‹ L'Écho de la jeune France (volume 2)Chapitre 26 sur 82 · DISTRIBUTION DES PRIX · texte numérisé non relu

DISTRIBUTION DES PRIX

DANS !«XS ACAHÉVOEn E7 LES GOLÏiÉGSS.

Si la vieillesse et Tenfance se touchent dans le titre de cet article, la faute en est au mois d'août, à cet inépuisable distributeur de palmes, à cet éternel éditeur de gloires qui confond le passé et l'avenir, et qui couronne le printemps des fleurs brûlées de la canicule ; en moins d'une semaine, Paris a vu quelques milliers de triomphateurs monter au capitole ; l'Institut, la Sorbonne, les collèges, les pensionnats, et jusqu'aux écoles d'enseignement mutuel, tous les établisspmens enfin où l'on vend à bureau ouvert du grec , du latin et quelque peu de français, ont fourni leur contingent annuel de génies et de prodiges ; il n'a manqué, je crois, que celui des salles d'asile ; mais il ne faut désespérer de rien, Allah est grand, et le monopole aussi ; l'université d'ailleurs est une trop bonne mère pour n'être pas une excellente nourrice.

D'abord, c'est l'Académie des sciences qui a déroulé la liste de ses vainqueurs ; là il n'y a pas le plus petit mot pour rire, je vous jure ; la physionomie du secrétaire perpétuel, miroir de toutes les physionomies savantes, semble refléter au milieu de ce sénat d'hyéroglyphes la tristesse de l'obélisque qui va bientôt nous dérober la vue de l'Etoile. Le premier lauréat proclamé par M. Sylvestre de Sacy est un Prussien, le docteur Papencordt ; il avait à tracer l'histoire des Vandales en Afrique, et il s'est acquitté de sa tâche avec toute la patience de l'esprit allemand.

Un second prix a été décerné à M. Miller, attaché au département des manuscrits de la bibliothèque royale.

M. Loqui a été couronné pour ses recherches sur cette question : Quel fut, depuis le deuxième siècle avant notre ère jusqu'à l'établissement de l'empire de Constantinople, l'état politique des cités grecques établies sur les bords du Pont- Euxin et de la Propontide.

Une autre question relative à la nation et à l'art étrusques est demeurée sans solution, et a été retirée par l'Académie.

Le concours a été prolongé sur les deux questions ci- après, savoir, pour la première jusqu'en 1837, et pour la seconde jusqu'en 1838 : 1° Rechercher quelles furent les impositions publiques dans la Gaule, depuis l'origine de la monarchie des Francs jusqu'à la mort de Louis-le-Débonnaire ; comment elles furent établies et perçues, et quelles personnes y furent soumises ; 2° tracer l'histoire des difl'érentes incursions faites par les Arabes d'Asie et d'Afrique, tant sur le continent de l'Italie que dans les iles qui en dépendent, et celle des établissemens qu'ils y ont formés , et rechercher quelle a été l'influence de ces événemens sur l'état de ces contrées et de leurs habitans.

L'Académie a proposé pour sujet d'un prix qu'elle adjugera dans la séance puWique de 1838 la question suivante :

« Déterminer quels sont les rapports des poids, des mesures, tant de longueur que de capacité, et des monnaies qui étaient en usage en France sous les rois des deux premières races , avec les poids, les mesures et les monnaies du système décimal. »

L'Académie a rappelé qu'elle avait proposé pour sujet d'un prix qu'elle adjugera dans la séance publique de 1837, cette question :

««Déterminer quelles ont été, à partir du règne de l'empereur Constantin, jusqu'à la fm du même siècle, les caractères et les vicissitudes du droit de propriété foncière, dans toutes les régions qui ont fait partie de l'empire romain en Europe. »

Les développemens de cette question ont été donnés dans le programme de la séance publique de 1835.

Feu M. Allier de Haute-Roche a légué une rente de 400 francs sur l'état, pour la fondation d'un prix annuel en faveur de celui qui aura publié, dans le cours de l'année, le meilleur ouvrage de numismatique. Ce prix a été remporté par M. Streber, conservateur adjoint du cabinet des médailles du roi de Bavière. Il n'avait pas de concurrens.

Un pareil prix sera adjugé en 1838, pour le meilleur ouvrage sur le même objet, publié pendant le cours de ladite année.

Les mémoires devront être envoyés avant le 1" avril 1837.

L'Académie ayant été autorisée à disposer chaque année de trois médailles d'or, de la valeur de 500 fr. chacune, en faveur des trois auteurs qui auront envoyé les meilleurs ouvrages sur les antiquités nationales, a décerné ces trois médailles :

1° A M. de Saulcy, lieutenant d'artillerie à l'école de Metz, pour ses recherches sur les monnaies de la cité de Metz.

2'^ A M. Prieur, payeur de l'armée française à Bougie, pour la recherche des monumens de tout genre de la domination romaine, existans dans les possessions françaises en Afrique.

3° A M. de la Saussaye, secrétaire de la société des sciences et des lettres de Blois, pour la continuation de ses travaux sur l'histoire de la Sologne blésoise, à l'époque de la domination romaine.

Des mentions honorables ont été accordées à M. Thomassy, architecte, ancien élève de l'école des chartes, auteur d'une description des ruines de l'église de Gilloneou Saint-Guillein du désert, dans le Bas-Languedoc; à IM. Gilbert, auteur des descriptions de l'abbaye de Saint-Riquier en Ponthieu, et de Saint-Valfranc d'Abbeville ; et à M. Dumége, conservateur du musée de Toulouse, auteur de l'Archéologie pyrénéenne et de nombreux mémoires sur les antiquités du midi de la France.

L'Académie a décidé que la commission des antiquités nationales ne comprendra, à l'avenir, dans son rapport annuel, que les ouvrages ou mémoires qui seront parvenus avant le l'^' juin.

L'exactitude oflicielle de ces détails nous dispensera d'en dire davantage ; le public n'aura pas la barbarie, nous l'espérons, de réclamer de nous, soit le mémoire de M. Langlois surCrichna, une des nombreuses incarnations de Vichnou, ni la notice de M. de Sacy sur Thurot ; nous prenons à témoin les quinze entêtés

qui sont restés d'arrache-pied avec nous dans la salle jusqu'à la clôture de la séance , que la voix sépulcrale de M. le secrétaire perpétuel n'a pas dépassé riiémicycle.

' L'Académie française, venue la seconde, a fait une plus large dépense de médailles que sa sœur ; elle en a décerné à l'éloquence, à la vertu et à la morale, tant en son nom qu'en celui de son riche bienfaiteur, M. de Monthyon.

Nous ne voulons juger aucun jugement ni affliger aucune joie ; mais qu'il nous soit permis d'émettre un vœu ; c'est qu'à l'avenir le docte aréopage soit plus heureux dans le choix des sujets et n'expose pas ses jeunes concurrens à battre les airs de vagues périodes gonflées et enluminées comme des ballons. M. Faugère, professeur émérite de sixième, dit-on, a eu beau feuilleter ses auteurs pour disserter éloquemment sur le courage civil ; le lieu commun l'a noyé ; il n'a osé mettre en scène dans son dialogue aucun Komain de la doctrine, aucun Spartiate du tiers-parti, et il n'a montré sous les traits de l'Hôpital et de Montaigne que des statues froides, que des figures inanimées à travers lesquelles le public n'a pas su apercevoir les modèles contemporains qu'on aurait voulu lui faire recommander par de flatteuses allusions ; aussi, M. le secrétaire perpétuel Villemain, après avoir parlé de la candeur du lauréat, n'a-t-il pas dissimulé le désappointement de l'Académie :

cf Peut-être, a-t-il dit, verra-t-on dans la forme adoptée par M. Faugère, et dans la date qu'il a choisie un moyen d'échapper à plusieurs difficultés du sujet, et de rejeter la leçon àdius un lointain plus commode pour l'auteur... et pour les juges. »

Il y a dans ces derniers mots un correctif de bon goût qui fait honneur à l'habileté de M. Villemain.

Pour les prix destinés aux ouvrages les plus utiles aux mœurs, l'Académie a décerné : 1° un prix de huit mille francs à M. Alexis de Tocqueville, auteur d'un ouvrage intitulé : De la démocratie en Amérique^ 2 vol. in-8 ; 2° deux médailles de trois mille francs chacune, à M. L. A. A. Marquet-Yasselot, auteur d'un ouvrage intitulé : Examen historique et critique des di^fcrses théories pénitentiaires^ 3 vol. in-8; à M. Gustave de Beaumont, auteur d'un ouvrage intitulé ; Marie, ou \' Esclavage aux États-Unis^ 2 vol. in-8 ; 3° et trois médailles de quinze cents francs chacune, à M. Poujoulat, auteur d'un ouvrage intitulé : la Bédouine, 2 vol. in-12 ; à M. J.-B. Montfalcon, auteur d'un ouvrage intitulé : Code moral des ouvriers, 1 vol. in-8 ; à M. Emile Bères, auteur d'un ouvrage intitulé : les Classes ouvrières, 1 vol. in-8.

Nous n'avons pas été les derniers, on le sait, à rendre hommage au beau travail de M. A. de Tocqueville ; un de nos collaborateurs les plus distingués, M. J. duTheil, en a fait l'éloge dans un examen critique trop approfondi pour qu'il soit nécessaire de rappeler à nos lecteurs une opinion qu'ils ont partagée sans doute ; mais ce que l'on connaît de notre sentiment ne nous donne que plus de liberté pour rechercher les motifs secrets de la munificence académique.

Si notre mémoire ne nous trompe pas , il advint un jour de l'autonme dernier que l'on parla dans tous les salons d'un accès d'enthousiasme qui avait saisi M. de Talleyrand, et chacun de s'étonner ; cependant, il était bien vrai que M. de Talleyrand s'était enthousiasmé; et la raison de son enthousiasme, c'est qu'il voulait

que le public s'enthousiasmât ; c'était un ton donné, le la du chef d'orchestre ; on devait donc supposer qu'il y avait dans l'ouvrage qui passait pour avoir causé cet effet galvanique une utiUté actuelle , quelque vertu cachée dont la politique comptait faire son profit; or, ce quelque chose que tout le monde se mit à chercher, c'est en réalité une des plus lumineuses démonstrations qui aient encore paru contre les excès de la démocratie et de la souveraineté du peuple. Les hommes qui sont sortis de l'Hôtel-de-Ville sous la même bannière n'ont pas tardé, on s'en souvient, à se diviser en deux camps, ou, pour nous tenir dans la spécialité de cet article, en deux écoles: l'école conventionnelle deSaint-Just, Danton, etc., l'école américaine de Washington et Lafayette ; aux disciples de la première, on a répondu à coups déplume d'abord, puis à coups de fusil et de canon ; quant à ceux de la seconde, dont le plus habile professeur vient de périr si malheureusement dans un duel, on leur a opposé beaucoup de raisonnemens et encore plus de réquisitoires ; mais il n'est pas de harangue, judiciaire ou non, que ceux-ci n'aient pas cru pouvoir réfuter en invoquant une ancienne complicité, et il a fallu sans cesse se débattre contre cette inévitable récrimination. En cet état de lutte , c'était une bonne fortune de voir un homme d'honneur et de talent, étranger aux passions politiques, et cédant seulement à une inspiration sociale, s'élancer dans l'arène et terrasser ses adversaires, a Votre modèle de république n'est pas celui de 93, » semble-t-on dire aux puritains de la souveraineté du peuple, c'est l'union américaine, Ehl bien, soyez satisfaits, nous consentons à vous croire ; mais ouvrez le livre de M. de Tocqueville, et vous allez voir votre souveraineté en action. La démocratie, que vous poussez à ses dernières conséquences, est dans la plénitude de son règne aux Etats- Unis ; elle s'y est établie tout à l'aise, sans embarras de passé, sans préoccupation de voisinage ; elle a eu ses coudées franches, en un mot. Qu'a-t-clle fait de son omnipotence, cependant ? elle n'a pu se soutenir sans s'appuyer sur les deux extrémités du despotisme, l'esclavage et l'intolérance ; elle est absolue dans son église, elle est oppressive dans son régime intérieur, et malgré le secours permanent de ce double moyen de gouvernement, elle languit, elle est prête à mourirl. . Que prctendez-vous donc en faire dans notre vieille Europe en présence des traditions du passé et au milieu de tant de voisins incommodes?... La conclusion se tire d'elle-même, et voilà comment M. de Tocqueville, devenu sans s'en douter le meilleur avocat d'une cause qui n'est pas la sienne, a fait pleurer de joie ce sensible M. de Talleyrand, qui embrassa le héros des Deux-Mondes sur l'autel de la patrie, et qui célébra une messe solennelle en l'honneur du triomphe de la souveraineté du peuple.

Si notre interprétation paraît hasai*dée, qu'on écoute M. Yillemain, et l'on verra si ce n'est pas la même explication qui perce à travers les adroits ménagemens de son langage.

» A quelque point qu'on se place, dit-il, le gouvernement et la société des Etats-Unis d'Amérique sont un problème curieux ou inquiétant pour l'Europe. Discuter ce problème, analyser ce monde nouveau, montrer ses analogies avec le nôtre et ses insurmontables différences , voir transplantées dans leur lieu d'épreu^*c le plus favorable, et développées à leur plus haut degré décroissance, quelquesunes des théories qui agitent l'Europe, et juger ainsi ce qui, au milieu même

d'une nature faite exprès pour elle, manque à leur succès, borne leur durée là même où elles triomphent, et les rend impossibles ailleurs ; voilà sans doute une des plus graves instructions que puisse donner le publiciste ami de l'humanité ; et tels sont les résultats, involontaires ou cherchés, du travail de M. de Tocqueville.

» Kien, avant le nouveau publiciste, ne donnait Tidée de cette extrême égalité américaine , qu'il a si vivement dépeinte et si habilement expliquée. En montrant à quelles conditions elle se maintient, de quels secours contradictoires elle a besoin, depuis le zèle religieux jusqu'à l'esclavage, il indique assez combien, avec quelques élémens de moins, la même disposition démocratique peut favoriser l'excès du pouvoir, encore plus que celui de la liberté. Et la leçon qu'il en tire et qui , cette fois, s'adresse à V Europe, c'est que le progrès des lumières et des lois doit suivre l'égalité croissan^te des hommes, et qu'ainsi, apprenant à se régler elle-même, à mesure qu'elle s'élève, la même force populaire peut se plier utilement à des formes diverses de pouvoir, et maintenir en Europe la stabilité monarchique parla liberté des institutions et l'intérêt national,

» Depuis cet ouvrage, encore si récent, on a vu, dans les Etats-Unis d'Amérique, le maintien de l'esclavage protégé par l'impunité du meurtre, et par une sorte de tribunal weymique démocratiquement organisé ; on a vu, sur cette terre de tolérance religieuse, des églises chrétiennes incendiées, afin que la foi dans l'esclavage ne fût pas ébranlée et pour préserver les noirs et les blancs de la contagion del'Evangile. On lisait partout, il y a peu de jours encore, que, dans une des villes de l'Union, un homme de couleur ayant blessé un magistrat, le peuple, indigné du crime, s'est saisi du coupable pour le punir au-delà des lois, et qu'il l'a brûlé à petit feu sur la place publique, comme faisaient, au même lieu, mais barbare alors et couvert de forêts, les cannibales extiipés par les colons civilisés d'Amérique.

» M. de Tocque ville n'a pas raconté ces faits, plus nouveaux que son ouvrage ; mais il les a prévus, en montrant avec une admirable sagacité ce qu'il y a de faiblesse dans le gouvernement fédéral, et tout ce que l' extrême démocratie renferme de tyrannie. Un des beaux caractères de son livre, c'est d'être une protestation contre toute iniquité sociale, de quelque nom qu'elle s'autorise, et, dans la vive peinture de la souveraineté du peuple en action, d'avoir mis partout au-dessus d'elle la souveraineté de la justice et de la raison. »

Et nunc discite, 6 vous tous qui aspirez aux prix Monthyon î sachez trouver une utilité politique dans une utilité morale, et l'intérêt que vous aurez servi vous servira.

L'Académie a proposé un prix de 3,000 francs pour une question qui embrasse quelques points importans de notre histoire littéraire, et d'où peuvent sortir d'utiles conseils : « Examiner quelle a été, sur la littérature française, au com- » mencement du dix-septième siècle, l'influence delà littérature espagnole, et, » en général, rechercher par quel art et par quelles heureuses circonstances « notre Uttérature, à diverses époques, a profité du commerce des littératures » étrangères, en maintenant son caractère original. »

= « Une autre somme de 6,000 francs est destinée à récompenser les meilleures traductions d'ouvrages de morale qui seraient publiées d'ici au 1*' janvier 1830.»

L'éloge du chancelier Gerson est le sujet du coricours d'éloquence pour 1837.

Les collèges royaux de Paris et de Versailles ont député leur brillante élite à la Sorbonne pour y recevoir des mains de M. Pelet (de la Lozère) une quantité de beaux livres magnifiquement reliés. M. Pelet est grand-maître... non pas d'éloquence, entendons-nous, mais tout bonnement de l'université ; ce qui est loin d'être la même chose, si nous en jugeons par son discours ; il a entretenu d'un ton glacé son ardent auditoire de la difficulté qu'il y a de faire le bien, et, en l'entendant, on a compris qu'il pouvait parfois n'être pas plus facile de bien dire que de bien faire ; du reste, au lieu d'un prix d'honneur, il y en a présentement trois ou quatre ; voilà ce que c'est que les époques de progrès ; c'est à ne plus s'y reconnaître.

Lelendemain de la distribution du concours général, les distributions particulières ont commencé ; les bruits de gloire répétés ainsi d'échos en échos vont toujours s'alTaiblissant jusqu'à ce qu'ils expirent au fond de la plus chétive école; maintenant, parcourez les journaux ; chaque institution produit son bulletin et affiche son compte de prix et d'accessits ; c'est le menu du banquet ; nous souhaitons que tous ces lauriers que l'on effeuille sur la tête des pères de famille leur fassent oublier le poids des bordereaux universitaires. ' »

Nous avions le projet de parler des pensionnats ; mais toute réflexion faite, nous laisserons ce soin au Journal des Jeunes personnes; de notre part, ce serait une usurpation; de la sienne, au contraire, ce sera l'exercice d'un droit légitime, et nous aimons à faire acte de respect pour la légitimité, alors même qu'elle nous impose des sacrifices.

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Dans cette saison de vacances où le Nord va demander des distractions au Midi et le Midi au Nord, on aime à suivre tous les mouvemens de cette grande partie de barres , et la poste a une activité que la presse peut imiter sans craindre de fatiguer le public ; c'est à elle, dont le centre est à Paris et dont la circonférence embrasse la France entière, de servir de bureau général de renseignemens.

Commençons par les Eaux des Pyrénées ; quelques fragmens d'une lettre que nous avons reçue de Bagnères-Bigorre suppléeront, nous l'espérons, au silence de plus d'une correspondance paresseuse, et dissiperont les inquiétudes qui se mêlent toujours à l'absence :

u Je viens de parcourir presque toute la chaîne des Pyrénées, et je suis en fonds pour faire du pittoresque pendant au moins six mois , mais ne craignez rien , je suis encore à table, et ma digestion est loin d'être faite. Je laisse donc de côté le pays que je veux déguster à loisir ; c'est mon café, et j'entends le boire suivant les principes de l'art: un mot sur les voyageurs aura plus d'intérêt pour vous et dérangera moins l'ordre de mes jouissances.

Pau, qui possède la plus précieuse relique de la monarchie française , le berceau de Henri IV, semble avoir été pris d'assaut parles Anglais ; aussi me suis-je hâté d'en déloger; dans un passage rapide aux eaux chaudes, j'ai aperçu M. d'Argout, qui m'a paru aussi bien portant que la plupart des baigneurs ; c'est un grand maigre, dont le profil... Quelle distraction! n'allais-je point vous en faire le portrait, comme s'il n'était pas chez tous les marchands de caricatures ; les eaux bonnes offrent l'aspect d'un congrès financier ; on m'y a montré à la fois M. de Calmon, directeur-général de l'enregistrement ; M. Gréterin, directeur de$ douanes; M. Marcotte, directeur ou plutôt ex-directeur des forêts, car il vient d'être tout fraîchement remercié. Figurez-vous une table ornée de toutes ces notabilités du budget renforcées de M. Hochet, secrétaire-général du conseil-d'état, de M. Amilhau, premier président de la cour de Pau, et de je ne sais combien de fonctionnaires grands et petits, où se trouvaient M. et madame de Coislin, M. de Béthizi, M. Sosthène de Larochefoucauld, etc., etc.; le tête à tête n'est-il pas curieux ?

Une femme charmante qui a donné plusieurs bals cet hiver, madame Tayer, fille du général Bertrand, avait su faire l'alliance du faubourg Saint-Germain et de la Chaussée-d'Antin ; dans les cavalcades qui l'accompagnaient, on voyait chevaucher gaîment, botte à botte, les opinions les plus opposées, toujours d'accord pour laire l'éloge de sa grâce et de son esprit. Madame Fleury, femme du receveur-général d'Orléans, avait part aux mêmes hommages et les justifiait également ; on regrettait de ne rencontrer ni la duchesse de Cadore, ni la marquise de Dampierre ; mais ces dames étaient réellement malades et vivaient retirées. M. et madame de Luppé, M. Karl de Puységur, M. de Montbrison, M. de Bérenger, M. Fulde, banquier, et une foule d'autres personnes distinguées dont

les noms m'échappent, aninuient les promenades et les raouts du soir ; les fashionables avaient adopté un costume uniforme pour les courses des montagnes ; pantalon blanc, veste ronde de même couleur à boutons noirs, ceintures rouges en barèges, et chapeau de paille bordé d'un cordonnet de velours ; tous se servaient d'un gros fouet de poste en guise de cravache, et plusieurs avaient fait mettre des grelots aux cous de leurs chevaux.

Deux tristes événemens se sont mêlés aux plaisirs des eaux bonnes ; à l'ouverture de la saison, madame de Thuisy, née de Béarn, a été écrasée par la chute d'un rocher, et madame Alexis de Noailles, après avoir en vain demandé quelques soulagemens aux bains, a été contrainte d'y renoncer pour aller mourir à Paris. L'affluence a été si grande cependant, qu'un retardataire de ma connaissance n'a pu trouver un lit que dans un grenier.

Je passe sur Barèges , c'est l'hôpital des Pyrénées; les malades sont en majorité; il y a de quoi effrayer les gens qui se portent bien; j'y ai remarqué le marquis et la marquise de Caraman, M. et madame de Montbreton, M. de Nicolaï, une jeune et jolie veuve de Granville, madame Warrein, MM. de Noè, Rivaud delà Raffinière, etc., etc.

A Saint-Sauveur, on se pressait autour delà belle duchesse d'Istrie, qui arrivait de Néri avec son mari et son frère le comte de Lagrange ; ime partie du personnel des bals de Paris s'était partagé entre cet établissement et Cauteretz, dont le personnage dominant était le duc de Fitz-James. M. et madame des Ëstards, M. et madame de Schulenbourg, M. et madame Lechanteur, MM. Alexis de Pommereu et d'Alton étaient d'un côté, je ne puis compter tous ceux qui étaient de l'autre : ce serait vme liste sans fin. En deux mots, la saison a été jusqu'à présent aussi brillante qu'animée ; Bagnères-Luchon, que je n'ai pu visiter, est encombrécomme d'habitude de Bordelais et de Toulousains ; la Garonne y coule à pleins bords; quelque cas que j'en fasse, je n'irai pas la chercher, je l'attendrai ici. Bagnères-Bigorre est le rendez-vous universel de l'arrière-saison ; déjà l'on accourt de toutes parts, et pour peu que l'invasion continue, il faudra que nous logions dans les gouttières, si les chats veulent bien nous les céder. »

l^wne hcs €hêkiKe9.

Pour l'honneur de ce que l'on veut bien appeler notre théâtre, le mieux est de passer rapidement, le plus rapidement possible, sur les produits dramatiques du mois d'août 1836. Depuis et y compris le Chei^alier de Canolle , musique de M. Font-Michel (quelle musique!), poème de madame Gay (quel poème I), jusqu'au Christiern de la Gaîté, c'est une avalanche de chutes à écraseï le plus intrépide amateur.

Au Vaudeville, d'Aubigné, de M. Ancelot, atïreux complot tramé contre l'auditoire, mais heureusement déjoué^ grâce au public, et surtout grâce aux acteurs ;

Aux Variétés, Madame Pctéroff^ une anglaise^ longs imbroglios aussi froids que la Russie, aussi maussades que l'Angleterre ;

Au Palais-Royal, le Conseil de discipline^ triste parodie d'une parodie plus pitoyable encore, la garde soi-disant nationale ;

A la Gaîté, sans compter ce Christiern dont je vous parlais tout-à-l'heure, les Tribulations d'un barbier^ pauvre diable qui n'avait pas compté sur la plus rude de toutes, celle du sifflet ;

A l'Ambigu-Comique, Tout ou rien, hoimête drame de M. Paul de Kock, lequel répond mieux, il faut le dire, au dernier mot du titre qu'au premier ; et Vaugelas, vaudeville grammatical, gai comme une leçon d'orthographe, et amusant comme une faute de français ;

Aux Folies-Dramatiques , la Cour de Pharaon , savante dissertation sur les sept plaies d'Egypte, qui m'en ont révélé une huitième bien plus terrible à elle seule que les sept autres à la fois, l'ennui ;

Partout enfin des chutes, des sifflets ; partout la solitude et le désert. Avis à vous, MM. les directeurs. La nature a horreur du vide : croyez-moi, c'est uu bon exemple que la natiue vous donne là.

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