‹ L'Écho de la jeune France (volume 2)Chapitre 82 sur 82 · UX.V.V · texte numérisé non relu

UX.V.V

La Revue catholique y jointe autrefois à Y Echo de la Jeune France , en est séparée depuis le mois de juillet dernier. Elle contiiuiera, eu 1837 , a paraître séparément et à servir d'organe spécial au clergé , auquel elle apportera en même temps les nouvelles du monde religieux et du monde littéraire. Placée désonnais sous le patronage d'un très-grand nombre dévcques , de plusieurs ecclésiastiques distingués et de la plupart do nos écrivains religieux , la He^'ue catholique forme un recueil précieux pour toutes les personnes qui aiment à voir la saine littérature unie aux bonnes doctrines. La modicité de son prix (6 fr. pour Paris, et 7 fr. pour les départemens ) lui a déjà acquis un nombre d'abonnés très-considérable y et iioiis avons la conscience que bientôt il s'augmentera encore»

CHRONIQUE RELIGIEUSE

Nous avons parlé longuement déjà de la secte qui , sous le titre à' Eglise fraiicaise, sème l'ivraie parmi le bon grain , et abuse de Tinconcevable tolérance dont elle est l'objet. C'est qu'il fautljicn élever la voix contre le désordre, et que le pire de tous les maux est celui qui acquiert droit de domicile sans qu'on le signale. Nous reviendrons donc encore sur ces tristes cérémonies , autant pour avertir les fidèles que pour arriver à ceux dont la mission est, avant tout, de protéger et la morale et la religion. — On se souvient que, par un jugement du tribunal de police correctionnelle de Versailles (V. notre numéro du 15 septembre) le sieur Pillot a été condamné à six mois de prison , aux frais de la procédure , et son association religieuse dissoute. On savait dès lors qu'appel serait formé , comme on n'ignore \ms aujourd'hui que cette ailaire sera portée à la cour de cassation , car c'est, avant tout, du bruit et du scandale qu'il faut à certains liommes dont le sieur Pillot n'est ici que le mandataire et le représentant. Devant la cour royale , M. Plougoulm , avocat-général , après avoir interrogé la vie du sieur Pillot , et montré ce que sont les mœurs de cet homme qui se prétend appelé à fonder une nouvelle religion , a soutenu que la société , ayant le dioit de demander des garanties pour l'exercice des professions les plus importantes , que celles d'avocats , d'instituteurs , sont soumises à des formalités qui tendent à préserver et les plaideurs et les enfans , du danger de confier , les uns leurs alTaires , les autres leur intelligence à des ignorans , il ne peut pas être permis au premier venu d'établir une religion , d'ouvrir une église , de se faire apôtre , de prêcher des doctrines nouvelles ; que ce serait là le renversement de toutes les religions. Il n'était pas difficile de montrer ensuite que ce prétendu culte unitaire n'est pas un culte, même aux yeux du sieur Pillot ; que ce n'est donc pas une religion qu'on étoufi"c , que c'est tout simplement une spéculation qu'on arrête. Le jugement , rendu le 3 de ce mois, a confirmé celui de Versailles ; il n'est donc remarquable que par ses considérans que leur longueur nous empêche de reproduire en entier ; nous dirons seulement qu'il est établi par la cour «c que si , depuis la promulgation de la charte , les lois organiques des » cultes RECONNUS out couscrvé leur vigueur , les réunions ou associations pour » l'exercice des cultes non-reconnus ne peuvent jouir d'un privilège qui les alfran^ » chisse de toute surveillance et des prescriptions de la législation générale, » Et en effet , s'il en était autrement , l'état serait obligé de reconnaître et de pro^ téger tous les cultes qu'il plairait à des novateurs d'établir , quand même ces cultes seraient de nature à corrompre les mœurs , ce qui équivaudrait à la proclamation de l'athéisme. Après ce jugement, dont le dispositif et les considérans sont également dignes d'attention , on pense sans doute que le sieur Pillot a dû se soumettre , et que le culte unilairc est allé rejoindre celui des saints-simoniens et des templiers ; pas du tout : le chef n'a fait que transporter ailleurs ses nouveaux dieux pénates , et, en dépit même des deux jugemens qui l'ont frappé, un maire a pu lui donner , dans le ressort de la cour royale qui l'a condamné , l'autorisation d'ouvrir un temple et d'y prêcher sou nouvel Evangile j bien plus, les

cultes (le CLatel et d'Auzou, qui certes ne sout pas reconnus ^ « jouissent d'un » privilège qui les alFraucliit de toute surveillance et des prescriptions de la loi » générale » ; des afliches annoncent leurs offices et leurs sermons ; ils peuvent attaquer les mystères catholiques , tourner ses pratiques en ridicule, invectiver contre ses ministres , paix et tolérance leur est accordée ; tandis qu'après avoir déclaré dissoute une association du même genre , formée par un obscur disciple à quatre lieues de la capitale , on ferme les yeux sur l'existence de la même association quand le même homme a changé de résidence et obtenu d'un maire les pouvoirs de prêcher I Ce sont là des contradictions que la justice ne devrait jamais se pei mettre. Si ses arrêts eux-mêmes ne sont pas à l'abri de fâcheux rapprochemens , que deviendra l'autorité de la chose jugée? Naguère, un énorme placard annonçait la mise en vente de V Église française , élevée tout récejnment au Petit-Montrouge et desservie par un sieur Leloux, que ses créanciers poursuivent , et contre lequel ils avaient fait saisir ce bâtiment , dont la mise à prix était de 25,000 fr. ; on avait soin d'avertir que le local peut servir à des réunions de plaisirs , comme bals , concerts , etc. Nous nous en étions presque réjouis, car, à tout prendre, et spectacle pour spectacle, celui qui n'est qu'immoral vaut mieux encore que celui qui est audacieusement sacrilège. Mais , voilà que le sieur Pillot , soutenu par des hommes dont le zèle ne se borne pas à de stériles conseils, va rendre témoin de nouvelles impiétés ce malheureux bourg , jadis édifié par de tout autres réunions. — Du reste , si la justice des hommes laisse libre , à ceux qui veulent le dévaster, le champ des croyances religieuses , la justice divine a quelquefois pour eux de sévères avertissemens. En peu de mois , quatre prêtres ( ou se disant tels ) de V Eglise française sont morts à Nantes ; un cinquième , le sieur Sandron , vient encore d'y périr d'une maladie prompte , et le petit nombre des adeptes a donné à ses obsèques un éclat inusité. La main de Dieu a frappé plusieurs coups : puissent ceux quelle a menacés reconnaître enfin dans quel abîme ils se précipitent , à quelle exécration ils vouent leur nom , et quelques-uns des talens qu'ils eussent pu employer d'une manière utile et pour leur ame et même pour leur réputation I

Au reste , si nous revenons si souvent sur ces tristes affaires , c'est que nous sommes convaincus , avec tous les gens de bien , que, quand on aura laissé jeter le ridicule à pleines mains sur les ministres catholiques , blâmer publiquement leurs rites et leurs cérémonies , torturer l'histoire pour en arracher des traits bien noirs , bien odieux , bien atroces , toute considération étant perdue , on verra chaque jour les tribunaux appelés à punir des délits dont la pensée ne se fut pas même présentée à l'esprit dans d'autres circonstances. Ici , c'est une orgie dans un cimetière , c'est le frère debout sur la tombe , à peine refermée, de son frère , l'appelant à partager ses sacrilèges débauches ; là , c'est un jeune impie qui revêt un costume sacré , se glisse furtivement dans un confessionnal, et se dispose à entendre une confession qu'il n'a pas tenu à lui d'écouter en entier ; ailleurs , c'est un mari qui s'oppose à la présentation du corps de sa femme catholique à l'église de son village ; à Lyon , ce sont des pétards jetés dans une église, et dont l'éclat interrompt les oflices ; dans les environs de Paris, ce sont des vols sacrilèges multipliés qui obligent l'aulorilé diocésaine à prescrire aux cures d'ciilovcr les vases sacrée du labeinaclo , pendaut le jour ; ù Paris même ,

ce sont des suicides nombreux que les journaux devraient taire , et dont les détails produisent presque toujours des impressions terribles, fruits déplorables de l'anarchie quia pénétré dans les esprits, de la corruption qui s'est emparée des cœurs , et contre lesquelles viendra se briser toute puissance qui n'emploiera que la force matérielle ! L'expérience parie chaque jour , et assez haut ; ses avertissemens sont assez nombreux et assez sévères pour qu'on les entende enfin , et surtout qu'on les comprenne.

Ou avait espéré que les enceintes où se rend la justice ne seraient bientôt plus dépouillées de ce qui parle aux yeux et aux cœurs bien plus que tout l'appareil déployé dans les prétoires ; l'image du Christ , avait-on dit , va être replacée dans les salles d'audience des cours et des tribunaux. Cette espérance ne s'est réalisée que pour quelques villes de province ; à Paris , on n'a pas même assisté à la messe du Saint-Esprit , qui , à Douai , à Toulouse , à Caen , à Besançon , à Pau , à Aix et à Lyon, a été célébrée avec pompe.

Après avoir exprimé nos regrets sur les longues vacances de plusieurs sièges épiscopaux , nous sommes iiemeux d'avoir enfin à communiquer à nos lecteurs les choix qui ont été faits par le gouvernement. M. Donnet , évêque in partibus de Rosa et coadjuteur de Nancy , diocèse qu'il administre depuis dix-huit mois, et dans lequel il a déjà fait un bien immense , est nommé archevêque de Bordeaux , et appelé à succéder à M. de Cheverus : ce sem un digne successeur du pieux cardinal ; M. l'abbé Letourneur, chanoine de Paris , est nommé à l'évêché de Verdun ; M. l'abbé Calniels, grand vicaire d'Albi, à celui de Saint-Flour, et M. Delacroix, ancien curé des Chartreux, à Lyon, vicaire-général de Belley depuis 1822, à l'évêché de Gap. Ce sont là des nominations qui réjouiront tous les fidèles , non-seulement des diocèses que ces prélats sont appelés à gouverner , mais de la France entière , si fière, et avec raison, de voir à la tête du corps des pasteurs des'pontifes plus haut placés encore par leurs vertus et par leurs talens que par leur éminente dignité. Le gouvernement a compris sa mission quand il a confié à de si prudentes mains la direction des choses du monde les plus difficiles parce qu'elles sont les plus saintes ; il a pu voir récemment quelle sagesse animait l'épiscopat tout entier. — La France apprend qu'un roi trois fois exilé vient de mourir sur la terre étrangère ; sa première pensée est de courir aux pieds des autels pour implorer de la miséricorde divine un lieu de repos et de paix pour celui qui eut si peu de repos sur la terre ; sans doute , si quelque chose doit être libre , c'est la prière. Aucune puissance humaine ne pouvait donc ici Tinter-dire ; mais l'épiscopat a compris qu'au moment où les blessures si vives et si profondes faites à l'Eglise commençaient à peine à se fermer, il fallait se garder de donner à l'impiété le plus léger prétexte pour l'accabler de nouveaux malheurs. Tout s'est donc passé entre Dieu et le fidèle, et aucun signe extérieurn'a témoigné d'une douleur à l'expansion de laquelle le sanctuaire du moins devait être ouvert. Il ne nous appartient pas de juger dans ce recueil les mesures prises par l'autorité civile ; ce que nous croyons devoir seulement , c'est un hommage à la conduite des évèqucs , toujours si mesurée , si sage , si pleine de condescendance pour les faiblesses qu'elle est appelée à guérir peu à peu. ^11 est à ce sujet une remarque que nous devons faire sur la manière dont on se joue de la bonne foi Aes journalistes, qui accueillent trop souyçnt sans les examinev les faits qu'on kuç

commuuique. Il existe , à Paris , une fabrique de nouvelles religieuses ; elle paraît avoir confié spécialement le débit de ses inventions à deux journaux , la Presse et le Siècle , qui , en vérité , devraient se tenir un peu plus en garde contre leurs correspondans. Tantôt ils annoncent l'acquisition , par M. l'archevêque de Paris , de deux magnifiques liôtels qu'on répare à grands frais, rue de Yarennes : ces deux hôtels sont la maison du Sacré-Cœur , dans laquelle le prélat n'a qu'un modeste pied-à-terre ; tantôt ils citent le préambule d'un mandement du même prélat qui n'a jamais existé que dans leurs bureaux ; maintenant enfin ils font remarquer que « depuis la mort de Charles X , les prêtres de toutes les églises de )) Paris portent l'habit violet, couleur adoptée pour les grands deuils de cour, n On s'est probablement moqué du journal auquel on a adressé cette note ; nous lui feix)ns remarquer , nous, que les prêtres ne portent point l'habit violet, même en grand deuil de cour • que les évêques, qui sevds portent un costume de cette couleur, le changent contre un noir quand ils sont en deuil ; mais qu'à Paris, à présent comme toujours, les ecclésiastiques portent par-dessus leur soutane une douillette de couleur brune ou violette. Y,

Page 1