , c. 8.) Sicut vilâ , ilà doctrinâ clarcre débet : nam sicut doclrina, sine vità, arrogantem reddit; ità yila, sine doctrinâ, inutilem reM\i[Conc. j4quisc,ranen. 20. ex. S. Isulur.)
Mais , comme vous seul, ô mon Dieu ! possédez la plénitude des sciences, ce sera vous, et vous seul qui m'apprendrez les véritables moyens de les acquérir : « Si Ixjnè direxeritis
Tilas vestras et studia vestra...... habitabo
vobiscum » {Jerem. 1, v. 5, 7.) Un de vos saints amis m'offre, de votre part, les grandes règles pour étudier sacerdotalement : « Quo ordine, quo studio, quo fine» {S. Bern. Serm, 36. in cani.)
Elude de l'Ecriture Sainte.
A la lête des principaux objets de mon étude, sera toujours votre divine parole, contenue dans les monuments sacrés des deux alliances. Chaque jour, je me propose de lire plusieurs chapitres de l'Ancien et du Nouveau Testament, de les lire à genoux , et au commencement comme à la fin de ma lecture , de baiser respectueusement le livre de nos oracles : avec ce précieux usage, quelle vie, quelle onction , quels fruits porterai-je dans les fonctions du ministère' «i Omnis scriptura, divinilùsinspirala , utilis est ad docendum, ad arguendum, ad corripiendum, ad erudienJum in juslitiâ; ut perfectus sit homo Dei , ad omne opus bonum instructus ( Tim. 3, p. 16. 17. ) Je commencerai cet exercice par animer ma foi, invoquer l'Esprit de lumières , et le conjurer de me découvrir les vérités et les mystères cachés sous ces augustes paroles. Avant et après la lect ure de l'Ancien Testament , je prononcerai les prières suivantes, m'efforçant dé me remplir du bon esprit qui les dicta.
Prière aidant la lecture de l'Ancien Testament,
CoNFiTEBOR libi , Pater, Domine cœli et terrai, quià abscondisli hsec à sapienlibus et priidenlibus, et revelûsti ea parvulis, Eccè puer ego sum, puer parvulus et ignorans egressum et irUroituin meum. Sonet ergô vox tua in auribus nieis : aperi mihi corintendere hisquœ ad nosiramdoctrinam scripta sunt : ciba me pane vitae et intellectùs, et aquâ sapientiœ salutaris pota me, ut non te derelinquam fonlem aquœ vivae, fodiamque mihi cisternas dissipatas quac conlinere non valent aquas. Sint castcC deliciae mea3 Scripturae luae , nec fallar in eis, née faliam ex eis. Sint in lege luâvoluntas et meditalio mea die et nocte; et ero tanquàmiignum quod planlatum est secùs decursus aquarum , quod fruclum suum dabit in tempore suo, per Dominum, etc.
Prière après la lecture de V Ancien Testament.
Deus , qui dedisti mihi cnm gaudio suscipere verbum tuum , da virtutem retinendi, illud in corde bono et oplimo,et fructum afferendi in patienlia; ul non auditorobliviosus laclus, sed faclor operis, obtineam benediclionem servi boni et fidelis qui
cognovit voIunlalemDomini sui, el prseparavit et fecit secundum voluntalera ejus. Per Dominum , etc.
Prière açant la lecture du Nouveau Testament,
Jesu, lux vera quœ illuminât omnem hominem venienlem in hune mundum ; scio quià ex Deo venisti niagister , et viam Dei in veritate doces.Verba quse locutus esnobis, spiritus et vita sunt : sed quis est dignus aperire librum et solvere signacula ejus? nonne lu qui occisus es, et redemisti nos Deo in sanguine tuo? Da mihi ergô nosse myslerium regni Dei, et invesligabiles divitias tuas : explica mihi omnes ihesauros sapientia3 et scientiae Dei in le absconditos : Sermo tuus cadat in me, lucerna sit pedibus meis , et lumen semiLis meis, donecaspiretdies, et inclinentur umbrœ; Qui vivis et régnas, etc.
Après la lecture da Nouveau Testament.
« Htec verba fidelissima sunt et vera.
Nunquàm locutus est homo , sicut hic homo. 0
« Credo, Domine, adjuva incredulitatem meam.»
tt Domine, ad quem ibimus? Verba vitœ seternœ habes. »
Prière.
Salvator noster , cujus apparuit benignitasethumanilas, erudiensnos, ut, abneganles impietalem et saecularia desideria, sobriè , et juste, et piè vivamus in hoc sœculo; concède, ut qui te similem , nobis foris agnovimus, per te intùs reformari mereamur; Quivivis, etc.
La lecture de l'Ecriture sainte pourraitelle être mon unique occupation? Elle est la principale , mais elle en annonce mille autres après elle : n'ai-je pas, chaque jour , à payer au Seigneur la dette du temps que la prière et le service de mes frères auront laissé à ma disposition? Ainsi, quel compte à rendre de tous les moments de ma vie? «Tempus impensum, qualiter expensum fuerit, exigelur» Il ne suffit pas de bien faire; il faut acquitter précisément le devoir que le Ciel nous impose ; et encore , dans quelles vues? sans doute, dans ces vues pures et saintes, qu'expose, ô mon Dieu! l'uR de vos plus saints amis : « Ad agendam pœnitentiam, ad obtinendam veniam, ad gratiam acquirendam , ad gloriam promerendam ( S. Bern. Serm. de TrlpUci Custodid. )
Po\ir étudier avec fruit, je me prosternerai intérieurement à vos pieds , divin Sauveur, vous adorant caché sous l'écorce des
lettres : « Jesum quserens iu libris ». Je porterai dans mon étude l'esprit de pénitence , une application soutenue, la plus rigoureuse réserve contre une téméraire curiosité , un désir constant des lumières célestes. En garde contre la science qui enfle , je ne veux plus souhaiter que d'étudier saintement : « Ut imperfectum scientiaî possit supplere perfeclio charitatis. » Avec cet heureux motif, qu'aurais-je à craindre, en suivant le conseil de l'apôtre? « Attende lectioni, exhortationi et doctrinas » [Ti/n. v, i3.) Avec cet innocent motif, ne dois-je pas même rechercher les vraies et précieuses connaissances? « Quià tu scienliam repulisti , repellam le, ne Sacerdotio fungaris mihi ? » ( Osée 4, V. 6 ).
La matière habituelle de mes études ^ quelles que puissent être d'ailleurs mes occupations extérieures , sera un cours complet de Théologie , auquel je reviendrai souvent, ne me lassant point de voir, de relire, de méditer les mômes traités , soit dans Tournelly , soit dans Le Grand, soit dans Collet, soit dans Bailly , etc. Le Catéchisme du Concile de Trente , les Conférences d'Angers, l'Histoire Ecclésiastique, les Sermons de Bourdaloue , formant eux seuls une théologie si complète ; enfin, le Traité du Synode diocésain , de l'illustre Benoit XIV , seront le sujet ordinaire de mon travail. Je ne le
ai
recommencerai point , sans me rappeler la manière dont étudiaient les Saints. Admirable Ange de l'école, je prononcerai la prière si belle , dans laquelle vous offriez à Dieu les essais et les fruits d'un génie sublime.
Prière de saint Thomas d'Jquin , aidant VElude,
Creator ineffabilis, Domine DeusacDeus meus, qui de thesauris sapientise tua; novem Angelorum choros condidisti, et eos super cœlum empireum miro ordine collocâsti ; atque eleganlissimè partes Universi distribuisti j tu, inquam, qui verus fons luminis et sapientise diceris , atque supereminens principium: infundere digneris, super intelleclùs mei tenebras , tu3e radium claritatis dnplices à me removens tenebras, peccalum scilicet et ignorantiam in quâ natus sum. Tu qui linguasinfantium facis esse dissertas; linguam meam erudias , atque in labiis meis gratiam tuse benedictionis infundas : da mihi intelligendi acumen, retinendi capacilatem , inlerpretandi subtilitatem , addiscendi facilitatem, et loquendi gratiam copiosam : ingressum instruas, progressum dirigas, egressum compleas; per Christum Dominum nostrum. Amen.
J'interromprai mon travail par des élévations fréquentes de mou cœur vers vous ^
Père céleste. Je vous dirai , en fixant mes yeux et mes sentiments sur votre image sacrée , qui sera toujours devant moi j je vous dirai :
« Da mihi sediumtuarum assistricem sa-
pientiam ut mecum sit ; ut mecum
laboret , ut sciam quid acceptum sil apud
te sensura aulem tuum quissciet, nisi
tu dederis sapientiam , et miseris spirilum sanctum tuum de altissimis.» Sap.Q^i^. 4. 10. 17.
« Non judicavi me scire aliquid... nisi Jesum Christum et hune crucifixum. » 1 Cor, 2, t^. 2.
o Si noverim....omnemscientiam... . charitatem autem non habuero, nihil sum. » Ibid. 13, u. 2.
Ma main quittant le livre ou la plume , je dirai : « Tôt tibi sint laudes, Jesu,quot grammala scripsi vel legi. »
Terminant le travail du cabinet par la prière, je ne suspendrai ces pieux exercices, que pour voleraux œuvres de mon ministère, que la Providence m'imposera dans les différentes parties de la journée.
Repas,
Dans le sentiment continuel de la présence de Dieu , dans le souvenir de la vie pauvre et mortifiée de notre adorable Sauveur, je prendrai mes repas avec la frugalité la plus exacte.
« Oculi omnium in te sperant, Domine, et tu das escam illoruni in lerapore opportuno. » Ps. 144, V. 16.
« Parâsti in dulcedine tua pauperi , Deus.» Ps.Ql, i^. 11.
« Epulamini coram Domino Deo veslro. »
Veut. 12. V. 12.
« Beatus qui manducabit panem in regno Dei. « Luc. 14, u. 15.
« Anima nostra jàm nauseat super cibo islo levissimo. » Num. 21, v. 5.
« Sive manducatis , sive bibilis, sive
aliud quid facilis, omnia in gloriam Dei facile ». ( 4 Cur. 10, r. 3i. )
Aidé de votre grâce , ô mon Dieu ! je réprimerai un appétit sensuel , et l'intempérance des désirs : « Aliquâ morâ intemperantiam continentes» {S. Clem. Alex.) Ah! surtout loin de moi la honteuse avidité de ces sensuels dont nous parlent vos Saints : f< Qui nongustantiumritu, sed rapientium, suibus vel canibus, propter voracitatem , similes sunt poliùs quàm hominibus. » Toujours borné aux aliments indispensables, j'éviterai la conduite des hommes censurés par le prophète : « Si.... non fuerint saturati, et murmurabunt » ( Ps. 58 , 2^. 16. ) S'il m'est possible de conserver, durant mes repas, un silence recueilli, pour appliquer mon esprit à une lecture et à une méditation salutaire , j'y serai fidèle : « Loqui , seu mussitare ad
mensam, ubi silenlium est servandum , turpe vilium ( S. Bonav. Spec. Discip.p. c, 21). Afin, mon Dieu, de mieux observer dans cette action les règles de vos saints amis , tout le temps que je serai obligé de rester à table, je considérerai que c'est vous-même qui me servez : « Cum quanta disciplina, quanlâ reverentiâ et maturilale debes inmensâconsistere , ubi vides Deum tuum in propriâ personâ ministrare! {S. Vincent Fer.) Ce sublime sentiment que votre amour mettra dans mon cœur, me fera renoncer à tout plaisir que la chair pourrait prendre : « Non tanquàm venlris mancipia manducanles, sed sicut decet serves Dei. ( S. Basil. Reg. )
Récréation.
Mon Dieu , la mémoire déchirante de mes infidélités, le titre de pécheur que j'ai porté avant et peut-être même (puis-je, hélas! mêle rappeler sans effroi?) depuis mon entrée dans le Sanctuaire , devraient m'inlerdire la satisfaction la plus innocente : je m'en suis tant permis de criminelles! Ce serait donc à pleurer, plutôt qu'à me récréer, qu'il faudrait consacrer mes moments de loisir. Néanmoins, si je cède, chaque jour, au besoin d'un repos légitime , je suivrai fidèlement les précautions si sages que m'indique l'Ange de l'école : « Tria videntur prœcipuè cavenda^ quorum primum
et polissimum est, quôd pracdicta delectaiio non qiiœratiir in aliquibus operibus vel verbis turpibus vel nocivis; secundum , quôtl non oiïininô gravitas animae resolvalurj terlium , ut congruat loco^ tempori et personae , et secundùm alias circumstantias débite ordinetur », {S. Tom. 2, 2, Quœst. 158 ).
A qui, Seigneur, pourrait s'appliquer d'une manière plus directe qu'à vos ministres, cet important avis de votre apôtre : «Necnomi-
netur in vobis, sicut decet Sanctos aut
stultiioquiuni aut scurrilitas, quae ad rem non pertinet ( Ep/ies. 5, u. 3^ 4. ) Quant aux motifs , au lieu, au temps convenables pour ce court délassement , quelle réserve sévère je dois m'imposer encore? Jamais je ne me récréerai dans un lieu public, où un moment de dissipation altérerait la confiance et l'estime des laïcs pour ma personne : je ne prolongerai point ce loisir au-delà des justes bornes , pour éviter de ressembler aux hommes oiseux, que le j-age réprouve : « JEstimaverunt lusum esse vitam noslram ( Snp, 15, /'.12.) Les ris immodérés, indécents de ces ennemis dii Seigneur , je me les interdirai toujours ; j'aurai r.n horreur la joie folle et si courte des amateurs du monde a Risus dolore miscebitur, et txtrema gaudii liictiis occupât { f-'ruu. 14, u. 3.) Seigneur^ désormais je réduirai toutes ces folles jouissances
3@ à leur juste valeur « Risum reputavi errorem: et gaudio dixi : quid frustra deciperis? ( Eccl, 2, c'. 2.)
Pour sanctifier mes aclions , jusqu'à celle d'un plaisir innocent , je ne m'y livrerai qu'après vous avoir fait cette prière , afin que vous daigniez conduire rnes sens , régler mon esprit , et remplir mon cœur :
Prière avant la Récréation.
PoAE , Domine , cuslodiam ori meo , et ostium circumstanliœ labiis meis, ut non loquatur os meum opéra hominum. Turpitudo aut stultiloquium, aut scurrilitas , quae ad rem non pertinet , nec nominetur in nobis, sicut decet Sanctos; sed quaecumque sunt vera, quœcumque pudica , quaecumque justa , quœcumque sancla , quœcumque amabilia , quaecumque bonae famœ : sermo meus semper in gratiâ sale sit conditus , ut sciam quomodo me oporteat unicuique respondere, ut non alla sapiens , sed humilibus consentiens et omnibus omnia factus, omnes faciam salvos.
Amen.
Tout vous sera consacre dans ma vie ; il n'y aura pas jusqu'à ma récréation même que je ne veuille offrir pour votre gloire , et la sanctification de mon ame. Je vous dirai, mon Dieu, en la terminant :
Prière après la Récréation.
Ne permittas nos, Domine, lurbari erga plurinia, sed ità dulcesce in cordibus nostris, ut dùin nécessitas est in loculione nostrâ , gaudium nobis sit in auditione tuû , per l)oininum, etc.
A s pirations »
Soit que j'étudie, soit que je me recueille, soit que je donne à mon esprit un repos nécessaire , soit enfin que mon ministère m'oblige à une vie active dans le cours de la journée, jamais, mon Dieu , je ne perdrai de vue voire aimable présence : d'affectueuses et fréquentes aspirations m'y conserveront. Qu'il est doux et précieux , cet usage de tout employer à nous rappeler vers vous , à nous replacer sans cesse sous le regard bienfaisant de votre Providence ! S'il en faut croire vos saints amis, n'est-il pas souverainement facile cet exercice , dans lequel , quoique je fasse quelque travail pénible, dissipant même, qui m'attache, je vous retrouve partout, cher et tendre Maître, et toujours, sous l'aspect le plus enchanteur?
Illustre Ephrem , combien sont justes et frappantes les idées que , sur ce point , votre esprit nous présente ! « Bonumfueritsemper orare et nunquàm deficere , quemadmo-
L'Eccl^siaoïique acconipii. 4
dùm ait Dominus : quarè , sive opereris , sivi dormias, sive iter facias , sivc comedas , sive bibas, sive decumbas , cave orationem îuam inlermiseris. Sive in ecclesiâ fueris, sive domi luse , sive in agro ; el si oves pascas; et si œdificia conslruas, et si in symposio verseï is , ab oralione cave désistas; et, quandocumquè potueris, genua flecte } quandô non polueris, mente Oeum invoca.
Quôd si orationem operi prïEmiseris , et, surgens è lecto, primorum moluum tuorum initia ab oralione duxeris, aditus peccato in animam non palebit {S. Ep/uem, tom, i , Hom. de orando Deo.) Illustre oracle de Gonstanlinople , vous avez rendu , de la manière la plus éloquente, le prix de ces aspirations : « Sive jejunemus, sive accusemus, sivecondonemus, sive laudemus, sive vituperenius, sive ingrediamur, sive exeamus, sive vendamus, sive eraamus, sive laceamus , sive disputemus, sive aliud quid faciamus, omnia referamus ad Deum ( S. Chrys. orat. Kalendis Habita, tom. 5. ) Astre de Césarée , grand Basile , que vous nous retracez avec intérêt les moyens, comme infinis , que nous avons de nous représenter le divin Auteur de notre être : « Accumbens mensœ, ora; esitans panem , largitori gratiam rependito : bibis Yinum, mémento ejus qui illud tibi dédit ad lœliiiam et infirmitatum solamen ; tunicam sndueriS; gratias agito benigno datori j sus-
picis in cœlum , etsidcrum pulchriludinem intueris ,procide Deo, etcole eum qui omnia liœc in sapienliû creavit » {S. Basil. Mag, Ilom. inStam.JuUilam Mai t. )
Cœur consumé d'amour pour l'adorable Maître, illustre Bonaventure, dans quels détails intéressants vous nous offrez les heureux moyens de nous élever, de la vue des créatures , à la contemplation du Créateur ! « Ciim videris aliquos in pra?lalione temporali, vel indignitate constitutos , cogitabis hoc esse factum ad divinam magnificentiam ostendendam , et sic in eis Dei potentiam collaudabis. Cùm autem alios scientià insistentes, et non solùm Creatoris, sed etiam creaturarum occultissima inquirentes etquemlibet vermiculum curiosiùsordinantes , hoc esse factum ad manifestandam divinam sapientiam non ignores, et sic in eis sapientiam Dei commendabis. Cùm verô videris alios temporalibus negotiis insistentes, in eis divinam laudabis Providentiam, per taies, quiescentibus providentem. Si aliquos videris caeteros judicantes, divinum judicium time : si pœnas inferenles , divinam justitiam cogita : si rigidos, divinae juslitiae expavesce rigorem : Si reprehensores etcausarum discussores, futuri judicii recordare. Si verô videris prœlatos circa punitionem malorum remissos, in eis divinam misericoidiam commendabis. Si videris
aliquos insistere operibiiscliaiitalis et pietalis , in ipsis laudabis divinam bonitatem et suam clementlam inlinitam se breviler ad omnia diffiindenlem. Si calorem habueris , recogila ergà nos Dei Patris nimiain charitatem , quâ suum Filiiim voluit incarnari , et pro nobis omnibus crucifiai. Si frigus habueris , ab omni sestu miseriae refrigerium anhelabis; et sic, per singula discurrendo, omnia potes et debes reducere in laudem et magnificentiani creatoris. » {S. Bo~ nai'en. in Stimula amuris^ c. 10.)
Votre admirable Docteur, ô mon Dieu î vient de semer dans mon ame le germe de ces beaux sentiments, que tous les objets sensibles rappellent comme si naturellement au véritable chrétien. Mais comment rendre ces divers mouvements d'un cœur attendri sur l'inépuisable bonté de son divin auteur , et tout à la fois alarmé de l'idée de son courroux à la vue des excès de ses coupables créatures? Comment encore, dans le cours de la journée , régler si bien ses aspirations, que, soit pour l'objet qu'elles atteindront , soit pour le choix de l'expression, elles ne puissent que vous être agréables ?
Je me propose d'abord de me rappeler souvent mon Créateur et mon Conservateur, et de puiser dans le cœur du plus illustre des pénitents^les sentimeuts, les paroles qui seront à^i^ài^ûs: le sj^mbole fidèle de sa foi , de sa (^a^tmce et de sa gratitude,
(«(uBwnïjg
« Cùm ignoremus quid agere debeamus ; hoc solum habemusresidui, ut oculos nostros dirigamus ad te. » 2 Paralip. 20, p, 12.
« Perfice gressus meos in semitis tuis, ut non moveantur vesligia mea. » Ps. 26, p. 5.
« Vias tuas, Domine, demonstra mihi , et semitas tuas edoce me. » Ps. 34, v. 4.
« Paratum cor meum , Deus , paratum cor meum. » Ps. 5o, t^. 8.
« Nonne Deo subjecla erit anima mea?
Ab ipso enim salutare meum. » Ps» 61 ,
<c Mihi.... adhœrere Deo bonum est :
ponere in Domino spem meam. » Ps» 79 , p. 28.
« Deduc me, Domine, in via tua, et ingrediar in veritatetuâ. » Ps. 85, p. 11.
« Nolam fac mihi viam in quâ ambulem : quià ad te levavi animam. » Ps, 142, v. 8.
«Pars mea Dominas, dixit anima mea :
proptereà expeclabo eum. » Tren. 3.2^. 2 4.
« Deus patrum nostrorum , et Domine misericordiae, da mihi assistricem Sapientiam , et noli me reprobare à pueristuis»
Père céleste , vous aurez donc mes continuels hommages. Ensuite , je me complairai à les rendre à votre Fils bien-aimé.
« Laudate nomen ejus, quoniàm suavisest Dominus : in setcrnum misericordia ejus. » Ps, 99, V. 5,
Frappé des humiliations du Dieu-Homme, je dirai :
« Domine , non est exaltatum cor meum , neque elati siuit oculi mei. » Ps. 130, <^ 1.
<c Tu scis necessitatem meam , quôd abominer signum superbiae et glorise meae. » Est/ter. 14, u. 16.
« Vidi in omnibus vanitatcm et afflictionemanimi. » Eccles. 2, v. ii.
« Benedictus Dominus Dcus Israël, quià visitavit. •» Luc. 1, v. 63.
« Hosanna ! benedictus qui venit in nomine Domini. m Joann. I1,v. 13.
« Benedixisti, Domine, terramtuam : avertisticaptivitatem Jacob. » Ps. 84, v. 1.
« Tu es Christus, Filius Dei vivi. » Matth. 16, p. 16.
c( Domine verba vitae œternae habes. »
Joann. 6, v. 69.
« Dominus virtulum ipse est Rex gloriae. » Ps. 23, V. 10.
« Tecum principium in die virtulis luse, in splendoribus Sanctorum. » Ps. 109,<^. 3.
« Magnus es tu, et magnum nomen tuum.» Jerem. 10, v. 6.
« Beatus venter qui le portavit , etubera quae suxisti. y^huc. ll.i^. 27.
a Confiteantur tibi populi , Deus : confiteantur tibi populi omnes : terra dédit fructum suum. » Ps. 66, v. 6.
Adorable Père, quelle jouissance pour
mon cœur de m'attacher ainsi, par les nœuds les plus tendres, à voire Christ, à votre Fils bien-aimé : le contemplant sous tous les aspects qui me donnent avec lui une plus glorieuse ressemblance , je lui adresserai , selon mes dispositions intérieures, les aspirations suivantes, d'après l'un de vos humbles serviteurs :
a Jesu, Verbum Patris, ulinam audiam quid loquaris mihi!
» Jesu, Frater primogenite, fac me tibi cohseredem in domo Patris nostri.
» Jesu , vita mea , tibi soli vivat anima mea : nam mihi vivere tu es, et mori lucrum.
» Jesu , fons vitse, sitivit in te anima mea : fac me haurire aquas, in gaudio, de fonlibus tuis.
« Jesu, Pastor bone, propter nomen tuum, deduces me etenutries me.
wJesu, amator speciosissime, trahe me posl te in funiculis charitatis.
» Jesu, zelator animarum , cujus delicise esse cum filiis hominum, amem te ardentissimo amore , et caetera omnia propter te.
Jesu,Judex misericors , qui non venisti perdere quemquam; parce mihi, et responde pro me.
Jesu, gloria mea, cupio dissolvi et esse lecum : da mihi vivere et in le mori. »
Esprit saint, source dévie, de lumières et de grâces, combien souvent n'aurai-je pas à vous renouveler le tribut de ma tendresse !
« Vive, potentissime Imperator cordis mei , et dominare, sicut decet te. O quàm mihi placet, ut règnes in œlernum et ultra !
Ulinam tôt millia cordium, quot tibi placuerunt vel placere possunt, ipse possiderem , ut te perfectissimè amarem!
O unice amormeus, et serena lux oculorum meorum , omnia mihi sordeant et vilescant prscter te !
Reple, Deus meus, animam meam amore tuo, ut amore totus ardeam, et amore sestuans , amore moriar.
O dulcissima vita animsemeœ , utinam deficiat in te cor meum !
Ulinam ullimus halitus, quo animam efflabo , halitus amoris sit!
Moriar amore tuo, Deus meus; et quià vitam ab amore non inchoavi, da mihi vitam amando linire : ullimus vitœ actus sit amare. »
Augustes Personnes de la Trinité, après vous avoir décerné mes premiers hommages dans ces aspirations, je vous rendrai un honneur nouveau , en invoquant vos plus fidèles amis.
Tendre Mère , et Reine du clergé, que j'ai-
nierai à vous renouveler souvent , dans le jour , les sentiments de l'amour filial !
a Quae est ista quae ascendit de deserto, deliciis affluens, innixa super dilectum
suum?»ra/ï/- 8, *^. 6.
ce Ave , f:jratiâ plena. » L,iic. 1. v. 28.
« Benedicta tu inter mulieres. » Ibld, Ihid.
«Benedii'ta es tu filia à Domino Deo excelso , prse omnibus mulieribus super ter-
ram quià nomcn tuum ilà magni-
ficavit , ut non recédât laus tua de ore hominum. »» Judith 13, p. 23, 25.
« Tu gloria Jérusalem , tu Isetitia Israël, tu honorifientia populi noslri. » Ibid. cap. 15, V, 10.
« Audi , filia , et vide. » Fs. 44 , t^. 11.
« Oleum effusum nomen tuum : Idt ô adolescenlulae dilexerunt te. » Cant. l, i^. 2.
rt Tota pulchro es, arnica mea , et macula non est in te. yylbid. cap. 4 , *^. 7.
« Quàm pulchri sunl gressus tui , filia
principis ! n Ibid. cap. 7, p. 1.
KMultse filiae congregaverunt divitias; tu supergressa es universas. » Prou, zi , p. 29.
« Astitit Regina à dextris tuis, in vestitu deauralo, circumdata varietate. » Ps. 44, p. 10.
« Protège me, dulcissima Virgo Maria, sub umbrâ aiarum tuarum , et non recédât in aeternum meliifluum nomen tuum, ab ore et corde meo.
Spiritiis luus, ô Maria, super me dulcis, et possessio amoris lui super aurum et topazion.
Sentiat anima mea suavilatem amoris lui , et in tuis semper verselur laudibus; quià unica, post Deum , consolalio mea tu es.
Sicutfilius adsinum malris , ità suspirat ad te anima mea; ne despicias me, Mater misericordiœ.
Quis non diiiget te, Regina cordium , et Mater saneti amoris, quis non diliget te! Utinamomnes creaturse tibi serviant, et in amore tuo vivant , ac moriantur! Gaudeo et exullo, bealissima Virgo , quod Deus te amet super omuia opéra sua, et de hâc re super omnia delector.
Gloriosus mihi vultus luus appareat in extremis, et consolalio lualaetificet egredientem spiritum meum, clementissima Mater. »
Ange de mon Dieu , qui veillez si tendrement à ma garde, vous, sublimes Intelligences, et parfaits modèles de l'amour, du zèle et de toutes les vertus, vous partagerez aussi , à chacun de mes jours, les élans de ma reconnaissance.
« Angele sancte , vitae meae gubernator et cuslos, appréhende arma et scutum, et exurge in adjulorium mihi.
Adesto mihi, bealissime Spiritus; doce, dirige et protège me : cùmque finis vitœ meaî advenerit, in exlremâ luctâ versanti bénigne succurre.
O supremi amalores Dei , succendile me illo igné quem Dominus Jésus misit in terrain et voluit vehementer accendi.
Fontes sapientiœ , pascite me cœlesti doc- Irinâ , et docete me scientiam Sanctorum.
Facile me, mentes purissimae, docilem Dei , ut discam justifîcaliones ejus , et , discussis tenebris, divinum lumen inferte menti meœ. »
Vous tous, fortunés ciloyens de Sion , je me consolerai dans mes peines, je me fortifierai dans mes combats, je m'humilierai dans mes victoires, en m'unissant à vous pas les liens du cœur ; il vous dira souvent :
a Beatus homo qui audit me , et qui vigilat ad fores meas quotidiè , » Prou. 8, 34.
« Mirabilis Deus in sanctis suis. » Ps. 67 , i^, 36.
« Gaudete et cxultale , quoniàm merces vestra copiosa est in cœlis. » Malih, 6, p. 12.
« Nos insensati , vitam illorum sestimabamus insaniam. w Sa^u 6 , *^. 4.
« Beatus populus cujus Dominus Deus ejus! » P*. 143, p. 15.
« Mlmis honorificati suntamici tui Deus. » Ps. 138, V. 17.
« Laudale Dominum in sanctis ejus. » Ps. 130, V. 1.
« Peto, nate , ut aspicias ad cœlum. » ^Macch. 7, p. 28.
« Felices Sancli , qui jàm nostrœ mortali-
lalis pelagus perlransistis , securi de vestrà immarcescibili gloriâ, solliciti eslole de meâ multiplici miseriâ.
Dale manus infîrmo, cœleslis patriœ cives, et erigite jacenlem , ut, convalescens de infirmilate , fortis efticiar in bello.
Clamo ad vos , potentissimi protectores salutis mtae : millite , è patriâ felicitatis, panculas guUas preliosissimi vini charitalis veslrœ , quia aruit , sicut testa , virtus méa , et defecil , prœ sili , anima mea.
Ad me respicite , gens illustrissima et haereditas summi Dei, adhîic peregrinantem in hoc exilio; mittite de cœlo opem etconsolationem. »
Je viens de tracer le sujet de mes aspiralions : eh ! pourquoi , Seigneur , tout ne m'en fournirait-il pas l'occasion heureuse ? pourquoi, sur les traces de vos saints , ne trouverais-je pas sans cesse le moyen de vous louer et de vous bénir? Jusqu'aux choses les plus indifférentes, me rappellent , Seigneur, votre aimable présence! « A solis ortu usquè ad occasum , laudabile nomen Domini. » Ps. H2, v. 3.
A la vue du soleil naissant sur l'horizon, mon cœur vous dira :
« Exorire, exorire, sol justitiae, et illustra splendoribus luis animam meam.
0 lux quœ illuminas omnia ! absorbe me in charilatisabyssum , utvideam semper in
te, et me in te, et cuncta sub le : nam sine te omnia mihi sunt tenebrae , et nox obscura.
O sol animœ mese , Deus meus , quàm amabilis est pulchritudo tua! amo le, lumen seternum , etardentiùsamaredesidero. »
Au son de l'horloge, à chaque nouvelle heure, que mon ame ne senlira-t-elle point pour vous , mon Seigneur et mon Dieu !
« Benedicta sit illa hora, quâ Dominns nosler Jesus-Christus incarnari voluit, et pati pro nobis.
O Deus infinité amabilis , quàm parùni hactenùs dilexi te! Dixi , nunc cœpi : da quod jubés , et jubé quod vis.
Eccè lapsa est hora , Deus meus, et nullum in me senlio amoris increinenlum. Utinam geminatis ignibus banc jacluram resarciam !
Quanta est misericordia tua , Domine, quià me usquè ad banc horam lolerâsli ! Gratias ago , et doieo quôd làm ingratus fuerim.
Offero tibi, seterne Paler, quidquid dixero, fecero, cogitavero hâc horâ. Ulinam eam utiliter Iransigam ad majorem lui gloriam ! »
Point de jour où je ne trouve une occasion d'exercer ma patience : toute peine que l'on pourra me faire , toute contradiction que l'on me suscitera , je la considérerai comme un moyen de m'animer à marcher sur vos traces. Je dirai alors intérieurement :
« Si oportuil le, Chrisle, pâli, el ilà in^ trare in gloriam tuam ; quo pacto ego in iilam inlrabo, nisi via regiâ sanctae criicis? îram luam , Domine, portabo, quoniàm peccavi tibi. Quôd si bona suscepi de manu luâ , quarè mala non suslinebo?
Absità me, Domine, ut animam despondeam à chrislianâ perfeclione comparandâ : omnes enim difficultates, te duce, superabo, et in Deo meo transgrediar murum.
Offero me tibi, Domine, paratum ad omnia mala œquanimiter , hilariter, ac sine ullâ prorsùs querimoniâ sustinendà.
0 si patientiam sancti Job assequi possem, et conslaniiam sanctorum martyrum ! »
Point de jour encore, oîi votre Providence , me procurant le mérite de la souffrance ou de quelque incommodité, une élévation de mon cœur ne devienne le gage de ma reconnaissance.
» Gralias ago tibi , Deus, quià voluntas tua in me adimpletur; quià voluisti, ab aeterno, ut mihi talia evenirent. Offero ea tibi ad gloriam tuam j in unione passionis Christi. Tuus sum ego, Domine j tu scisquid mihi expédiai : offero me tibi in omne beneplacitura tuum.
Oamor! eâ intenlione quâ pœnam istain de corde Dei mihi altulisti , tibi commitlo, ut eam in summâ gratitudine, ibidem reconsignes.
Qu'il m'arrive un heureux événement, je m'empresserai de vous dire :
« Valdè quidem me consolatur res ista , Domine Jesu ; eam tamen nolo, nisi à te et propterle, paratus câ carere, quolies volueris.
Benedictus es, Domine, qui adjuvisti me et consolalus es me; cùm milii minimo et infelici nulla debeatur consolalio , nuUa prosperilas. »
Fi"appé,ému par la beauté ou les perfections des créatures, mon cœur à l'instant formera ce sentiment si doux de gratitude :
« Delectâsli me, Domine , in factura tuâ. Multa fecisti tu , Domine Deus meus , mirabilia tua : sed tu omnium pulcherrimus et perfectissimus es : quandô veniet dies, ut in te solo délecter?
Eccè isti sunt rivuli , Domine Deus meus , qui ex te vero et increalo fonte omnium bonorum dimanant, hse sunt guttse inexhausli maris , tuse ineffabilis bonilalis.
A !a vue d'un jardin répandant au loin le parfum de ses fleurs , je vous dirai :
« Exorna , dilecte mi, virtutum floribus animam meam ; utinam in me floreat lilium castitatis , humililatis viola, rosa charitatis. M
A la vue des richesses de nos campagnes.
« Dilecte mi, ne sinas me donis tuis abuli contra me.
Laudate Dominum , ligna fructifera et omnes cedri.
Bone Jesu, quàm adhuc imperfectè tibi servie, et tamen plantalus sum secusdecursus aquarum graliœ tiise. Adjuva me, ut fructum afferam in palienliâ.
Eleva me , Domine , à terra 3 ut alis amoris ad te volem.
Da mihi , Domine , cognoscere dignitatem meam, ne fiam sicut equus et mulus quibus non est intellectus. »
A la vue des divers éléments, quel motif n'aurai-je pas encore de m'élever vers mon Dieu!
«c Ignem venisli mittere in terram, Deus meus, etsuades mihi ut emam à te aurum ignitum : accende tu illum in me , ut liqaescam amore tuo.
Anima mea , sicut terra sine aquâ tibi, sitivit ad te fontem vivum : irriga me, et polum da mihi in lacrymis, in mensurâ.
En portant un coup d'œil vers le Ciel, je dirai, après vos saints amis :
« Quàm sordet mihi terra, dùm cœlum aspicio ! » Si. Ignace.
Le bel éclat des astres me portera à bénir le divin Auteur de tant de merveilles, et à faire un salutaire retour sur moimême.
«Tôt tibi sint laudes, Jesu, quot sidéra cœlo. 0 magna Domus Dei , quàm vilis mihi
fuisti! pœnilet me, Domine; da mihicônstantiam in servilio tiio.
Cœli cœlonim, laudate Deum : quando aperiemini mihi^ ut inveniam eum quem diligil anima mea ?
Au bruit alarmant et majestueux du tonnerre , je m'écrierai :
« Dominus fortis et potens. » Ps. 23, p. 8.
a Tu lerribilis es, et quis resislet tibi?» Ps. 76, u. 8.
En éprouvant, ou la rigueur du froid , ou l'incommodité d'une chaleur trop vive, je dirai :
«Benedicite, frigus et sestus, Domino. » J?an. 3, p. 6»
A la vue d'un de mes frères qu'on inhume :
o Da requiem cunctis, Deus, hic et ubiquè sepultis. »
Si l'ennemi secret de mon salut m'attaque, je lui répondrai de creur :
« Malomori quàm fœdari.
Damihi, Domine, palientinmet pacem ; ne perdam coronam in cœlo : tu enim dixisli : in patientiâ vestrâ possidebilis animas veslras.
Tu, Domine, qui ad exercitium facis ut sentiam, adjuva me, ne consenliam. »
A mesure que le jour baissera, je vous adresserai , ineffable lumière, soleil éternel,
les vœux d'un cœur embrasé du désir de vous aimer toujours davantage :
« Veni , cœlestis amor , et fulgidissimâ face tuâ , discute noctem ignoranlise meae. 0 amor, decus et lux virtutum oumium, explica pompam radiorum tuorum in domo cordis mei, ut in lumine luo te videam lumen œlernum 1
Fac me, Jesu dulcissime, super pectus tuum requiesccre : da mihi trahere anhelitum de mellitico corde tuo : influât spiritus tuus suavissimus in animam meam , quieam absorbeat et inseparabiliter tibi uniat.
Veni, divine amor, et tu mihi somnia dispone, ut in tuum amorem , tanquàm in somnum suum incumbat cor meum , et in te solo requiescam nunc et in œlernum. »
V^islte au Saint Sacrement»
Le voile de la nuit se répandra-t-il sur la terre , sans que je m'acquitte d'un devoir qui doit être toujours plus cher à mon cœur; celui d'aller, dans l'après-dîner, rendre mes hommages au Dieu si bon qui nous a fait un paradis ici bas? Adorable Maître , habitant nos temples, résidant sur nos autels, comme un roi dans son palais, comme le modèle des plus tendres pères , au sein de sa famille, combien vous avez de droils sacrés à nos bénédictions et à nos louanges ! « Sedenti in IronO; et Agno, benc'
dictio , et honor et gloria et poteslas in sœcula saeculorumw (^/;oc. 5, \>. 13.) Ah! Seigneur, aussitôt que je pourrai suspendre les fonctions que vous m'avez confiées , j'accourrai dans nos Eglises; je vous y adorerai dans un recueillement profond , dans un silence affectueux; je vous honorerai comme le parfait adorateur de votre Père : je ne terminerai qu'avec douleur, cette visite sublime dans son objet ; et , soupirant toujours après vos tabernacles, je n'aurai de joie qu'en leur présence.
« Lactalus sum in his quse dicta sunt mihi : indomum Domini ibimus. » Ps. 121, v. 1.
a Venite, adoremus, et procidamus, et ploremusanle Dominum. » Fs. 91, v. 6.
« Adorabimusinloco, ubi steteruntpedes ejus. wP*. 131, i^. 7.
« Adorabo ad templum sanctum tuum , et confilebor Nomini tuo. » Fs. 137, i^. 2.
« Locus enim in quo stas, terra sancta est. » Exod. 3 , <^. 5.
« Verè Dominus est in Ipco islo , et ego nesciebam.i) Gen. 28, v. 16.
« Domum tuam decet sanctitudo, Domine. M Fs. 92, p. Vi.
« Verè tu es Deus absconditus , Dcus Israël salvator. w Isa. 45, v. 15.
Nec est alia natio tàm grandis, quse habeat Deos appropinquanles sibi, sicut Deus noster. » Deut, A ,p.i.
u Médius vestrùm stelit, quem vos
nescitis. » Joan. 1, i^. 26.
a Âperite mihi portas justiliae ; ingressus ineas, confitebor Domino.» Ps. iilyV. 19.
L ec lu re sp iriluç lie .
Je ne bornerai point mes hommages à mon séjour dans le lieu saint. La lecture spirituelle sera un exercice journalier au logis j et les ouvrages où je la ferai de choix , de préférence , seront : « Le traité de la Perfection de l'Etat ecclésiastique, les Conférences synodales de Massilton , le Pastoral de saint Grégoire , les Hures du Sacerdoce , de saint Jean Chrysosiôme , ceux de la Considération , de saint Bernard. »
Seigneur, les livres spirituels nous font jouir de la conversation des Saints, nous font profiter de leur expérience, nous donnent part aux lumières et aux vertueux sentiments que votre esprit répandit dans leurs cœurs, lorsqu'ils étaient encore sur la terre. Je consacrerai une demi-heure à cette utile occupation. Je la commencerai par vous demander la grâce de la bien faire : je purifierai mon intention, et me proposerai des vues toutes célestes : « Extirpatio viliorura, exercitia virtulum, spirituaiis profectus. » Jamais je ne m'y appliquerai par vanité , par curiosité, avec indifférence. Selon l'avis de vos fidèles serviteurs , j'en retiendrai lou-.
jours quelque pensée frappante, ou quelque sentiment onctueux : « Semper aliquid de lectione extrahas, quod propositoconveniat, quod revocatum crebriùs ruminetur, quod te ad proficiendum admoneal » [S. Bem. ) Je ne parcourrai point , tantôt un livre, tantôt un autre : « Fortuita et vana lectio non œdificat. » [Idem.)
Je puiserai , dans ces sources pures , le dégoût des écrits profanes , dont la lecture entraîne après soi tant de maux pour notre ame : Vanas ^ dit votre admirable docteur Bonaventure, « vanas générant cogitaliones, extinguunt mentis devolionem , et non sedificant mentem , sed potius inficiunt ( Opusc. c. 14.) Illustre saint Ephrem , je me propose de retirer de mes lectures le même fruit que vous sûtes retirer des vôtres : « Pingebat actibus paginam quam legerat » [Ennod. in ejus vi/â.) Avec ces salutaires dispositions, plein d'amour et d'estime pour la lecture spirituelle , je m'y appliquerai tous les jours, selon l'important conseil de vos amis : a Sine legendi studio, neminem ad Deum intentu m videas » ( S/, Athan. )
« Audiam quid loquatur in me Dominus Deus. » Ps, 84 , i\ 9.
a Vias tuas.... demonslra mihi, etsemitas tuas edoce me. » Ps. 24, v. 4.
« Concupivit anima mca desiderare justificaliones tuas. -» Ps. 118, p. 20.
a In bonitate tuâ doce me juslificationes tuas, n I5id, p. es.
« Lex Domini immaculata, convertens animas. » Ps. 18 , p. 8.
« Beatus homo quem tu erudieris, Domine. » Ps. 93, p. 12.
« Beat! qui audiunt verbum Dei, et cuslodiunt illud. » Luc. 11, p. 28.
« Lsetabor ego super cloquia lua. » Ps. 118, p. 163.
ce Gressus meos dirige secundùm eloquium tuum, et non dominetur meî omnis injustilia. ^ilbid. p. 133.
Coucher.
Ma journée s'écouîant ainsi dans une série d'édifiants exercices, je ne me livrerai point au sommeil sans me renouveler tout moimême dans les vertueuses affections du jour. Le soir, comme le malin, aura été fidèlement consacré à la récitation des divins offices; remplissant chaq'ie partie aux heures déterminées par l'Eglise notre mère, et m'imposant l'obligation de ne renvoyer l'acquit de ce devoir sacré à des temps qui me seraient plus commodes. — Le malin, l'examen de prépoyance sur tous les objets qui pouvaient m'êlre , dans le jour, une occasion de chute, aura été comme le prélude de l'examen de conscience qui , le soir, m'offrira mes torts : alors je les pleurerai
avec le cœur des David , des Manassés , des Magdeleine , des Pierre j au moins je solliciterai le bonheur de les imiter dans leur douleur pleine d'amour j je réciterai alors les litanies des Saints, je renouvellerai la profession des premières vertus chrétiennes, par les actes de foi , d'espérance et de charité.
Au moment de me mettre au lit, je le considérerai comme mon tombeau ;je croirai voir dans les planches qui le forment, celles de ma bière, et, dans mon linge, le suaire qui doit couvrir dans peu ma dépouille mortelle. En quittant mes habits, l'esprit et le cœur remplis des bienfaits de mon Dieu, je dirai, pour m'humilier salutairement de tant d'infidélités pardonnées : « Quis indicavit tibi quôd nudus esses, nisi quôd ex ligno de quo prœceperam tibi ne comederes, comedisli. {Gencs. 3, ^. il.)
Je m'animerai à la pratique des vertus sacerdotales, particulièrement de la plus excellente, l'aimable charité.
« Suadeo tibi emere à me aurum ignitum probatum , ut locuples fias , et veslimenlis albis induaris, et non appareat confusio nuditatis tuae. {Jpoc. z, p. i8. )
Je me déterminerai à suivre les traces de mon adorable modèle.
a £xpoliantes vos veterem hominem cum aclibus suis, et induenles novum, eum ,
qui renovatur in agnitionem, secundùm imaginem ejus qui creavitillum. » Coloss. 3, p. 9. 10.
Je m'interdirai ce qui, dans mon désir du sommeil , tiendrait à un mouvement sensuel :
«Non in cubilibus et impudiciliis.... sed induimini Dominiim Jesum Christum, et Garnis curam ne feceritis in desideriis. » Rom. 13 , p. 13, 14.
En me couchant , je ri^citerai, dans le sentiment d'une vive confiance, le psaume : « Cùm invocarem exaudivit me Deus, etc.» (Ps. 4, P. 1.)
Dans celui d'une juste confiance de moimême, le psaume : « Conserva me, Domine, quoniàm speravi in te. ( Ps. 16, p. i . )
Enfin, avec l'accent d'un repentir filial, le psaume : « Miserere mei, Deus, etc. »
(Ps. 60, P. 5.)
Je ne m'endormirai qu'avec cette belle pensée d'un de vos saints doeleurs, « Sanctis ipse somnus oratio est. » [Si. Jérôme.)
Lorsque mon sommeil sera interrompu , je vous saluerai, divin Maître , avec l'effusiou de l'amour. Si je ne m'arrache pas à l'instant de ma couche , pour partager l'ardente charité de David dans ses méditations nocturnes , du moins , Seigneur, qu'avant le lever de l'aurore, mon cœur s'élance vers tous; que je vous tende les bras, et vous dise avec l'abandon de la confiance :
«Illumina oculosmeos, ne unquàm obdormiam in morte : ne quandô dicat inimicus meus : prœvalui adversùs eum. m Ps. 12, V. 3.
« Quoniàm tu illuminas lucernam meam, Domine : Deus meus, illumina tenebras meas. » Ps. 17, <^. 31.
« Dominus illuminatio mea et salus mea : quem timebo? » Ps. 26, f. 1.
Je vous protesterai , Seigneur, de la vivacité de mes vœux pour vous posséder.
rt Anima mea desideravit te in nocte, sed et spiritu meo, in praecordiis meis, de manè vigilaboad te. » /^a/. 26, p. 9.
Pourquoi , dans ce court réveil , ne m'occuperais-je pas du salut de mes frères , surtout des plus égarés? Ah ! mon cœur pourrait-il oublier un moment leurs immenses besoins?
« ïlluminare his qui in tenebris et in umbrâ mortis sedent , ad dirigendos pedes nostros in viam pacis. » Luc. 1, (^. 79.
Voile de la nuit , vous me figurez sensiblement l'horrible obscurité du péché, le sommeil fatal , la mortelle léthargie de l'ame criminelle! « Surge qui dormis, et exurge à mortuis, et illuminabit tcChristus. {Ephes,
En gémissant sur le monstrueux aveuglement des ennemis de Dieu, je gémirai sur mes propres misèresi je vous promettrai,
»2 divin Maître, que l'aube du jour, en venant éclairer le monde, éclairera ma trop juste douleur de tous mes égarements j que j'irai de nouveau , pleurer dans votre sein , et qu'au lever de l'aurore , vous aurez les prémices de mes pensées et de mes sentiments. « Manè astabo tibi , et videbo , quoniàm non Deus volens iniquitalem tu es. » Ps. 5, *^. 5.
« Eccè nùnc benedicite Dominum , omnes servi Domini. •» Ps. 133 , p. i.
« Bonum est confiteri Domino, et psallere nomini luo. » Ps. 91 , i^. 8.
« Domine Deus sal ulis mese , in die clamavi et nocle coram te. » Ps. 87, p. 2.
« Recogitabo tibi omnes annos meos in amaritudine animse uieœ. » Isai. 98, v. 16.
« Tuus est dies, et tua est nox. y)Ps. 72; V. 16.
« Custodi me ut pupillam oculi , sub umbrâ alarum tuarum protège nos. » Ps. ift, 1^. 8.
«In pace, in idipsum, dormiam et requiescam. » Ps. 4, i^. 9.
« In m.iuus tuas commendo spiritum meum : redemisti me , Domine, Deusveritatis. » Ps. 30 , p.Q.
a Domine Jcsu , suscipe spiritum meum. » j^ct, 7, <'. 68.