CORRESPONDANCE
A Monsieur le Directeur,
L'Écho (le la Jeune France devait trouver en France de Vécho ou pour mieux dire de la sympathie, et e'est justement ce qui est arrive'. Toutefois ce titre, à moi qui ne suis plus /eHne, m'avait cause' quclqu'ombragc. Pcrniottez-moi de m'expliquer sur ce point avec franchise.
Un orateur qui montra un grand talent dans une grande cause, M. Suu- 2ef nous apprit qu'il appartenait à la Jeune France. Un journaliste trèsestimable et trcs-estimé ( le Correspondant aujourd'hui la Reinie Européenne ), relevant avec jubilation cette expression d'une voix, si pure, et naguère inconnue, qui, par l'invincible puissance, le charme, la magie de son éloquence, avait eleclrisè d'une vive admiration la plus solennelle des assemblées, se félicita de ce qu'un talent si remarquable appartenait à la Jeune France, l'ier^e du pouvoir àcV intrigue et de la corruption. Presque tout le monde le répète : il existe donc une Jeune France ! en vérité je ne l'aurais pas cru! je n'ai pas entendu dire qu'il y eût une Jeune Prusse , une Jeune Autriche , une Jeune Hollande , une Jeune Espagne, et cependant il y a là des Jeunes Prussiens, des Jeunes Autrichiens, des Jeunes Hollandais, àes Jeunes Espagnols, qui n'ont pas l'intention de séparer, de diviser, de trancher un même peuple , en deux nations , la nation des ])ères et la nation des fils , comme s'il fallait couper en deux portions , pour les apposer l'une à l'autre , ces deux fractions du même tout ; comme si la Jeune France devait étouffer la France qui vieillit.3...
Voilà les réflexions que je faisais sur ces mots. Jeune France, dans un ouvrage encore inédit ; je n'ai pas cru devoir vous les cacher, d'autant que votre intention est toute différente de celle que je combats. Votre Jeune France ne prétend pas opposer les fds aux pères; loin delà , et il est bon de l'expliquer, elle ne veut opposer que la restauration de la justice , de 1 ordre et des vertus au déluge d'oppiobres et de crimes, dont nous avons à subir le terrible fléau. Alors on conçoit facilement une telle séparation. Votre Jeune France qui compte à sa tète les Chateaubriand , les Bonald, les Fitz-James, les Berryer, les Hcnnequin, les Guiraud, les La Mennais , les Lamartine , les Ballanche , et tant d'autres gloires qui sont comme des phares, qui vous éclairent à travers les té- '• nebres quenowi traversons , se compose de tous les hommes jeunes d'âge et de cœur, dont la vie est pure , et qui peuvent se déclarer sans peur et sans reproche ; même de tous ceux qui abjurant leurs erreurs, s'empressent de rentrer dans la voie de la vérité. Tandis que la T'icille France est celle qui tombe chargée de crimes et couverte d'apostasies. C'est la France de 89, c'est la France des doctrines qui depuis quarante ans bouleversent le monde. Telle a été la réponse d'un d'entre vous, et dès lors je sens que , malgré mes cinquante-cinq ans , j'appartiens à cet e Jeune France , par les sentimens de mon cœur pour mon pavs, par mon de'vouemcnt aux vrais principes , puisque j'ai toujours été en opposition avec tous les systèmes de gouvernement qui ont fait le malheur de ma chère patrie ( 1 ).
De Labouisse-Rochefort, membre de la Jeune France.
(1) Il parait que toiU le inonde n'^ pas bien saisi le véritable sons de Jc-;//i< France'fCCCk nous fournira le sujet d'un ariirlc spécial.
3ro l'kcho de l\ jeune France.