‹ L'échelle de femmesChapitre 29 sur 32 · ELISABETH · texte numérisé non relu

ELISABETH

Madame de Carthon resta un moment pensive aptes la lecture de cette lettre.

Puis elle sourit ironiquement.

— Oui, se dit-elle, on leur aura fait accroire que j'étais mourante, et ils ont eu peur pour mon héritage. Ma fille est d'ailleurs une fille bien née ; elle sait que les enfants doivent être là quand les parents meurent,., pour prendre les clefs ! Elle veillera à ce qu'on ne m'ensevelisse pas dans un drap tout neuf, et à ce qu'on me retire mes bagues avant de me coudre dans le suaire. Mais elle sera trompée, je ne veux pas d'elle ici, pas de mes enfants près de moi ! Ils jn'étoufferaient pour hériter !

Elle demeura quelques minutes demi-suffoquée par l'émotion; puis, elle se calma peu à peu, et une nouvelle pensée lui traversa l'esprit.

— Mais on Ta trompée, ajouta-t-elle en elle-même; je ne suis point malade comme elle le croit, bientôt je serai mieux. Je puis, en attendant, m'amuser de ses prévenances intéressées; la recevoir, feindre un retour d'affection pour elle, et tout disposer cependant pour que ma fortune lui échappé !..

La vieille sourit à cette pensée.

— Oh ! oui, je veux faire eela. Son hypocrisie m'amusera. Ah ! elle veut maintenant accuser son mari des torts qu'elle a eus! Homme généreux! il se sera dévoué à prendre le rôle de tyran dans cette comédie de société ! Eh bien! j'y veux jouer mon rôle aussi, moi! Ils me croient déjà les deux pieds dans la fosse. Ai ! ah ! je leur prouverai que la vieille .n'est pas encore en enfance; qu'elle a l'esprit net, et qu'elle comprend. Je le leur prouverai !

Et madame de Garthon, ravie de son nouveau projet , frappa Tune contre l'autre ses mains ridées, et poussa un rire aigre qui laissa voir sa bouche livide et sans dents.

Elisabeth reçut une réponse qui lui donnait rendezvous pour le lendemain.

Après avoir lu le billet de sa mère, madame de Sarlof regarda son mari, et tous deux échangèrent un sourire significatif.

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