‹ L'Ecclésiastique accompliChapitre 8 sur 42 · L'AMOUR FRATERNEL · texte numérisé non relu

L'AMOUR FRATERNEL

« DiLiGiTE homines, inlerficite errores : sine superbiâ de veritate prsesumite : sine sœviliâ pro verilate certate : orale pro iis quos redarguitis atque convincitis. » — «S/. Aug. contra Lit. peUU Lib. 1. c. 29.

« Poslulamus ut, in adjulorio Domini Dei nostri.... etiam anle coUalionem , corda hominum vel infirma, vel dura, piacaritas aul sanet aut edomet , ac sic , jam pacificis inenlibus, non resistamus mauifestissimae veritali. « — l. Id. Ep. 128.

A tous les membres du Clergé catholique qui seraient tombés dans un funeste relâchement.

Frères bien-aimés , ô vous ! à qui la religion nous unit dès l'aurore de nos jours, et parles nœuds les plus tendres ; vous, avec lesquels nous eûmes autrefois les mêmes goûts, les mêmes vues, les mêmes intentions; vous, nos constants amis, et, peut-être même, nos anciens modèles j vous, dont

XXVllJ

plusieurs, par une vie édifiante, par un zèle ardent, par des œuvres saintes , par des ver* tus réelles, méritèrent si long-temps notre admiration , notre amour ; ô mes frères ! souffrez qu'un simple lévite, le dernier de la maison du Seigneur, s'entretienne un moment avec vous : il n'a pas le droit de vous parler au nom de l'Eglise son auguste mère, il n'a près de vous d'autre mission que celle que son cœur lui commande. Ce cœur si plein de vous , ce cœur sur lequel pèsent avec tant d'amertume et vos maux I)résents et les maux mille fois plus affreux qui vous menacent. Ah! prêtez une oreille bienveillante à ses accents douloureux : c'est l'affection qu'il vous porte , ce sentiment si vif, que votre tiédeur et les infortunes qu'elle entraîne pour vous, après soi, n'ont fait qu'animer d'un nouveau feu : c'est son respect profond pour le vénérable caractère qui nous consacrait ensemble aux pieds du Sanctuaire : c'est l'intérêt le plus ardent pour vos destinées éternelles : oui , c'est l'ensemble de ces^motions diverses , en son ame flétrie par le tableau de vos malheurs , qui le détermine à s'adresser à vous. Songez que ce n'est point l'autorité , mais la sainte amitié qui va s'énoncer près devons; que ce n'est point en commandant, mais en priant, en suppliant, que je vous offrirai les gémissements, les lamentations , le cri de charité d'un

*lK)mme que le même baplême , le même dévouement, les mêmes sacrements, les Hiêmes fonctions rapprochent de vous, par des liens non moins étroits qu'attendrissants.

Bien-aimés, nous puisâmes ensemble à la source de la divine sagesse, et le lait sacré de la charité fut l'heureux aliment de notre enfance. A l'ombre de cette auguste charité, de ce cèdre magnifique qui couvrait nos jeunes années, nous les vîmes se développer sous les ailes d'une aimable Providence, et nous nous pénétrâmes bientôt des nobles sentiments qu'inspire le Sacerdoce de Jésus-Christ.

Si nous reportons la pensée sur ces temps fortunés, mais hélas, écoulés si rapidement ï quelle était notre paix, quel fut notre bonheur ! Dieu s'offrait si près de nous, « Propè es tu. Domine.» {Ps. lis, p, 151.) Il nous connaissait pour ses tendres fils, l'objet de sa miséricorde : « Domine, cognovisti me. » (F5. 138, p. 1.) 11 daignait abaissant à notre faible intelligence sa sublime doctrine, dérouler à nos yeux la grandeur de ses promesses, la magnificence de ses récompenses : u Eccè, Domine, tu cognovisti omnia novissima etantiqua. » {Ps. 138, p. 5.)

Dans ces jours d'or , parés de notre innocence, partout l'ineffable présence de notre Dieu élevait, agrandissait notre ame ; partout nous nous faisions gloire de le rencon-^

îrer comme un consolateur , comme un père : « Quô ibo à spiritu tuo? et quô à facie luâ fugiam?Si ascendero in cœlum, tu illic es ; si descendero in infernum , ades. » {Ps. 138, P. 7,8.)

Marchant au flambeau de l'Evangile, sa divine lumière assurait nos regards; nous admirions, en Dieu, un ami de tous les temps : « A sseculo tu es. {Ps. 92, p, 2.) Nous bénissions l'éternité de sa nature, l'immutabilité des ses attributs ; nous le trouvions toujours le même , toujours bon, toujours clément, toujours fidèle à sa sainte parole :« Omnes sicut vestimentum veterascent, et mutabuntur : tu autem idem ipse es, et anni tui non déficient. » ( Ps. lOl, p. 27, 28. )

Qu'il nous était doux de chanter sa puissance et ses bienfaits! «Tui surit cœli, et tua est terra lorbemterrie et plenitudinem eius tu fundâsti ; aquilonem et mare tu creâsti » (Ps. 88, P. 12.). Qu'elle nous était aimable la dépendance où nous vivions auprès d'un si bon Maître ! <c Tuus est dies , et tua est Kox; tu fabricatus es auroram etsolem. «(P*. 73, p. 16.). Avec quel empressement, dicté par la reconnaissance, nous confessions le prix infini de ses témoignages , et les grâces dont il nous avait comblés : « Teslimonia tua credibiiia facta sunt nimis. {Ps. 92, p. 6.) Deus magnus Dominus, et Rex magnus super omnes Deos. » {Pst 94, p. 3.) Nous en

XXXJ

coùlait-il alors de publier solennelle ment notre ferme croyance! 0 libérateur héroïque, ô adorable Rédempteur du genre humain, que nous nous plûmes à vous louer, à exalter votre sacrifice! « Verè filius Dei es. » (i. Matth. 14, i^. 33.) Nous aimions tant à la répéter, à l'apprendre à nos frères, la formule de notre foi. « Uliquè , Domine, ego credidi quia tu es Chrislus filius Dei vivi, qui in hune mundum venisti. » {^oan il, v. 27.) Si la foi se montra le premier élan de nos cœurs remplis de la Doctrine céleste , que de beaux sentiments s'unirent ensuite pour embellir notre vie ! Frères chéris, reposant avec délices dan s le sein de la meilleure des mères, comme nos amcs s'épanouissaient sur les œuvres de notre Créateur ! « Domine Deus noster, quàm admirabile est Nomen tuum in uni versa terra. (P«. 8, i^. 1. ) Multa fecisti tu, Domine Deus meus, mirabilia. ( P-s. 39, V. 6.) Domine Deus meus, magnificatus es vehemenler. «(P^. 103, v. 1.) A l'admiration succédait le sentiment si doux de la confiance, et de la gratitude : « Suavis Dominus universis, et miserationes ejus super omnia opéra ejus. {Fs. 144, v. 9.) Quid est homo quia magnificas eum? Aut quid apponis erga eum cor tuum? » IN'étions-nous pas comme ravis hors de nous-mêmes! elles palpitations d'un cœur plein d'une vive allégresse, ne nous plaçaient-elles pas déjà comme dans

Page 1