THEATRE-FRANÇAIS
On m'a fait dernièrement le récit touchant de la douce agonie d'un jeune poitrinaire qui , le matin même de .sa mort, s'était revêtu d'habits de fête ^ c'est à peu près
(i) A Paris, liiez l'ierri- Renard, marchand d'csiampc., boulevard des Italiens, prix ; l.'îfi-. hur papKT ordinaire ri :.'<) fr. sur pa|ii<'r de (jhiiir.
L ÉCHO DK LA JKUNK FRANCE. U77
lu riiisloirc «lii Tlu'àlro-Françat*, excepté qu'au lieu de ressembler au jeune lioiiimidonl rinia(;iiialion ne saurait prévoir qu'un riant avenir, lors même que sa dernière heure est sonnée , notre pauvre théâtre classique ne préscnie à nos yeux qu'un vieillard infirme et débile qui veut se faire illusion sur sa fin prochaine, et se cramponne il la vie.
Après quelques jours consacrés a un badijjeonnafjc exécuté sous l'insprciinn de M. Fontaine , on a procédé à une réouveriurc qui n'a pas fait plus de sensation dans le public qu'un poème de MM. Viennet et Groult de Tourlaville. D'ailleurs, M. Fontaine, qui est tant soit peu courtisan, avait fait les choses a l'économie. Presque rien de chan[;é dans la salle, excepté sa couleur générale, qui, de sale et d'enfumée qu'elle était, a été transformée en une teinte uniforme de rouge sanglant qui ajoute encore aux idées lugubres du peu de spectateurs qui osent franchir le seuil du théâtre de la rue de Richelieu.
Toutefois, il faut être juste, nous avons remarqué le rideau, qui est magnitiquc et digne en tous points de sa destination j mais (|u'est-ce qu'un beau rideau quand on ne doit voira son lever que des figures décrépites, que des ingénues de soixante ans et des jeunes premiers en perruques et à la voix tremblante.^ Passe encore à l'Opérafiomique, mais aux Français, "a noire grand théâtre na ional , au tliéàlre dont les échos ont tant de fois répété les beaux vers de nos grands poètes, c'est une véritable profanation !
Ce n'est pas seulement un rideau superbe, un lustre ciincelant qu'il faut a notre vieille Comédie-Frani'aisc, qui se meurt d'affaiblissement, ce sont des acteurs, des acteurs nouveaux, des hommes qui comprennent les rôles qu'ils sont chargés de représenter, et le public devant lequel il les représentent. Rien de loul cela, héla.*! des dorures , des décorations nouvelles , et voila tout !
Le Théâtre-Français est comme un malheureux moribond qui vient de changer son grabat conire un lit somptueux • Il aura la satisfaction de mourir sur la pourpre.
PORTE SAIXT-MARTIIV.
Après avoir récité les prières des agonisans sur les restes presque inanimés de ce pauvre Théàlre-Francais , nous ne devons pas oublier celui qui semble devoirètre son héritier direct.
Il parait que la Porte Saint-Martin fait de grands préparatifs pour la représentation d'un nouveau drame de M. Victor Hugo, qui ne veut pas absolument en avoir le démenti.
Nous savons aussi , par une indiscrétion desalon, que ee drame, intitulé : Marie d' yingl<;terre , ne sera divisé ni en actes, ni en tableaux , mais en journées, et qu'il doit être la contre-épreuve exacte du Roi s'amuse. Toute la difiérence, c'est qu'au lieu d'y voir François I", le roi chevalier par excellence, courant la taverne et hantant les mauvais lieux, les jeunes partisans du chef de l'école romantique iront appLitidir dans Marte d' Angleterre une femme et une reine, et ce qui est beaucoup plus moral et vraisemblable , agissant co:iimc la plus vile des prostituées et parlant son langage.
M. Virinr Ilu^'o en vent lerriblrmrnl aux tètes cnuroiinces ! Mailieureusenient
pour lui. il nous semble qu'il ein|)loie de tristes moyens pour renverser les idoles qu'il adora jadis.
ÉCHOS
La Société nationale pour V émancipation intellectuelle, autrement dit le Journal des Connaissances utiles.. . a M . Emile de Girardin, fait annoncer avec l'emphase qui lui est liabiluelle , une nouvelle publication , intitulée : Musée des Familles , dont le prospectus ressemble tout-'a-fait à celui de l'eau de Cologne de Jean-Marie Farina.
Il est de notre devoir de prémunir nos sociétaires contre les grands mots de la Société nationale , dont la nouvelle publication n'est autre chose qu'un ramassis de vieilles histoires et de vieilles gravures empruntées à toutes les revues anglaises et amf^ricaines, et qui ont df'j'a fait quatre ou cinq fois le tour du monde; le tout est assaisonné et flanqué de descriptions par un écrivain bien distingué, il est vrai , mais dont tout l'esprit ne rendra pas l'intérêt de la nouveauté a ce qui est vieux et usé Les abonnés du Journal des Connaissances utiles savent déjà apprécier à leur juste valeur les gros intérêts que leur a rendu leur petit capital (style de la Société) ; ils doivent être en garde contre les nouveaux bienfaits de nos prétendus émancipateurs modernes.
— Sainl-Germain-l' Auxerrois,\3i vieille et sainte église ne tombera pas encore; elle va être rendue à la religion, aux arts et aux nombreux fidèles qui se pressaient autrefois dans son sein.
— Parmi les productions qui sont arrivées au Comité, nous avons remarqué deux pièces de vers, l'Avenir , par M. Louis de Lamberterie, du séminaire de Brives , et les Regrets sur la mort d'une sœur , par M. Alphonse Palluy. Nous regrettons de ne pouvoir les insérer.
— Nous recommandons un petit livre, intitulé Manuel des classes laborieuses, très-propre à l'instruction du peuple ; il se vend chez Deiaunay , libraire, au Palais- Royal. 75 centimes, ou fi fr. les douze exemplaires.
— La Gazette du midi, dans son numéro du 18 octobre, a pris la défense de VEcho de la Jeune fronce contre l'arbitraire dont il est victime ; elle ne se se trompe pas quand elle dit qu'on veut anéantir notre entreprise en confisquant son organe. Nos amis comprendront donc leur position et leur devoir dans les circonstances acluelles.
— Le Mont 7<alérien ( voir la 7' livraison ) est un fragment d'un roman de moeurs que va publier Mme de Saint-Surin , sous le titre de Maria, ou Soir et Matin .
— Au moment ou le choléra menace de reparaître, on ne lira pas sans intéri^t une brochure de AI. [lelli';, médecin en chef de l'IIotet-Dieu âc Rouen (Souvenirs du Choléra. Chez Deiaunay, libraire, au Palais-Rojal). On s'y convaincra que les causes les moins équivoques qui ont déterminé souvent le choléra sont les imprcs- «ions morales, vives, profondct cl in?ianlai!<^rs, comme lc« flccès dr «olcre. d'indipnation, de crainte , etc.
h KCHO 1)K LA JKU>K KRANOE. 2'Ji)
— Los jonriiaiii annoncrnt que MM. Achille Allier et Desrosirrs ont l'.iii iiaraîirf* l<'s pn-micii's liM-aisons de l'ancien Binii bnimuii ; ne les avaiii iia* ioii.-. les vou\ , nous ne pouvons en rendre compte.
— On annonce pour paraître très-prochainement , des Lettres sur Praeue, par MM. Walsh, di- la Gazette de Normiindie. Ce nom snllit pour leur (garantir un grand succès.
— Les Comités littéraires des Provinces continuent "a s'organiser.
— Le comité correspondant d'Espaliion est orr^anisé; il se compose de •
■MM. Pons, avocat, président; Thédenat, avocat, vice-président; Vaissière, propriétaire, membre ; Decruejoul , docteur-médecin , trésorier; Sattel, docteur en droit , secrétaire.
— M. Charles de Cliergé, étudiant en droit, est nommé secrétaire du comité correspondant de Poitiers.
— M Charles Villars, étudiant en droit, est nommé secrétaire près le comité correspondant de Toulouse.
— M. Viale, avocat, est nommé secrétaire près le comité correspondant de Bastia.
— M. L'abbé Pinot , membre correspondant à Troyes , est nommé secrétaire du comité.
— M. l'abbé Pages est nommé membre correspondant a Pradcs.
— M. Marcel Fontenay est nommé secrétaire du comité a Moullins.
— ^L Amédép Poujol est nommé secrétaire du comité de Montpellier.
— M. Loupiac notaire est nommé secrétaire du comité à Lavaur.
— M. Louis Evma est nommé membre correspondant a la Martinique. — IM. Edouard Walsh est nommé secrétaire du comité a Aurillac.
— M. Hamelin , notaire , est nommé secrétaire du comité à Saint-Sylvain.
— M. le baron Louis de Saint-Paulet est nommé secrétaire du comité a Carpentras.
— M. Renard est nommé secrétaire du comité à Dieppe.
— M. Joachim Saint-Laurent est nommé secrétaire du comité à Lisle en Jourdain.
— M. le chevalier de Folmont est nommé secrétaire du comité à Castel-Franc.
— ^L Jules de Cacheleu à Bouillancourt est reconnu membre correspondant de son caiitou.
— M. Corda , procureur du roi , est reconnu membre correspondant de Tarrondisseinent de YV'assy.
Ces Messieurs recevront chacun dans le ressort de son arrondissement les souscriptions a la ^lédaille et a YEcho de la jeune France.
lis recevront également les articles et ouvrages destinés a V Echo de la Jeune France .
— Parmi le petit nombre d'ouvrages d'art ei de recherches historiques , que publient aujourd'hui les écrivains qui se dévouent au\ éludes consciencieuses; on remarouera , nous en sommes certains, l'Histoire de la mise en scène depuis les mystères jusqu'à nos jours, par MM . Emile Morice etJ.-T. Merle. Ces deux volumes, d'une élégance typographique très-recherchée , qui paraîtront dans la première (juinzaine de novembre , offriront une lecture curieuse et instructive. Ils se composent d'une suite de recherches historiques sur l'origine et les progrès de r.Trt dramatique, considéré seulement sous le rapport de la pompe du spectacle et de In représentation théâtrale. C'est une histoire abrégée, concise et anecdotique de tous les théâtres de l'Europe, depuis le moyen âge jusque à notre époque contemporaine.
— L' Echo de la Jeune France compte aujourd hui 52j souscripteurs dans le seul département de la C'rse. Il est des provinces dans lesquelles nous comptons an moins un souscripteur par chaque commune ou hameau; ce sont là d'heureux présages pour l'avenir de la Jeune France.
— En présence de^ ilrmft des frclies, ii(iii« iiiellrnn-; les di-foirs relis^ieux des
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maires, à la dif^rencc de nos prétendus législateurs^ qui ne parlent que desJet'o.n du premier et des droits du second.
— ^*ous recommandons au monde calliolique i'/iistoire de fronce, dont nous nous faisons un plaisir de propager le prospectus, la lithographie d'une jYoïad.^ à /\'^a/f/*'5, dessinée et composée par Maiirin, a complètement réussi ; elle accompagnera la neuvième livraison.
— M. Charles Nodier a été jiroclamé à l'unanimité, moins une voix, a l'académie Française.
— On est étonné "a Paris de la réaction qui s'opère tous les jours en faveur de la religion chrétienne, c'est que tous les jours re>prii du dix-huitième siècle se perd avec la génération qui s'en était nourrie; la «énération qui s'avance exempte de préjugés et de crimes verra donc s'accomplir les nouveaux deslins du monde chréiien ; réjouissons-nous ! ! !
— M. Buhans, capitaine de Corvette retraité aenvoyéa l'Académie des sciences la description d'un insirumcnt qu'il nomme Horizoscope , à l'aide duquel on pourrait a la nnr, observer la hauteur des astres quand les brumes cachent absolument l'horizon
— Des trembirmensde terre ont eu lieu en Auvergne, et des secousses violentes accompagnées de bruits souterrains se sont f»(t sentir dans les communes de Saiiit- (jerniain L'embron, d'Issoire , Saint-Babel, etc.
— M. de Lamartine, de retour en France , est parti à Marseille pour y recevoir les restes de sa (ille.
— T'n industrie! anglais, M. Butler, vient d'obtenir un brevet pour une méthode nouvelle de produire de la chaleur. On en parle comme une des découvertes les plu'* utiles des temps modernes. I,e principal corps employé comme combustible est reau : la seule chose qu'il faille y ajouter est une liqueur contenant une grande proportion de carbonne ; tel que l'huile de baleine , le goudron , on tout autre corp^ de romposiiion analogue. Ces matériaux introduits simultanément dans un lourneau se dcc<imposent ; l'un fournil le carbonne, l'autre l'hydrogène. Une petite quantiie d'air atjnosphérique est le seul corps dont le contact soit alors nécessaire pour le maintenir dans un état parfait de combustion. La blancheur et l'intensité de la tlamme ne peuvent pas être imaginées par ceux qui n'ont pas été témoins des expéricnccs ; cl cependant cette flamme est si facile a diriger, qu'en une seconde, elle peut être réduite ou augmentée à volonté. Ce nouveau mode de chaleur ne produit aucun dégagement de fumée; ainsi son emploi n'est pas suivi de ces nuages de vapeur infecte qui accompagnent les bateaux a vapeur — On pense que la navigation à vapeur deviendra, par l'adoption de cette découverte, possible dans les circon- .••lanccs où on l'avait rejetée jusqu'ici , parce qu'un vaisseau pourrait être ci nstruit d'une manière telle qu'il prendrait a bord, sans encombrement, assez de combustilili" pour faire le tour du monde.
P. S. Notre procès est venu a l'audience du 51 octobre, nous devions espérer de la bonne foi de nos adversaires qu'ils se présenteraient ; eh bien ! ils ont fait défaut. Il» 0))t fait défaut pour avoir le plaisir de former une opposition "a l'arrêt qui déclare leurs saisies injustes cl nulles ; en fait main- levée et ordonne la restitution des numéros ; pour avoir le plaisir de nous arrêter plus long-temps, de nous saisir encore , afin de chercher à dégoijter le public de notre journal. Rendons justice au ministère public qui a déclaré n'avoir rien vu (jui pût être incriminé, mais n'estce pas de la part de l'administration supérieure le comble des vexations et de l'arbitraire. Nous allons lui signifier l'arrêt et la poursuivre sans relâche; en attendant, nous espérons que nos amis se serrent davantage autour de l'I'.'chu de lu Jrune. France, dont la 8* livraison va èirc ainsi relardée de quelques jours.
P.iii.s , co i"^ Novfiiiluc iHj3.
JtM.is KOIU-KlJKh , Sc(icl.nir-t;(Micr.(l.
Novembre 1833.