VAR M. FELIX ARVERS
La préface nous avait fait concevoir du recueil de M. Arvers une opinion favorable , que plusieurs morceaux , tels que la Première Passion, les Stances à M. Victor Hugo , la Vie , ne devaient point démentir ; malheureusement l'auteur semble avoir pris à tâche de souiller son talent en le prostituant , dans quelques autres pièces , à un choix d'images et d'idées que les convenances ne sauraient pas plus avouer que le bon goilt. M. Arvers, qui, dans sa préface , déplore la défavem- où l'art est tombé de nos jours, a sans doute oublié qu'une des causes qui tendent chez nous à dégrader la littérature , c'est ce hideux cynisme, cet oubli de la pudeur et de la morale, auquel elle ne rougit pas de s'abandonner. La décence est une de ces conditions vitales, une de ces lois dont elle ne doit jamais s'écarter, sous peine de repousser par le dégoût tous les honnêtes gens. C'est s'abuser étrangement que de prendre le cynisme pour la franchise , et les plus ignobles nudités pour de la puissance de création et de coloris. La poésie, cette fille du ciel , ment à sa noble origine, quand elle souille sa bl.inche robe dans la fange d'un bourbier immonde , et malheureusement , nous devons le dire, c'est dans la fange la plus hideuse que M. Arvers n'a pas craint parfois de la traîner. Rien au monde n'est plus facile à trouver qu'une originalité achetée à ce prix ; car, en s' enfonçant bien avant dans la boue, on sera toujours sûr de s'être fait im genre qui ne icsscmble en rien à la pure et chaste poésie de nos grands hommes.
Nous n'inditpierons même pas le sujet d'un drame sur François 1**^, où M. Arvers a dépassé toutes les bornes du cynisme. Nous sommes fâchés que son admiration, fort juste à certains égards pour M. Victor Hugo, l'ait entraîné à surpasser l'auteur du Hoi s'amuse dans les dérc'gleniens les
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plus déplorables de son imagination. C'est une des manies de notre littérature contemporaine de mentir au bon sens et à la vérité, en avilissant nos plus grands monarques, en les travestissant de la manière la plus ignoble , en les rabaissant jusqu'aux rôles les plus honteux. vSur ce point, la révolution a marqué son passage d'une manière bien fâcheuse dans notre littérature : elle s'en est fait une arme pourdéverser la calomnie et l'outrage sur toutes celles de nos gloires qui l'ont précédée , sur les plus grands et les plus illustres noms de la vieille monarchie. Ceux de nos rois que l'on ne peut habiller en scélérats , on en fait des idiots ou des imbéciles; on écrit leur histoire, on les produit sur la scène à la manière de M. Fontan ou de M. Pigault-Lebrun.
Cette révolution, qui prétend s'appuyer sur des sentimens de patriotisme , n'a rien trouvé de mieux que de calomnier nos grands rois , de barbouiller de fange les plus nobles pages de nos annales. Il s'est rencontré des auteurs qui ont prostitué leur plume à cet indigne système de calomnie : toutefois on n'a pas oublié quel cri de réprobation et de dégoût s'éleva de toutes parts , quand un poète à qui la France monarchique et religieuse avait inspiré des chants si beaux , s'oublia lui-même jusqu'à profaner, dans un drame hideux , le nom d'un roi dont le souvenir se lie aux idées les plus brillantes de noblesse , de courtoisie , de valeur et de munificence. Les opinions révolutionnaires, qui avaient déjà si mal inspiré M. Victor Hugo , ne le servirent pas mieux cette fois encore: l'accueil bien significatif que le public fit à son drame aurait dû détourner l'auteur des Heures perdues de le suivre dans cette tiiste carrière.
Au moment où le marteau et la truelle menacent nos plus précieux monumens ; au moment où tous les artistes , où tous les amis de la gloire nationale pleurent chaque jour sur une nouvelle destruction ou sur un nouveau sacrilège , le temps est mal pris pour insulter le créateur de Chambord, cette demeure aujourd'hui doublement magique, le prince à qui nous devons tant de merveilles , dont bientôt peut-être il ne nous restera plus que le souvenir. M. Arvers prend soin d'avertir les lecteurs <jui tiennent aux convenances de passer, sans ia lire , sur cette œuvre de diffamation contre un grand roi : comme ces lecteurs-là sont encore , après tout , les plus nombreux , nous craignons que ce tour de force de cynisme ne porte malheur au recueil tout entier. 11 y aurait aujourd'hui une belle tâche pour le poète j ce serait de protester en faveur de nos vieilles gloires nationales , contre les calomnies révolutionnaires , d'appeler tous les prestiges de ses chants au secours des antiques croyances de sa patrie , de défendre avec un soin pieux les noms qui font l'orgueil de la France , contre la diffamation et le mensonge , ainsi que ce vieillard des tombeaux , dans les Puritains de Walter Scott , qui va de cimetière en cimetière pour garantir dos outrages du temps les inscriptions gravées
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Mir la tombe des morts. Alors le poète remplirait un grand el noble lôlc ; nlon, ce serait un véritable sacerdoce que sa mission. Mais l'oublier au point de se rabaisser jusqu'à cet effronté cynisme qui insulte à la morale publique , et qui déshonore tant de productions nouvelles , outrager la France dans une de ses plus belles gloires , c'est se condamner soimême à la réprobation de tous les lecteurs qui comptent pour quelque chose la pudeur, le bon goût et la ve'rite. Nous avons dû adresser à M. Arvers ces reproches rigoureux, mais justes : c'est un devoir de .signaler, pour les flétrir, de ])areilles aberrations. Nous de'sirons que l'auteur des Heures perdues nous offre une autre fois l'occasion d'apprécier son talent très-réel , dans des productions que tous les genres de convenances puissent avouer.
T. M. (Quotid.)