‹ L'Ecclésiastique accompliChapitre 9 sur 42 · XXX4J · texte numérisé non relu

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le Ciel, quand nous disions : « Quàm boriuS Deus Israël his qui recto sunt corde. » {Ps. 72, i^. 1.) Quand nous ajoutions :« Magna est super cœlos misericordia tua , et usquè ad nubes veritas tua. [Ps. ioi,i^. 5.) Âsolis ortu usquè ad occasum laudabile Nomen Domini. {Ps. 112, c 3.) Confitemini Domino, quoniàm bonus, quoni^'im in œternum misericordia ejus. » {Ps. 135 , p. 1.)

Frères bien-aimés, nous étions alors les amis du Seigneur , les favoris , les heureux confidents du bon Maître. Combien de fois n'avons-nous pas répété! « Benedic, anima mea , Domino ; et noli oblivisci omnes retribulioncs ejus. {Ps. 102, p. 2.) Deus susceptor meus es, Deus meus, misericordia mea. (Ps. 58, p. 10, 11.) Quanta fecisti animée mese. » [Ps. 65, p. 16. )

Le dirai-je, et ma plume arrosée d'un torrent de mes larmes, n'échappera-t-elle point de ma main tremblante? Dirai-je ce que notre cœur nous dictait dans les élans de sa reconnaissance ? 0 Eglise ma mère ! vous recueillîtes dans voire sein ces transports qui vous ravissaient : « Si oblitus fuero lui, Jérusalem, oblivioni deturdextera mea : adhaîreat lingua mea faucibus meis, si non meniinero tuî. {Ps. 136, p. 6, 6.) Misericordias Domini in seternum canlabo. » ( P^. 88, t^. 1.)

PécheurS; h qui dans tous les temps nous

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appartînmes par l'amour qui nous consumait pour vos âmes; cœurs coupables , ennemis de votre Dieu et de vous-mêmes, quelles mortelles inquiétudes vous nous donniez!

Prêtres de l'Agneau, héritiers du cœur de Jésus-Christ , nous éprouvions mille tourments pour les enfanter au bon Maître : pour eux nous lui disions sans cesse : «■ Tabescere me fecit zelus meus; quia obliti suntverba tua. {Ps. 118, t^. 136.) Domine, misericordia tua in sseculum : opéra manuum tuarum ne despicias. {Ps. 187, <^. 8.) Eccè ego , mitte me. {Isa. 6, 'P'. 8.) Da mihi animas. {Ge/i. 14 , i'. 21. ) Docebo iniquos vias tuas et impii ad te convertentur. {Ps.ôii.p. 25.) Bonus estu. {Ps. 118, (^. 68.)

Frères bien-aimés, je m'arrête : est-ce une peinture fidèle que j'ai tracée de nos sentiments, de nos discours, de nos œuvres, dans les temps heureux où , remplis de l'esprit de notre Sacerdoce, nous n'eûmes, vous et moi, qu'une même pensée, qu'un même sentiment? Hélas! je suis loin de me reconnaître , à ce tableau flatteur : mais du moins quand cet admirable dévouement n'eût pas encore été notre partage, du moins nous étions dans la voie qu'il est indispensable de parcourir, lorsque l'on veut y atteindre: du moins, si nos mœurs, notre conduite n'étaient pas entièrement conformes à ce touchant langage , le sein de la miséricorde

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demeurait toujours ouvert j et nous pouvions dire, quoique faibles et fragiles, «Milii autem adhcerere Deo boiium est, ponere in Dec spem meam. {Ps. 72, p. 28.) Faclus es spes mea turris fortitudinis à facie inimici. {Ps. 60, p. 2, 4.) Deus auxilii mei , et pars mea in Deo est. {Ps. 6ï, p. 8.) Spera in Deo tuo semper. {Osée. 12, p. 6.) Non est confusio confitentibus in te. » {Dan. 3, p. 40.)

Sansdoute, qu'alors tel pouvaitêtre notre consolant espoir : mais, hélas 1 nos saints devoirs différés, puis négligés, puis oubliés, une secrète tiédeur s'insinuant dans toutes nos œuvres, des goûts profanes, une vie dissipée, bientôt après toute mondaine, oh ! quel désolant prélude des maux qui maintenant nous accablent ! Chers amis , notre Dieu nous attendit long-temps, long-temps il n'écouta que la voix de la pitié la plus tendre : il parlait, à nos cœurs froids et sans vie, le langage de l'amour ; nous fûmes insensibles : enfin , le règne de la clémence a fait place à celui de la justice: «Oplimi corruptio pessima. » La vaste et profonde mer d'un monde comme infini de passions déchaînées, a mugi au loin, a bouillonné dans ses flots, et nous a trop fidèlement annoncé notre perte. Oùétes-vous maintenant , confrères chéris , autrefois nos rivaux, nos modèles dans le sentier étroit? Déplorables victimes, englouties dans l'empire du péché, chers naufragés, qui que vous

puissiez être, quelque soit le degré d'où vous êtes tombés dans l'abîme , ahl nous n'éprouvons que le sentiment de vos infortunes. Nos entrailles sont les entrailles d'un frère, d'un ami ; et à la vue de votre chute, les reproches expirent sur nos lèvres. Quelqu'imprudenls que vous fussiez de vous livrer à la merci des flots en fureur, nous n'avons , nous ne pouvons avoir que des sanglots, que des pleurs, qu'un sein consolateur à vous offrir. Il eût étéjSansdoute, infinimentavantageuxqu'une juste défiance eût arrêté vos premiers pas, dirigé votre marche quand la foudre se faisait entendre au loin , quand ensuite elle approchait toujours en grondant davantage : ah ! que d'affreux malheurs nous nous fussions épargnés en prêtant, en ce moment, une oreille attentive à la voix émue , altérée de notre mère. « Chers enfants, » nous disaitelle ( rappelant les expressions d'un de ses glorieux fils, le saint évêque de Carthage, aux fidèles de son temps) *« chers enfants, imitons le juste Abel qu'on peut appeler les prémices des martyrs, puisqu'il a été tué pour la justice j imitons Abraham, cet ami de Dieu qui , pour lui donner une preuve de son obéissance sans bornes, n'a pas balancé à

* Saint Cypricn consolant les fidèles perséculés de rfglisc de France, par M. L'Abbé de la Hogue,

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sacrifier lui-même son fils unique : imitons ces trois jeunes Hébreux, dont le grand courage ne fut point abattu par la captivité; et qui, après la prise de Jérusalem et la ruine entière de leur patrie , triomphèrent, par l'héroïsme de leur foi , du Roi de Babylone environné de toute sa Cour, lorsque ce Prince leur ordonna d'adorer sa statue : ils ne furent point épouvantés à la vue des flammes où on devait les jeter , s'ils refu-^ saient d'obéir; plus forts que tous les sup^ plices, ils répondirent avec courage :« Prince, nous ne pouvons faire ce que vous exigez de nous : le Dieu que nous servons est assez puissant pour nous préserver de l'ardeur des flammes, et paur nous délivrer de vos mains : mais s'il ne lui plaît point de le faire, nous ne vous déclarons pas moins que nous ne reconnaissons pas vos dieux , et que nous n'adorerons pas la statue que vous avez élevée. » ( Dan. 3. )

Ces jeunes Hébreux croyaient fermement que Dieu pouvait, par un miracle, suspendre la violence des flammes; mais, en ajoutant que, s'il ne le faisait pas , ils n'adoreraient point la statue, ils firent connaître àNabuchodonosor qu'ils ne craignaient point de mourir pour le Dieu qu'ils servaient. Voilà l'héroïsme de la foi et du courage : croire fermement que Dieu peut sauver de la mort, et cependant ne pas la craindre, et se montrei:

xxxvij prél à la souffrir plutôt que de l'offenser. Dans cette généreuse réponse que l'Esprit saint leur inspira , l'on vit déjà la vérité de ce que Jésus-Christ a promis à ses fidèles serviteurs, lorsqu'il a dit à ses Apôtres : a Quand vous serez menés devant les tribunaux , ne vous inquiétez pas de ce que vous devrez dire; il vous sera donné alors de connaître ce que vous aurez à répondre : car ce ne sera pas vous qui parlerez, ce sera l'Esprit saint qui parlera en vous. » {Matth. lO, ^.12.) Paroles bien consolantes, puisqu'elles nous font connaître que , dans ces circonstances critiques , l'Esprit du Seigneur est en nous , qu'il parle et qu'il triomphe avec nous.

Vous trouverez encore un bel exemple à imiter dans Daniel, qui, pressé d'adorer l'idole à laquelle le Roi et le peuple rendaient les honneurs divins, fit cette réponse : « Je n'adore que le Seigneur mon Dieu, qui a fait le Ciel et la Terre. » {Daniel 14, p. 4.) Et lorsque nous lisons l'histoire des Machabées , et que nous voyons les tourments affreux que souffrirent les sept frères et leur mère généreuse , qui , après les avoir exhortés à persévérer dans la loi de Dieu , périt avec eux ; pouvons-nous n'être pas frappés de ces grands exemples, et ne sont-ils pas autant d'exhortations pressantes au martyre? Que nous disent les Prophètes à qui l'Esprit saint a découvert l'avenir? Que nous disent les

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Apôtres choisis par Jésus-Christ pour prêcher son Evangile par toute la terre , mis à mort pour la justice? Ne nous apprennent-ils pas h mourir pour elle? La naissance de Jésus- Christ a été suivie aussitôt du martyre des enfants qu'Hérode fit périr : tout innocents qu'ils étaient, ils furent massacrés pour Jésus-Christ, afin de nous apprendre que ceux qui meurent pour lui sont innocents : et d'autre part, si le glaive de la persécution n'a point épargné un âge si tendre, il n'est donc personne qui en soit à l'abri.

Ce serait un grand malheur pour le chrétien, qu'il ne voulût pas souffrir pour expier ses propres péchés , lui qui n'est que le serviteur, tandis que le Maître lui-même a souffert le premier, et pour expier les péchés des autres. Quoi! le Fils de Dieu aurait enduré toutes sortes de tourments pour nous rendre enfants de Dieu , et le fils de l'homme ne voudrait pas souffrir pour conserver cette auguste prérogative ! Ah! si le monde nous hait, Jésus-Christ en a été haï avant nous (Saint Jean , 15.) C'est là ce que Jésus-Christ veut que nous nous rappelions, lorsque nous sommes persécutés. Il nous a donné l'exemple, afin de ne laisser aucune excuse à celui qui ne ferait pas ce qu'il a commandé.

Mon Dieu, que ce langage fut touchant, et qu'il était conforme à nos intérêts ! Quelle t>f illante perspective se présentait à nos yeux.

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