‹ L'Ecclésiastique accompliChapitre 22 sur 42 · SECOND TABLEAU · texte numérisé non relu

SECOND TABLEAU

Ministère du Confesseur dans V imposition des Pénitences sacramentelles.

Seigneur, en travaillant pour votre gloire, en m'efforçant de rendre ma vie moins indigne du ministère sublime que vous m'avez confié , j'ai travaillé pour mon bonheur : mais dois-jem'occuper de mes intérêts éternels , sans songer à mes frères? Eli ! n'est-ce pas pour eux aussi que je me suis retracé la nature , l'immensité , l'importance de mes devoirs ? Mon Dieu , je le confesse, mille fois vos amis nous l'ont répété de votre part , le prêtre ne saurait se sauver ou se perdre tout seul ; la résolution de n'assurer que sa sanctification personnelle serait déjà comme le premier pas dans la voie de la réprobation. Consacré irrévocablement au service de l'Eglise , je ne dois chercher qu'à peupler TEglise de la terre, ou de fervents lévites, ou d'édifiants fidèles : deux voies me sont ouvertes pour réussir dans cette noble entreprise j celle de la prédication de la divine Parole, dans les chaires apostoliques ; celle de la prédication secrète, dans les tribunaux de miséricorde : pourrais-jc ignorer , mon

Dieu , que la première n'est qu'une préparation à la seconde, que l'orateur chrétien dispose, ébranle j qu'il est réservé au confesseur de terrasser , de foudroyer , de sauver le pécheur : deux sortes de pénitents se présenteront au tribunal, le ministre du Seigneur et le simple fidèle : tous les deux, exposés aux mêmes passions , ont des obligations particulières à remplir , et dont l'infraction les rend plus ou moins coupables : deux malades bien dignes de nos soins et de notre amour, mais des malades à l'infirmité desquels les mêmes remèdes ne sauraient convenir. Il me sera précieux , Dieu de grâee et de lumières , de m'entourer des conseillers que vous m'avez donnés, et, selon leurs sages avis, de me retracer successivement les plaies variées et si dangereuses que le péché, la passion^ l'habitude font à l'ame d'un prêtre , à celle d'un laïque : avec ces guides vénérables, je choisirai, j'offrirai un remède salutaire dans la pénitence sacramentelle.

Je dois d'abord retracer à mes yeux la sainte austérité de l'Eglise dans son âge d'or, dans ces jours dignes de nos regrets éternels, où la ferveur était si commune , où la tiédeur était si rare , où le pécheur se faisant une profonde horreur à lui-même, se pleurait avec tant de courage , et ne demandait que châtiments rigoureux : l'épargner alors , eût été mettre le comble h sa douleur.

Hélas ! ces beaux temps ont changé ! le diamant s'est converti en un vil métal ; le zèle le plus pur s'est vu remplacé par une coupable indifférence ! Cependant , mon Dieu , si vos confesseurs ne sont plus obligés de suivre les anciens canons à la lettre, ils doivent toujours se conduire par l'esprit qui les a dictés : ainsi, pour préserver les pécheurs de la rechute et les conduire à faire une satisfaction proportionnée, autant que possible , à l'injure portée à une Majesté infinie, j'aurai écrit dans mon confessionnal, sous mes yeux, dans mon appartement , et je lirai souvent cet extrait des canons pénitentiaux , relatifs aux péchés les plus communs dans la société chrétienne.

Extraits des Canons pénitentiaux.

Pour l'apostasie , dix ans de pénitence.

Pour parjure volontaire et délibéré , quarante jours au pain et à l'eau, et, les sept années suivantes , en pénitence.

Pour avoir porté les autres à faire un faux serment , pareille pénitence.

Pour avoir violé la foi et hommage qu'on a promis à son Roi et Seigneur, pénitence toute la vie dans un monastère.

Pour avoir juré le nom de Dieu une fois , sans y penser, sept jours au pain et à l'eau, et quinze jours pour la seconde et la troisième fois.

Pour avoir blasphémé publiquement contre

Dieu, OU la sainte Vierge, ou quelque Saint; se tenir hors de la porte de l'Eglise, à genoux, pendant toute la grande Messe de sept Dimanches consécutifs, et, le dernier de ces sept Dimanches, y être sans manteau, sans souliers et une corde au col; jeûner au pain et à l'eau les sept Vendredis qui précèdent ces Dimanches; être privé, pendant ce temps-là , de l'entrée de l'Eglise, et nourrir, chacun de ces Dimanches , si on le peut , un , deux ou trois pauvres ; sinon, faire quelqu'autre pénitence , pour suppléer à la nourriture de ces pauvres.

Pour avoir fait quelqu'œuvre servile , un jour de Dimanche ou de fête, trois jours au pain et à l'eau.

Pour avoir voyagé, un jour de Dimanche, sans nécessité, sept jours de pénitence.

Pour avoir dansé devant la porte de l'Eglise , un Dimanche ou un jour de fête, trois ans de pénitence.

Pour avoir parlé à TEglise, pendant le service divin , dix jours au pain et à l'eau.

Pour avoir célébré les fêtes de Pâques, de Pentecôte et de Noël ailleurs qu'en la paroisse de son domicile , hors le cas d'infirmité, dix jours au pain et à l'eau.

Pour avoir violé le temps du Carême , autant de sept jours de jeûne , qu'on a manqué de jours à jeûner.

Pour avoir violé le jeûne des quatre temps, quarante jours au pain et à l'eau.

Pour avoir donné quelque malédiction à ses pères et mères, quarante jours au pain et à l'eau.

Pour les avoir injuriés, trois jours de pénitence.

Pour lesavoirfrappéSjSeptans de pénitence.

Pour les avoir chassés, autant de temps de pénitence, qu'on a persévéré dans cette impiété.

Pour s'être révolté contre son évéque, son pasteur, son père î toute la vie, en pénitence dans un monastère.

Pour s'être moqué des ordonnances ou des instructions de son évéque, et les avoir tournées en ridicule ; au pain et à l'eau , pendant quarante jours.

Même pénitence pour ceux qui se sont moquésdes justes remontrancesde leur curé.

Pour s'être procuré l'avortement , après quarante jours de grossesse ; trois ans de pénitence.

Pour avoir laissé mourir, par sa négligence , son enfant sans baptême j trois ans de pénitence, l'un desquels doit être jeûné au pain et à l'eau.

Pour avoir procuré la mort à quelqu'un par une accusation injuste; pénitence comme si on l'avait tué soi-même j c'est-à-dire, quarante jours au pain et à l'eau , et ensuite sept ans de pénitence.

Pour avoir blessé quelqu'un , si la blessure

est considérable; un an de pénitence, et quarante jours au pain et à l'eau.

Pour avoir frappé son prochain avec colère, sans le blesser, trois jours au pain et à l'eau ; et si c'est un clerc qui a fait la faute, dix-huit mois de pénitence.

Pour avoir vécu dans la haine contre son frère j jeûner au pain et à l'eau autant de temps qu'on en a laissé couler sans se réconcilier.

Pour avoir violé les sépultures; sept ans de pénitence, et trois d'entre eux au pain et à l'eau.

Pour avoir retenu quelque chose des oblations faites à l'Eglise; quarante jours au pain et à l'eau.

Pour avoir retenu quelque chose des biens d'un hôpital dont on était administrateur; restitution et trois ans de pénitence.

Pour avoir volé , une fois ou deux , des choses de peu de conséquence; un an de pénitence.

Pour avoir retenu le bien d'autrui qu'on a trouvé ; pénitence , comme si on l'avait volé; c'est-à-dire, si c'est un clerc, sept ans; si c'est un laïque, cinq ans de pénitence , outre la restitution.

Pour l'usure, trois ans de pénitence, entre lesquels un an au pain et à l'eau.

Pour un acte de fornication , trois ans de pénitence j si le crime est arrivé souvent, augmenter à proportion.

Pour le crime d'une femrae adultère, dix ans de pénitence.

Pour un mari qui consent à l'adultère de son épouse; toute sa vie en pénitence.

Pour le crime d'un homme non marié avec une femme mariée; sept ans de pénitence.

Pour le crime d'une fille ou d'une veuve avec un homme marié, dix ans de pénitence.

Pour le crime d'un homme adultère, cinq ans de pénitence, et augmenter à proportion si l'homme continue dans ce crime.

Pour un inceste , au second degré de parenté ; toute la vie en pénitence.

Pour les dernieis excès dans l'horrible impureté , quinze ans de pénitence.

Pour crimes de ceux ou de celles qui en prostituent d'autres, et qui perdent la jeunesse par cet infâme commerce; pénitence toute sa vie.

Pour s'être fardée, dans la vue de plaire aux hommes, trois ans de pénitence.

Pour le faux témoignage , sept ans de pénitence.

Pour le crime de faussaire , au pain et à l'eau toute sa vie.

Pour avoir vendu une fois à faux poids ou à fausse mesure, outre la restitution du dommage, vingt jours au pain et à l'eau;

Pour une médisance légère , trois jours de pénitence.

Pour la facilité à médire, sept jours au pain et à l'eau.

Pour le murmure , les injures , la détraction j pénitence proportionnée au péché, selon la prudence du confesseur.

Pour s'être masqué, les hommes en prenant l'habit d'un homme, et les femmes en prenant l'habit d'une femme, trois ans de pénitence.

Pour avoir négligé de payer les legs pieux faits à l'Eglise , un an de pénitence.

Pour avoir négligé de visiter les malades et les prisonniers, dix jours de pénitence au pain et à l'eau.

Ceux qui étaient hors d'état de jeûner, étaient obligés de suppléer au jeune par des aumônes proportionnées à leurs facultés , par des mortifications autres que les jeûnes, par des prières, par d'autres bonnes œuvres, le tout au jugement du confesseur.

Durant le temps de pénitence , il y avait des pratiques de mortification marquées pour certains jours, comme de faire abstinence et de jeûner, ou de jeûner au pain et à l'eau, un, deux ou trois jours de la semaine, ou de faire des abstinences sans jeûne : ceux qui ne pouvaient pas supporter le jeûne ou l'abstinence , étaient obligés à des aumônes, à des prières et à d'autres bonnes œuvres.

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