MIROIR
d'un tertuetx pasteur des ames.
Que de vertus éprouvées , pour celui qu'on place dans le Sanctuaire, à la tête de ses frères !
« Pastor eligendus sit vir probalus, non probandus,quià in curiâ plus deficiunt boni, quàm meliorantur mali. »
Sur qui doit tomber le choix de l'Epouse du Sauveur? qui convie-t-elle , de préférence , à venir partager ses sollicitudes ?
« Assumendus potiùs cunctans et renuens, quàm volens et recurrens. »
Quel est le bienheureux mortel , assez désintéressé dans ses vues , assez noble dans ses sentiments , pour mériter d'atteindre à l'éminence du saint ministère?
« Compellendus intrare, qui prœter Dominum timeat nihil , nihil speret nisi à Domino. »
Le voilà ce tendre ami du Seigneur, placé, de la main de Dieu même , sur le trône sacerdotal : vénérable Jérusalem, il grossira le nombre des gardiens de vos murs , des sauveurs de vos citoj^ens. Voyons , dans un
juste détail, les. qualités de ce favori de l'Epouse.
L'innocence de sa Yie , aussi brillante que le soleil; nous offrira des mœurs que l'ombre d'un souffle impur ne blessera jamais :
« Sit in cunctis benè moratus. »
Il est trop intimement uni au Dieu des sciences et des lumières, pour que ses conseils ne présentent pas la sagesse et la discrétion :
« In consilio providus. »
Il commandera avec la douceur et la réserve qui rendaient si aimable l'empire de Jésus-Christ sur la terre :
« In jubendo discretus. »
Etranger à toute précipitation , chacune de ses actions sera précédée d'une mûre délibération ; il réglera tout dans le plus grand ordre :
c( In disponendo industrius. »
Faudra-t-il agir ? vous reconnaîtrez , dans ses démarches , l'art , la dextérité et l'habileté propres aux hommes de Dieu :
« In agendo strenuus. »
Etudiez son ton, son maintien, ses discours : chacune de ses paroles est une leçon de modestie :
c< In loquendo modestus. »
Il ne paris qu'à propos , et jusqu'à son silence, toujours dicté par la discrétion , vous servira d'exemple :
o In silenlio discrelus. »
Le disciple ne sera pas mieux traité que le Maître ; il marchera par une voie semée de ronces et d'épines ; quel modèle , que sa personne, pour les prêtres affligés î
« In adversitate securus. »
La fortune, disons mieux la Providence, lui sourit-elle par des bienfaits continuels , la prospérité , loin de le corrompre , accroîtra ses mérites :
« In prosperitate devotus. »
Jamais son amour pour ses frères ne se démentira : cet aimable sentiment sera guidé par un zèle plein de sagesse :
« In zelo sobrius. )>
Pour tous ceux qui s'égarent, homme de miséricorde , mais formé sur celle du bon Maître :
« In misericordiâ non remissus. »
Quelquefois, au sein d'un loisir innocent, nécessaire , qui ne sera sans fruit , ni pour lui , ni pour les autres :
<( In otio non otiosus. » ^
L'ame de ce juste est dans un festin continuel } mais, aux repas indispensables, contemplez sa réserve, imitez son pur et saint enjouement :
« In convivio non effusus. »
Qu'il s'agisse de travailler pour soi , ou de s'occuper pour le bonheur de ses frères, toujours le premier dans l'arène :
« Sit actione prsecipuus. »
Il unit l'exercice extérieur de Marthe au recueillement profond de Marie ; et la contemplation des choses célestes l'accompagne partout :
a Prse cunctis contemplatione suspensus.»
Chacune de ses paroles est un trait de feu qui échauffe et qui vivifie votre cœur :
a In verbo utilis. »
Qui que vous puissiez être, homme malheureux , voici pour vous un ami, un frère , un père , une mère tendre :
« Singulis compassione proximus. »
En opérant le bien de la société , ne craignez point un rival ; le bon prêtre se réjouit de vos bonnes œuvres , autant que s'il les accomplissait lui-même :
« Benè agentibus per humilitatem socius. »
Ennemis de Dieu , s'il s'élève contre vous, l'amour de la justice règle sa juste indignation :
« Contra delinquentium vitia , per zelum juslitise erectus»
Les affaires temporelles ne l'arrêtent jamais tout entier : c'est aux besoins spirituels qu'il consacre ses premières et plus douces affections :
alnternorum curam , in externorum occupatione non minuens. »
IJn amour excessif de la prière, une attention exclusive aux infirmités de votre
ame ne lui enlèvera pas le beau tilre de votre père , d'une providence sensible à vos peines extérieures :
« Exlernorum providentiam , in internorum sollicitudine non relinquens. »
Mort à la nature , cet homme de Dieu , si bien nommé l'homme spirituel , anéantit, en quelque sorte , ses passions :
« Cunctis passionibus moriens, spiritualiter vivat. »
En lui offrant les dons de la fortune, vous n'exciterez que son mépris pour ces grains de poussière :
« Prospéra mundi postponat. »
Vous tenteriez en vain de l'effrayer par de prétendus revers qu'il bénit , comme le trait d'une justice miséricordieuse :
« NuUa adversa pertimescat. »
Les richesses du cœur, l'innocence, la pureté , voilà ce qu'il ambitionne uniquement.
« Sola interna desideret. »
Il réunit tous les charmes, les nobles caractères, les généreux sacrifices de la piété vive et tendre :
a Pietatis visceribus affluât. »
Ne cherchez point en lui le prêtre intéressé : il l'est uniquement pour la gloire de son Dieu , pour le salut de ses frères ; les soins domestiques lui dérobent bien peu de moments :
« In curis rei familiaris non anxius. »
Si Tadministratiou d'un bien légitime exige de l'application , il s'en déchargera sur un serviteur digne de son bon maître par sa prudence et sa simplicité :
a lis prseficiat fidelem servum qui non fraudet , prudentem qui non fraudetur. »
Si son choix ne peut tomber sur un sujet qui mérite sa confiance, il le supportera plutôt que de prendre sur soi des embarras qui lui enlèveraient un temps consacré au bonheur des hommes.
« Si non inveniat fidelem , vel prudentem, potiùs sustineat minus fidelem , quàm se immergat labyriniho huic. Judas fuit œconomusSalvatoris. »
Dans son évangélique pauvreté , vous n'altérerez point sa vertu , en déposant dans ses mains la dot de la veuve, le patrimoine de Jésus-Christ :
« Non de dote viduae et patrimonio Crucifixi , se, vel suos, ditare festinet. »
Si sa tendre compassion pour vos peines le détermine à supporter le poids des affaires séculières , il ne les recherche , ni ne s'y livre avec plaisir :
«Ssecularia negotia, aliquandô ex compassione toleranda , nunquàm ex animo requirat. »
Pauvres, simples, petits, jamais vous ne fûtes rebutés du saint homme ;
« Vulgus non spernat , sed doceal. »
Les grands, les favoris delà fortune, recevront de sa part des oracles d'une vérité rigoureuse :
« Divites non palpet, sed terreat. »
Infortunés, vous ne lui serez jamais un fardeau pénible -, il vous recueille avec tendresse , avec joie , dans son sein :
« Pauperes non gravet sed foveat. »
Brebis chéries de cet aimable pasteur, recevez de sa main libérale l'abondante nourriture qu'il vous prépare , dans ses exemples édifiants, dans ses instructions salutaires, dans ses oraisons pleines de feu :
«Pascal gregem exemplo œdificationis, verbo prœdicationis, fructu orationis. »
Sa bonté fera voler vos cœurs à sa rencontre -y la sévérité de ses mœurs vous inspirera le courage de la réforme ; sa science éclairera tous vos pas :
« Habeat bonitatem , disciplinam , scientiam : prima dat exemplum , secunda corripit, tertia instruit. »
Jaloux de convaincre , plus encore de toucher, le saint ministre n'a pas dédaigné l'érudition : mais combien l'onction , cet art divin qui obtient tout, lui a toujours été plus précieuse !
; « Habeat eruditionem , sed mullô magis unctionem quae sola docet de omnibus. » Sa charité est brûlante et pleine de lu-
mières; en guérissant les autres, l'habile médecin évite de se blesser lui-même :
« Caveat ne, alios juvando, sedeserat; ne, alios elevans , cadat. »
Dans toute sa personne, on ne respire que la bonne odeur de Jésus-Christ, et rien de ce qui l'approche n'offre des maximes ou des manières qui contrarient ses exemples :
« In vultu , in habitu , in incessu illorum qui circà se sunt, nihil residere impudicum, nihil indecens patiatur. »
A l'égard de ses inférieurs, il offre un juste milieu entre une gravité rebutante et une indécente familiarité :
« Non de severitate sit oneri , nec de familiaritate contemptui. »
Plaçant une garde de circonspection sur sa bouche , il n'aura jamais qu'un silence affectueux ; le sourire de la vertu se trouvera toujours sur ses lèvres :
a Sit illi necessaria oris custodia , quse lamen affabilitatis gratiam non excludat. » De quel œil confiant et soumis il considère la prière , surtout dans celui qui intercède au nom de tous ses frères !
« Grandi officium gerat. »
Quoiqu'il désire ou entreprenne pour le bonheur de la société , il mettra toujours le prix de ses fatigues et de ses sueurs bien au-dessous de celui de la prière :
«Inomiii re, plus fidat orationi, quàm
suo labori. »
L'aménité, la sérénité, la bienveillance
respirent, comme un beau jour, sur son
front , et se peignent facilement dans ses
œuvres :
c( Amabilem se praebeat , non verbo , sed opère. »
Plein d'horreur pour ce qui pourrait annoncer la pompe du siècle , c'est par des vertus sublimes et par des actions magnanimes, qu'il conquiert l'amour et la vénération générale.
« Reverendum se exhibeat, non fastu , sed actu. »
Son humilité profonde brille d'un nouvel éclat dans la société des humbles j il est petit avec les petits :
a Humilis sit cum humilibus, «
Tout à tous, étudiant les caractères pour s'y insinuer , les cœurs pour les subjuguer , il métamorphosera son zèle, lui donnera même , suivant les circonstances, un air d'âpreté salutaire , pour plier une ame indomptable.
« Duros duré arguât. »
Par sa noble fermeté et par sa foi intrépide, il déjouera les projets du méchant , enchaînera sa langue perfide , bravera ses menaces, fera triompher l'innocence :
« Malignantes coerceat. »
L'EcoItsiasiiquc accompli, 1 5
Hommes superbes, à ses yeux vous ne jouirez point de vos folles prétentions, de vos prétendues qualités : tout cet échafaudage que votre vanité vous élève , il le renversera d'un souffle , il le dispersera comme de la poussière :
a Reddat retributionem superbis. »
.. Vous aurez l'ensemble des traits sublimes qui peignent l'homme de Dieu , et offrent sa personne comme un brillant spectacle aux yeux du Ciel et de la terre , si vous vous retracez les qualités principales qui embellissent son a me.
« Animum habeat liberum , nobilem , firmum , invictum , amplum. «
Son esprit est dégagé des embarras du siècle : son travail spirituel et propre à porter les sentiments vers le Ciel, l'élevant au-dessus de la nature, le fait jouir de l'aimable liberté des enfants de Dieu :
(t Liberum , quem nulla sibi vindicet violenta occupatio. «
Comment méconnaître en lui l'honorable noblesse , quand son cœur est comme une glace que le moindre souffle d'une indigne affection ne souilla jamais :
0 Nobilem, quem nulla trahat indigna affectJo. »
Immobile, à la vue des flots courroucés des passions humaines, tranquille , au sein de la tempête que le monde lui suscite;
quelle invincible fermeté il développe à nos regards étonnés !
« Firmum, quem nulla conculiat repentina turbalio. »
Frappé de la main de Dieu , comme un Job, un David, dans la première alliance : persécuté par les ennemis de la foi , comme, dans la seconde, un Pierre, un Paul, un Basile , un Ambroise , rien n'altérera sa constance : vous serez forcé de l'admirer comme un héros invincible :
« Invictum , quem nulla faliget eliam continua tribulatio. »
Jamais déconcerté par des contradictions toujours nouvelles , on dépité par le malheur, ou abattu par de nouveaux revers , aucun événement n'est capable de rétrécir sa belle ame, de l'arrêter ici-bas, quand son cœur l'élève jusqu'au Ciel :
« Amplum, quem nulla coarctet reitemporalis amissio. »
Sévérité dans ses mœurs, sainte rigueur contre lui-même dans ses œuvres , aimable sérénité dans tous ses traits, gravité toujours respectable dans ses paroles :
«Actusit severus, vultu serenus, verbo serius. »
Comment ce vrai ami de Dieu et de ses frères est-il parvenu à un si haut degré de perfection , et a-t-il atteint l'éminence des vertus sacerdotales? Il eut des amis qu'il
avait su choisir • et ces amis , affectionnés à son véritable bonheur, jetèrent dans son ame , heureusement disposée , le germe des plus belles vertus. Il ne les eut pas d'abord toutes en partage ; ces autres lui-môme commencèrent par s'armer contre ses passions : son zèle était fougueux , ils surent le réprimer : sa charité se ralentissait , ils réussirent à la ranimer r s'échappait-il audelà des justes bornes? bientôt ils l'y continrent : fut-il quelquefois irrésolu? leur constance l'affermit , et soutint ses pas dans la voie droite. Le sentiment de ses anciennes faiblesses lui donnait-il une sorte de pusillanimité? ils le remplirent d'un sentiment nouveau, d'une juste et parfaite confiance dans l'appui du Seigneur.
« Taies habeat familiares quos et poslmodùm elegisse non pœniteat; taies qui frenent prsecipitem, dormitantem excitent, quorum libertas excedentem eorrigat, extollentem reprimat, quorum constantia nutantem firmet , erigat dissidentem.
Tendres amis du divin Maître , ne nous demandons point où existe ce pasteur accompli : ses beaux traits sont épars ; sachons les rapprocher, les réunir en nous par la lecture et la méditation fréquente de ce miroir. « Si , pastor dilecte , tuos componere mores est animus , spéculum consule , toile, lege. »