TROIS SAISIES ET /Î9,390 F. D'AMENDE
11 faut tracer pour nos amis l'histoire complète des discussions qui sont venues depuis trois mois nous distraire de nos travaux, et suspendre nos publications. C'est sous les apparences d'une question de timbre, sous les traits de la iiscalile, que la persécution s'est ])resento'e à leur journal. C'est le fisc qui a reçu mission d'entrer en champ clos contre la jeune France, amenant, pour la combattre, ses vieilles lois, ses petites idées, ses grands chiffres.
En deux mots , voici le débat : dans une loi emprunte'c au directoire, et qui soumet au timbre les gazettes et journaux périodiques, il existe une exception tant soit peu généreuse, qui, affranchit du domaine de la pensée les écrits périodiques qui s'occupent de sciences et d'arts.
Cette exception, nulle feuille ne peut la revendiquer à plus juste titre que ['Echo de la jeune France : nos amis le savent. Nous sommes-nous jamais rendu l'écho de ces nouvelles vraies ou fausses qui circulent dans l'atmosphère politique dont chacun s'enivre? Nous permettons-nous d'appeler leur attention sur tous ces petits hommes et ces petites choses qui s'agitent par le temps qui court? Nous laissons-nous jamais entraîner par le mouvement politique de chaque semaine? Nous voit-on jamais suivre, dans sa route tortueuse et souvent immonde, ce fleuve aux mille détours, aux rives arides et désolées? Non , en vérité: c'est vers de plus hautes régions que nous appelons les intelligences: Ramener la littérature à cette gr mde mission qui iui est donnée d'éclairer un siècle en l'entourant d'une pure et brillante auréole, encourager les vertus de l'avenir en rappelant les vertus du passé, défendre les vérités sociales, proclamer les hautes destinées du christianisme : telles sont les inspirations qui dictent nos pages; et nous pouvons dire, en résumant nos pensées dans l'expression de la loi, que nous avons consacré nos efforts aux plus belles, aux plus nobles de tontes les sciences, la science de la religion, la science de l'homme, la science de la société!
Que fut cependant l'administration? voulant conquérir le droit de nous mar(|ucr de son tiudne : entre soixante pages, elle prend au hasard, choisit dix lignes pour en composer trois saisies. Nous disions dans la G'" livraison. Dans une petite ville, pour célébrer le passade de Louis- Philippe , on a autorisé V établissement d'un jeu de roulette -.prostrés. Pensées éminemment polili(|ues, s'écrie l'administration, qui tient apparemment ])our institution morale cet excellent jeu, qu'elle voit partager avec l'état le prix du sang et de la honte I Ce qu'on signale encore, c'est le passage de la même livraison (jui parlait de gravures dégoûiantes colportées dans les rues. N'cst-il jias , cependant , dans les devoirs du inoraliNlc de s'élever contre ces publications odieuses qui traînent incessamment l'esjjiit du peu])le sur des spectacles de meurtre et des pensées de réaction I Est-ce notre faute, après tout, si nos réflexions philosuphiqucs, murales et religieuses vieiineul à rencontrer dans les rues
•^o8 l'écho de la JEUiNli FRAr>CE.
nu ailleurs, des hommes ou des actions qu'elles frappent en passant de flétrissure ?
Mais c'est assez, nous occuper d'aussi brillantes imaginations ; l'administration elle-même a semblé d'abord en faire justice : rendez-voiis était donne entre-elle et nous à la chambre de police correctionnelle. Pendant deux audiences, l'huissier a somme le fisc de comparaître , et le fisc n'a pas comparu : à la troisième audience enfin, sur les conclusions du ministère public , la défaite avouée par l'absence a été consignée dans un arrêt (jui déclare injustes et illégales les saisies pratiquées contre VÉcho de la Jeune France.
Nous pensions être quittes d'un ennemi qui avait déserté le combat ; point : le fisc s'il ne peut nous en frapper veut au moins tenir long-temps son timbre suspendu sur nos têtes. Une nouvelle sommation nous est arrivée, admirable et mirifique par-dessus toutes les autres. Cette fois on nous demande .'j 9, 3()o : autant d'amendes que de numéros saisis! pauvre Jeune- France , ne serable-l-il pas qu'on veuille t'attaquer par le seul côté de tes remparts qui soit faible et désarme ? on sait que tu as grande énergie dans l'ame , mais petite fortune en ta puissance , que tu n'a pas d'or ramassé dans la boue , ni d'argent qui ait soldé le prix de ta conscience : et toi, superbe administration du timbre, gloire à toi j tu viens d'atteindre dans ta colère la sublimité du génie fiscal.
A voir tant d'acharnement, nos amis penseront comme nous que ce n'est pas d'une question d'impôt qu'il s'agit ici ; et certes nous n'avons ])as la pensée de nous en plaindre ni de nous en étonner r^chaque jour VEcho de la Jeune France voyait s'agrandir cette association intellectuelle qu'il a suscitée; cliaque jour lui arrivaient de nouvelles preuves de vives et irrécusables sympathies. Comment la persécution lui aurait-elle manqué ? la persécution n'est elle pas de nos jours comme une dernière et pesante couronne qui vient se placer sur tout ce qu'il y a de noble et de généreux?
Nos amis le penseront encore ; ce qu'on poursuit en nous c'est leur enthousiasme, leur concours, leur union. Qu'espère-t-on cependant ? Aux temps poétKjues du moyen âge, quand régnait l'empire de la force , on voyait de jeunes et aventureux chevaliers se constituer les défenseurs du faible et les ennemis de ro])presseur, redresser les torts , soulager les infortunes du peuple, briser les fers qui chargeaient des mains innocentes. Maintenant que la question sociale s'agite dans le règne des intelligences et 'pie les intelligences ont été détournées des voies de la vérité, contre tout ce qui blesse la vérité morale , celte reine des sociétés , contre toutes ces attaques insensées qui s'efforcent d'atteindre jusqu'au christianisme, cette religion sainte qui doit ranimer de sa foi et de sa puissance la société nouvelle, nous avons voulu former, dans les rangs de la jeunesse, une sorte de chevalerie plébéienne , morale , religieuse , dévouée aux intérêts du |ieuple, et lui |)rés<'ntant non ces fatales lueurs (|ui mènent aux abîmes , mais ce flambeau des croyances sociales (jui répand sur l(;s hommes de pures et bienfaisantes lumières.
C'est mal comprendre une telle entreprise que d'essayer de l'arrêter en lui opposant d<' misérables entraves. La persécution loin de nous être fiincste,s'en ira grossir et augmenter les rangs de notre armée, l^a Jeunesse lie France aime à se jeter là où la lutte est vive, animée, active. Pour nous, que nos amis ne craignent pas que nous puissions céder aux obstacles ,'et que nous laissions jamais s'abaisser la bannière ipii fut remise à notre garde ; qu'ils comptent sur la constance de nos efforts , comme nous eoinpions sur leur zlh' et sur leur concours.
L KCllO DE LA JEUNE FRANCE 3o()