POUR UN MINISTRE DE JESUS-CHRIST
Molifs essentiels cCune règle de vie , pour les ministres du Seigneur,
Dans le cours de l'ouvrage des Pensées Ecclésiastiques , nous avons parlé aux chrétiens qui , décorés comme nous du beau titre de disciples de Jésus-Christ, de ministres de sa sainte Eglise , se sont montrés des modèles accomplis du Sacerdoce : c'est le langage du respect, de l'admiration , d'une tendre émulation pour nous approcher d'eux , pour marcher sur leurs traces ; oui , c'est le langage que la foi , que la docilité , que la vénération commandent , que nous nous sommes prescrits envers eux. Nous
avons ensuite adressé la parole à ce nombre d'ecclésiastiques qui marchent par la voie commune, et qui, s'obslinant à y rester, auraient hélas! tout à craindre. Ah! si nous les avons molestés,- si, en leur offrant des réflexions que nous nous étions d'abord, avec tant de raison , appliquées à nousmêmes, nous en avons aigri plusieurs; désolés de ce sentiment, nous protestons hautement que notre cœur tout seul s'est énoncé, que jamais il ne cessera de bénir chacun d'eux ; c'est-à-dire , chacun de ■vous, et que nous ne pouvons vous rendre Tamour ardent que nous portons à vos âmes.
Notre tâche serait-elle ici remplie? non : il nous reste à tracer, pour nous d'abord, et puis pour tous les amis de l'Epoux, un plan de vie qui soit comme la suite naturelle de notre premier travail. Les Pensées Ecclésiastiques présentent , pour chaque jour de l'année, des vérités fortes ou des reproches alarmants : elles nous retracent l'ensemble précieux de nos devoirs : mais nous avons cru qu'il serait utile de les offrir ensuite sous un point de vue raccourci, et de nous placer les uns les autres dans cette crise salutaire, que doit opérer, sur un prêtre animé de la foi, l'effrayant tableau de ses obligations éparses dans les pensées pour tout le cours de l'année j il
faut qu'il vienne nous frapper , nous ébranler, nous persuader tout ensemble; il faut donc que la lecture réfléchie de l'ouvrage , que la méditation des maximes qu'il renferme, le rapprochement subit entre la perfection sacerdotale , et nos habitudes et notre caractère, nous conduisent à un sincère retour sur nous. Mais quel sera le fruit de ce recueillement salutaire? nous gémirons sur le passé , nous donnerons des pleurs amers à tant d'années , perdues pour nous et pour nos frères; nous sentirons le besoin pressant de tout réparer : nous formerons des résolutions généreuses, et pour nous mettre dans l'impossibilité d'y devenir dans la suite infidèles, nous nous tracerons une règle de vie, nous pèserons dans la balance de l'éternité , la brièveté comme le prix du peu de temps qui nous reste : nous réduirons à sa valeur cette fatale liberté que nous nous sommes jusqu'ici donnée : nous rougirons de nous-mêmes , en rappelant ce sage avis de l'humble Thomas à Kempis:
a Si vis aliquid proficere noli esse nimis
liber , sed sub disciplina cohibe omnes sensus tuos » {Imit. liu. 1, ch. 21.) Eclairés sur nos intérêts, nous reconnaîtrons, après le saint évêque de Carthage, le mérite d'un plan de conduite , qui nous place sous l'aimable joug de la vertu pour ne nous en dégager jamais, « Disciplina dux est ilineris
salutaris, magislra virlutis , facit in Christ© manere, et jn^iter in Deo \ivere » {S. Cyp. Lib. 2, de Hab. Vir^.) Après nous l'être imposé , nous tremblerons de nous en écarter, et par là, de préparer le naufrage de nos âmes. Selon cet énoncé frappant de saint Ephrem : a Ubi ea non viget , ibi
magnum animarnm naufragium ne
igitur hodiè asperam ducas vitam , et cràs moUem et delicatam ; sed canonem unum reline, sicut etiara sancti fecerunt patres, qui ad quinquaginta et ultra annos, suum non mutârunt canonem ac regulam. »
Dans d'aussi favorables dispositions pour le salut de nos âmes, et pour le vrai l3onheur de nos frères, ne serez-vous point flaltés, amis de l'Epoux, de trouver ici ce Plan de Vie puisé dans les mêmes sources , qui nous ont fourni le recueil des Pensées ? que chacun y parle en son nom , comme pénétré de ces réflexions d'un si grand intérêt, que j'ai soumises à vos lumières et à votre piété : oh! nous se-' rions trop malheureux, si elles n'avaient pas fait sur nos cœurs une impression profonde.
Avant d'exposer ce précis d'une vie angélique , qu'il nous soit permis de répondre à quelques objections que sa première publication nous a fait faire. On nous repro-
che d'avoir rendu si difficile , la voie de la perfection sacerdotale, qu'il est comme impossible d'y atteindre : on ajoute que cet ensemble de règles et de maximes, décourageant le plus grand nombre, presque personne n'oserait se l'approprier , et qu'ainsi nous manquons le but que nous nous étions proposé.
Si les principes que nous avons mis en avant , paraissent trop austères , si les maximes que nous proposons semblent trop rigoureuses, pourquoi d abord s'en prendre à nous? est-ce de nous-mêmes que nous avons osé parler? ou plutôt, qu'avons-nous fait autre chose que de rapprocher ce qu'ont écrit , sur les devoirs essentiels du Sacerdoce, les grands hommes qui , aux diverses époques de l'Eglise , s'en sont manifestés les plus beaux modèles. Je m'étonne qu'on s'attaque h celui qui ne s'est montré que leur échoî
D'ailleurs, nous n'avons point avancé que l'on dût d'abord , sans aucune mesure, embrasser , dans toutes ses parties, le nouveau Plan de Vie. N'est-ce pas plutôt en se reformantsuccessivement, en empruntantaujourd'hui un noble procédé sur tel point de notre conduite , et demain un nouveau sur tel autre, que nous parviendrons à régler parfaitement l'intérieur et l'extérieur, et à devenir , peu à peu , de vrais hommes de
Dieu , des hommes apostoliques ? Les moyens que nous avons présentés pour se rappeler à Dieu, et marcher en son auguste présence, ne sont pas à prendre, tous en même temps. Ici, la variété ne peut que soulager l'imagination, et alimenter heureusement notre cœur.
Allons plus loin encore, et convenons que ce n'est pas un devoir rigoureux, mais un précieux avantage , que de se montrer habituellement fidèle à ce règlement de vie : un prélre ne peut, sans doute, s'en former un , qui soit aussi uniforme que celui d'un solitaire : un jeune ecclésiastique sans fonctions, n'est pas le maître de tous ses moments : quelque soin qu'il doive avoir de s'appliquer à la prière et à l'étude, s'il vit dans le sein de sa famille, il ne saurait se dérober à certaines relations de nécessité ou de bienséance qui ne lui laissent pas toujours la libre disposition de son temps : mais ces dérangements , que sont-ils auprès de ceux qu'occasionnent les occupations du ministère? occupations c|uelquefois très-variées qui se succèdent si rapidement et se ressemblent si peu, et que souvent même on ne prévoit pas : de ces sages réflexions énoncées par un de nos maîtres dans la vie spirituelle il conclut qu'un prêtre ne peut, dans un règlement, déterminer, d'une manière absolue, l'em-
ploi de tous ses instants j et que, vouloir le faire, c'est s'exposer à manquer à ces résolnlions, tous les jours et plusieurs fois par jour: hélas! que deviennent trop souvent toutes ces règles de conduite qu'on se trace dans la ferveur d'une retraite , où tout est si bien déterminé qu'il n'y a pas un quart dlieure,dans la journée, dont l'emploi ne soit marqué ! on y manque dès le lendemain de la retraite, chaque jour les infidélités se multiplient j on ne tarde pas à se persuader que ces idées de perfection , belles dans la spéculation , faciles d'exécution dans la solitude, sont impraticables dans le monde : déjà nous passons d'une extrémité à l'autre, nous nous prévenons contre tout ce qui offre l'idée de règle et d'ordre, et pour avoir voulu mettre trop d'arrangement , nous tombons dans un désordre universel : pour éviter un si grand malheur, que les ministres sacrés ne prennent pas à la lettre et dans toute la rigueur, le nouveau plan que nous leur présentons: s'ils le trouvent d'une difficulté impraticable, qu'au moins ils ne me refusent pas ce que j'ose leur demander comme une grâce ; c'est de s'imposer l'obligation delà suivre et de ^accomplir, au moins en partie, et pendant un temps déterminé, comme l'espace d'un mois : à ce terme j'assurerai d'avance que bien des difficultés
seront aplanies , et qu'alors ils retiendront de ce règlement les parties essentielles, et voudront s'astreindre à les remplir.' O
utinani !