‹ L'Écho de la jeune France (volume 3)Chapitre 11 sur 99 · LE COMITÉ DE PARIS A LA JEUNESSE FRANÇAISE · texte numérisé non relu

LE COMITÉ DE PARIS A LA JEUNESSE FRANÇAISE

Lorsqu'il nous vint à la pensée de fonder Y Echo de la jeune France , ce fut la jeunesse française que nous eûmes en vue : nous conçûmes la noble ambition de lui donner une tribune, de peur qu'au milieu de tant de de'crépitudes qui encombrent la surface du pays , on ne se prît à croire que la France aussi était décrépite j de peur qu'au milieu de toutes ces corruptions de cœur et d'esprit que le siècle philosophique a laissées derrière lui comme un immense limon , on ne se prît à croire que la France aussi était corrompue ; de peur qu'au milieu de toutes ces débauches anti-sociales et anti-chiétiennes d'une littérature convulsionnaire , on ne se prit à croire que la France aussi était immorale et athée. Nous avons élevé nos tentes sur le point qui sépare le présent de l'avenir, et de là , appelant à nous celte noble et généreuse jeunesse , nous l'avons conviée, au nom des intérêts de la France toute entière, à se serrer autour de son drapeau , et à former, sur les derrières de cette société qui se disperse et s'en va, une de ces puissantes réserves qui sauvent les armées et préviennent la chute des empires.

Cet appel a été en partie entendu (î), et la jeunesse de la France a compris qu'il était utile et beau de préserver cet avenir qui lui appartient, qui n'appartient qu'à elle; cet avenir que quelques vieillards , tristes restes des vices et des crimes d'une autre époque , veulent jouer, un pied dans la tombe , sur la dtrnièi'e carie de leur ambition et de leur perversité.

Mais il ne faut point que la jeunesse française se contente d'iiiie ferveur inactive et d'une sympathie morte ; l'œuvre que nous avons entreprise est difficile et grande , et ce n'est poiut par des forces isolées qu'elle peut s'accomplir.

Replacer dans ce pays la religion et la morale , ces deux grandes bornes sociales- retremper la litléralure à la source du beau et du vrai, dont elle s'éloigne chaque jour ; nettoyer le pays de cet amas de saletés dont des plumes cyniques l'inondent j égaler, s'il se peut, le dix-seplième siècle sans l'imiter, c'est là un travail de géant^ qu'une grande et unanime coalition peut mener à bien.

Il faut que quiconque a une pensée cbrétienne , quiconque a une pen-

(1) Dans Tespacc d'un mois plus de 2000 jeunes gens y ont répondu avec un Cntliousiasmc diflicile à déirire. ?«'ous devons citer cntr« autres nos frères de* écoles de Toulouse, Gaen, Poitiers, Dijon.

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sëe sociale, quiconque a une pensée de haute littérature, la retrouve ici

refle'te'e comme dans un immense miroir.

Il faut que l'homme de l'Evangile puisse nous regarder avec quelque utilité du haut de la chaire; il faut que du sein des écoles coeurs et esprits puissent se tourner vers nous comme vers ces flambeaux qui , au milieu des cataconalocs romaines , ne sont point encore le jour^ il est vrai , mais y conduisent.

Il faut que l'artiste rencontre dans nos pages l'art ramené à ces sources d'inspirations morales et religieuses qui rafraîchissent l'incroyable se'chercsse d'une époque pour laquelle le ciel n'a plus de rosée; il faut que le poète apprenne à regarder la pocsi© en se plaçant sur ces hauteurs d'où Raphaël envisageait la peinture ; il faut enfin qu'après avoir un moment cède' la place au philosophismc et à l'incrëdulité qui ont voulu tout recréer, et qui ont avorte de tout, le christianisme, cette grande muse du monde , reprenne son admirable ëpopoe qu'il semblait avoir fermée sur les noms de Bossuet, de Racine et de Fënelon.

Mais pour arriver à ce grand résultat , à ce résultat qui doit être utile à tous , tous doivent nous venir en aide. Ce n'est qu'en marchant à l'aide de tous les travaux et de toutes les lumières que nous pourrons envisager le but sans désespérer d'y atteindre.

Que la jeunesse française se le rappelle , l'œuvre que nous avons entreprise, c'est la sienne; la cause que nous défendons, c'est sa cause; le triomphe que nous voulons décider, c'est son triomphe ; la défaite que BOUS éprouverions serait sa défaite.

Nous ne sommes point de ceux qui pensent que l'encyclopédie des choses humaines peut être renfermée dans quelques têtes. Un véritable journal est comme un drapeau : une seule main semble le tenir, mais les mains de tous le défendent ; il est ferme , il est haut , il est inébranlable, parce qu'il résume la force de toute une armée.

Nous ne sommes pas de ceux qui pensent que les provinces doivent , dans les régions intellectuelles, comme dans les régions administratives, se borner à tourner obscurément, et comme d'humbles satellites, autour de ce centre de bitume qiii n'éclaire qu'à la manière des volcans , par la lave et les incendies. 11 est plus facile de mettre la France hors la liberté, que de la mettre hors l'intelligence; et il y a une chose que ni la Révolution ni l'Empire n'ont pu centraliser : c'est le sens et l'esprit.

Places que nous sommes au centre d'un immense mouvement moral et intellectuel, nous n'avons la prétention ni de le dominer ni de le conduire, nous voulons l'exprimer. A nous la tâche de coordonner les lignes lumineuses qui nous arrivent de la circonférence, à la jeunessse de la France la tâche de nous envoyer de tous les points du pays ces lumières dont nous avons besoin. A nous la tâche déformer un ensemble de tantdç

richesses cparses , et de tant de tre'sors enfouis ; à la jeunesse de la France celle de diriger vers nous tous ces filons précieux. I*ious penserons avec les pensées, nous raisonnerons avec la logique, nous sentirons avec les sentimens de tout le monde j et nous écrirons, si l'on peut s'exprimer ainsi, sous la dictée d'une coalition de cœurs et d'intelligences. En un mot, l'on se souvient de ce merveilleux miroir d'Archimèdc, qui, en concentrant la lumière du soleil dans un formidable faisceau , poduisait de si e'tonnans effets ; eh bien I le miroir d'Archimèdc est dressé , c'est maintenant à la jeunesse française de nous envoyer les rayons.

Jules Forfelier , secrétaire.

Nous , recevons de tous les points de la France , d'honorables adhésions à l'occasion de cette profession de foi qui est celle de tous les jeunes gens dont nous sommes les organes. Nous avons reçu aussi, à la même occasion, l'assurance positive de hautes et puissantes coopérations. De jbelles vies , de beaux talens et beaux noms viennent se ranger à l'envie autour de la bannière que la jeunesse française a ai'borée pour sauver la société. Il y a quelque chose de touchant à voir ainsi les gloires de l'âge viril et de l'âge mm-, suivre notre jeune drapeau pour nous aider à conquérir ravenir, comme un ncyeau de vétérans qui, échappés aux désastres des batailles , se réunissent à la nouvelle armée qui doit les réparer. Tant , et de si éclatantes sympathies augmenteraient notre foi et nos espérances, si nous en avions besoin. Parmi les lettres que nous avons reçues, nous publions celles de MM. Fitz-James, Guiraud et de Dreux-Brezé^ elles s'adressent, non-seulement à nous, mais à nos amis.

Quoique déjà vieux , j'espère ne pas compter encore parmi les décrépitudes dont votre prospectus fait le triste tableau.

Je me crois jeune , au moins par le cœur , et je voudrais que tous les liommes de mon âge aimassent autant que moi la jeunesse. J'aime à lui voir prendre son rang : et puisqu'en effet l'avenir lui appartient , je trouve juste qu'elle fasse entendre sa voix fière, indépendante et généreuse, et nous dise comœqjit elle veut qu'on lui prépai'e cet avenir qu'elle doit traverser.

L'entreprise que vous avez annoncée sous le nom de VEcho de la Jeune France a donc toute mon approbation , et si vous persévérez dans vos principes , je ne doute pas que vous n'obteniez promptement les plus heureux résultats.

La gravité sied bien aux jeunes gens, à une époque où tant de vieillards se montrent légers , inconséquens , et surtout incorrigiblrs.

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Puisqu'ils ont retourné le monde , ils doivent trouver simple de recevoir de vous des leçons que dans d'autres temps ils auraient eu le droit de vous donner j vous n'espérez pas, sans doute, plus que moi les en voir profiter.

Soyez donc des écrivains sérieux , et si vous voulez que l'on vous respecte , sachez respecter la morale et la religion si long-temps dédaignées j mais souvenez-vous que , dans cette route, les écueils sont l'intolérance et la pédanterie.

]Mcs vœux vous suivront dans le cours de vos travaux , Messieurs , et si le succès ne répondait pas à votre attente , je vous féliciterais toujours d'avoir donné un bon exemple , et vous sauriez vous en consoler avec l'estime des honnêtes gens.

FiTZ- James.

Je viens de lire votre nouveau prospectus dans la Quotidienne , et j'ai vu avec une vive satisfaction que votre parole est devenue grave et religieuse , comme il convient à tout ce qui veut avoir du retentissement dans notre France actuelle. La révolution de 91 a brisé à tout jamais les hochets littéraires dont s'amusaient les vieux enfansdu dix-huitième siècles. A vous maintenant , jeunes hommes, à vous de grandes destinées à remplir , et pour vous y préparer , à vous des études sérieuses , des pensées fortes et élevées.

C'est une noble idée de tenter en faveur de notre littérature ce que d'autres jeunes gens , vos dignes émules , ont déjà opéré en faveur de la philosophie j et de compléter ainsi l'action sociale de la Revue euro- ■péenne , consciencieuse et religieuse publication comme le sera la vôtre.

Je vous félicite , messieurs , d'appartenir à cette jeune France qui n déjà la main sur notre avenir ; je vous félicite particulièrement d'avoir exprimé ses scntiraens avec noblesse et vérité. Qui î votre appel sera entendu , et l'on ne saurait douter du succès d'une entreprise qui a pour garantie vos talens et votre bonne foi , et cette passion du vrai et du beau qui anime toutes ces jeunes intelligences auxquelles vous vous adressez.

Pour moi , Messieurs , qu'une viA'C sympathie retient encore au milieu de vous, malgré les efforts du temps qui commencent à m'en éloigner; je vous remercie de la confiance que votre lettre^'a exprimée. Je sens que je retrouverai aisément toute l'ardeur de votre âge, pour jouir avec vous du succès qui vous attend; et je désire être assez heureux pour que mes nombreuses occupations me permettent de m'associcr à des travaux qui tendent à un si noble but. Agréez, messieurs, etc.

A. GuiBAVt).

LÉCHO DE L.i JEUNE FRANCE. 8g

Si j'arrive bientôt à l'âge où je ne pourrai pas dire que j'appartiens à la jeune France, vous avez cependant parfaitement raison de penser que personne plus que moi ne sympathise avec les sentimcns nobles et trcnereux de la jeunesse française ; c'est assez vous dire que j'applaudis de tout cœur au projet que vous allez re'aliser en élevant une nouvelle tribune où tant de voix jeunes et pures pourront se faire entendre. J'ai lu avec un ve'ritable intérêt, dans la Quotidienne du 24 mai, le prospectus de l'œuvre que vous voulez fonder, et j'approuve complètement la ligne que vous vous êtes tracée.

Appuye's sur la religion et la morale , libres de toute suggestion envers le passé, l'avenir s'ouvre devant vous sous les auspices les plus favorables. Nous vivons à une époque que l'on peut appeler de démonstration^ où toutes les erreurs doivent disparaître , où bien des masques sont déjà tombes I Que d'illusions détruites depuis trois années et sur les hommes et sur les choses I Aidons au temps ^ et d'ici à peu nous serons étonnés nous-mêmes de l'immense carrière que nous aurons parcourue • Dieu semble nous avoir envoyé la seconde révolution , comme il envoya aux hommes de l'ancien temps le déluge, afin de les régénérer par une seconde épreuve. Mais déjà les eaux baissent , la tempête se calme , et le moment n'est pas loin ou les promontoires submergés commenceront à se découvrir, où toutes les vérités religieuses et sociales brilleront d'un nouvel éclat.

Sans me permettre de vous donner des conseils , souffrez , Messieurs , que je vous recommande de vous attacher aux principes et non aux personnes j vous montrant sévères à l'égard des doctrines perverses et hypocrites, applaudissez à tout ce qui vous paraîtra louable et bon. Si quelques hommes , indépendans comme nous , défendent les vi'ais principes de liberté , donnons-leur les éloges qu'ils méritent. Élévation de sentimens, mesure et politesse dans la polémique doivent être le caractère distinctif des hommes de notre opinion. C'est ainsi que toute idée d'exclusion doit être écartée , et que toute distinction de parti doit disparaître avec le temps. Le triomphe de nos doctrines , Messieurs, sera celui de la vérité sur le mensonge, de la réalité sur les illusions,, du patriotisme sur l'intrigue et la servilité.

Mais je ne fais qu'exprimer des scatimcns qui sont les vôtres, sentie mens auxquels je m'unis sincèrement.

Drecx-Brezi:.

gÔ l'écho de 1A jeune FRANCE.

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