‹ L'Écho de la jeune France (volume 2)Chapitre 62 sur 82 · PARIS · texte numérisé non relu

PARIS

5, HUE DE MÉNAUS.

REVUE

CATHOLIQUE

I ■■ Mwoooai

Dieu, qui connaît la diversité des goûts des hommes, a voulu, comme un père qui aime tendrement ses enfans , que tous leurs goûts divers pussent être satisfaits; aussi voyez quelle immense, quelle incessante variété il a répandue à pleines mains sur la terre : variété de sites et d'aspects , variété de saisons, variété de fleurs et de fruits, d'arbres et de plantes, l'hysope à côté du cèdre, le roseau à côté du chêne, la plaine auprès des hautes montagnes , et le petit ruisseau auprès des puissans fleuves et des vastes mers! Pour celui qui aime l'éclat, il a fait le soleil avec sa magnifique splendeur, pour celui qui recherche le calme et la paix, il a placé la lune et les étoiles dans le ciel pour y briller comme des flambeaux, et éclairer l'homme dans ses rêveries et ses méditations.

Eh bien! ^la presse a voulu imiter le créateur; cette puissante reine des temps modernes, née des hommes et qui connaît les hommes, sait aussi combien leurs goûts sont différens, combien leurs opinions sont inconstantes et diverses; aussi voyez quelle variété son activité et son industrie ont répandue sur la société actuelle : variété de livres et de brochures; variété de journaux et de revues; variétés de magazines et de keepsakes ; variété de feuilles quotidiennes , hebdomadaires , mensuelles, trimestrielles et annuelles.

Dans cette création nouvelle, dans ce monde de papier, quelles opinions, quelles affections politiques ne trouveront pas à s'enraciner dans leurs principes?

l^Q légïimktQ n'aiira-t-il pas la Quotidimne^ la Ga:^eUç d^ France^

le Journal des Pailles et des Campagnes et les gazettes des provinces ?

Le républicain n'aura-t-il pas le National et le Bon-Sens ?

Le partisan des faits accomplis, le Journal des Débats?

Le ministériel , V Impartial*

Le dynastique, le Temps.

L'homme qui aime à rire , le Charivain et le Corsair^e.

L'homme qui croit que l'on peut étre^fort en plaisantant , la Mode , ce livre des salons , cette revue du monde élégant.

Le littérateur n'aura-t-il pas Y Echo de la Jeune France^ qui redit toutes nobles voix du pays.

N'aura-t-il pas encore la Revue des deux Mondes , la Revue de Paris, la. Revue Rétrospective ^ la Revue Brita7uiique,\di Revue d'' Edimbourg y la Revue du Midi , la Revue de V Ouest , la Revue de Rouen, et tant d'autres Revues.

La science n'a-t-elle pas VEcho du Monde savant , les Annales de Philosophie et V Université Catholique.

La piété , la Morale du Christianisme en action , le Conseiller des Familles , V Univers religieux et VAmi de la Religion.

L'amateur de crimes et de scandales, la Gazette des Tribunaux , le Droit et la Cour d'Assises,

L'enfant , les Veillées de Famille.

L'écolier, le Journal de la Jeunesse.

La jeune fille ^ le Journal des Jeunes personnes.

Le propriétaire foncier , le Moniteur de V Agriculture.

Le négociant , le Moniteur du Commerce et de ITndustrie.

Puis les Sylphes, \e?> Follets, les Vert-Vert , les Tam-Tam^ etc, pour les oisifs et les ennuyés des spectacles.

Ainsi, le bien et le mal , le grave et le futile , le triste et le gai, le noble et Tignoble , le beau et le laid , s'olïrent chaque matin à l'homme qui marche en regardant autour de lui ; on dirait de ces plantes qui naissent, qui poussent et qui grandissent dans une nuit, et que l'on voit tout-à-coup où il n'y avait rien la veille. Quelquefois je me prends à croire que si l'on collait bout à bout toutes les feuilles qui s'impriment dans un jour on pourrait flnre ainsi une ceinture de papier assez longue pour entourer la grande ville de Paris. A Londres, la zone blanche et noire serait bien plus longue encore.

Malgré cette richesse , cette abondance , cette surabondance , cette avalanche , ce déluge de journaux , de feuilles politiques , littéraires , artistiques, savantes et pieuses, il y a encore dans le monde moral une spécialité (\m ne trouve pas ce qui lui convient.

Il y a dans la société , telle que les révolutions nous l'ont faite , des hommes qui vivent loin du bruit et du trouble des villes ; ils ont vu de si prés tout ce que les régénérations politiques ont amené parmi nous, ils ont ressenti que dans les progrès de la civilisation actuelle, il y avait tant de mouvement , d'agitations et de fatigues , qu'ils n'ont plus voulu rester sur ces chemins de fer où tout court si vite , où l'on est si souvent exposé à se faire écraser et broyer sous les roues des machines, et ils se sont retirés à l'écart. Dans leur retraite, ils veulent la paix et le calme, mais ils les veulent animés de souvenirs et d'études 5 matelots échappés aux naufrages et dégoûtés des tempêtes, ils ne veulent plus des fatigues et des dangers de la mer , mais ils veulent toujours avoir l'aspect de sa majestueuse immensité. Et quand il arrive dans leur tranquille solitude le récit d'un beau fait de mer, d'une belle découverte et d'un heureux voyage les vieux invalides de nos vaisseaux se réjouissent encore.

C'est pour ces hommes de retraite et d'étude que la Revue Catholique est créée ; elle ira porter à ceux qui ne vivent pas dans le monde les bruits pieux du monde... Elle ne leur fera point entendre cet assourdissant et incessant tumulte qui bourdonne à l'entour des salles de spectacles , des cafés et de la Bourse , mais elle tâchera de faire parvenir jusqu'à eux les sons sublimes qui sortent des temples de Dieu.

Aujourd'hui qu'un souffle d'en haut a passé sur les hommes et leur a fait lever la tète pour regarder le ciel , aujourd'hui que l'on ose parler religion et que bien des livres chrétiens s'impriment et se vendent, la Revue Catholique s'appliquera à rendre compte de ces ouvrages. Grâce à ses examens consciencieux , ses lecteurs sauront quels livres ils peuvent faire Venir comme des amis dans leur retraite des champs.

A côlé de comptes-rendus et de réflexions sérieuses nous tâcherons de mêler de touchantes histoires et de beaux morceaux de poésie. La poésie ira bien à notre Revue Catholique^ car aujourd'hui la lyre 0es poètes a pris quelque chpse de la harpe de David j elle aussi Iquç

le Seigneur... Nous savons bien des châteaux où ira notre i?e^wc , mais le chemin qu'elle prendra le plus sera celui des presbytères.

A ceux qui y vivent priant Dieu et faisant le bien nous enverrons, pour les délasser des saints travaux du jour, des récits qui ajouteront à leur savoir et qui leur retraceront des exemples de courage.

A présent il faut à la milice sainte courage et savoij\

Couj^age pour jjiépriscj' les mépris du monde et aîlronter les persécutions si elles revenaient.

Savoir , pour ne pas rester en arriére dans ce siècle de progression générale ; il faut que le prêtre de nos villes et de nos campagnes n'ait point à rougir de son ignorance devant l'élève de droit devenu notaire ou avocat , et devant un élève en médecine devenu docteur. Eux ont plus de savoir que leurs devanciers : que le jeune curé avec les vertus de son prédécesseur ait autant de science que ses contemporains.

Avec nos mœurs d'aujourd'hui , il y a souvent lutte entre l'avocat et le prêtre ; faisons en sorte que les armes ne soient pas inégales. Le curé de campagne qui saura bien l'histoire de son pays en aimera plus son église. Bien savoir Thistoire des temps passés, c'est bien connaître les bienfaits du catholicisme.

Avec le goût du vrai donnez le goût du beau , avec l'amour de la vertu donricz l'amour de la littérature chrétienne au jeune lévite qui entre dans le sanctuaire : qu'il sache bien les livres saints, les livres édifians, mais qu'il lise aussi le Génie du Christ iajiisme^ V Itinéraire à Jérusalem ^ les Martyrs ^ V Essai sur Vindifférence ^ les Mé- ' ditations , les Harmonies ^ beaucoup de pages de Jocelin et beaucoup d'autres poésies où sont chantées la grandeur , la bonté et la majesté de Dieu.

La poésie n'est-elle pas fille du ciel, sœur de la religion. Quelques-uns, nous le savons bien , vont ce récrier sur ce que nous promettons ici , et vont dire que Chateaubriand et Lamartine sont des auteurs profanes. . . Ceux-là, voyez-vous, ^i les suhWxuQs poésies d'Isaîe, de Job et d'Ézéchiel paraissaient aujourd'hui pour la première fois, s'écrieraient : // J ^ là-dedans tràp d'images ^ trop d'exaltation^ trop de mélancolie !

Il V a des gens si graves, si austères, qu'en vérité ils ne voudraient donner aux hommes que le pain sec de la foi. . . Ces hommes-là ne comprennent pas la faiblesse de notre humanité; à celui qui doit >ivre

seul, ils ne veulent pas [accorder une céleste compagne ; a celui qui doit chanter les louanges du Seigneur, ils ne veulent pas laisser une harpe !

Les rédacteurs de la Revue Catholique sont loin de penser de même, aussi ils mettront dans leur recueil le grave et le doux et appendront quelques couronnes de fleurs aux branches de la croix.

Ceux qui les premiers ont conçu la Revue Catholique ont eu un tort, c'est de l'avoir fondue dans VEcho de la Jeune France ; mêlée à ce recueil , elle était devenue d'un prix trop élevé pour le clergé des villes et des campagnes , riche en vertus et en bons exemples , mais pauvre et dépouillé des biens de la terre.

La Revue Catholique redevenue elle-même, indépendante et isolée de toute- autre publication, ne coûtera que six fr. par an (i). L'homme qui la lira sera tenu au cout-ant de tous les bons ouvrages qui auront paru dans le mois écoulé, et par ses comptes-rendus et ses annonces connaîtra les livres qui ne seront pas trop chers pour pouvoir être rangés sur les modestes rayons d'une bibliothèque de presbvtère.

En lisant la chronique de ce recueil, on aura aussi un rapide aperçu des nouvelles ecclésiastiques. La politique et les choses profanes seules ne trouveront point de place dans notre Revue,

L'auteur de ce premier article , qui a écrit, il y a long-temps, les Lettres veridéemies, donnera tous ses soins h cette revue. Il v travailleraavec amour, car s'il est exaltant pour le cœur d'avoir à raconter des exploits guerriers et chevaleresques, si c'est une douce gloire que d'émouvoir le peuple élégant et parfumé des salons, si c'est un bonheur de voir sur les joues des grandes dames briller des pleurs que vos écrits ont fait couler, il y a quelque chose de plus enviable encore, c'est alors que les lignes que vous avez écrites avec votre cœur et vos convictions, deviennent un délassement et une joie aux hommes qui se sont faits les consolateurs des pauvres. Vicomte Walsh.

(1) 6 fr. par an pour Paris; 7 fr. 50 c. pour les départemens.

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