‹ L'Écho de la jeune France (volume 2)Chapitre 25 sur 82 · DEUXIÈME VOIX · texte numérisé non relu

DEUXIÈME VOIX

Que la honte en retombe au front de tous les traîtres Qui, puissant, lui baisaient l'empreinte de son pied, Et qui, lorsque le dieu fut tombé du trépied, Allèrent lâchement s'offrir à d'autres maîtres ; Surtout ceux que gorgeait sou or impérial. Qui, soupirant après le repos des satrapes, Maudissaient dans leur cœur ce juif errant fatal Qui leur faisait subir d'éternelles élapes. Nuages insensés, l'éclat de vos splendeurs N'était que le reflet de sa grande lumière ; L'astre, selon vos vœux, a fini sa carrière. Mais son coucher vous rend à l'état des vapeurs. Sur la terre long-temps par sa foudre domptée, Son aigle traîne enfin un aile ensanglantée. Aux livides lueurs de son dernier canon, Il tombe : mais sa chute a fait un vide immense. Les peuples ont repris leur nuit et leur silence : Sa gloire étaitlcur jour, leur bruit était son nom.

Nous finirons ces citations par quelques vers adniirables extraits d'une pièce intitulée la Lampe de nuit.

Quoi ! ce corps délicat amant des voluptés, Ces regards que les cieux enivrent de clartés, Ces organes si prompts par qui l'ame est servie, Et si bien en accord dans l'hymne de la vie. Tout cela ne sera qu'un avorton du temps, Que la mort doit reprendre après quelques instans ! Tout cela ne sera que des lambeaux putrides Et puis des vers et puis des ossemens arides Que peut-être en sifflant un jour le fossoyeur. De la faim du tombeau robuste pourvoyeur, Doit briser, eu creusant une fosse nouvelle, Ou par un temps humide en nettoyer sa pelle, Puis réduits en poussière, enfin se résumer Par ce je ne sais quoi qu'on ne saurait nommer. Qui s'abîme, se perd au sein de la matière, Dans ce globe qui n'est qu'un plus grand cimetière Oîi le pied en marchant ne peut être appuyé Sans fouler une part du genre humain broyé,

Oïl Ton ne peut marquer un pouce de surface

Dont la mort mille fois n'ait déjà pris la place....

Et quand on pense encor qu'en ce moment si court

L'essaim des passions et des douleurs accourt,

Et s'acharne sur nous dans sa barbare joie

Comme plusieurs vautours sur une même proie ;

Que le ver de l'ennui ne sommeille jamais,

Que l'on sent le dégoût caché sous tous les mets,

Que le vin le plus pur dont l'ame est réjouie

Dans le fond de la coupe a toujours quelque lie,

Que l'amitié sacrée et le suave amour

Ont besoin d'être vus sous quelque demi-jour,

Que par un plein soleil souvent on les blasphème,

Que c'est toujours autrui qui s'aime dans nous-mème,

Que l'on ne peut goûter le plus chétif plaisir

Si l'esprit ne descend jusques à s'étourdir.

Comme ces condamnés aux lions de l'arène

Qui se versant entr'eux l'ivresse à coupe pleine,

Dans une délirante et bachique vapeur

Du supplice prochain enveloppaient l'horreur.

Ah ! l'on serait tenté de prendre l'existence

Comme un présent reçu des mains de la vengeance *

Comme un manteau fatal jeté sur notre dos

Et qui doit par degrés nous brûler jusqu'aux os ;

Aussi, malgré la soif que tout a de la vie

Et bien que du Seigneur la loi nous y convie,

Plusieurs de nous, voyant qu'il y faut tant souffrir,

Ont voulu de leurs mains encor la raccourcir,

Ont bravé du trépas l'afifreuse incertitude

Plutôt que d'achever une épreuve aussi rude,

Ont répandu toujours comme un vin frelaté

Qui fait crisper la face après qu'on l'a goûté,

Et la vie et l'enfer jetés dans la balance,

L'enfer leur a paru plus léger en souffrance....

En pensant à la position sociale de celui qui a écrit ces vers, qu'ils se consolent donc ceux qui révent dans notre société politique Va chimère impossible d'une république. Dans le domaine de la pensée il y a une république rationelle qui admet aux mêmes honneurs tous les hommes à nobles inspirations. Il v a dans l'ordre de la morale quelque chose aussi qui nivelle, c'est la vertu. Nous désirons ardemment voir tout le monde s'efforcer de conquérir cette juste égalité.

En terminant notre examen sur un homme qui, par une destinée opposée à ce'le de Gilbert et de quelques autres grands poètes , est obligé de faire du pain pour acheter le temps de faire des vers^ nous dirons qu'il y a en général chez Jean Reboul une manière large, une

phrase poétique abondante. Nous serions peut-être en droit néanmoins de lui reprocher l'abus des périodes un peu longues; cette manière qui peut avoir l'avantage de mieux faire voir une pensée sous toutes ses physionomies et dans tout son développement a aussi l'inconvénient de fatiguer le lecteur sans frapper son esprit. Quelques négligences de forme et quelquefois même certains détails trop peu dignes du langage de la poésie , tels sont les défauts que nous signalerons à l'auteur» N'aurait-il pas mieux fait de conserver en portefeuille quelques pièces qui déparent l'ensemble du recueil ? elles auraient pu aussi avoir leur triomphe, et ce triomphe, à mon avis, le plus précieux, les appjaudissemens intimes d'un ami qui juge avec indulgence, qui n'écoute pas une pièce de vers pour en faire la critique , mais bien plutôt pour y trouver un fleuron de plus à ajouter à la couronne littéraire de son ami. Quoi qu'il en soit , le nom de Jean Reboul appartient désormais à l'aristocratie du talent. L. de J.

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