TOUS I.ES ANS
Une fois chaque année , je ferai, s'il m'est possible, une retraite avec mes confrères dans le Sacerdoce, pour célébrer mon ordination : la solitude est si précieuse! c'est
l'école de la divine doctrine. Au désert, Jésus fut proclamé par son père, le docteur des nations :« Hic est filiusmeus dilectus, in quo mihi benè coraplacui ; ipsum audite. » {Matih, 17, i\b.) Au désert, l'un des plus grands hommes de la première alliance se fortifiait dans le service de son Dieu , et recueillait des grâces rares et précieuses :
« Deus cùm pertransires in deserto ,
terra mota est ; etenim cœli dislillaverunt, à facie Dei Sinaï, à facie Dei Israël. » {Fs, 67, V. S, ei 9.) Aussi , l'illustre solitaire se félicitait d'avoir franchi le torrent que le monde a placé entre lui et la retraite , « Torrentem pertransivit anima noslra. » {Ps. i23, P. 4.) et de ne s'être pas désaltéré aux eaux bourbeuses et empoisonnées des passions : « Forsilan perlransisset anima nostra aquam inlolerabilem. »(7^/rf. )Dans le silence de la terre, il bénissait, et glorifiait le divin Maître j comparant, au milieu de ses transports, sa fuite d'une société bruyante et dangereuse, au vol rapide de l'habitant des airs : (^ Anima nostra , sicut passer, erepla est de laqueo venantium : laqueus contritus est, et nos liberati sumus. » [Ibid, P.6 , el 1.)
Un de mes plus saints prédécesseurs au Sacerdoce , l'un de vos plus tendres amis , ô mon Dieu! l'admirable Basile, que n'a-t-il pas dit , écrit , pour m'inspircr le goût de la
retraite ? Sous la plume du célèbre docteur , la solitude est un paradis : disciples de l'Agneau, elle est le tombeau de nos vices, la guérison parfaite de nos blessures , l'heureux et sur asile contre un monde jaloux , exigeant et persécuteur , un doux rafraîchissement contre le feu des passions : émule du sépulcre de Jésus-Christ, par le souffle tout-puissant de l'Esprit saint , elle fait revivre au Seigneur les malheureux que le péché avait frappés du coup mortel : ci 0 soliludo, mors vitiorum, purgatorium sordidorum ! te potentis medici conclave experiuntur, qui vulnerati in prœlio hostiles manus effugiunt : tu mundi persequentis felix refugium, ab aestu sœculi refrigerium, lu dominicae sepulturse propemodùm semula, quœpeccato mortuos suscipis, et per afflatum Sancti Spiritùs Deo reviviscere facis. » {S. Basil, de Lande eremetkâ.)
Il n'est que trop commun de trouver la dissipation, un fond de dégoût, de langueur, dans les fonctions extérieures du ministère. Mon Dieu , qu'ici la retraite est une précieuse ressource pour me ranimer d'un nouveau zèle , et m'enflammer d'un nouveau feu ! Je ferai comme le saint roi David : « Eccè elongavi fugiens , et mansi in solitudine : expectabam eum qui salvum me fecit à pusillanimitate spiritùs. » ( Ps. 54 , v. 7, 8. ) Là , loin des hommes, dans le sein du divin
Epoux de mon ame , mon cœur trouvera sa nourriture : « Semila , quasi lux splendens , proceditetcrescit usquèadperfectamdiem.»
{P/op. p. j8.) Là, tout me consolera, me délassera , m'invitera au plus aimable repos ? tout me donnera une idée ravissante du ciel ; tout me portera aux plus vives actions de grâces, pour les moyens de salut que le Père éternel a placés dans mes mains : « Con-
solabitur Dominus Sion ponet deser-
lum ejus quasi delicias, et solitudinem ejus quasi hortum Domini : gaudium et lœtitia invenientur in eâ, gratiarum actio et vox laudis. M {Isa. 6i , v. 3.)
S'il n'est point de retraite publique, j'en ferai une particulière, de huit jours ou au moins de trois jours, dans la supposition que je n'y puisse consacrer plus de temps sans nuire à mes devoirs : je la fixerai à la semaine qui précède l'anniversaire de mon ordination. Les exercices qui partageront pour moi ces moments précieux , seront ceux tracés par le grand saint Ignace, ou par le vertueux père Neveu. Je choisirai ces jours de grâce, pour faire une revue des fautes qui m'auront échappé dans le cours de l'année. Je commencerai par la méditation des motifs qui doivent m'animer à l'amour de la retraite ; je les puiserai spécialement dans cet avis paternel d'un des successeurs de saint Pierre : « Cùm diuturnâ
€xperienliâ comperlum sit , ut ad relinendam , conservandamque sacerdotalis ordinis dignitatem et sanctimoniam , maximoperè conducere ut ecclesiaslici TÏri spiritualibus exercilils aliquandè vacent, quibus quidquid sordidum de mundano pulvere contractum est, commode detergitur, ecclesiaslicus spiritus reparatur, mentis acies ad diviriarum rerumcontemplationem extollitur , rectè sanctèque \ivendi norma vel inslituitur , vel confirmatur. » {Clem. XI. Epîst, Encycl. an 1710.)
Chaque année, je célébrerai les jours anniversaires de ma régénération spirituelle , de ma conversion à une meilleure vie , et de ma promotion aux ordres sacrés. Ce devoir annuel me retracera ce que j'ai d'actions de grâces à rendre à mon adorable bienfaiteur. Quelles faveurs dans le baptême ! « Si quilibet suum natalem , quoad aelernam mortem , observât : quantô magis illum observare débet, quoad œternam vitam est regeneratus. » {Micrologus de Eccles. Obser. c. 60.) Que de grâces touchantes à chacune des époques de ma vie! Surtout quel ensemble de dons réunis à mon inauguration sacerdotale ! Illustre pontife de Milan , généreux émule d'Ambroise, qu'il était sage le décret qu'on doit à vos lumières ! (c Sacerdotes, quo die eorum quisqwQ Sacerdotio initiatus est, illum etiara
quotannis recelant Missœ sacrificio et precibus. » [Concil. Mediolan. 3. )
Chaque année, je lirai les rubriques, les canons et les statuts qui me concernent plus particulièrement : j'y retrouverai la l)onté de la loi évangélique , la sublimité de nos dogmes, la sagesse des lois de l'Eglise.
Au terme de chaque année , je me tracerai une analyse des morceaux qui m^auront le plus frappé dans l'étude des saints livres ; je me rendrai compte des traits principaux : pour les mieux graver dans ma mémoire, je renouvellerai la promesse de suivre le conseil de saint Jérôme : « Divinas scripturas saepiùs lege , imô nunquàm de manibus sacra
lectio deponatur tenenti codicem som-
nus obrepat, et cadentem faciem pagina sancta suscipiat. » Toute une année , j'aurai plus spécialement combattu tel vice de mon caractère : au commencement d'une nouvelle, je m'examinerai rigoureusement sur la vertu opposée, pour me condamner, si j'en ai négligé la piatique, pour m'animer à des efforts plus généreux, si elle a pris racine dans mon cœur : « Si omni anno unum vitium exiirparemus, cilô viri perfecti efficeremus. » ( Imit. Christ, lib. i , c. 1 1 , «. 6.)
Comme pasteur des âmes, au terme de chaque année, je me rappellerai devant Dieu les promesses qu'aura faites mon zèle , de conserver le tendre souvenir de chacune
de ces brebis spirituelles , d'avoir toujours présents à ma mémoire leurs besoins, leurs vœux, leurs soupirs et leurs larmes: 'Proprias oves vocat nominalim n{Joan. i9, i^. 3.) „ Je sonderai ma conscience. Si je fus inli- M dèle aux engagements d'une charité apostolique, j'en concevrai une profonde douleur; je ressusciterai, pour ces enfants de mon sacerdoce , toute mon ancienne tendresse , et je leur dirai de cœur et de bouche : « Libentissimè impendamet superimpendaripse proanimabus veslris » ( 2 Cor. 12, t^. 15. )