XX. Un ecclésiastique n'est pas digne de
son état, s'il n'aime la pauvreté : cette vertu doit paraître dans ses meu}3les, ses habits, sa talDle. Comme il n'y a rien pour les méchants, dans le Ciel , il n'y a rien pour les bons , sur la terre.
XXI. Un ecclésiastique, qui veut vivre sans trouble, doit être sans désirs pour les choses, du monde : la volonté et la gloire de Dieu lui tiennent lie^i de toutes choses.
XXlï. L'éternité seule mérite l'estime et les désirs d'un bon prêtre, qui ne doit vivre que de la foi : tout ce qu'il y a sur la terre, ne mérite pas un seul de ses regards , quand il se souvient qu'il a choisi Dieu pour son unique partage.
XXIII. La perfection d'un prêtre consiste dans une union étroite et continuelle avec notre Seigneur.
XXIV. Le bon prêtre se fait un devoir de dépendre , en tout, de la grâce de Dieu et de ses mérites.
XXV. Le désir de l'autre vie est, dans un prêtre, la source la plus ordinaire d'une mort précieuse devant Dieu : c'est ce que l'apôtre appelle la bienheureuse espérance, c'est une disposition prochaine à la bienheureuse élernilé.
XXVI. La gloire de Dieu est l'unique fin des actions d'un bon prêtre qui regarde les fonctions de son ordre, comme le chemin du Ciel.
XXVII. Le bon prêtre n'estime rien de petit , quand il s'agit du service de Dieu et de son Eglise.
XXVIII. Une vertu commune ne suffit pas pour un bon prêtre : Dieu ne l'a séparé du reste des hommes, que pour l'engager à mener une vie plus sainte. Peut-on exiger raisonnablement le respect et l'attention des peuples, quand on n'a rien audessus d'eux ?
XXIX. Un prêtre doit être un homme d'oraison. On ne se soutient et on n'avance dans la voie de Dieu, que par la prière, qui n'est pas moins nécessaire à la vie de l'ame, que la respiration à celle du corps.
XXX. Jésus-Christ, le Souverain Prêtre, en passant les nuits dans la prière , nous a appris, par son exemple, combien ceux qu'il a honorés de son Sacerdoce , doivent estimer cette fonction qui les rend médiateurs entre Dieu et les hommes.
XXXI. La vie d'un prêtre doit être un progrès continuel dans la vertu. Quand on a le bonheur d'être à Dieu , on désire encore d'y être davantage. Ne point avancer dans la voie du salut, c'est reculer.
XXXII. Un prêtre doit annoncer la mort de Jésus-Christ, non-seulement par l'action du Sacrifice, mais aussi par une vie mortifiée, séparée du monde et toute opposée à ses maximes : qu'il dise quelquefois, avec
saint Thomas, en considérant Jésus-Christ immolé sur Faulel de son cœur ; Eamus et nos y ut moriamur cum eo. Joan. il.
XXXIII. Un prêtre qui veut vivre et mourir en bon prêtre , doit être un Evangile vivant , un homme de Dieu consacré tout entier à son service , à son amour, à sa gloire et à ses intérêts.
XXXIV. Un ecclésiastique doit travailler de jour en jour à sa perfection , pour se rendre plus agréable au Seigneur , et pour être un médiateur plus favorable entre Dieu offensé et les hommes pécheurs : Si non places , dit saint Bernard, non plaças : si non plaças , cur sacerdos ?
XXXV. L'autel est le centre du bon prêtre, et la prière son élément , parce qu'elle est l'ame du sacrificateur.
XXXVI. La vie du bon prêtre donne aux chrétiens du goût pour la piété, de l'autorité à la vertu, de la confusion au vice, de l'admiration au monde , de l'amour et du respect pour notre sainte Religion.
XXXVII. Le bon prêtre aime à garder un grand silence avec les hommes , pour être toujours en état de converser avec Dieu.
XXXVIII. Heureux le prêtre qui vit de manière à pouvoir célébrer tous les jours avec la même ferveur et la même dévotion.
XXXIX. Il est bien difficile qu'un ecclésiastique se sanctifie dansson état, s'il n'aime
20tt la prière, la retraite et l'ctudci, et s'il ne fait ses chastes délices de l'Ecriture sainte, appelée par les saints Pères, lel'wrtdesinêtres.
XL. Le bon prêtre est économe, pour ne pas dire, avare de son temps ; on n'en a jamais de reste, quand on veut faire son devoir.
XLI. Un bon prêtre doit s'attendre à être contrarié par les mauvais, et se mettre audessus de leurs railleries : on leur déplaît , quand on ne veut pas leur ressembler.
XLIl. Un prêtre est bien heureux, quand il peut se passer de servante : il n'en doit jamais avoir au-dessoiis de l'âge prescrit par les ordonnances de son évêque.
XLlIl. A l'égard de loger ses parentes, ou déloger chez elles, l'ecclésiastique dmt se souvenir de ce que disait saint Augustin : a Ma sœur est ma sœur : mais, celles qui viennent la visiter, ne sont pas mes sœurs. »
XLIV. Le bon prêtre sera doué d'une prudence toute divine, d'une singulière modeslie, d'une discrétion rare, et d'un secret inviolable.
XLV. Le bon prêtre sera animé d'une charité inépuisable envers le prochain, et se persuadera que sa compassion pour les besoins de ses frères, sera la mesure de celle que Dieu aura pour lui.
Fl."S.