A LA FIN DE 1S
(réponse At'x médisans).
Voici que la Jeune France va continuer une canicrc hcurcusemcnl coniinenccc dans l'annoc qui s'achève, en donnant potir colle qui va suivre de nouvelles garanties de la sagesse de ses vues et de la rectitude des voies par lesquelles elle travaille à atteindre son Imt religieux et social. Nous avons senti, dès le premier abord, que c'c'tait pour nous un devoir de nous e'clairer de toutes les lumières , de consulter l'expérience des sages, et de réunir à notre tète ces vastes intelligences, ces caractères ëleve's, ces hautes vertus qui forment l'aristocratie morale et intellectuelle de la France. Nous ])ouvons dire aujourd'hui que nos efforts sont couronne's d'un succès complet. Les noms dont le pays s'honore, nous avons le droit de les prononcer avec crj^ucil, car ils brillent a notre premier rang. La Jeune France compte maintenant parmi ses protecteurs et ses amis toutes les grandes illustrations nationales, et en donnant la nomenclature de ceux qui ont bien voulu favoriser son œuvre de leurs sympathies, nous nous trouverons avoir donne' la liste de presque toutes les gloires de la France, (i)
Certes , on ne nous attribuera point l'étrange vanité de prétendre imprimer la direction à cette illustre c'iitedcla société. Notre rôle est assez beau pour que nous ne pensions point à le gâter par une anil)ition ridicule , et ce n'est point nous qui entreprendrons d'enseigner la sagesse aux sages et d'éclairer ceux qui sont comme les phares à la lumière desquels la jeunesse doit marcher. Loin de nous le fastueux projet de faire à nous seuls les destinées publiques ; mais à nous la mission de travailler à ce grand œuvre selon nos forces et à notre poste , sous les regards de ces hommes dont le nom seul est un encouragement et une promesse de succès pour
(i) Vinjjt-deux membres du haut clerjjc, quinze cents prêtres, Irois mille sept cents étudians, MM. le vicomte de Chateaubriand, vicomte de Donald, Berryer, duc de Filz-James, marquis de Droux-lirézé, Ilennequin , lîallanche, vicomie de ('onny, vicomte d'Ambray,eomle de Pasloret, Alex. Guiraiid, duc de Xoaillcs, prince de Laval-Montmorency, comte II. de Scsmaisons, comie de Poyronnel, Ravrz, baron Ilydc delVeuvlIlc, vicomte d'Arlincourt, Michaud, comte Jules de Resse{piicr, de Uainnevillc , marquis de Dampierre, comte de Marccllus, vicomie de Caslcl-lJajac, le comte L. du Ilamcl, Iternard du Graii , vicomie de Rochcmorc, !»aron de Drian, baron de Rivière, vicomie Walsh.
l'écho de la jeune FRANCE. 3l7
ciMix ([iii les buivenl. Loin de nous la folle pensée d'exclure la gc'nc'ration i|iii marche devant nous de la carrière où son expe'riencc peut nous guider ; loin de nous l'ambition hi/.nrre de créer une édition nouvelle de la république de Platon, d'arraoger nous ne savons quel monde idéal à notre image et pour notre usage, mais à nous la mission de ne point laisser la jeunesse sans drapeau , sans nprcsciUalion , sans lien commun, sans orj^anisaliou morale, sans unité I
Nous serons toujours prêts , comme à Sparte , à nous lever devant les hommes d'âge mûr, et à cc'dcr la place d'honneur aux vieillards, parce que la sagesse de la jeunesse est un rollct de leur expérience, parce ({ue c'est dans leurs mains que repose l'autorité' du passé. La seule vieillesse que nous répudions et ([uc nous ne sachions point respecter, c'est celle qui, découronnée des rayons du talent et des œuvres de la vertu , donne en spectacle le déplorable exemple d'une immoralité caduque et d'une corruption qui s'accroît avec les années. Les vices à barbes grises et les scandales à longues carrières ne seront jamais des nôtres. Nous trouvons, et l'on trouvera avec nous , que les existences dont les grandes lignes sont marquées dans la boue devraient finir peu de temps après avoir commencé. C'est contre ces tristes monumens de l'immoralité d'un auXve à^e que l' Echo de lu Jeune France a protesté dès le premier jour; c'est contre ces vies que nos pères nous ont signalées des l'enfance comme im scandale social que nous avons élevé la voix; c'est contre ces types, où les doctrines matérialistes et athées du dix-huitième siècle sont veiuies résumer leurs influences corruptrices et leurs conséquences fatales, que nous avons déployé notre drapeau.
11 nous a semblé que le moment était venu de seconder pour notre part le grand mouvement qui se faisait sentir dans le corps social ébranlé par l.int de catastrophes, et fatigué par de si effroyables convulsions. Un retour vers le principe religieux, un besoin de croyances, une réaction chrétienne se manifestaient de toutes parts, surtout dans la jeunesse; un instant gonflés des doctrines voltairiennes, les esprits et les cœurs restaient dans le vide depuis quecette tempête philosophiques' étaitpcuà peuretiréc.Des symptômes non équivoques déuonçaieni ce mystérieux travail de la génération nouvelle, mais il lui manquait un contre commun , auquel tous ces efforts isolés pussent aboutir. Il n'y avait point dans ce mouvement religieux et moral celte unité de vue et d'action, l'un des plus puissaus leviers sur les- (|uels on puisse s'appuyer, et la marche des idées suivait une impulsion plutôt instinctive qu'intelligente et raisonnéc.
L'Echo de la Jeune France s'est alors présenté; il a entrepris d'cxprinu'r et de régulariser cette tendance chrétienne qui demandait à se révéler ; il a élevé au milieu de la jeunesse une bauuièreautourdc laquelle les rangs se sont chaque jour grossis; par le fait seul de son appaiilion, il a changé
3l8 LÉCHO DK LA JEUNE FKAKCE.
on évidence ce qui n'était encore qne soupçonne par quelques esprits cfairvoyans, nous voulons indiquer ici le désenchantement des idées philosophiques, et le besoin de croyances qui se remue au fond de tous les cœurs. Grâce à cette tribune , ce secret de christianisme renferme' dans tant de jeunes consciences a été proclame hautement, hardiment, sansëgards et sans rae'nagemens pour les idoles du philosophisme. Le dix-huitième siècle projetait sur le dix-neuvième nous ne savons quelle ombre qui empêchait de distinguer sa physionomie ve'ritablc;îl y avait comme une croûte voltairienne qui cachait un monde aux entrailles chrétiennes, au cœur plein de foi j nous avons percé cette surface , dissipé cette ombre, nous avons prononcé les mots de liberté sociale et de civilisation par le christianisme, nousavons dit : Nous sommes jeunes et nous sommes chrétiens, et dès ce moment, le charme qui retenait la tendance du siècle cachée au fond des âmes a été rompu, et la jeunesse française a salué avec enthousiasme dans notre bouche cette parole de christianisme que nous lui avions prise dans le cœur.
Que si l'on nous demande où nous voulons conduire ceux que nous avons appelés et que nous appelons sous le drapeau de la Jeune France , quelles sont nos voies, quel est notre but, notre réponse sera franche comme notre pensée.
Nous ne prétendons imposer à personne des affections ou des systèmes; renoncer aux sentimens que l'on trouve imprimés dans son cœur, ce serait une lâcheté déloyale; vouloir en faire une loi pour autrui, ce serait une absurde tyrannie.
li'amour du pays, la croyance religieuse, l'honneur, les vertus civiles , morales , politiques, voilà ce que nous croyons nécessaire dans chacun dos membres de la Jeune France, persuadés que nous sommes que des gens qui veulent tous le bien finissent toujours par s'entendre et par se rencontrer.
Au clergé nous disons :
La Jeune France actuelle n'est ni anti-chrétienne ni athée ; ceux qui l'accusent d'avoir abandonné la foi de ses pères, ceux-là l'insultent et la calomnient, ceux-là se trompent de siècle. La génération qui se laissa entraîner par les déceptions des esprits forts , qui éleva des autels à Voltaire et déserta ceux du Christ, cette génération est déjà à moitié rentrée dans le passé, toute chargée des calamités qu'elle appesantit sur sa tête par son apostasie. I>c succès même de VEclio de la Jeune France répond victorieusement à ces accusations d'imj)iété en même temps qu'il les explique, et la honte de cette diffamation retombera sur ceux qui ne voient une question d'intéiêl public qu'à travers un nuage d'égoïsme et de jalousie. La Jeune France croit, j)arcc qu'elle a l'espérance d'un avenir social, et elle a celte espérance parce qu'elle est profondément chrétienne ; elle veut marcher d.ais les voies où marchent les pasteurs
1> ECHU Ul. LA JKUMK FJIAINCK. >)1()
Iceiliiiics olahlis pour gouverner l'Eglise de Dieu , cl si dans sa course vers les nouvelles dcslinccs sociales du cluisti.inisnie, qui, toujours identique à lui-uu-uie et jiourtanl toujours jeune , avance .'^ans changer, en soutenant par les lisières les socicte's commises à sa garde, et développe à mesure qu'elles en ont besoin ces richesses divines qu'il a ])ossc'de'es dès le premier jourj si la Jeune France, dans sa course vers ces nouvelles destinées sociales, prend quelquefois les dcvans, elle n'oubliera jamais de regarder en arrière pour voir si les pasteurs l'approuvent cl l'invilcnt à continuer à marcher.
A la jeunesse de France , à nos camarades , nous disons :
Vous avez senti comme nous que Dieu et la religion étaient au fond de toutes les choses sociales , au fond des puissances de l'ame comme au fond de celles de l'intelligence • que les arts et la littérature puisaient à pleines mains aux sources du christianisme comme les vertus publiques et privées ; qu'en un mot la religion du Christ était la religion du beau et du bon , l'appui de chacun cl le rempart de tous , que la croix était la sauvegarde du foyer domestique et l'avenir de la patrie. Comme nous, vous avez dit : Nous sommes chrétiens; parce que, comme nous, vous voulez une société assise sur les principes éternels de la morale , et non une société aventurière qui vit au jour le jour, sans avenir et sans passé , flétrie de toutes les souillures, et ne restant debout que par un savoirfaire de corruption et par les habiletés du vice ; parce que , comme nous, vous voulez des arts inspirés , une littérature sociale, et non une littérature en débauche , qui , la tête vacillante et les mains pleines de peintures infâmes, a dans l'imagination les visions du cauchemar, et dans la voix le hoquet de l'orgie. Sans doute les grandes perturbations sociales sont un malheur pour la patrie, mais elles offrent à rintelligence et à la vertu de l'homme l'occasion de se révéler dans toute leur puissance. Dans ce temps où les constitutions antiques sont emportées dans un torrent qui grandit à mesure qu'il avance , dans cette époque d'épreuve et de bouleversement, des conditions plus sévères, des devoirs plus graves nous sont imposés (i). Chacun de nous doit cultiver ses facultés, affermir son courage, élever ses pensées, afin d'exercer autour de lui une salutaire influence. Que tout le bien dont le principe est en nous se produise , que l'on ne puisse pas dire que par ignorance ou lâcheté nous sommes restés au-dessous des circonstances au milieu desquelles nous sommes placés, et alors notre mission sociale sera accomplie.
Nous disons enfin à la France :
Celle jeunesse dont nous sommes membres , c'est pour vous que nous la réunissons autour de notre drapeau , c^r en cultivant dans son aine les
(i) M. Htiiiicquin Ii la jciuicssc de Bordeaux
semences de christianisme el de moralité' , en rallumant dans chaque foyer ce soleil des croyances à la chaleur duquel setilemcnt les grands talens et les grandes vertus peuvent éclore , nous vous préparons un avenir social. Que notre jeunesse ne vous effraie point; nous avons à notre tète pour nous encourager, si nous prenons la bonne voie , pour nous retenir et nous empêcher de continuer, si nous prenions la mauvaise , tous ces hommes illustres , l'ornement de ce siècle et l'élite de vos gloires , de sorte que notre ardeur ne sera jamais une ardeur aveugle , mais une ardeur intelligente ; do sorte que la Jeune France réunit dans une admirable association l'expérience du passe' que possèdent les pères, cette activité de la jeunesse qui a toujours soif d'avenir , et celte science du présent qu'on trouve dans l'âge mur.
Au nom des sept mille jeunes France inscrits Pour le comité de Paris.
Jules Forfelier , S"^' .
LITT3IIATITI13 3T THÉÂTRES