‹ L'Écho de la jeune France (volume 2)Chapitre 1 sur 82 · RUE DE MÉNARS · texte numérisé non relu

RUE DE MÉNARS

>f f\ I AVIS. I

Dans son numéro du 15 novembre dernier, page 37 7, Y Echo de la Jeune France a annoncé qu'une Revue calholique étant sur le point de paraître, on avait pensé qu'une fusion entre cette Revue et VEcho de la Jeune France était chose utile et désirable. Aujourd'hui l'expérience a prouvé qu'il y aurait plus d'avantages à revenir sur la résolution prise, et à rendre à ÏEcho de la Jeune France et à la Rei>ue catholique leur indépendance première. Au lieu d'un seul défenseur, les bons principes et les idées sociales en auront deux.

A partir de ce jour, ces publications cesseront d'être réunies, sans toutefois que les droits de MM. les abonnés soient lésés.

L'Écho de la Jeune France paraîtra régulièrement le premier de chaque mois , par livraisons de 72 pages, avec lithographies eu gravures Le pris de ce recueil est fixé à 18 fr. pour l'année et 10 fr. pour six mois. La Reifue catholique paraîtra du 15 au 20 de chaque mois par livraisons de 24 pages. Le prix de cette Revue sera de 6 fr. pour l'année.

Le prix des abonnemens payés jusqu'à ce jour étant affecté aux deux publications, et une liquidation pouvant entraîner des lenteurs et des embarras graves dans la marche des deux journaux, les administrations resteront réunies dans les mêmes bureaux jusqu'au premier janvier 1837,

Nous rappelons à MM. les abonnés, qu'ils concourent tous au tirage du tableau de V Apothéose de la reine Marie-Antoinette , qui aura lieu le 25 août prochain. ( Voir les numéros du 1" février et du 1*' avril 1836.)

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(1) Extrait d'un ouvrage inédit.

1« édition. — Tome v. — V^ juillet 1 83G.

ÉCHO

DE

SOMMAIRE

Le Château dé Coarasse, par M. Ad. de Puibusque.-^ Essai sur la Littérature anglaise et Considérations sur le génie des hommes, des temps et des révolutions; le Paradis perdu de Milton, traduction nouvelle, par M. de Chateaubriand.' — Passy et ses chroniques, par M. le vicomte Walsli. •—Poètes -romanciers de la France au moyen-âge (!«»■ article) , par i»/. T^. de ta Villemnrquê . ■—Alfred de A'igny, étude littéraire (suite et fin), par .1/. J. du Teil. — Exposition de l'Académie de l'Industrie, par M. J. Odolani-De^vos. — Lithographie. — Le Château de Goarasse,

CHRONIQUE BÉARNAISE Dr XVI* STÈCLE (l\

En sortant de la vallée d'Ossau, mon cheval , poney d'équivoque origine, qui avait toute l'indépendance d'un navarin, rallentit peu à peu son allure; il avait décidé de sa propre autorité que je devais me mettre au pas d'une vieille mule dont le trot saccadé battait à mes oreilles comme le tic-tac d'un moulin ; je ne m'en aperçus qu'en me trouvant côte à côte avec un ecclésiastique armé, en guise de cravache, d'un gros fouet de poste ; ce rapprochement instantané donna lieu à un salut plein de courtoisie ; nous échangeam.es les questions d'usage entre

(1) Extrait d'un ouvrage inédit.

1« édition. — Tome v. — V^ Juillet 1 83G.

voyageurs qui se rencontrent , et la conversation , tour à tour entrecoupée ou suivie , selon qu'il plaisait à nos montures d'aller vite ou doucement, roula bientôt sur les beautés du pays que nous traversions.

Trente ans , une figure ouverte et spirituelle • une poitrine large , une tète couronnée d'une forêt de cheveux , un chapeau triangulaire , une soutane de serge noire, dont la double écliancrure découvrait des bottes fortes éperonnées comme celles d'un gendarme, voilà en bloc le cavalier qui chevauchait près de moi.

Le hasard m'avait servi à merveille ; ce n'était pas un cicérone qu'il m'avait donné : j'ai horreur de ces enseignes invariables , de ces moniteurs automates dont on ne peut tirer que des mots ; mon jeune ecclésiastique était un interprète à la fois érudit et intelligent; fier de pouvoir faire admirer sa terre natale à un étranger, il se plaisait à la traduire site par s;te , avec toute la poésie de son patriotisme montagnard.

L'imagination d'un Parisien qui n'a pas voyagé est sujette , on le sait , à d'étranges méprises ; pour elle, la Suisse n'est que lacs et glaciers ^ les Alpes ne sont peuplées que d'ours et de chamois ; et, s'il faut bien qu'elle accorde un caractère moins sauvage aux Pyrénées pour faire place à tant d'établissemens célèbres , elle ne rêve que beigeries éparses . que maisonnettes isolées \ au lieu d'une chartreuse ou d'une Thébaïde , c'est une Arcadie dont les montagnes sont couvertes de neige et les vallées de petits moutons ; mes exclamations trahirent plus d'une fois cette ignorance naïve et firent sourire mon compagnon de voyage ; je ne pouvais m'accoutumer à l'idée qu'il y avait des villages et même des villes dans les gorges des Pyrénées; je m'étais rais en route la tête remplie de roches calcaires , de forêts de sapins , de cascades , d'avalanches, et quand j'aperçus un château à peu près semblable à ceux qui décorent l'amphithéâtre de la Loire ou Tembouchure de la Seine , je manifestai presque autant de dépit que de surprise :

— (( Un château ici! à Coarasse ! sur le bord du grand Gave ! entre la vallée d'Ossau et celle de Béthaarram ! mais c'est incroyable ! m'écriai-je ?

-^- (( Pourquoi donc , répartit le curé , n'avez-vous pas vu les maisons de plaisance qui dominent le coteau de Jurançon ? Les comtes de Foix , si long-temps souverains du Béarn, firent construire dans leurs états plus de châteaux que n'en possédaient les rois de France.

* — (( Qu'ils en aient eus à Pau , à Orthez, à Mont-de-Marsan et dans toutes les positions centrales de leurs domaines, je n'en suis pas étonné; mais dans des gorges déchirées par les torrens, sur des bruyères arides ou des pics abruptes, que pouvaient-ils en faire ?

— « C'étaient autant de citadelles qui les rendaient maîtres des défilés et qui tenaient leurs voisins en respect. Que voulez-vous ? les frontières sont les sentinelles des peuples; elles ne peuvent dormir que sous les armes. Béouste , Morlaas , Cadillon , Escure , Navailles , Mauvezin , Gastel-Gelous , élevaient leurs tours crénelées au-dessus du pays comme les pointes de fer qui hérissaient la couronne des rois lombards.

— '(( Mais toutes ces forteresses du moyen-âge n'existent plus?

— (( Non, la guerre et le temps, sans cesse unis pour démolir, ont exercé sur elles leur action dévorante ; plus d'une ruine même a péri ; mais les traditions ne sont pas mortes, elles vivent avec nous ainsi qu'elles vivaient avec nos ancêtres , ainsi qu'elles vivront , je l'espère , avec nos neveux. Dieu merci, les hommes de nos contrées savent encore se souvenir, et c'est une vertu, c'est une gloire peut-être dans un temps où l'ingratitude ne s'appelle même plus de l'oubli.

— (( Voici une bonne note pour vos Béarnais , Monsieur le curé, je vous promets de la consigner sur mon carnet de voyage; il faut honorer la religion des souvenirs, il lui reste si peu de fidèles croyans ; mais, soyons justes , si la reconnaissance est rare , c'est qu'elle ne va guère à notre nature, elle exige trop d'abnégation, et notre égoisme n'aime pas à sortir de chez lui ; il trouve plus commode de tout y ramener; ce qui me paraît intolérable , par exemple , c'est qu'il soit des lieux où le présent ne veuille pas avoir eu de passé et se vante d'être né de père et mère inconnus; laissons-le donc, et parlons de notre château ; est-il jeune ou vieux? j'ai peine à mettre un âge sur sa figure.

— (( Coarasse, en réalité, n'est ni vieux ni jeune ; il y a environ trois siècles qu'il a été rebâti, et en perdant depuis cette époque la physionomie sévère d'une place forte , il a pris les formes élégantes d'une jolie villa ; considérez cette pelouse si verte et si fine qui se déroule à ses pieds, et ces beaux massifs de feuillage qui lui servent de ceinture ; voyez comme il se détache de la montagne dressée derrière lui, et comme le Gave vers lequel il se penche, cessant tout-â-coup d'être torrent pour devenir fleuve, s'incUne et se tait en passant devant ses murs.

(( Je conviens qu'il serait difficile de trouver une situation plus

majestueuse et plus riante, c'est la grâce unie à la beauté; il ne manque ici que des souvenirs historiques.

— (( Quedites-vousl l'histoire y parle aussi haut que la nature , la chronique même y a ses légendes. Henri IV^ qu'une épidémie fit passer successivement dans les bras de huit nourrices , fut envoyé avec la dernière dans cette résidence; les montagnes qui vous entourent ont vu ses premiers jeux ; les enfans de ce village furent ses premiers soldats ; et peut-être, en est-il plus d'un qui, après avoir grandi avec lui, est mort à ses cotés dans les champs d'ivry ou de Goutras.

— (( Henri IV, mais il est partout dans votre Béarn! son nom le

remplit tout entier.

— «C'est vrai, et nous en éprouvons un juste orgueil; il suffit de dire le Béarnais pour que tout le monde sache qu'il s'agit du bon roi.

— u Assurément, vous ne sauriez avoir un plus glorieux homonyme ; l'inscription que j'aperçois au-dessus de la porte du château consacre sans doute sa mémoire?

— (( Non , elle est antérieure à Henri , elle ne rappelle qu'un simple artisan , lisez et devinez :

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