‹ L'Écho de la jeune France (volume 3)Chapitre 64 sur 99 · C'EST DE JEANNE LA PUCELLE · texte numérisé non relu

C'EST DE JEANNE LA PUCELLE

— On sait cà quelles infamies im philosoj^hc du dix-luiitième siècle fit descendre sa plume contre l'hcroïquc vierge dont le bras affranchit la France du joug odieux de l'Angleterre, et ouvrit le chemin et les portes de Piciras à Charles VII, au roi légitime que les traîtres du temps appelaient rebelle. L'auteur du livre que nous annonçons a voulu combattre, par un récit simple et vrai des aventures de l'héroïque et infortunée Jeanne, toutes les calomnies entassées sur sa tête par Voltaire ; il a parfaitement rempli sa tâche ; honneur lui soit rendu.

Son ouvrage est divise en deux paities; dans la première et ce n'est pas la moins intéressante, l'auteur nous raconte la vie pastorale de son héroïne, c'est une histoire pleine de charme et de vérité. Dans la deuxième, l'auteur nous fait assister aax interrogatoires, au jugement et

à l'exécution de Jeanne d'Arcj ceci est moins divertissant.

Noiis feroDS un reproche à l'auteur, c'est d'avoir ecritdans l'idiome du quinzième siècle à une époque où le français de nos écrivains modernes est si difficile à lire.

— U Orphelin etV Usurpai eur{\ .

aux annonces.) Ceci se passe au onzième siècle : c'est l'histoire d'un jeune orphelin déshérité par un de SCS jirociies et qui finit par reconquérir son héritage et ses droits. En UD mot, c'est le triomphe du droit sur le fait. L'auteur a jeté dans son ouvrage une foule d'incidcnset d'épisodes qui ne manquent pas d'intérêt : il y a peul-ctrc dans quelques endroits de trop longs détails sur les querelles des barons, des comtes et des seigneurs de ce temps-là.

— Le nouveau roman de mœurs intitulé Maria ou matin et soir j(\\\e va publier Mme de Sainl-Surio, paraîtra chezEugèneRenducl, libraire.

La finesse d'observation et le gra cieux talent qui distinguent l'auteur du Miroir des Salons, nous sont un sûr garant du succès.

— A Modène les journaux ne sont pas, comme en France, sujetsau timbre; afissi les journalistes y peuvent-ils donner leurs feuilles à bon marché. Nous recevons depuis notre origine un recueil qui s'y imprime et qui paraît sous le titre de VAmi de la jeunesse {ainico délia gioventu.) Il aurait quelques succès en France, si les rédacteurs, nos amis (car nous marchons sous la même bannière), au lieu de copier si souvent les journaux français se donnaient la peine de discuter sur les matières à l'ordre du jour, et de fairedes articles de f omis qui auraient l'intérêt de la localité.

— C'est avec le j)Ius grand plaisir que nous voyons les provinces prendre part au mou\enu'nl de palingéiiésiL- sociale (jui doit les alfrauchir (lu joug et des caprices de I,t (-apitjlc. liCS esprits prennent parloiil Ifiu essor , rinlelligencf se

développe, et chaque province, chaque ville , aura bientôt ses historiens , ses poètes, sa litératture. Le Bourbonnais poursuit avec succès son histoire ; la province du Berri, Toulouse , annoncent les leurs ; la Revue du Midi se distingue parmi les recueils périodiques. La l '^ livraison du 5*^ volume est aujourd'hui entre nos mains j et ce n'est pas sans intérêt que nous l'avons lue.

Courage, MM. des provinces, de vos nobles efforts , le succès les couronnera.

— L'académie Ebroicienne tenant ses séances àEvreux vient d'envoyer au comité de la Jeune France , les numéros 3 et 4 (année 1 833), de son Bulletin rédigé suivant les re'glemens de l'ancienne Société d'agriculture, science, arts et belleslettres : dans le nombre des articles rccommandablcs dont se compose cette dernière livraison nous avons remarqué, un voyage de ^L^nchester à Liverpool par M. Cuchelet, ex- commissaire de la maison de INLidame, un article sur l'agriculture en Prusse, par M. le marquis de Cliambray, et quelques poésies gracieuses.

Au total ie bulletin de l'académie Ebroicienne estrédigéavecune unité de talent r.ii e même dans les publications de Paris,

— Nous avons reçu de Castres une brochure dont A'oici le titre :

Notices littéraires et Biographiques sur Ph. yllbert et Mme Ballard de Castres^ extraite d'une Biographie Castraise en 5 vol.

m-8", publiée par Mag. Nayral.

juge-de-paix de Castres et membre de plusieurs sociétés académiques Ces deux notices, qui sont un liominage rendu à la mcmoire de deux poètes nés à Castres, fait honneur au talent et au patriotisme littéraire de leur auteur.

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Décembre 1833.

A ravciiir, chaque livraison sera augmentée de huit pages : on compicra cinquantetrois lignes à la page, au lieu de quarante-deux dans rédilion ordinaire.

Messieurs les Membres corrcspondans recevront dcsliiiio;;rapliies et gravures sur papier {le Chine. Leurs médailles porleronl ces mots : Récompense de la Jeune France.

ITOHIL. (0

Isaïe a été historien de l'avenir, parce qu'il lui avait été donne de contempler ce grand eTcnenieut de riiiimanite, la réhabilitation de la rare humaine, annoncée au moment même oii fut porté l'arrêt delà déchéance; il lui avait été donné de le contempler dans son immense généralité cosmogonique , dans sa mystérieuse identité avec tout l'ensemble des destinées humaines. 11 a donc vu la rosée céleste se former dans la région éternellc, pour produire le Juste lorsque les temps seraient accomplis.

Le mystère universel de la réhabilitation n'étonnait point celui qui , tout abîmé dans une extase divine, tout identifié avec le sentiment ineffable des condescendances de l'amour infini, avait pu pénétrer le principe ontologique de l'homme , avait pu s'instruire intuitivement de ce qu'est l'homme, l'essence humaine, dans l'harmonie de l'univers. Tel fut Isaïe. Et maintenant, il suffit de sentir en soi le retentissement de toutes les traditions, des traditions unanimes, répandues sur la surface de la terre, pour comprendre ces paroles :

Rorate cœli desuper, et mihes pliiant jiistum.

Une étoile se détache du firmament, et indique, dans le ciel, la route des rois mages. C'est l'Orient qui s'ébranle , il s'ébranle à cette voix du pressentiment universel : « Le temps vient, il est déjà venu qu'on n'adorera plus ici ou là, mais en esprit et en vérité. » C'est l'Orient, dont le silence sulilime va cesser, dont la majesté mystérieuse s'incline, dont les magnificences antiques et solennelles s'humilient; c'est l'Orient tout entier qui s'est éniu, qui vient se faire représenter au berceau de l'Enfant- Dieu, du Fils de la promesse, du Désiré des nations. Ils apportent les trésors de leurs climats , les secrets de leurs sciences. L'Orient révèle donc aujourd'hui à l'Occident qu'il n'y a plus ni Orient ni Occident ,

(I) Dans la nuii du i\ .m 25, ks temples sont rcsu's fcimé» a Paris.

3l4 l'fCHO 1)K la jeune FRANCK.

qu'il n'y a plus immobilité ici et mouvement là, que les climats sont c'gaiix pour la ve'fitc', que les races humaines sont lie'ntières du même avenir. Voyez : l'e'toile orientale, fixe et immobile jusqu'alors , marclie devant les mages qui l'ont fait sortir de son repos; elle a visite les royaumes de l'Occident, pour renouveler sa lumière pâlissante. Les hommes des vieux sanctuaires viennent apprendre la science nouvelle dans une crèche; ils viennent y apprendre la science et l'amour. Ils ont eu , les premiers , l'intelligence de ces paroles :

Rorate, cœli, desuper, et nubes pluant justum.

Tout à l'heure le roi Hërode va trembler sur son trône ; le monde romain est condamne à finir. L'Emancipateur est ne'.

En même temps que les mages de l'Orient sont conduits par l'etoilc merveilleuse , les bergers sont re'veillcs par les concerts des anges du Très-Haut.

Le ciel s'abaisse pour enseigner aux hommes le cantique de la nouvelle alliance. « Gloire à Dieu au plus haut des cieux , et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté I »

Si cet Enfant-Dieu était le ÇAs de l'homme, il serait fds de David, puisqu'il doit apparaître avec le signe extérieur de la royauté', de la domination. Il est roi et père du siècle qui commence, et ce siècle durera jusqu'à la fin des temps.

Toutefois , cet Enfant-Dieu est bien réellement fils de l'homme , car il est né de la femme; et la femme est l'essence humaine individualise'e dans sa liberté' et sa volonté' ; et , vous le savez , la mère de l'Enfant- Dieu , vierge pre'destine'e , a accepte' pour la race humaine les fonctions augustes de la maternité divine. Voilà pourquoi l'office du jour de Noèl donne le nom de prophe'tesse à la vierge par excellence, à la vierge cachée d'abord dans les profondeurs cosmogoniques de la création , puis devenant un rameau de l'arbre de Jessé. Voilà pourquoi enfin l'Église a nommé prophétesse la mère intacte du Sauveur des hommes.

Rorate^ cœli, desuper, et nubes pluant justum.

L'office de Noël donne deux noms à Bethléem , la Fille royale , et la Maison du Pain; c'est que le pacifique dominateur né à Bethléem est celui qui sera le pain eucharistique, celui qui a dit : « Je suis le pain vivant qui est descendu du ciel. »

Ainsi la confarréation universelle, symbole des symboles, immolation perpétuelle et sans fin , sacrifice réel dont les autres ne sont que la figure, est la grande expression de la religion de l'humanité.

Marie met au monde son enfant, le désiré des nations , au sein d'un voyage : l'Iinmanité n'est-elle pas pèlerine sur la terre?

l'kcho de la jeunk fuance. ^\îi

Admire/, la simplicité du récit de tant de merveilles. « Or, est-il dit dans l'Evangile, Marie conservait toutes les choses en elle-même, les repassant dans son cœur. » C'est bien toujours la vierge prédestinée qui a accepte pour la race humaine les fonctions augustes de la maternité divine. Et le rachat de la nature humaine ne pouvait s'accomplir que par l'assentiment de la Tolontc humaine.

Il est encore dit que l'empereur romain faisait un dénombrement de toute la terre. Ce sera le dernier dénombrement du monde romain : le dénombrement du monde chrétien commence.

Déjà le saint piëcurseur cric au désert : « Pre'parez la voie du Seigneur, rendez droits dans la solitude les sentiers de notre Dieu : toutes les vallées seront comblées , toutes les montagnes et les collines seront abaissées, les chemins tortus seront redresses , ceux qui étaient raboteux seront, aplanis, et la gloire du Seigneur se manifestera. » Et la parole qui crie dans le désert est la parole ancienne d'Isaïe , l'historien de l'avenir , l'évangéliste antérieur , et celte parole du désert sera entendue dans les bourgs et dans les villages, dans les villes populeuses, dans les capitales des nations.

L'Église n'a aujourd'hui que des chants de triomphe. Lorsqu'il en sera temps , elle aura ses jours de deuil. Elle prévoit les terreurs du Golgotha; elle sait que l'Emancipateur doit mourir du supplice des esclaves, que le roi du siècle futur sera crucifié.

Quant à nous , faisons comme Marie , la vierge intacte , conservons les choses en nous-mêmes , les repassant dans notre cœur.

N'oublions point qu'elle a accepté pour nous toutes les conditions du rachat de la nature humaine.

Répétons de nouveau cette parole toujours ancienne et toujours nouvelle, celte parole qui est , en quelque sorte, un résumé historique et un résumé prophétique de la destinée humaine dans tout le cours des âges , cette parole toujours contemporaine de tous les temps, parce que les mystères de la religion de l'humanité sont des mystères permanens j cette parole qui, en effet , s'applique à la fois et à l'apparition du verbe sur la terre et à la perpétuité du sacrifice eucharistique :

Rorate, cœli, desuper, et nubes pluant justum.

Ballancue.

3iG l'f.<:hu de la jeune fuanci:.

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